V. — Épidémie de syphilis vaccinale d'Auray (Morbihan
Une sage-femme du bourg de Granchamp (arrondissement de- Vannes) reçoit le 20 mai 18GG, de la préfecture, du vaccin sur plaques.
Le 21 du même mois, deux enfants, des noms de Mahé et de Norcy, paraissant jouir tous les deux d'une excellente santé, sont inoculés avec ce vaccin.
Huit jours après, la même sage-femme prend du vaccin sur le bras de Norcy et l'inocule à un troisième enfant âgé de trois mois, fort et en apparence très bien portant. Comme cet enfant devait servir à de nombreuses vaccinations, on lui fit à chaque bras six piqûres, qui donnèrent lieu à autant de pustufea vaccinales.
Le 3, le 4 et le 5 juin, la sage-femme, suivie de cet enfant, se transporta dans plusieurs communes et fit de nombreuses vaccinations, plus de quatre-vingts, a-t-elle dit.
Or, sur ces 80 enfants vaccinés, 31 furent retrouvés atteints de syphilis, et de syphilis d'origine incontestablement vaccinale, le 20 août suivant, lors de l'enquête dont furent chargés par le ministre MM. Depaul et Roger, pour éclaircir ces faits.
D'autre part, deux vaccinés de celte première série (qui tous deux furent du nombre des enfants infectés) servirent, le 12 juin, à de nouvelles vaccinations. Sur 17 enfants, auxquels leur vaccin fut inoculé, 14 furent encore infectés.
Au total, -45 victimes.
Communication de MM. les D" Closmadeuc et Denis (d'Auray), Bull, de l'Acad. inipch: de méd., 18G0, t. XXXI, p. 888; — et rapport au ministre de l'agriculture, par Depaul, Bull, de l'Acad. n«pe»-. de méd., t. XXXII, 1866-67, p. 202 à 224. (V. Pièces justificatives, note IX.) — P.
la vaccine a commis là un acte presque aussi déplorable pour lui-même que pour son client.
Déplorable pour lui-même, ai-je dit. Oui, et à tous égards.
Déplorable au point de vue moral, d'abord. N'est-il pas absolument pénible, en effet, d'avoir sm* la conscience, si involontaire soit-il, le fait d'une transmission de syphilis à un ou plusieurs individus, à un enfant, à une famille, à des amis peut-être? N'est-ce pas là pour tout homme de cœur motif à regrets des plus amers, à souvenirs des plus attristants ?
Eh bien, à un tout autre point de vue, c'est là un fait non- moins déplorable, matériellement; — et vous allez me comprendre.
Jugez de la situation d'un médecin qui a introduit la vérole au foyer d'une honnête famille. Yoici, je suppose, un jeune ménage où vient de naître un bel enfant. La mère, non sans quelque appréhension, quelque répugnance secrète, a consenti à ce qu'un médecin inoculât la vaccine à cet enfant. Et, au lieu de la vaccine ou avec la vaccine, le médecin a inoculé à l'enfant un mal ignoble, répugnant, immonde, un mal réputé l'apanage de la débauche, un mal dont le nom seul fait rougir cette mère et qui la révolte d'horreur. Quel accueil sera désormais réservé à ce médecin, à ce « coupable», par cette mère, par cette famille ?
Puis, le fait étant divulgué et devenant de notoriété publique, représentez-vous la situation de ce médecin, surtout dans une petite ville de province, par exemple, où tout se sait, se commente, se colporte, s'exagère.
FoUlliMEIl. o
SYPHILIS VACCINALE.
Croyez-vous que sa clientèle résistera au triste renom qui va lui être fait d'introducteur de la vérole au foyer des familles? On l'a dit avec toute raison, un malheur de ce genre peut suffire à discréditer, à perdre un médecin, tout au moins à lui causer un préjudice des plus graves au double point de vue de l'estime publique et des intérêts privés.
Et ce n'est pas tout. Car vient en second lieu le chapitre des revendications pécuniaires. 11 est évident qu'un médecin auquel est arrivé un malheur de ce genre se trouve dans la situation d'un homme qui a causé un dommage à autrui, dommage dont on peut lui demander réparation, soit à l'amiable, soit par voie juiliciaire..
Veuillez vous souvenir en effet de ce principe de notre Code civil, d'après lequel on est responsable non pas seulement du dommage ou du préjudice que l'on commet à dessein, mais encore du dommage ou du préjudice que l'on cause à autrui sans intention de nuire, voire inconsciemment.
J'accorde qu'en l'espèce (et nul plus que moi n'abonde en ce sens) il y ait lieu d'invoquer en faveur du médecin tout un ensemble de circonstances atténuantes : précautions prises en vue d'assurer la sécurité de l'opération; — difficultés de l'enquête à instituer sur les antécédents du vaccinifère et plus encore sur ses ascendants; — erreurs ou surprises de diagnostic rendues possibles par diverses circonstances, telles que, par exemple, l'état latent de la syphilis sur ledit vaccinifère et sur ses parents.
Mais n'importe, le fait matériel, le dommage^ comme l'on dit en style juridique, n'en subsiste pas moins, et
c'est à l'auteur de ce dommage, c'est-à-dire au médecin, qu'incombe l'obligation de le réparer. Ainsi, du moins, l'ont compris et jugé les tribunaux de divers pays.
