‹ Leçons sur la syphilis vaccinaleChapitre 13 sur 45 · ÉPIDÉMIES DE SYPHILIS VACCINALE · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIES DE SYPHILIS VACCINALE

rapparition subite, presque simultanée, d'une même maladie sur un grand nombre d'individus, sur une partie de la population d'un village ou d'un canton. Dirait-on autrement si, au lieu de la syphilis, il s'agissait de la rougeole, de la grippe, des oreillons, de la diplithérie?

Eh bien, des épidémies de ce genre ont-elles été jamais réalisées par la syphilis vaccinale ? Oui; et non pas seulement une fois, mais plusieurs fois, et cela en divers pays, et cela chez nous même. Et ce n'est pas là, à coup sûr, une des particularités les moins curieuses de notre sujet actuel que de voir l'infection vaccino-syphililique nous présenter la syphilis sous la forme épidémique.

Ainsi, plusieurs fois on a vu de petites localités, des villages, où la vérole était pour ainsi dire inconnue, être subitement envahis, infestés par ce mal à la suite d'une vaccination malheureuse. Quelques-unes de ces épidémies sont restées tristement célèbres dans l'histoire. Telles sont surtout celles de Rivalta, de Crémone, de Lupara, du Morbihan, etc.

La plus fameuse entre toutes est celle de Rivalta, petite locaHté de l'arrondissement d'Acqui, province d'Alexandrie. Elle se produisit en 1861. — En voici le résumé très sommaire.

Quarante-six enfants sont vaccinés avec le vaccin d'un enfant syphilitique. Sur ce nombre, trente-huit contractent la syphilis par infection vaccinale.

Un de ces trente-huit enfants sert à vacciner dix-sept autres enfants, sur lesquels sept sont infectés de la même façon.

30 SYPHILIS VACCINALE.

Puis surgissent les ricochets de contagion, s'exerçant des enfants infectés sur leurs mères qui, pour la plupart, sont en même temps leurs nourrices. Ainsi l'on ne compta pas moins de sept mères infectées par leurs enfants.

Bref, au bout d'un certain temps, dans un petit village 011 la syphilis était restée presque inconnue jusqu'alors, cinquante-deux personnes se trouvèrent empoisonnées de syphilis par une série de contagions originairement issues de la vaccine; — et, six mois plus tard, on enregistrait déjà sept morts ! (1).

Et de même pour d'autres épidémies analogues, toutes plus ou moins chargées de contaminations de même origine (2).

(1) V. Pièces justificatives, note IH.

(2) Les épidémies de syphilis vaccinale auxquelles il est fait allusion ici, pour De citer que les principales, sont celles de Sospiro et de Crémone rapportées par Cérioli, de Torre de Busi (déjà citée), de Lupara, de la Rufina, du Morbihan, du département du Lot, etc. — Voici le chiffre des cas de contagion observes dans chacune d'elles :

I. — Deux faits de M. Cerioli, dont l'un est connu sous le nom d'épidémie de Crémone.

Sommaire :

Pi 'emiev fait. — En 1821, un médecin des environs de Sospiro inocule à 40 enfants le vaccin d'une fillette de trois mois, enfant trouvée, parfailement saine d'apparence. — Quarante enfants environ, sur les 46 vaccinés, sont ainsi infectés de syphilis (chancres syphilitiques apparaissant au niveau même des piqûres vaccinales). — Puis, secondairement, infection des nourrices et des mères de ces enfants (chancres des seins). — Dix-neuf enfants succombèrent. Une seule des femmes infectées mourut à la suite d'une fausse couche, au septième mois de sa grossesse.

Deuxième fait. — En 1841, un enfant choisi par le D' Bellani, médecin vaccinateur de Grumello, province de Crémone, sert à vacciner 64 enfants appartenant à quatre communes. Le vaccinifère, fils d'un père syphilitique, ainsi qu'on l'apprit plus tard, infecte par son vaccin la plupart de ces enfants, lesquels, à leur tour, transmettent leur mal à leurs mûres et à leurs nourrices. — Huit enfants et deux femmes succombèrent. — De la transmission de la syphilis par la vaccination,

Tels peuvent être, Messieurs, les méfaits de la syphilis vaccinale. Et vous jugez si j'étais coupable d'exagération

Alexandre Viennois, Arch. gén. de méd., 1860, t. XVI, p. 44 à 57. (V. Pièces justificatives, note VI.)

H. — Épidémie de Lupara. (Communication à l'Académie impériale de médecine par M. Depaul, séance du 31 janvier 18G5, Bull, de l'Acad. impér. de méd., 1864-65, t. XXX, p. 353 à 355.)

Sommaire :

A la fin d'octobre 1856, M. le D'' Jlarone, de Lupara, inocule à un grand nombre d'enfants du vaccin en tubes, envoyé de Campobasso.

Vingt-trois des enfants vaccinés sont infectés de sypliilis (chez tous ciiancres des bras).

Par ricochet, un certain nombre des mères et des nourrices de ces enfants sont infectées (chancres des seins) et infectent à leur tour leurs maris.

Un de ces vingt-trois .enfants, ayant été choisi comme vaccinifère pour une nouvelle série de vaccinations, infecte par son vaccin onze nouveaux eufants, dont plusieurs succombèrent. — Un certain nombre de mères et onze nourrices sont, cette fois encore, secondairement infectées.

Ces nourrices, à leur tour, infectent d'autres nourrissons à qui elles donnent accidentellement le sein.

Enfin, plusieurs d'entre elles, étant devenues enceintes, accouchèrent d'enfants morts ou vivants, mais syphilitiques. (V. Pièces justificatives, note VII.)

III. — Le D"- Galligo, médecin distingué de Florence, a consigné le fait suivant dans un mémoire intitulé : « Sur quelques questions de syphiliographie. »

Dernièrement, aux environs de Florence (à la Rufiiia), quatorze enfants furent infectés de syphilis par le vaccin d'un nouveau-né, dont les parents, peu de temps avant sa naissance, avaient présenté (d'après les informations reçues) de graves accidents spécifiques secondaires.

Cet enfant avait toutes les apparences d'une santé parfaite. {Gaz. hebd. de Paris, 1860, p. .')20.)

IV. - Épidémie de syphilis vaccinale du département du Lot, citée par Depaul. (Discussion sur la vaccination animale à l'Acad. de méd

f'vvvT,*^'' ^ i^^Pé''- de méd., I866-67!

t. XXXII, p. 1030 à lOiO.)

Sommaire :

Au mois d'août 1866, dans la commune de Cardeillac, département V ni^t dPMv tnf ° '"f '^'^ paraissant sain, sert à vacciner

slnh 1?, h! «"'^ vingt-deux reçoivent la

sypnuis de ce vaccm.

Sur les treize enfants infectés, ua contamine sa mère, un autre sa

SYPHILIS VACCINALE.

en vous disant qu'on les a vus parfois s'élever au rangr de véritables désastres.

Maintenant, après ce lugubre chapitre concernant nosmalades, permeltez-moi tout aussitôt d'en ouvrir un aulre, celui-ci tout personnel et relatif à nous, médecins. Laissez-moi vous montrer en quelques mots, pour ea finir avec ces préliminaires, quelle responsabilité nousincombe dans ces tristes événements et comment nos intérêts moraux et matériels y peuvent être engagés.

Il est évident qu'un médecin auquel est arrivé le malheur d'inoculer la syphilis à un client sous le couvert de

nourrice. — Donc, quinze victimes en tout, dont deux par ricochet.. (V. Pièces justificatives, uote VIII.)

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