GL0SS1TE LOBULÉE
Les limites extérieures ou circonférentielles du noyau dur constitué de la sorte sont toujours faciles à déterminer. Il n’en est pas de même des limites profondes, lesquelles en général restent plus ou moins inaccessibles par ce fait môme qu’elles sont profondes, et aussi parce qu’elles se confondent souvent avec les tissus sains sans transition bien accentuée.
4° Altérations diverses de la tnuqueuse au niveau des parties affectées.— Enfin, àlasurfacede ce tissu mamelonné, lobulé etdur, la muqueuse présente des altérations diverses.
Elle est modifiée d’abord comme coloration. Elle affecte par places, par îlots, une teinte d’un rouge morbide, comme vineux Sur d’autres points elle apparaît au contraire plus blanche, décolorée et comme exsangue, ce qui semble tenir soit à la distension excessive qu’elle subit par suite de la prolifération sousjacente, soit à une réelle diminution de sa vascularité propre, résultant d’une sclérose interstitielle de son tissu.
De plus, on trouve cette même muqueuse unie , lisse , tendue , dépapillée , sur presque toute l’étendue des parties affectées. En quelques points seulement les papilles sont conservées, et forment des sortes d’ilots ou d’oasis. Il est à remarq er que ces papilles persistantes présentent souvent (je ne sais pour quelle raison) une teinte blanchâtre, comme si elles venaient d’être touchées au crayon de nitrate d’argent.
Tous ces détails, comme d’autres moins importants que je passe sous silence, se trouvent merveilleusement reproduits sur les diverses pièces en cire que vous voyez ici, pièces dues à deux artistes des plus distingués, MM, Jumelin et Baretta (I).
Telle, Messieurs, se présente la sclérose linguale profonde dans sa forme pure, c’est-à-dire alors qu’elle n’est encore altérée par aucune complication, alors qu’il ne s’y est ajouté aucun épiphénomène.
(1) V. Pièces nos i1> 172, 2G0, 2G7 et 300, de ma collection particu-
lière. — 'N oyez aussi plusieurs pièces déposées au musée de Saint-Louis.
FORME SCLÉREUSE.
Mais je vous laisserais sous une impression fausse, contraire à la vérité clinique, si je n’ajoutais aussitôt que cette forme essentielle, simple, primitive, ne tarde guère à être altérée, modifiée comme aspect, par l’évolution ultérieure de la maladie.
11 se produit pour elle en effet — et à un plus haut degré — ce que nous avons vu se produire pour la sclérose corticale.
Au bout d’un certain temps, des lésions de forme êrosive , exulcéreuse ou même ulcéreuse , viennent s’ajouter aux phénomènes qui précèdent. Ces lésions consécutives changent notablement l’aspect des parties, en môme temps qu’elles provoquent divers troubles fonctionnels dont nous parlerons bientôt.
Et comment n’en serait-il pas ainsi? La langue n’est-elle pas forcément exposée à des irritations aussi multiples que diverses, telles par exemple que les suivantes : contact des aliments et surtout de certains aliments durs, grenus, ou bien acides, acres, excitants; — séjour de débris alimentaires dans les anfractuosités et les sillons de la face dorsale; — frottement contre certaines dents susceptibles d’excorier les bords de l’organe par leurs inégalités, leurs arêtes, leurs incrustations; — usage ou abus du tabac; — usage ou abus des alcooliques, etc., etc. ? Toutes causes d'irritation, dont les effets sont encore augmentés par les mouvements multiples et incessamment répétés de l’organe, dans la parole, la mastication, la déglutition, etc.
Aussi peut-on poser ceci comme règle : A un moment donné, la glossite scléreuse profonde, et même toutes les glossites , pourrais-je dire, se compliquent d’érosions, d’exulcérations ou d’ulcérations véritables.
Ces érosions ou ces ulcérations consécutives ne sont pas toutes de même genre, de même origine. On peut, on doit en distinguer de deux ordres :
1° Les unes sont de nature simple, c’est-à-dire inflammatoires, mécaniques, traumatiques. Celles-ci résultent de telles ou telles des causes que je viens de mentionner.
Elles siègent en diverses régions : soit sur les bords de la langue, au niveau des points où s’exerce le frottement contre les arcades dentaires, soit plus habituellement encore sur le dos de la