Mais sortons des généralités et précisons.
D'abord, des revendications pécuniaires, sous forme de ce qu'on appelle une action en dommages-intérêts, peuvent être exercées contre le médecin.
Cela va de soi. Et plus d'une fois — j'en pourrais relater des exemples — des confrères se sont estimés trop heureux de conjurer à prix d'argent des procès de ce genre dont ils étaient menacés.
J'aurais même à citer un cas où l'un de nos plus estimables collègues des hôpitaux, accusé d'avoir transmis la syphilis à l'un de ses clients par le vaccin, préféra « s'exécuter», c'est-à-dire faire le sacrifice d'une certaine somme d'argent, plutôt que d'encourir les ennuis et le retentissement d'un procès. L'atïaire, sur laquelle il me fît l'honneur de me consulter, était des plus litigieuses, et je doutais fort pour ma part que la syphilis en question dérivât d'une origine vaccinale. J'engageais donc vivement mon honoré collègue à accepter le procès, en provoquant une expertise dont le résultat l'eût, à mon sens, innocenté. Mais lui, plus vieilli que moi dans la pratique des hommes et des choses (il y a une quinzaine d'années de cela), se refusa obstinément au parti que je lui proposais. « Je suis persuadé, me disait-il, qu'en principe et scientifiquement vous avez raison ; je crois môme que les tribunaux (qui cependant ne pèchent pas par excès de tendresse pour les médecins) me donneraient
SYPHILIS VACCINALE.
gain de cause. Mais, moralement et matériellement, je perdrais plus à gagner mon procès qu'il ne m'en coûtera pour l'étoufler. » Et il transigea. — Encore aujourd'hui, je crois qu'il eut tort; mais je m'explique mieux qu'autrefois les raisons devant lesquelles il a reculé, raisons toujours préjudiciables à la dignité médicale non moins qu'aux intérêts du médecin.
En second lieu, il ne s'est pas toujours agi en pareil cas de simples revendications pécuniaires. Plusieurs fois une action correctionnelle (correctionnelle, entendez bien et pesez bien le mot. Messieurs) a été intentée contre des médecins qui avaient eu le malheur de transmettre la syphilis par la vaccine.
Oui, pour ce fait, des médecins ont été traduits, comme de vulgaires mall'aiteurs, devant des tribunaux correctionnels; et ces tribunaux les ont condamnés, voire sévèrement condamnés, comme vous allez le voir,
A Coblenz, le vétérinaire B... (dont je vous ai déjà entretenus précédemment) s'était cru le droit, disposant d'un vaccin qu'il croyait siàr, de pratiquer un certain nombre d'inoculations vaccinales au cours d'une épidémie de variole. (Notez ce dernier point à sa décharge : au cours d'une épidémie de variole, c'est-à-dire dans un moment où la santé publique était gravement et immédiatement menacée). Eh bien, pour ce fait, il fut arrêté, traduit devant un tribunal, déclaré « coupable d'impérilie », et condamné à deux mois de prison (1).
(1) V. De la prétendue syphilis vaccinale. Rapport de Brocasur uu
PROCÈS IIUBNER.
Un procès plus célèbre encore, qui a eu autrefois un grand retentissement, fut celui du D' Ilubner.
Hubner, médecin sanitaire à Ilollfeld (Franconie), vaccina douze enfants avec du vaccin pris sur un enfant sypbilitique. Huit de ces enfants reçurent ainsi la syphilis et infectèrent par ricochet un certain nombre de personnes adultes (mères, bonnes, etc.).
Pour ce fait, il fut cité en justice et condamné, le 4 décembre 1853, par le tribunal de Bamberg — écoutez bien ceci — à DEUX ans de détention, avec cette aggravation de peine spécifiée dans Tarrêt « que ladite détention aurait lieu dans une forteresse » (1) !
travail de M. le D"^ Pauli (de Landau), lu à la Société de chirurgie le 11 juillet 1855. [Mém. de la Soc. de chir. de Paris, t. V, 1863.)
» M. B... fut donc accusé, arrêté, jugé et condamné à deux mois de « prison comme coupable d'impéritie. »
Avant de citer les paroles de Broca, commentant cette condamnation, rappelons que l'enfant vaccinifère, qui fut examiné avant de servir aux inoculations, avait toutes les apparences d'une santé parfaite, et que chez ses parents, examinés plus tard et interrogés avec soin, on ne put rien trouver qui dénonçât la tare syphilitique.
« Ainsi donc, dit Broca, sous peine d'être accusé d'impéritie, le médecin doit prévoir l'avenir, et, s'il n'a pas le don de prophétie, malheur à lui 1 La reconnaissance publique le condamnera à deux mois d'emprisonnement. Voilà pourtant ce qui se passe en plein dix-neuvième siècle, dans un pays civilisé 1 En était-il antrement à ces époques de barbarie sauvage, où les médecins répondaient sur leur tête de la guérison de leurs clients? » (V. Pièces iustificatives note H.)— P.
(1) Même rapport de Broca (loc. cit., p. 575 à 583).
