SIXIÈME LEÇON
Nous avons démontré qu'à Rivalla, la syphilis avait élé communiquée, à l'aide de la vacciualion, à un certain nombre de malades. Une question très importante se présente maintenant : savoir si la syphilis et la maladie vaccinale sont les seules maladies qui furent communiquées et qui peuvent désormais être transmises ? Examinons de nouveau les symptômes. Nous jugeons que la syphilis était transmise simultanément avec la maladie vaccinale, parceque nous avons vu apparaître des symptômes syphilitiques; mais n'apparul-il aucun autre symptôme, constituant une manifestation, non de la syphilis, mais d'une autre maladie? Jenner (l)avait remarqué, il y a déjà de longues années, que le virus varioleux peut subir do tels changements, sous l'influence de la putréfaction ou de toute autre modification inconnue, qu'il devient impropre à déterminer la petite vérole ou à préserver la constitution d'une infection postérieure, bien qu'il puisse encore produire un ensemble de manifestations qui ollre une grande ressem- Mance avec celui de la variole, c'est-à-dire, une pustule au
(1) Sur la Variole, édit. 1800, p. 83.
DOUBLE INOCULATION. 69 point d'inocalalion, l'engorgement des ganglions axiilaires. un malaise général et une éruption; il avait, en outre, observé que ce mauvais virus détermine souvent une inflammation locale plus intense que le virus de bonne qualité.
Willan (1) fait également remarquer que le virus varioleux, mal conservé ainsi que le liquide épais, recueilli dans des pustules affaissées et recouvertes de croûtes, ne donne pas toujours la petite ve'role, lorsqu'on vaccine avec lui et ne prévient pas toujours l'apparition ultérieure de la maladie, bien que les malades aient offert de l'inflammation et de la suppuration au niveau du point inoculé, des douleurs axiilaires, de la fièvre et une éruption vers le neuvième ou le dixième jour. De même, si le fluide vaccinal est pris à une période avancée de la pustule vaccinale, il ne produira pas toujours une vésicule vaccinale, sera dans quelques circonstances complètement inefficace, dans d'autres déterminera l'apparition d'une pustule ou d'une ulcération; dans d'autres, enfin, une vésicule irrégulière ou un érysipèle. On observera les mêmes phénomènes lorsqu'on recueillera la lymphe au temps voulu, mais lorsqu'on l'inoculera sur un sujet qui subit déjà l'influence de quelque cause morbide.
L'inoculation d'un liquide en voie de décomposition, ou de fibrine ou de pus, quelle qu'en soit la source, peut donner lieu *à des symptômes locaux et constitutionnels semblables à ceux qu'observèrent Jenner et Willan, consécutivement à l'inoculation de la petite vérole et de la vaccination. Si la lymphe en voie de décomposition est absorbée par les lymphatiques, l'inflammation et la suppuration des ganglions correspondants se produira; si, au contraire, elle est absorbée par les veines et entraînée dans le torrent circulatoire, on verra survenir les symptômes de l'infection purulente.
Un des premiers cas que j'ai eu Toccasion d'observer dans ma pratique privée, fut celui d'un gentilhomme, d'ailleurs bien poitant, qui fut affecté d'une tumeur fluctuante de la
( 1) De rinoculalion de la Vaccine, 1806, p. 31, 32.
jambe, tumeur que l'on incisa avec une lancette dont on s'était déjà servi pour ouvrir un abcès d'une mauvaise nature. Il n'y eut pas d'inflammation des vaisseaux lymphatiques ni d'engorgcm 'ni de ganglions correspondants; mais le malade mourut quelques jours après 1 incision avec tous les symptômes d'une infection du sang. Ce cas, que j'observai il y a déjà nombre d'années, s'est profondément gravé dans ma mémoire.
Quelque soit le liquide en voie de décomposition qui soit recueilli de la surface d'une plaie, et quelle quo hoit d'ailleurs l'origine de cette plaie, s'il est inoculé, il déterminera plus ou moins les symptômes de l'infection du sang.
Premier cas. — Un enfant subit la petite opération du pbyraosis.et tout alla bien jusqu'au quatrième jour; mais alors la plaie présenta un caractère du mauvais aspect, et une rougeur érytbémaleuse apparut sur le pubis; dans l'après-midi, une rougeur semblable, dont la teinte allait en s'affaiblissant du centre à la circonférence, apparut sur le front; et le malade mourut le lendemain.
