‹ Leçons sur la syphilis tertiaireChapitre 12 sur 31 · GL0SS1TE SCLÉREUSE SUPERFICIELLE · texte numérisé non relu

GL0SS1TE SCLÉREUSE SUPERFICIELLE

moins sans saillie bien appréciable. Quelquefois cependant on les trouve légèrement bombées et formant un petit relief papuleux.

En résumé :

Indurations circonscrites, superficielles etlaroelleuses,dudei me lingual ;

Indurations tà surface sèche, non érosive ;

Indurations à surface rouge, unie, lisse,' Mépapillée;

Tels sont les caractères qui constituent cette première variété.

2° Seconde variété. — • Celle-ci ne diffère de la précédente que par une différence de configuration.

L’hyperplasie interstitielle, au lieu de se faire, comme dans la première variété, par îlots multiples et distincts, se produit ici en plaques continues, d’une étendue plus ou moins considérable. Nous avions comparé la première forme au psoriasis guttata; continuant la figure, nous pourrions comparer celle-ci au psoriasis en nappe, en larges placards.

La lésion qui se produit dans cette seconde forme consiste donc en une induration en nappe de la muqueuse. Elle est plus ou moins étendue, occupant tel ou tel département de la langue, par exemple une des moitiés latérales, ou plus habituellement encore la région antérieure et médiane. Si bien que, cliniquement, on trouve au niveau des parties malades la muqueuse transformée en une plaque dure, dans un espace de 2, 3, 4, 5 centimètres carrés, quelquefois même davantage. Ainsi, sur une femme que vous avez pu voir à la salle Saint- Thomas et dont la lésion est reproduite sur le moule que je vous présente actuellement (l), toute la portion antérieure et moyenne de la langue était devenue le siège d’une semblable dégénérescence.

Le département lingual affecté de la sorte offre au doigt une

(1) Picce n° 221 de ma collection particulière.

FORME SCLÉREUSE.

rénitence parcheminée, sèche, coriace, à ce point qu’en certains cas on croirait la muqueuse métamorphosée en une carapace de parchemin.

Du reste, à part l’étendue des lésions, mêmes détails cliniques que dans la forme précédente, à savoir : même apparence lisse, unie, vernie, de la surface linguale ; — même apparence dépapillée, « rasée»; — même rougeur sombre, au début surtout ou dans une période encore peu avancée ; car, plus tard, alors que la dégénérescence scléreuse a achevé de s’accomplir, la muqueuse prend au contraire une teinte moins foncée, voire parfois une teinte blanchâtre, due à la diminution progressive de ses éléments vasculaires. Il n’est même pas rare que, dans les phases ultimes de la lésion, on trouve quelques îlots de la surface linguale présentant une teinte absolument blanche, d’un blanc laiteux ( milk-white , dit Fairlie Clarke (1); teinte résultant non pas, comme on l’a cru, d’une cicatrice établie sur des tissus précédemment ulcérés, mais d’un simple processus scléreux étouffant dans l’intimité de la muqueuse les canaliculcs vasculaires et se produisant sans la moindre ulcération.

Enfin, dernier détail, la muqueuse qui est le siège de ces indurations en nappe présente le plus habituellement ce que j’ai décrit sous le nom d 'aspect parqueté. C’est-à-dire que sa surface est parcourue, à ta façon d’un parquet, par un réseau de sillons, les uns (et ce sont les plus marqués) transversaux et parallèles, les autres obliques ou de direction irrégulière.

Telles sont les deux variétés sous lesquelles se présente la glossite scléreuse superficielle, variétés très-nettes et très- manifestement distinctes cliniquement, constituées l’une par des scléroses circonscrites, distribuées en îlots épars, indépendants, et l’autre par des scléroses étalées en nappe continue.

II. Sous telle ou telle forme qu’elle se présente, la glossite scléreuse corticale affecte toujours une évolution remarquablement chronique.

(1) A. treatiseon the diseuses ofthe longue, par le Pr Fairlie Clarke, Londres,

GLOSSITE SCLÉREUSE PROFONDE.