Broca expose d'abord le fait médico-légal qui a été le point de départ de la brochure de M. Pauli et dont voici le résumé :
Le Dr Hubner, de Ilollfeld (Franconie), vaccina, le 16 juin 1852, douze enfants du village de Fraienfelz. Le vaccin fut pris sur la petite Maria Relier, âgée de trois mois et dix jours. — La mère de cette enfant, ainsi que l'établit l'enquête ultérieure, avait été atteinte dixhuit mois auparavant d'accidents syphilitiques divers; guérie en moins d'un mois par un traitement spécifique, elle ne présenta plus tard aucune complication nouvelle. — La petite Maria, née le 6 mars 1852, bien constituée et saine en apparence an moment de sa naissance, fut atteinte, vers l'âge de trois semaines, d'ulcérations disséminées sur les mollets, les cuisses et les fesses. Elle était même encore
SYPHILIS VACCINALE.
Un médecin condamné pour un fait médical à la peine des criminels (F État!
affectée de semblables lésions (d'après les déclarations de certains témoins) lorsque M. Hubner prit sur elle du vaccin pour vacciner les douze enfants du village de Fraienfelz; ce dernier point cependant fut contesté dans la suite. Quelque temps après, l'éruption gagna toute la surface du corps, et Maria Relier succomba le 26 août 1852, soixante-dix joni's après la séance de vaccination.
Sur les douze enfants de Fraienfelz vaccinés le IG juin 1852, il y en eut quatre qui furent exempts d'accidents. Chez les huit autres il survint, vers les mois de septembre et d'octobre, des boutons et des ulcérations, d'abord au niveau des piqûres, puis sur les parties génitales, l'anus, les fesses, les cuisses et l'abdomen.
Cette atTection, en outre, se communiqua à huit personnes adultes, mères, bonnes, frères ou sœurs de ces huit enfants.
Malgré la gravité des accidents, aucun médeciu ne fut consulté avant le 9 février 1853. Ce jour-là, c'est-à-dire deux cent trente-sept jours après l'inoculation vaccinale, le Df Wening (de Casendorf) examina les malades et déclara qu'ils étaient tous atteints de syphilis constitutionnelle.
Parmi les personnes adultes infectées par ricochet, se trouvait une femme enceinte qui accoucha d'un enfant syphilitique.
Ces faits, déjà assez graves par eux-môraes, furent grossis encore par la rumeur publique; l'opinion s'émut. La régence de la Franconie supérieure jugea nécessaire d'ouvrir une enquête. Elle délégua le D"" Fischer, qui se transporta sur les lieux, examina les malades, recueillit les dépositions, et fît un rapport où il consigna les détails qui précèdent.
« Il en résulta, dit Broca (p. 580), un procès déplorable. Le Hubner fut accusé de blessure par imprudence et fut condamné, le 4 décembre 1853, à deux ans de détention dans une forteresse par le premier tribunal de Bamberg.
« Ce jugement sévère émut douloureusement le corps médical en Allemagne. C'était un précédent qui menaçait tous les médecins et qui pouvait devenir funeste à la société tout entière. Le jour où il serait admis eu pi'iucipe que les maladies peuvent se transmettre par la vaccination, et que les médecins sont responsables, devant la loi, de tous les accidents, plus ou moins suspects, qui peuvent sui'venir chez les personnes vaccinées, ce jour-là, il faudrait déposer la lancette et priver l'humanité des bienfaits de la découverte qui a immortalisé le nom de Jeûner. Où pourrait s'arrêter, en effet, l'ingratitude inintelligente des malades ou de leurs familles, et la sévérité souvent hostile de tribunaux toujours incompétents? Que de mères, coupables après avoir été malheureuses, attribueraient à l'imprudence de leur médecin la syphilis dont elles auraient transmis elles-mêmes à leurs enfants le germe inavoué! »
Et plus loin : « C'est au nom de notre profession outragée, c'est au nom de la science méconnue, que M. Pauli a publié son travail. Sou sentiment, du reste, a été partagé par tous les hommes éclairés de l'Allemagne. Un changement favorable n'a pas tardé à s'effectuer
Aussi bien le corps médical allemand s'émiit-il de cette condamnation non moins odieuse que ridicule. Et cette émotion retentit jusqu'en France, où un rapport indigné de Broca, lu à la Société de chirurgie, flétrit le jugement du tribunal de Bamberg.
Une bien légitime réaction de l'opinion publique força moralement la cour de Munich à casser l'arrêt du premier tribunal et à renvoyer notre confrère devant une autre cour. Là, il fut plus heureux, relativement, mais condamné cette fois encore, et condamné à « six semaines d'emprisonnement ».
Est-ce assez dire si nos intérêts professionnels et privés se trouvent gravement engagés dans la question qui nous occupe actuellement?