Deuxième cas. — Vers la même époque, un gentilhomme subit une opération à la région périnôale. On n'observa d'abord aucun symptôme défavorable; mais peu de temps après, il présenta une rougeur érysipclateuse du front qui fui suivie de l inflammalion d'un œil et de la mort. • Les mêmes elTets peuvent se produire lorsqu* existent des ulcérations syphilitiques; j'ai eu dans mon service, à l'hôpital Saint Georges, pendant le cours de cette année un enfant qui était atfi clé d'une éruption syphilitique héréditaire. Tout à coup les symptômes se modifièrent et un grand nombre d'abcèssous-cutanés cl secondaires apparut en différents points du corps. Un autre exemple, non moins remarquable, s'est présenté dernièrement à l'hôpital Lock, chez une femme â{jée de vingt ans, et qui était restée quelque temps à l'hôpital Saint- Georges, où elle avait été soignée pondant plusieurs mois pour des ulcérations. Tout à coup h-s parties malades s'entourèrent d une rougeur érysipélaieuse intense qui s'étendit sur le côté
DOUBLE INOCULATION. 71 droit de l'estomac et sur la cuisse droite. La malade mourut quelques jours après le début de ces accidents; elle avait offert tous les sj'mptAmes de l'infoclion du sang et les caillots du cœur sont figures dans le dernier numéro dos Transactions pathologiques. Les exemples précédents nous présentent les effets extrêmes de l'infection du sang provenant de l'absorption d'un liquide en voie de décomposition , mais cette infection peut se présenter avec des phénomènes moins graves.
Il existe, en ce moment, à l'hôpital Lock, un malade qui, après avoir présenté une éruption cutanée secondaire, offre un certain nombre d'abcès sous cutanés en divers points du corps. Sa santé générale, bien qu'altérée, n'est pas cependant sérieusement atteinte. Or, dans quelques-unes des observations recueillies à Rivalla, on trouve notée, l'existence de tumeurs molles sous la peau, d'un ôrjthème sur les fesses, de gastro-entérite. De tels symptômes n'appartiennent certainement pas à la syphilis, mais à une altération du sang que nous pouvons reproduire chez les animaux, en leur injectant dans les veînos un liquide en voie de décomposition.
Les états morbides précédents peuvent être inoculés, aussi bien que la syphilis et la maladie vaccinale; mais il est vrai de dire qu'on ne peut les reproduire artificiellement avec le même degré de certitude que ces maladies, et, que, lorsqu'on les a inoculées, elles ne déterminent pas l'infection de l'économie aussi certainement. On n'en doit pas moins prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter l'infection locale ou générale de l'économie. Tous les vaccinateurs de la Grande Bretagne ont sans doute observé dans leur pratique des exemples semblables; mais les récents événements ont démontré qu'il était bon de les rappeler de temps à autre. Quand on vaccine, on ne doit pas laisser la lymphe vaccinale sur le bras du malade pendant un temps assez long pour qu'elle subisse des altérations matérielles; le virus dont on fait usage ne doit pas être mélangé à du sang, ce liquide provînl-jl du sujet le mieux portant, parce que lo sang a un
tendance à se décomposer que ne possède pas la lymphe vaccinale.
Il suffit de mettre en usage quatre régies extrêmement simples pour que la vaccination ne soit suivie d'aucun accident; ces règles sont :
•1° Se servir chaque fois d'une lancette propre;
2» Ne pas employer de virus qui ait été recueilli au delà du huitième jour, depuis l'apparition de la vésicule vaccinale ;
5" Ne se servir que d'une lymphe vaccinale, pure et non mélangée à du sang ou à toute autre sécrétion ;
4° Se servir de lymphe prise sur un sujet bien portant.
Lorsque, pendant l'acte de la vaccination, un peu de sang s'écoule de la plaie, c'est que des vaisseaux capillaires ont été blessés. Vu la petitesse des vaisseaux, il est impossible de connaître avec certitude leur mode de guérison, mais il n'y a pas de raison de croire qu'il diffère de celui que présentent les gros vaisseaux. Or, nous connaissons parfaitement celui-ci, et il n'est pas sans intérêt et avantage, je pense, de considérer ce qui se passe quand une veine est blessée par un instrument propre, et les modifications que ce procesus subit quand on fait usage d'une lancette contenant une certaine quantité, quelque petite qu'elle soit, de liquide en voie de décomposition.