Nous ne saurions dire au juste quel temps elle demande pour se constituer, car dans la plupart des cas le début môme de la lésion est presque toujours impossible à préciser. Mais, en revanche, ce que nous savons et ce que nous pouvons affirmer, c’est d’abord qu’une fois en évolution elle tend à persister, si elle n’est pas attaquée par un traitement énergique; c’est, en second lieu, que, passée à l’état de sclérose confirmée, elle reste ce qu’elle est, quoi qu’on puisse faire. Aussi est-il fréquent en pratique de rencontrer des lésions de cet ordre qui remontent non pas seulement à plusieurs mois, mais à plusieurs années, à trois, dix quinze années et même davantage.

IIÎ. Alors que ces lésions sont constituées, elles ne présentent plus ultérieurement qu’un ordre d’incidents ou de complications. Mais ces incidents ou ces complications — appelez-les comme vous le voudrez — se présentent avec une fréquence considérable, et demandent à être signalés d’une façon spéciale.

Ce qui succède habituellement est ceci : production, au niveau des parties affectées, d’éraillures, de gerçures, de crevasses, d érosions le plus souvent linéaires ou quelquefois étalées, voire parfois d’ulcérations véritables.

Ce ne sont là, je dois le dire, que de simples épiphénomènes, dus non pas à un processus ulcératif de nature spécifique, mais a des ruptures, à des déchirures mécaniques, se produisant facilement sur une muqueuse désorganisée. Des causes accidentelles, des excitations surajoutées (telles que contact de certains aliments de mastication difficile, frottement des parties affectées contre des dents ébréchées, acérées ou saillantes, usage ou abus du tabac, etc.) rendent souvent compte de ces accidents d’ulcération consécutive, comme souvent aussi, inversement, il n’est pas de cause occasionnelle à leur assigner.

Tout épiphénomènes qu’ils soient, cependant, ces derniers accidents ne constituent pas moins une complication importante et fâcheuse. D’abord, en ce qui concerne le diagnostic clinique, dest évident que, sans modifier la nature de l’affection, ils en altèrent plus ou moins la physionomie et peuvent devenir ainsi

FORME SCLÉREUSE.

matière à erreur. J)o plus, et c’est là l’essentiel, ils ajoutent à la maladie un élément qui jusqu’alors n’y figurait pas, l’élément douleur. Rien de douloureux, d’agaçant, comme ces crevasses linéaires, fissuraires, de la langue ou comme ces petites érosions marginales frottant contre des dents à parois rugueuses, irrégulières. Traitées, cautérisées, soumises à des collutoires, à des gargarismes appropriés, ces excoriations consécutives se cicarisent, je l’accorde. Mais elles ne se cicatrisent souvent qu’avec assez de lenteur, et surtout elles ne se cicatrisent (pie pour se rouvrir bientôt. Il n’est pas rare aussi qu’en raison de la mauvaise qualité des tissus sur lesquels elles reposent, elles se rouvrent d’une façon presque assidue, presque indéfinie. Elles arrivent alors à constituer de la sorte une véritable infirmité locale des plus gênantes, des plus pénibles. — Mais n’anticipons pas sur ce qui doit suivre; nous aurons l’occasion plus tard de revenir en détail sur ces accidents d’une phase ultérieure.

2e Glossite scléreuse profonde (Cirrhose linguale , glossite tabulée).

Cette seconde forme est encore constituée, comme la précédente, par une hyperplasie cellulaire, mais par une hyperplasie qui, au lieu de rester superficielle et dermique comme dans les cas que nous avons étudiés jusqu’ici, s’étend aux parties plus profondes et se propage au parenchyme môme de la langue.

Elle peut n’occuper que les parties profondes, exclusivement, et respecter la muqueuse. Cela est rare. Presque invariablement, l’hyperplasie est à la fois superficielle et profonde, c’est-à-dire alfecte en même temps la muqueuse et le tissu musculaire sousjacent. Elle est donc alors de rmo- parenchymateuse.

La glossite scléreuse profonde n’est que rarement circonscrite à une étendue minime. Presque toujours elle s’étend à tout un département de la langue, soit par exemple à la région de la pointe, soit encore à une moitié latérale de la région antérieure, soit enfin (et c’est là le cas le plus fréquent) à la moitié, aux deux tiers, voire aux trois quarts antérieurs de l’organe. C'est donc, en général au moins, une forme plus extensive que la précédente.

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