Cette question, Messieurs, nous n'avons fait jusqu'ici que la poser, en légitimer l'authenticité, l'envisager dans ses conséquences sociales ou autres. Il nous reste maintenant à l'étudier au point de vue clinique proprement dit.
dans l'opinion publique. M. Hiibner a interjeté appel devant la cour de cassation de Munich. Le premier jugement a été cassé sur les instances du procureur général, et l'affaire a été renvoyée à la cour d'appel de Bamberg. Celle-ci (d'après les conclusions du rapport de .M. le professeur Heyfelder, désigné comme expert) rendit un arrêt beaucoup moins décourageant que le premier, arrêt qui vous paraîtra sans doute encore trop sévère; mais il faut tenir compte de l'état de la législaUon médicale en Allemagne. Les vaccinations sont confiées aux médecins cantonaux, qui reçoivent à cet égard des insiruclions officielles. 11 leur est interdit, en particulier, de prendre le vaccin sur des enfants malsains el chélifs. Le tribunal, écartant toute idée d'inoculaUon syphiliUque, a condamné M. Hubner à six semaines d'emprisonnement pour avoir pris le vaccia sur un enfant malsain et chétif, contrairement aux instructions qu'il avait reçues comme médecin cantonal. » — P.
SYPHILIS VACCINALE.
Que se produit-il ou, disons mieux, que peut-il se produire, alors que, dans les conditions où la vaccination se pratique usuellement, du vaccin puisé à une source syphilitique a été inoculé à un sujet sain?
Les résultats d'une inoculation de ce genre peuvent être très divers, voire absolument opposés. Ainsi deux alternatives se présentent:
1° Il est possible que cette inoculation ne transmette pas la syphilis au sujet inoculé ;
2° Il est possible, au contraire, qu'elle transmette cette maladie.
De là deux ordres de cas qui demandent à être examinés séparément.
YI
Première alternative : Il est possible, vous disais-je à l'instant, que du vaccin emprunté à une source syphilitique, incontestablement syphilitique, et inoculé à un sujet sain, reste inoffensif ^ et cela, d'ailleurs, soit que l'inoculation de ce vaccin donne lieu au développement de la vaccine, soit qu'elle ne détermine aucun phénomène vaccinal.
Précisons par un exemple, pour éviter toute ambiguïté.
Un certain nombre de sujets non syphilitiques sont
CAS NÉGATIFS
inoculés le même jour, je suppose, avec du vacciu pris sur le même vaccinifère en puissance de syphilis. Eh bien, il peut se faire qu'un ou plusieurs de ces sujets ne reçoivent pas la vérole de ce vaccin qui infectera tous les autres.
Yoilà le fait bien clairement énoncé et sans ambages, sans incertitude possible, n'est-il pas vrai? Notamment, aucune suspicion sur la qualité infectieuse de ce vaccin ne saurait subsister en l'espèce, puisque plusieurs infections auront dérivé de ce vaccin. Or, dans des conditions de cet ordre, est-il authentique que certains sujets aient échappé à la contamination?
Oui, absolument oui. — Et c'est là ce qu'il nous faut établir.
Deux ordres de preuves vont servir à cette démonstration, à savoir : des preuves cliniques et des preuves expérimentales.
I. —Les preuves cliniques abondent ; car, dans presque tous les cas de syphilis vaccinale qui ont été relatés, on a observé ce que je viens de dire, à savoir :
Que, sur un certain nombre de sujets sains, vaccinés avec le même liquide vaccinal impur, les uns prennent la vérole et les autres restent indemnes. Ainsi :
1° Dans le cas du vétérinaire B..., un certain nombre •des sujets vaccinés échappent à la contagion, alors que dix-neuf sont infectés ;
2" Dans le cas de Hubner, sur douze vaccinés il y eut huit infectés de syphilis, contre quatre qui restèrent indemnes ;
SYPniLlS VACCINALE.
3" Dans un cas de Trousseau (1), sur six vaccinés, un seul reçut la contagion à laquelle échappèrent les cinq autres;
4" Bans le premier cas que je vous ai raconté, une mère et ses deux tîlles sont inoculées le même jour avec le même vaccin. La mère est contaminée ; rien ne se produit sur ses fdies ;
Et ainsi de suite (2).
(I) Cas rapporté par Trousseau dans la séance de l'Académie de inédecine du 24 janvier i8G5 [Bull, de l'Acad. impér. de méd., 1864-G5 t. A\X, p. .■iO.3 etsuiv.). '
Eli voici le sommaire :
Une jeune femme de dix-huit ans, récemment mariée, entre dans le service de chnique de Trousseau, à l'Hôtel-Dieu, vers les premiers jours du mois d'octobre 18G1. Elle venait se faire soigner d'une affection chronique de l'utérus. A part ceUe lésion utérine, cette femme était absolument bien portante et saine. Comme il y avait des varioles a 1 hôpital, elle témoigna le désir d'être vaccinée. Le vaccinifère qui lut choisi dans cette intention était un enfant âgé de moins d'un mois entré quelques jours auparavant dans le service (salle des nourrices) avec sa mère, qui seule était malade (rien de spécifique toutefois).
L'enfant avçiit les apparences d'une santé parfaite. Cependant Trousseau avoue qu'il ne prit pas la précaution de l'examiner nw.
Avant de vacciner cette jeune femme, on vaccina cinq enfants oui ne présentèrent rien d'anormal par la suite.