Quand une veine est divisée, le sang qui s'épanche dans sa gaîne celluleuse et dans le tissu cellulaire environnant se coagule, se rétracte et devient le milieu dans lequel s'accomplit la réunion. Les lèvres de la plaie sont ainsi réunies l'une à l'autre, et le sang continue son cours à l'intérieur du vaisseau. C'est là un excellent exemple de la réunion par première intention de Hunter, réunion qui diffère de celle que l'on obtient par l'inflammation adhésive. Quand une veine est blessée, la même < intention » a lieu plus ou moins parfaitement ; mais si une certaine quantité, quelque petite qu'elle soit d'ailleurs, de liquide en voie de décomposition reste dans la plaie, se trouve mélangée à la fibrine coagulée du sang, son aciion se communiquera à la substance qui unit les bords de la veine; l'union existante sera détruite, la fibrine désagrégée,
DOUBLE INOCULATION. 73 et le vaisseau ouvert; les bords du vaisseau divisé ne restent pas plus longtemps adhérents l'un à l'autre, et la fibrine qui los unit devient le siège d'une décomposition moléculaire qui peut envahir le caillot contenu à Tinlérieur de la veine. Le liquide résultant de cette décomposition peut se trouver entraîné dans le torrent circulatoire, et alors surviennent les symptômes d'une irritation locale, ou de désordres généraux de l'économie. Ces phénomènes peuvent aussi bien survenir après la blessure d'une petite, qu'après celle d'une large veine et ils nous donnent une explication satisfaisante des affections du bras ou des étals morbides constitutionnels, qui sont fréquemment consécutifs à la vaccination. On ne saurait un seul instant confondre de tels symptômes avec ceux auxquels donne naissance l'inoculation de la syphilis, ou qui appartiennent en propre à la vaccination.
11 est vrai de dire, toutefois, que la lymphe vaccinale peut se décomposer, ou que les liquides sécrétés par les ulcères, d'un sujet syphilitique peuvent subir des modifications chimiques, et que si ces humeurs sont alors inoculées, elles no donneront pas seulement naissance à la maladie dont elles sont des effets, mais encore à tous les symptômes que déterminent l'absorpiion, el le passage dans le sang d'une m/ilière morbifique. A Rivalla le liquide inoculé était publiquement recueilli des vésicules vaccinales, et la preuve qu'il contenait le véritable poison vaccinal, c'est que les petits enfants vaccinés subirent sans succès une seconde vaccination. Mais la sécrétion, si l'on en excepte celle avec laquelle fut vacciné le premier enfant, la sécrétion, dis-je, fut prise aussi des vésicules vaccinales d'enfants syphilitiques, el de plus, elle ne fut recueillie qu'à une époque assez avancée, et par une température assez élevée, pour que déjà elle eût subi une décomposition commençante.
Nous avons, dans ces particularités de la vaccination, des causes certaines de la production do trois actions morbides distinctes. Le virus vaccinal produisit ses clfets habituels, puisque les enfants ne purent être vaccinés une seconde fois ;
la syphilis fut communiquée égalemenl aux enfants, ainsi que le prouve la longue liste de faits que nous avons donnée; enfin en outre des symptômes qui appartiennent respectivement à ces deux maladies il y en eut d'autres, tels que la gastro-entérite, Térylliéme des fesses et des abcès sous-cutanés qui peuvent être rapportés au passage dans le sang du virus en voie de décomposition.
Chacun de ces trois états morbides a ses causes spéciales et spécifiques, est régi par des lois qui lui sont propres cl différent l'un de l'autre par des symptômes particuliers. Chacun d'eux apparaît après un laps de temps dilïérent : les effets (le l'absorption du virus vaccin se manifestent après !e temps le plus court; ceux de l'infection du sang, après une période plus longue, et ceux de l'inoculation syphilitique après un intervalle de temps plus long encore.
Si l'on observe avec soin, on reconnaîtra chacune de ces maladies, à l'aide de ses symptômes caractéristiques, et on ne pourra les confondre avec aucune aUîrr*.
