PRONOSTIC
Los glossites gommeuses, en un mot, sont des lésions qui se terminent, qui ont une fin, tandis que les glossites scléreuses, les véritables scléroses linguales, n'ont pas de fin et persistent à l’état de fait acquis, de lésions irrémédiables, définitives.
Pronostic. — De ce qui précède vous avez déjà déduit tout naturellement, Messieurs, le pronostic inégal de ces deux ordres de lésions.
I. Les glossites gommeuses sont assurément des affections plus importantes d’aspect que les glossites scléreuses. D'abord, elles constituent des tumeurs et parfois de grosses tumeurs, qui peuvent déformer, bosseler étrangement lalangue. Puis, elles déterminent à la surface ou dans la profondeur de l’organe des ulcérations plus ou moins creuses, plus ou moins étendues, multiples parfois, et susceptibles d’aboutir au phagédénisme, etc. Mais, au total, ce ne sont que des gommes, c’est-à-dire des lésions destinées à s'éliminer et à disparaître. Quelles deviennent parfois l’origine de troubles sérieux, qu’elles créent même des dangers véritables par le fait d’ulcérations extensives, pliagédéniques, menaçant de se propager au larynx, cela peut bien être ; mais ce n’est là le propre que de cas rares, très-rares, tout à fait exceptionnels. Ajoutez d’ailleurs que les lésions gommeuses sont, en général, justiciables du traitement spécifique, qui exerce sur elles une action résolutive et curative des plus marquées. De sorte qu’en définitive ce sont des lésions plus effrayantes en apparence que gravés en réalité ; ce sont, si vous me permettez de parler ainsi, des lésions tapageuses, qui font grand fracas, pour aboutir le plus souvent à guérison d’une façon rapide et facile, sous l'influence d’une médication appropriée.
II. Tout au contraire, plus modestes d’allure, les glossites scléreuses sont de fait bien plus redoutables.
Attaquées de bonne heure, elles peuvent se résoudre et guérir, guérir même complètement, A preuve la malade du n° 21 de
r&ONOSTlC.
la salle Saint-Thomas. Entrée ici,
il y a quelques mois, avec une
giossite scléreuse (de forme superficielle, il est vrai), cette temme nous a quittés ayant la langue dans un partait état, tout au moins ne présentant plus sur le dos de l'organe que deux traînées lisses
et blanchâtres.
Traitées plus tardivement, elles sont encore susceptibles de se modifier dans une certaine mesure, mais non de guérir complè-
tement.
Et enfin, devenues véritablement scléreuses, dégénérées en tissus libreux, elles sont irrémédiables, quoi qu’on puisse faire.
Comme exemple,' voyez ce qui est advenu à deux des malades de la salle Saint-Louis, affectés de glossites scléreuses déjà quelque peu anciennes. Quels résultats nous a fournis dans 1 espèce le rigoureux traitement interne et externe que nous leur avons administré et qu’ils ont suivi avec grande exactitude, j’en suis sûr? Les ulcérations se sont cicatrisées, quelques-uns des mamelons dorsaux se sont aplanis et ont diminué de consistance ; quelques-uns des sillons se sont comblés partiellement. G est là, je l’accorde, un effet heureux de la médication, et les malades s’en applaudissent. Mais ce n’est là tout au plus qu’une demiguérison, car la surface de la langue, chez l’un et l’autre de ces malades, reste bosselée, lobulée, dure par ilôts, parcourue par des sillons encore très-marqués. Eh bien, tel est ce qu’on obtient, en général, par le traitement même le plus énergique, alors qu’on n’intervient pas de très-bonne heure. Ii n’est rien à espérer de mieux; et, actuellement, nous traiterions ces deux malades pendant des années entières, nous les gorgerions indéfiniment de mercure et d’iodure, que nous ne parviendrions à rien de plus satisfaisant.
Jugez donc combien les scléroses sont plus à craindre que les gommes, et cela précisément en raison de leur tendance à une organisation vivace et définitive, sur laquelle le traitement n’exerce plus d’action.
Autre point.
Le pronostic des glossites tertiaires est singulièrement aggravé