FORME CONFLUENTE
nime. Dans les cas les plus communs, c’est à une, deux ou trois gommes seulement qu’on a affaire. Mais quelquefois aussi, comme vous le savez déjà par ce qui précède, ce nombre peut s’élever. Il peut s’élever jusqu’au chiffre de 5, 0, 7, 8 et 10 noyaux gommeux. Ainsi, j’ai vu tout récemment en ville un malade qui portait sur la face supérieure de la langue sept petits nodules gommeux, comparables à des pois ou à des noyaux de cerise. Un cas absolument semblable s’est présenté à vous ici même, il y a quelques mois.
Or, deux alternatives sont possibles.
Dans la très-grande majorité des cas, ces nodules gommeux multiples restent petits, ou tout au plus moyens, médiocres en un mot comme développement. Et alors l’aspect général de la langue affectée de la sorte n’est que peu modifié par la confluence inusitée des lésions.
Bien plus rarement et d’une façon qu’on peut presque qualifier d’exceptionnelle, les noyaux gommeux confluents deviennent plus ou moins volumineux, atteignent les proportions d’une noisette, d’un œuf de pigeon, d’une petite noix. Inutile de dire s’ils modifient dans ce cas le volume de l’organe et s’ils en altèrent la forme. Ils bossellent la langue d’une façon étrange, ils la défigurent.Concevez enfin la lésion portée à son maximum de développement, et c’est alors que vous aurez affaire à ces langues décrites comme «rembourrées de noisettes », mamelonnées, marronnées, gigantesques, je dirai presque élépliantiasiques ; à ces langues que la bouche devient insuffisante à contenir, qui débordent les arcades dentaires, dépassent l’orifice labial, et viennent pendre au devant du menton. On a vu une de ces langues gigantesques et à procidence extraordinaire dépasser même le menton. Le cas est de M. Cloquet et mérite d’être signalé en quelques mots. Il est relatif à un malade qui portait dans la langue quatre tumeurs, chacune du volume d’une petite noix. Sous l’influence de ces lésions, dont l’origine remontait à dix-liuit mois, la langue avait pris un développement monstrueux. Elle avait été chassée de la bouche et « descendait à trois pouces au-dessous du niveau du menton». Quelle incroyable procidence! Dans cet état, « le malade était constamment inondé d’une très-abondante salive ; il ne
FORME PlIAGÊDÊmuUE.
pouvait plus parler que d’une façon presque inintelligible ; il ne respirait et n’avalait qu’avec une difficulté extrême ». Si bien que plusieurs médecins avaient jugé l’affection de nature cancéreuse. Mandé en consultation, M. Gloquet reconnut ou soupçonna la syphilis, et prescrivit le bi-chlorure de mercure. Apres quinze jours d’usage de ce remède, une amélioration telle s’était produite que déjà la langue ne descendait] plus au-dessous du menton. Huit à dix mois plus tard, la langue était rentrée dans la bouche. Au vingt-huitième mois, la guérison était complète (1).
Il va sans dire, Messieurs, que, dans les cas de ce dernier genre, l’excessif volume et la procidence de la langue entraînent à leur suite des troubles fonctionnels des plus accentués : troubles de mastication, de phonation, de déglutition, de respiration, etc. ; salivation surabondante; insomnie, désordres nerveux, amaigrissement et affaiblissement consécutifs, etc.; tous phénomènes qui, s’ils persistaient audelà d’un certain temps, ne tarderaient guère assurément à menacer la vie.
Les cas de cet ordre, du reste, sont excessivement rares, je vous le répète. Et quant au fait de M. Gloquet, il n’a pas, je crois, d’analogue dans la science.
II. Forme phagédénique. — Les ulcérations gommeuses de la langue sont souvent larges et excavées, sans être pour cela pliagédéniques. En réalité, elles n’aboutissent que rarement au phagédénisme véritable.
Quand elles deviennent pliagédéniques, elles affectent soit la forme serpigineuse, soit la forme térébrante, soit encore une forme mixte, participant des deux types précédents.
Les ulcérations serpigineuses delà langue sont, le plus habituellement du moins, des ulcérations qui, nées sur le dos ou les bords de l’organe, se portent ensuite en arrière , vers les parties les plus postérieures, et tendent à descendre jusque dans la rigole glosso -laryngée, au devant de l’épiglotte. Elles ne se présentent que rarement à l’observation.
(1) Ce fait se trouve relaté in extenso dans un très-intéressant et remarquable mémoire de M. G. Lagneau sur les Tumeurs syphilitiques de la langue , lu à la Société de médecine de Paris (Gaz. hebdomadaire, 1859, nos 32, 33, 35).
Les ulcérations térèbrantes sont plus rares encore. Un exemple vous en est offert actuellement par la malade couchée au lit n° 12 de la salle Saint-Thomas. Cette malheureuse femme, dont je vous ai déjà souvent parlé à d’autres propos, est affectée, vous le savez, d’un lupus tertiaire de l'arrière-gorge, lequel, quatre fois guéri déjà, en est aujourd’hui à sa cinquième poussée. Or, lors de cette dernière récidive, la langue s’est prise sur deux points, au niveau de l’isthme guttural ; et il s’est produit là, tout à fait vers la base de l’organe, deux larges ulcérations, très-creuses, très-profondément excavées , dont les moindres particularités objectives vous ont été révélées parle miroir laryngoscopique.
Second et plus terrible exemple, bien digne d’être cité. Dans le cours d’une syphilis tertiaire, féconde en accidents aussi multiples que graves, un de mes malades de la ville présenta une lésion gommeuse delà langue siégeant sur la moitié droite de l’organe, au niveau des grosses molaires environ. Cette lésion ne tarda pas à s’ulcérer, en dépit du traitement. A peine constituée, l’ulcération s’élargit aussitôt, se creusa simultanément, devint gangréneuse d’aspect, et arriva à mesurer G à 7 centimètres de long sur 2 de large, avec une profondeur de J 2 à 15 millimètres. Une médication des plus intenses fut alors mise en œuvre et parvint à enrayer les progrès du mal. Dans l’espace de trois mois, une cicatrisation complète put être obtenue. Mais trois autres mois s’étaient à peine écoulés que de nouvelles lésions gommeuses se produisaient au voisinage de l’ancienne, et que la cicatrice même de cette dernière se rouvrait. Une seconde ulcération se forma alors sur le territoire de la première et en dépassa même les limites. Bientôt elle s’excava profondément, et aboutit à constituer une cavité énorme ou l'on aurait facilement logé le pouce. Le fond de cette véritable caverne gommeuse était absolument gangréneux d’apparence. Et lorsque, pour déterger les parties, je promenais sur elles un pinceau de charpie, j’en détachais une sorte de bouillie putrilagineusc d’un vert noirâtre , horriblement fétide, contenant des lambeaux escliarifiés du parenchyme lingual. C’était la langue qui s’en allait de la sorte cil déliquium ! Les trouilles fonctionnels et l'état générai déterminés par cette affreuse lésion furent de nature à m’inspirer, pendant quelque