Quant à la femme, chez laquelle l'inoculation vaccinale avait échoué et qui avait quitté le service un mois après la vaccination, elle revenait trouver Trousseau un mois plus tard (c'est-à-dire deux mois après cette vaccination) et montrait sur son bras gauche « deux ulcérations recouvertes de croûtes épaisses et stratifiées ». On se méprit tout d'abord sur la nature de ces lésions. Mais le véritable diagnostic s'imposa à quelque temps de là, le mois suivant (janvier 1862). A cette date, en effet, cette femme rentrait à l'hôpital dans l'état suivant : les ulcérations du bras (mises sur le compte d'une vaccine à incubation longue) n'étaient pas cicatrisées et suppuraient; au-dessous, induration du derme; dans l'aisselle, adénopathie multiple, indolente; sur le tronc et les bras, roséole, dont le début remontait à peu près au 15 décembre; céphalée; adénopathie occipitale; rien du côté des ganglions inguinaux. — iVI. Ricord vit la malade et confirma le diagnostic porté par Trousseau, à savoir : syphilis, reconnaissant comme porte d'entrée les deux ulcérations, c'est-à-dire les deux chanci-es vaccinaux du bras gauche. — P.
(2) A ces exemples nous en pourrions joindre beaucoup d'autres tels que les suivants :
CAS NÉGATIFS
n.Les preuves expérimentales ne font pas plus défaut.
Ainsi, rappelez-vous d'abord le fait du Cory. Trois fois notre confrère s'inocula sans résultat du vaccin emprunté à des enfants dûment et incontestablement syphilitiques, à dessein choisis comme tels, voire en puissance d'accidents actuels de syphilis.
Que penser de même des faits suivants? Le Delzenne avait cru pouvoir conclure d'une série de cas observés par lui à Tinnocuité du vaccin des sujets syphilitiques. Sa conviction était même « si absolue, si complète à cet égard » qu'il résolut de tenter l'expérience sur lui-même. Donc, à trois reprises, il s'inocula avec du vaccin recueilli sur des sujets syphilitiques, notamment, dans un cas, avec du vaccin recueilli sur une femme qui, au moment même où fut pratiquée l'inoculation, présentait une syphilide papuleuse et des plaques muqueuses. Le résultat de ces tentatives resta absolument négatif, et notre courageux confrère fut fort heureux de se tirer sain et sauf d'une aussi périlleuse expérience (1).
1" Daus un des faits précédemment cités (cas du Cerioli), sur 46 enfants inoculés, G échappent à la syphilis.
2° A Torre de Busi, sur six enfants vaccinés un reste indemne, alors que les cinq autres sont infectés.
2" Dans le cas rapporté par le Lecoq (V. Pièces justificatives, note X) sur toute une série de militaires inoculés avec le vaccin d'un même vaccinifère syphilitique, deux seulement sont inl'ectés.
4» Le Dr Jonathan Hutchinsou cite un fait (que nous rapporterons plus loin) dans lequel la contagion épargna deux vaccinés sur douze; etc., etc. — P.
(1) En 18G5, je m'inoculai deux fois, à moi-même, du vaccin provenant de femmes syphilitiques. Sur trois piqûres, j'obtins, la première fois, une belle pustule vaccinale, la seconde fois, rien. Je n'observai aucune trace de chancre infectant.
Troisième expérience. « En 18GG, je choisis une nommée Augustiac P..., âgée de vingt et un ans, qui avait de nombreuses papules
C'est alors, dil-il, que, sûr de son fait, il vaccina plu- ^^•eLirs femmes saines avec du vaccin de sujets syphilitiques. L'infection spécifique ne se produisit sur aucune.
■Donc, vous le voyez, Messieurs, du vaccin emprunté a une source syphilitique peut ne pas transmettre la syphilis. Yoilà un point bien démontré.
si-
Ici, Messieurs, faisons un arrêt pour méditer la gnification réelle des cas que je viens de vous citer.
Que faut-il conclure de ces cas, comme de tant d'autres de même ordre que j'aurais pu y adjoindre? Contiennent-ils, comme l'ont prétendu certains de nos confrères, la démonstration de la « non-authenticité de la syphilis vaccinale »? Suffisent-ils à établir que le vaccin des sujets syphilitiques n'est pas apte à déterminer la syphilis ? Non, assurément non. Car, d'une part, tous les faits négatifs du monde ne sauraient prévaloir contre un seul fait positif bien authentique, tel, par exemple, que celui du Cory. Et, d'autre part, ce ne sont pas les faits positifs qui font défaut en l'espèce, comme vous le savez déjà et comme vous le verrez encore par ce qui va suivre.
D'ailleurs, les résultats négatifs dont je viens de vous entretenir ne présentent rien d'étonnant, rien qui doive
hypcrtrophiques ulcérées k la vulve et au périnée, une syphilide papuleuse générale et des plaques muqueuses à la bouche et à la goro-e; et, en présence de M. Boys de Loury qui avait contrôlé ces dingnosttcs et de mon collègue d'internat à Saint-Lazare, je me lis quatre inoculations de bras à bras avec le vaccin de ce sujet syphilitique. J'attendis le résultat qui fut absolument négalif. «
Des doctrines et des connaissances nouvelles en syphiliographie, par le Df Adolphe Delzemie. Thèses de Paris, 1867, p. 43 et 44.
CAS NÉGATIFS
VOUS surprendre. Môme chose s'observe journellement avec les virus les plus inoculables. De cela voici la preuve.