Lorscjne l'inoculation de la syphilis a lieu, cette maladie se traduit sous l'une des trois formes que nous avons décrites dans la seconde leçon ; et chez les enfants qui ont été vaccinés, comme chez les autres malades, il faut, pour pouvoir alTîrmer que la syphilis a été communiquée, il faut, dis-je, savoir observer les presnières manifestations de cette maladie. Après l'inoculation vaccino-syphilitique, comme après Pinoculation seule de la syphilis, la période d'incubation, en ce qui concerne la syphilis, est de trois à sept semaines, et si l'on ne suit le malade que pendant huit ou dix jours, on n'observera pas les symptômes do la maladie. Quand l'infection sypiillilique ordinaire a lieu, les symptômes primitifs peuvent êtrensscz peu intenses, pour que les malades ne se confient quelquefois pas a IX soins d'un médecin ; à Rivalta, dans aucun cas on ne fit voir au médecin dans quel état était le bras conséculivemcnt à la double inoculation. En supposant qu'un examen convenable ait été fait, nous pouvons affirmer que la vaccination ne pourrait être accusée d'avoir été le moyen do transmission de
DOUBLE INOCULATION. 75 la syphilis, si l'on n'avait pas observé l'un des accidents primitifs de celte maladie.
Le fait que le premier vaccinifère de Rivalta a présenté une vésicule vaccinale quia suivi sa marche naturelle et n'a laissé après elle aucun étatanormal,a été l'objet de longs et nombreux commentaires ;ct l'on s'(>st demandé comment la sy|)hills pouvait avoir été communi(|uée au petit malade sans que l'on ait aperçu au point inoculé l'un ou l'autre des accidents primitifs. Od a dit que si la syphilis eût été réellement inoculée, on aurait observé l'une des manifestations primitives de cette maladie. Pendant longtemps on ne donna aucune réponse satisfaisante à cette objection. Enfin le 25 mars dernier, le docteur Pachiolli écrivit qu'il avait découvert quelle était l'origine véritable de la syphilis qu'avait coni raclée le premier vaccinifère, et qu'il lui semble évident que la lymphe vaccinale envoyée d' Acqui ne peut être accusée. Le docteur Pachiolti découvrit au bout d'un an et demi qu'une jeune femme (qui dit avoir élé infectée à Acqui par un enfant) avait eu les symptômes constitutionnels de la syphilis à Rivalta, et qu'elle avait certifié que les symptômes qu'elle présentait existaient encore quelque temps avant la vaccination de Rivalta. Cette femme était mère d'un enfant qu'elle nourrissait, et qui mourut trois mois après sa naissance. Quelques personnes rapportèrent qu'il était mort syphiliti(jue, d'autres qu'il avait été suffoqué dans son berceau. Après la mort de son enfant, elle demanda <à allaiter un enfant. La mère Chiabrera lui con6a son enfant (premier vaccinifère). Cette nourrice, dont le nom était Libérale , alla vivre avec sa sœur Marie qui nourrissait aussi un enfant. Libérale, en l'absence de sa sœur, nourrit l'enfant de celle-ci; après un certain temps non seulement l'enfant de Mnrie était infecté, mais Marie l'était elle-même par l'intermédiaire de son propre enfant. Or, comme cette nourrice infecta sa nièce, il semble trèsprobable qu'elle infecta aussi Cliiabrera dont elle était la nourrice. Ces faits se passèrent deux nu trois mois avant la vaccination de Chiabrera. Il est établi par un
médecin d'Acqiii qui leur donna des soins, que la femme Libérale cl sa sœur et renfant de sa sœur étaient réellement affectés de syphilis. Posléricurement, le professeur Spcrino les vit à Rivalla, et constata l'existence de symptômes syphilitiques. Ils sont maintenant, dit le docteur Pachiolti.au syphilicome de Turin.
Ce peut ôire ou non la véritable explication de la manière dont Chiabrcra devint syphilitique; mais ce ne peut, en tous cas, détruire l'évidente communication de cette maladie aux autres enfants et de ceux-ci à leurs mères et à leurs nourrices. Le récit suivant, publié à la fin de l'ouvrage du docteur Pacchiotli par le docteur Emmanuel Marone, démontre que le virus syphilitique peut- être inoculé avec le virus vaccinal quand des soins convenables ne sont pas pris.
