‹ Leçons sur la syphilis tertiaireChapitre 11 sur 31 · IJ · texte numérisé non relu

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GROSSITES SCLÉREUSES.

La caractéristique générale de cette première forme de lésions, c’est, comme vous le savez déjà, Je consister en des hyperplasies vivaces , susceptibles de s’organiser sous une forme persistante et définitive.

A l’origine, les glossites scléreuses ne sont que des hyperplasies cellulaires, des dépôts de cellules qui infiltrent les tissus de la langue. Plus tard, ces éléments cellulaires se multiplient, s’organisent, se condensent, et aboutissent à former une trame fibroplastique, fibroïde, pourvue de vaisseaux. Puis, cette néoplasie, se condensant toujours de plus en plus, étreint les éléments anatomiques propres de l’organe, les enserre, les étouffe, les atrophie; elle se substitue à eux progressivement, et finit pat constituer dans le parenchyme lingual une de ces dégénérescences particulières qu’on appelait autrefois des cirrhoses et auxquelles on donne aujourd’hui le nom mieux approprié de scléroses.

FORME SCLÉREUSE

Donc, le caractère propre de ces lésions est de créer dans la langue une néoplasie vivace et persistante, laquelle aboutit comme dernier terme à une organisation fibreuse définitive.

Cliniquement, ces mômes lésions consistent en des indurations interstitielles de la langue, facilement perceptibles au toucher, et s’accusant d’ailleurs à simple vue par des altérations diverses du tégument muqueux.

Résultant d’une prolifération cellulaire nécessairement soumise à de nombreuses variétés, ces indurations néoplasiques affectent des variétés correspondantes également multiples, comme siège, comme étendue, comme configuration, etc. De là des aspects cliniques très-divers de la lésion; de là même des formes objectives différentes.

Or, comme ce sont surtout les conditions de siège, de localisation, qui impriment à la maladie ses différences les plus marquées, il suit de là une division toute naturelle dans les types pathologiques qui se présentent à étudier, et cette division est la suivante :

Tantôt l’hyperplasie se fait seulement dans les tissus les plus superficiels de la langue, dans le derme muqueux. Elle constitue alors ce qu’on peut appeler la glossitc superficielle ou corticale.

Tantôt, « a contraire, plus profonde, elle intéresse les tissus sous-jacents au derme muqueux, et constitue dans cette seconde forme une g lossite profonde ou parenchymateuse.

Ces deux formes, enfin, peuvent se rencontrer réunies, associées.

Parlons d’abord de la première de ces formes.

1° Glossite scléreuse superficielle ou corticale.

Celle-ci est une glossite muqueuse ou dermique.

Anatomiquement, elle est constituée par des dépôts néoplasiques siégeant exclusivement dans le derme lingual.

Cliniquement, elle s’accuse — et c’est là son caractère propre,

GLOSSTTE SCLÉREUSE SUPERFICIELLE. ‘

essentiel — par des indurations superficielles qui se forment aux dépens du derme lingual seulement', les tissus sous-jacents ou profonds restant indemnes.

Se produisant sur une membrane, c’est-à-dire sur un tissu étalé, ces hyperplasies en surface déterminent nécessairement des indurations de même forme, c’est-à-dire des indurations étalées, larnelleuses, comparables à cette variété d’induration cliancreuse qui se produit en surface et qui est dite « parcheminée ».

Ainsi, comprenez bien ceci tout d’abord, Messieurs : indurations étalées, lamelliformes, siégeant dans le derme lingual, te est le caractère essentiel, distinctif, de ces lésions.

I. Quelle configuration affectent ces néoplasies du derme lingual ?

Deux variétés doivent être distinguées.

1° Dans une première variété, les néoplasies en question sont disposées par îlots indépendants, par plaques isolées , à la façon, par exemple, des plaques disséminées et distinctes du psoriasis guttata.

Ces plaques ont une étendue et une forme variables. Communément, elles affectent les proportions d’une pièce de 20 centimes ou d’un haricot. Il en est de plus petites, comparables à une lentille ou à un grain d’orge. Il en est aussi de plus étendues, offrant les dimensions d’une amande ou d’une pièce d’un franc environ. — Leur forme est, en général, arrondie ou ovalaire. Quelquefins elles sont très-régulièrement cerclées, comme des papules. D’autres fois, elles sont plus ou moins irrégulières, alors surtout qu’elles siègent sur les bords de l’organe.

Leur nombre également est sujet à variétés. Le plus habituellement on en rencontre deux ou trois. Parfois il n’en existe qu’une seule. Parfois aussi elles sont plus ou moins confluentes, et l’on peut en compter cinq, six, ou même davantage.

Ces petites lésions, je l’ai déjà fait pressentir, sont facilement perceptibles au toucher. Appuyez le doigt sur la langue à leur niveau, et vous aurez aussitôt la sensation d’une rénitence insolite, morbide, et d’une rénitence de forme étalée, lamelleuse,

FORME SCLÉREUSE.

comme s’il existait, inséré dans la muqueuse, un disque de parchemin ou de carton. Cette sensation est d’autant plus nette qu’elle contraste avec celle qui est fournie par les tissus avoisinants, lesquels, restant ce qu’ils sont à l’état normal, se présentent naturellement mous, souples, facilement dépressibles.

Le simple toucher vous révélera donc d’emblée, en pareil cas, ce double caractère: d’une part, fermeté, dureté insolite ; et d’autre part, dureté superficielle, n’intéressant que la muqueuse, ne pénétrant pas dans les tissus profonds.

Ce n’est pas tout. A simple vue, ces indurations se traduisent encore par d’autres caractères, attestant un état pathologique de la muqueuse linguale à leur niveau. Ces caractères sont les suivants :

1° Rougeur morbide delà muqueuse, et rougeur foncée, d’un ton cerise , sombre ;

2° Aspect remarquablement uni et lisse de la muqueuse, qui est comme vernie et dépapillée.

Inutile de vous rappeler, Messieurs, ce qu’est la muqueuse linguale à l’état physiologique. Elle se présente, vous le savez, avec un aspect tomenteux , villeux, tout spécial, dù aux innombrables papilles qui en tapissent la surface. Eh bien, cet aspect a complètement disparu ici. Au niveau des indurations hyperplasiques, la surface de la langue apparaît, au contraire, absolument dépourvue de papilles, comme si on l'avait rasée. Elle est unie et lisse, semblable à la pellicule d’une cerise ; et la couche de salive qui la recouvre lui communique une apparence vernissée. On la dirait à vif, érodée. Et cependant elle n'est pas à vif, elle n’est pas érodée, comme on serait tenté de le croire au premier coup d’œil. C’est ce qu’apprend, d’abord, un examen minutieux, pratiqué avec le secours de la loupe ; c’est ce qu’achève de démontrer, au besoin, la petite expérience suivante : promenez à la surface de cette plaque pseudo-érosive un crayon de nitrate d’argent ; elle ne se colorera pas en blanc, comme elle le ferait aussitôt si elle était érosive, si le derme muqueux se trouvait dénudé.

3° Ces petites lésions, enfin, sont généralement planes, tout au

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