Yoyez la vaccine, par exemple. Est-ce qu'elle succède à coup sûr et chez tout le monde, même chez les enfants, à l'inoculation du vaccin?
Autre fait de môme ordre, cehii-ci encore relatif à la vaccine : généralement on vaccine par six piqûres, c'est la coutume. Or, n'est-il pas absolument commun que de ces six piqûres il n'y en ait que cinq, quatre, trois, qui « prennent », suivant l'expression consacrée, alors que les autres avortent? Parfois même il n'en est qu'une ou deux qui répondent à l'inoculation, toutes les autres restant stériles.
Mais ne parlons que de la syphiUs, pour rester sur notre terrain. Est-ce que toutes les inoculations de syphilis qui ont été tentées sur l'homme ont toujours et invariablement réussi, j'entends ont toujours et invariablement déterminé la syphilis? Non. Certes, personne ne contesterait aujourd'hui l'inoculabilité des lésions secondaires. Eh bien, nombre d'expériences tentées avec le pus de ces lésions n'ont abouti qu'à des résultats négatifs. Exemples :
Le D' Rattier (et ce médecin, pas plus que ceux dont je vais parler, n'avait eu la syphihs) s'est inoculé plusieurs fois la sécrétion de divers accidents secondaires sans déterminer sur lui le moindre phénomène morbide.
De même CuUerier, à Lourcine, en 1852, s'inocula impunément la sécrétion d'accidents de même ordre. Enfin (ceci vraiment serait à n'y pas croira), le D' Sar-
*^ SYPHILIS VACCINALE.
rhos affirme s'élre inoculé trenle fois le liquide de plusieurs variétés d'accidenls secondaires (diagnostiqués tels par M. Ricord) sans que l'infection syphilitique s'ensuivît (1).
Et même, relativement au chancre syphilitique qui passe, à tort ou à raison, pour être le plus inoculable de tous les accidents de la vérole, voici un fait dont je puis vous garantir l'authenticité pour en avoir été témoin oculaire. Un médecin, se disant exempt de syphilis, vint un jour nous demander, à l'hôpital du Midi, de lui inoculer la vérole, et cela en vue de certaines recherches qu'il désirait courageusement entreprendre sur luimême. Après longue résistance de notre part et longs pourparlers dont je vous ferai grâce parce que cela n'a pas trait à notre sujet actuel, on se décida à satisfaire
(l)Tous ces exemples sont empruntés à la thèse de M. le Df Sarrhos (De la syphilis primitive, Th. Paris, 1853, p. IIG et 117). Je cite textuellement :
«M. le Dr Raltier, qui n'avait jamais e.u la syphilis, s'est fait inoculer plusieurs l'ois la sécrétion morbide de toutes les formes des accidents secondaires, sans pouvoir faire naître chez lui le moindre symptôme spécial, et cela, il y a aujourd'hui (juillet 185-3) 'déjà plus de quinze ans.
" L'année dernière, on voyait à l'hôpital de Lourcioe M. Cullerier lui-même, qui n'avait jamais eu la syphilis, s'inoculer toujours impunément l'avuut-hras, un très grand nombre de fois, avec la sécrétion morbide des accidents secondaires.
« Nous aussi (p. 1 17), qui n'avons jamais eu la syphilis, nous nous sommes livi-é depuis le mois de juillet 1862 à quelques expériences de la même nature que les précédentes. Nous nous sommes inoculé une irentaijte de fois jusqu'à présent avec le liquide provenant de plusieurs formes d'accidents secontlaires ; — le liquide à inoculer, je l'ai pris à différents services des hôpitaux de Paris ; — le diagnostic des accidents secondaires qui me l'ont fourni, porté par moimême, a été tout à fait conforme à celui fait par les chefs respectifs de ces différents services. Il y a une quinzaine de ces expériences que j'ai faites dans le service et sous les yeux de M. Ricord lui-même, ainsi que de ses nombreux élèves. Avant de m'inoculer, j'attendais à dessein que M. Ricord se fût prononcé d'une manière nette et positive, et eût diagnostiqué, chez tel ou tel malade, positivement des accidents secondaires. » — P.
CAS NÉGATIFS. 47
son désir. L'inoculalion fut donc pratiquée, et pratiquée dans tontes les règles, avec une lancette largement chargée du pus d'un chancre syphilitique diagnostiqué tel par M. Ricord. Eh bien, malgré toutes les conditions favorables à la réussite de l'expérience, le résultat fut absolument négatif.
Et l'inoculation de la syphilis par le sang n'est-elle pas, elle aussi, formellement démontrée? Croyez-vous cependant qu'elle n'ait jamais fourni que des résultats positifs? Bien loin de là. Elle a échoué quatorze fois sur dix-neuf.
A ce point de vue, la célèbre expérience de Pellizzari est tout à fait formelle. Laissez-moi vous la rappeler en deux mots.
Le 6 février 1862, le W Pellizzari pratiqua l'inoculation de sang syphilitique sur trois de nos confrères qui s'étaient otTerts comme sujets d'expérience et dont les noms méritent bien d'être conservés (D'^Bargioni, Rosi et Passigli). Le sang avait été recueilli par une saignée sur une jeune femme qui présentait à ce moment même des accidents secondaires multiples. Un plumasseau de charpie bien imbibé de ce sang fut appliqué sur la peau de nos trois confrères, au niveau d'une région dépouillée d'épiderme et de plus sillonnée par trois scarifications. Or, l'inoculation ne donna de résultat positif que sur un seul des trois expérimentateurs, le Bargioni ; elle resia sans effet sur les deux autres (1).