En novembre 185G,le docteur Marone reçut la lymphe vaccinale de Campo Basso, capitale de la Province, et vaccina un certain nombre d'enfants àLupara en Molise. La lymphe vaccinale était contenue dans des tubes de verre et mélangée à une petite quantité de sang qui en troublait la transparence. Le docteur Marone dit qu'il ne croit pas nécessaire de rapporter les détails de chaque cas particulier, parceque tous les enfants mentionnés plus loin présentèrent, pour ainsi dire, les mêmes symptômes et qu'agir ainsi nécessiterait des répétitions inutiles. La maladie dont les enfants furent affectés se développa consécutivement sur leurs nourrices et sur leurs mères et même sur les domestiques et autres personnes qui étaient en contact avec eux.
Le nombre de ces enfants s'élève à vingt-trois; ils étaient nés de parents qui n'avaient jamais présenté de symptômes syphilitiques, jouissaient d'ailleurs d'une santé générale excellente et n'avaient jamais offert eux-mêmes aucun accident syphilitique congénital ou acquis avant la vaccination en question.
Le nombie des enfants vaccinés fut plus considérable que celui que j'ai indiqué: il y en eut,en effet, dont les observations ne furent point relatées.
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Chez quelques uns des enfants vaccinés les vésicules vacciales disparurent Icnlcmenl; mais aux mêmes places apparurent peu de temps après des ulcères limités par des bords indurés et accompagne's d'un engorgement multipleet d'une induration des ganglions axillaires. Ces ulcérations persistèrent un mois à un mois et demi environ sans que les ganglions correspondants devinssent le siège d'une suppuration. Chez d'autres enfants les ulcérations se couvrirent de croûtes qui persistèrent pendant un espace de temps inusité , ne furent jamais solidement cicatrisées, s'ouvrirent de nouveau tôt ou tard et prirent alors un aspect ulcéré, enfin, furent accompagnées de l'engorgement des ganglions axillaires.
Dans d'autres cas^ les premières vaccinations n'ajant pas réussi, on renouvela cette opération, et les pustules consécutives présentèrent une marche irrégulière et plus longue. Chez tous les enfants dont je viens de parler, se développèrent tôt ou tard, mais en général, vers le milieu de janvier, des manifestations de la syphilis constitutionnelle, c'est-à-dire, la roséole, ou des éruptions papulcuses, impétigineuscs ou pemphjgoïdes. A une période plus avancée des plaques muqueuses apparurent aux commissures des lèvres, sur la membrane muqueuse delabouche, autour de l'anus et par la vulve. Les ganglions cervicaux postérieurs et inguinaux s'engorgèrent, et les enfants tombèrent dans un marasme on rapport avec l'extension et la gravité des symptômes syphilitiques.
Les seins des mères qui nourrissaient ces enfants, présentèrent des ulcères variables quant à l'aspect, mais toujours indurés. Quelques uns de ces ulcères avaient l'aspect de plaques muqueuses ulcérées; d'autres étaient superficiels, mais légèrement indurés, d'autres, enfin, préscnlaient l'aspcci des fissures; la plupart de ces derniers existaient sur le mamelon ou l'auréole environnante.
Quelques-unes de ces mères présentaient un écoulement vaginal muco purulent, et un semblable écoulement avait été précédemment observé chez les enfants infectés. Ou eut peu d'occasions d'observer quelle était la cause réelle de l'écou-
Icrnont vaginal; dans deux cas, cependant, ou observa des plaques inuqiieuscj sur le col de l'ulérus.
Conscculivemenl cl après un laps de temps variable de cinq à huit semaines, quelques uns des enfants prôsenlèrent, en outre, des symptômes déjà indiqués, de nouvelles éruptions de roséole, d'intpéligo, de psoriasis de la paume des mains et de la plante des pieds et des ulcérations entre les orteils. Quelques femmes présenlaieni, à celte époque, des plaques muqueuses de la bouche et des organes génilaux, l'engorgement des ganglions cervicaux postérieurs et axillaires qui acquirent la grosseur d'une noisette, mais ne suppurèrent jamais.