(1) De la transmission de la syphilis par l'inoculation du sang, pnile Df Pietro Pellizzari de Florence; trad. de l'italien par M. le Corporandi (de Nice), ex-interne des liôpitaux de Lyon, Gazelle médicale de Lyon, I«G2, p. 231 à 23G.
Je crois devoir reproduire ici un résumé sommaire de cette célèbre expérience, non pas, à coup sûr, pour témoigner d'un fait qui n'est
SYPHILIS VACCINALE.
Donc, vous le voyez en toute évidence, Messieurs, l'inoculation d'un virus absolument et incontestablement ino-
plus discuté, à savoir l'iaoculabilité du sang syphililique, mais pour montrer les insziccès possibles de celle inoculation et les causes possibles, voire probables, de ces insuccès en certains cas particuliers.
Le (i février 18G2, devant presque tous les praticiens de Florence, le D-- Pcllizzari fit l'inoculaliou du sang extrait d'une femme syphilitique sur MM. les Gustave Bargioni, Henri Rosi et Henri Passigli, tous indemnes d'antécédents syphiliti(iues.
La femme, ùgée de vingt-cinq ans, était en pleine évolution d'accidents secondaires (papules muqueuses aux parties génitales et au pourtour de l'anus ; syphilides érylhémateuses sur le tronc; syphilides acuéiformes sur le cuir chevelu; adéuopathies multiples).
Le début de la maladie remontait à quarante ou quarante-cinq jours, et aucun traitement n'avait encore été fait.
Pour extraire le sang on fit une saignée de la céphalique au pli du bras droit ; aucune manifestation éruplive n'existait dans celte région, qui fut d'abord lavée. '
Le chirurgien se lava soigneusement les mains. La bande, la lancette, le vase destiné à recevoir le sang, étaient tout à fait neufs.
Le sang à peine extrait, on en imbiba un plumasseau de charpie que l'on appliqua au D"" Bargioni, ù la région supérieure et externe du bras gauche, au niveau de l'insertion du deltoïde, où l'on avait enlevé l'épiderme et fait trois incisions transversales.
La môme chose fut pratiquée au Rosi, avec cette différence cependant que l'abrasion de l'épiderme fut faite à la région supérieure et interne de l'avaut-bras gauche, et que le sang était déjà refroidi.
Vint le tour du Passigli. L'inoculaliou lui fut faite sur la même région et de la môme manière qu'au D>- Bargioni ; mais, à ce moment, te sang était presque entièrement coagulé. En conséquence, on appliqua sur la surface cutanée, outre la partie liquide, un morceau du caillot.
L'étendue de la surface destinée à l'inoculation fut, chez tous, de 2 centimètres de hauteur et de 1 cenlimètre de largeur.
Quatre jours après, toute trace de l'inoculation pratiquée avait disparu chez ces trois médecins.
Les choses eu étaient là, quand, le 3 mars, c'est-à-dire vingt-cinq Jours après V inoculation, le D"" Bargioni constata, au centre de ia surface où avait été inoculé le sang, une petite élevure qui lui occasionnait un peu de prurit et qu'il montra le jour même au D' Pellizzari.
Au bout d'une semaine, cette papule otii-ait la dimension d'une pièce de vingt centimes.
Bientôt, apparition dans l'aisselle correspondante de deux ganglions durs, mobiles et indolents.
Quelques jours après, on constatait à la place de la papule une ulcération du diamètre d'une pièce de cinquante centimes, eu forme d'entonnoir, à bords adhérents, à base indurés, à fond lisse, d'aspect diphthéroïde, et donnant issue à un léger suintement. Lue croûte, qui
CAS NÉGATIFS
ciilable peut quelquefois rester sans résultat, c'està-dire ne produire aucun phénomène morbide.
Un tel fait, comme bien vous pensez, a donné lieu à de nombreux commentaires. On s'est évertué à chercher le pourquoi des ces défaillances possibles de Tinoculalion; on s'est demandé comment il pouvait se faire qu'un virus inoculable à certains sujets restât par aventure inoffensif sur d'autres. Et l'on a cru trouver à cela bien des explications, que je ne saurais toutes reproduire.
On a dit, par exemple : «. Tout est alîaire de réceptivité en l'espèce. La même graine qui prospère sur un terrain avorte sur un autre. Si tel sujel, à un jour donné, résiste à l'inoculation d'un virus, c'est qu'à ce jour il n'étail pas dans des conditions propres à la subir, etc. » Cette théorie, Messieurs, n'a rien que de rationnel et d'admissible. Mais ce n'est qu'une théorie, qu'une interprétation ingénieuse, qui ne repose elle-
se renouvelait dès qu'on l'avait détachée, recouvrait la surface de cet ulcère.
Le 4 avril, légère céphalée uoclurne, et engorgements glandulaires à la région postérieure du cou.