Après que les symptômes que je viens d'indiquer furent apparus, quelques-uns des maris de ces malheureuses femmes, furent atteints de la même maladie. Ils présentèrent d'abord sur les lèvres et les commissures de la bouche des plaques muqueuses indurées et qui ne tardèrent pas à s'ulcérer. Chez quelques-uns on observait sur la langue des fissures ulcérées et reposant sur une base indurée. Entre le quatrième et le huitième mois à dater de la première apparition de la maladie, les maris offrirent des éruptions de la même nature que celles dont avaient été atteintes leurs femmes. A celte période plusieurs d'enlrc eux présentèrent des plaques muqueuses à l'anus^ sur le scrotum et le prépuce,
La maladie s'étendit aux autres membres de la famille, et le Dr Marone fait remarquer que des enfants des deux sexes qui n'avaient pas atteint l'âge de la puberté, présentaient des ulcères indurés des lèvres et de la langue. Lorsque ces pauvres gens vivaient pressés les uns à côté des autres dans des habitations étroites et malsaines, on voyait des familles enlières atteintes de la même maladie et présentant tous les' symptômes que nous avons déjà énumérés.
Le traitement mis eu usage consistait en frictions mercurielles sur la peau et bains de sublimé ; quelquefois aussi on douna le sublimé corrosif à l'intérieur ; sous rinfluence de ce irailemcnt la maladie fut considérablement modiûée, et dans quelques cas, fut complètement guérie. Mais dans la
doublk inoculation. /y majorité des cas, les symptômes syphilitiques qui avaient d'abord cédé aux remèdes mis en usage reparurent conscculiveraent, et dans quelques cas persistèrent plus de deux ans et demi. Quelques enfants moururent, et l'on craignait que ce funeste résultat n'eût lieu chez des adultes.
Un grand nombre des femmes qui avaient été infectées par leurs enfants, avortèrent, lorsqu'elles devinrent enceintes ; quelques autres accouchèrent avant terme d'enfants qui devinrent syphilitiques," d'autres, enfin, mirent au monde des enfants excoriés et offrant déjà un certain degré de pulré faction.
Quelques-unes de ces malades qui avaient été infectées par leurs enfants, infectèrent d'autres enfants en leur donnant le sein. Voici les noms des onze nourrices qui, à l'abri du plus petit soupçon, communiquèrent la syphilis aux enfants qu'elles nourrissaient et qui n'avaient pas été vaccinés.
Maria Félicie Carusella infecta l'enfant d'Anne Concetla Salvadore; Angiola Benci infecta Guiseppina Valente; Eramanuela l.ombardi infecta Térésa Yeunitelli; la Goncetta Tudina infecta Jacopo Ccccarelli ; la Maria Simeone infecta Niccola Pelilla; la Carmina Bagnoli infecta Pasqualina dit Oio; la Berenici Cuéarelli infecta la Maria Abbicro et la Stella Salvatore infecta la Diletta d'Oaofrio; l'Anlonia Allobelli infecta Antonina Zarlinga; la Goncetta Dabarno infecta Benjaminœ Giacomodonalo ; la Vicenza Principe infecta la Térésa Giammaria.
Les symptômes qui parurent chez ces enfants consistaient en tubercules muqueuxet en ulcères indurés siégeant d'abord sur les lèvres et ensuite autour de l'anus. Us furent suivis par une roséole syphilitique bien évidente, et par une éruption papuleuse syphilitique.
Les deux observations suivantes sont spécialement l'apportées par le Dr. Marone.
On cherchait une nourrice pour un enfant (L. S.) qui avait été vacciné avec succès dans une autre partie de la province : on choisit une femme qui offrait toutes les apparences
de la sanlô, mais qui en réalité avait été infectée par sod cdlanl de la manière que je viens d'indiquer; son enfant avait reçu la syphilis par l'inoculation vaccino-syphilitiquc, et était mort consôculivemcnl. Deux mois s'élaicnl à peine écoules depuis que la nourrice allaitait L. S. que Ton aperçut sur sa bouche des plaques muqueuses et des ulcères indurés et sur toute la surface du corps une roséole. Le Dr. Marone examina lui-même la nourrice el certifia qu'elle était syphilitique. Guiseppina Simeone fut infectée par son enfant comme la nourrice précédente, et ses seins étant un jour distendus et tuméliés, elle dut les donner à téter à sa jeune sœur âgée de dix ans; cette enfant Thérésa Valenlini fut atteinte de la syphilis et présenta des plaques muqueuses et des ulcères indurés sur les lèvres el la langue et postérieurement des éruptions syphilitiques. La syphilis persista dans ce cas plus de deux ans. Chez quelques uns des malades vus par M. le docteur Marone, les symptômes syphilitiques persistèrent chez les enfants, les nourrices et les mères jusqu'en avril 18o9.
Avant l'invasion de cette terrible maladie, il n'y avait jamais eu d'exemple de syphilis parmi les villageois, au rapport du Dr. Marone. C'est mon devoir, dit ce médecin, de dire la vérité et d'affirmer que les habitants de Lupara ont parfaitement su distinguer la relation entre la cause et les effets dans celte triste circonstance, et qu'ils me considérèrent comme coupable du malheur arrivé : c'est pour cette cause que j'ai gardé le silence à ce moment, ne voulant pas jeter de discrédit sur l'une des plus importantes découvertes de noire science. On déclara que la vaccination était la cause de tous ces maux. Sachant aujourd'hui, que d'autres chirurgiens ont éprouvé les mêmes mécomptes, je ne veux pas, quels que soient les inconvénients qui puissent en résulter pour moi, retarder plus longtemps de faire connaître les détails des faits que je viens de meutiouner, et que je regardecorame un devoir d'indiquer à la science.
Le Dr. Marone tire les conclusions suivantes de cet intéressant et affligeant récit. La syphilis fut réellement transmise
DOUBLE INOCCIATION- Ol
par l'inlcrrac'uliaire de la vacciaalioQ dans le cas que je viens de rapporter.
Les eufauls vaccinés furent d'abord infectés et transmirent ensuite la maladie à d'autres personnes.
Le virus vaccin mis en usage était impur, c'est-à-dire mélangé à du sang, et les résultats obtenus démontrent combien il est important de ne pas se servir d'une semblable Ij'mphe.
Le Dr. Paccbiotti a insisté également sur ce point. Il est important, dit-il, de se rappeler qu'il est nettement établi par la mère de Chiabrora (le premier vacciuifère) que pendant tout le temps durant lequel on vaccina avec le virus vaccin de son enfant, le sang coulait du bras de sa fille et qu'elle se plaignit alors de cet incident. Quelques unes des mères dont les enfants furent vaccinés, affirmèrent que la lancette dont on s'était servi était teinte de sang. 11 est vrai que quelquesuns des entrants qui furent vaccinés les derniers furent exempts de la maladie et que quelques-uns de ceux qui furent infectés avaient été vaccinés les premiers. Le Dr. Paccbiotti explique celte circonstance en disant que le virus dont on fit usage avait sans doute été emprunté à différentes vésicules, et que certaines de ces vésicules avaient fourni du sang, tandisque d'autres n'en avaient pas donné.
Dans les cas relatés par le Dr. Lecoq on remarque également que du sang avait été mélangé au virus vaccinal. Je donne ici un extrait de ces deux cas, et afin de jeter plus de lumière sur la double inoculation et parcequ'ils ont été faussement cités dans plus d'une occasion.
Le 4 mai, P. âgé de 25 ans. fut revacciné, conformément au règlement militaire; ou prit le virus vaccin sur le bras d'un soldat qui avait eu un cbancre infectant trois moisavant.il ne se i)roduisit que quelques pustules avortées, et huit jours après la vaccination apparut au niveau des piqûres une légère rougeur. Quelques jours après une petite ulcération se produisit, augmenta progressivement, prit une teinte violacée, s indiira, cl fut bientôt suivie de rcngorgcmeul des ganglions axillair es.
Les symptômes syphililiqucs conslitulionnels apparurent consécutivemcnl.
Uu autre soldai vacciné immédiatement après le précédent et avec un virus provenant de la même source offrit une série do symptômes identiques cl constituant des manifestations syphilitiques
Ces deux malades n'avaient jamais eu aucune autre maladie syphilitique, lis étaient les derniers qui furent vaccinés, et le médecin qui pratiqua l'opération se rappela ensuite qu'au moment où il vaccina ces malades, il avait épuisé ce qu'il avait de la lymphe vaccinale, et avait repris un peu du sang sur la pointe de sa lancette.