Le 12 avril, c'est-à-dire quaranle-Lrois jours après l'apparition du phénomène primitif, de la papule initiale du hras, début de roséole.
A ces taches érytliémateuses, qui allèrent s'acccntuant de jour eu jour, se mêlaient, le 22 avril, des papules lenticulaires.
Quant à l'ulcère du bras, il était, à cette date, devenu sanguinolent sur ses bords et commençait à se réparer.
En présence de tels symptômes, le diagnostic de syphilis n'était plus douteux, èt le traitement mercuriel fut institué.
La preuve de la transmission de la syphilis par l'inoculation du sang était donc ainsi faite.
Quant aux deux autres médecins, auxquels avait été inoculé à l'un du sang déj;1 refroidi, à l'autre du sang coagulé, ils se tirèrent sains et saufs de cette expérience. — P.
FounNiEn. 4
S" SYPHILIS VACCINALE.
même que sur une hypolhèse non susceptible de démonstrulion.
D'ailleurs, même à la juger bonne, celte théorie ne saurait tout expliquer. Ainsi, lorsque, sur six piqûres vaccinales, trois réussissent et trois échouent, on ne saurait dire en toute évidence que ces dernières ont échoué par le fait d'un défaut de réceptivité individuelle.
En revanche, ce qui paraît mieux établi, c'est que, pour bon nombre de cas, l'échec d'une inoculation, quel que soit d'ailleurs le virus inoculé, peut tenir à des conditions purement matérielles, physiques, mécaniques, etc. Il est à croire, par exemple, qu'une inoculation reste parfois stérile pour telle ou telle des raisons suivantes : parce qu'elle a été mal faite, et mal faite d'une façon ou d'une autre; — parce que la lancette n'a pas pénétré assez profondément; — parce que le liquide inoculé n'était pas en quantité suffisante ; — parce que la piqûre a saigné et que l'écoulement du sang a pu entraîner la malière virulente; — parce que le liquide d'inoculation, au lieu de pénétrer sous l'épiderme, a été arrêté au passage par l'étroitesse de l'hiatus épidermique; — parce qu'il ne [irésentait pas, pour une raison quelconque, les conditions requises pour l'absorption; — parce qu'au lieu de recueillir le virus véritable, on n'a recueilli que du sérum, ce qui arrive, par exemple, alors qu'on épuise à l'excès un bouton de vaccin en le pressant à sa base, etc., etc.
Et de môme pour d'autres conditions qui doivent naturellement varier avec la qualité de chaque virus. Ainsi, dans la triple expérience de Pellizzari, il est possible
CAS NÉGA.TIFS. 51
(je serais presque tenté de dire probable) que Tinoculation ait éeboué deux fois sur trois parce qu'elle fut faite sur le D' Rosi avec du sang déjà refroidi, et sur le Passigli avec du sang coagulé.
Très certainement aussi, en debors et indépendamment de toutes ces causes, de toutes ces défectuosités opératoires, il doit exister des conditions encore inconnues de nous qui s'opposent au succès d'une inoculation. Ces conditions, que commencent à nous révéler les études bactériologiques actuelles, ne seront pas toujours impénétrables en ce qui nous concerne, espérons-le. Mais, quant à présent, force nous est bien de confesser qu'elles nous échappent encore. Faisons donc la part — et une large part — à l'inconnu en matière aussi délicate.
Au surplus, ce n'est là que le côté théorique de notre sujet. Laissons cela pour revenir à la clinique, et concluons, relativement au premier point qui vient de nous occuper, par les deux propositions suivantes :
1° Il est absolument certain que du vaccin emprunté à une source syphilitique^ indubitablement syphilitique^ veut rester inoffensif\ c'est-à-dire ne pas déterminer la syphilis sur le sujet inoculé, et cela en vertu de conditions dont le secret nous échappe, mais qui, si occidtes qu'elles soient encore, ne sauraient être mécomiucs.
2° Les cas où le vaccin emprunté à une source certainement syphilitique n'a pas déterminé la sijphilis sur le sujet inocidé sont incontestablement nombreux, excessivement nombreux. A preuve les observations multiples
SYPHILIS VACCINALE.
que nous venons de ciler et tant d'autres de môme ordre qui pullulent dans la science (1).
Remarquons d'ailleurs que, relativement à ce dernier point, les données fournies par les observalions et les expériences qui précèdent se trouvent en pleine conformité avec ce grand résultat de la pratique commune, générale, qui nous représente la syphilis comme une conséquence véritablement rare de la vaccine. Depuis Jenner, l'inoculation vaccinale de bras à bras a été répétée plus d'un milliard de fois, d'après les calculs de Broca ; et, en vérité, les observations de syphilis vaccinale, qui devraient être fort communes en raison de la fréquence indiscutable de la syphilis dans toutes les classes de la société, ne sont que rares. Ou devrait les compter par milliers; on n'en a enregistré que quelques centaines (2). La contaminalion vaccino-
(1) laiitile, croyons-nous, de ilrosser ici une fois de plus l'inventaire de ces cas négatifs, qui se trouve reproduit dans toutes les discussions et toutes les monographies relatives à la question de la syphilis vaccinale. — V., notamment, Discussion à l'Acad. de méd., 18U5.
(2) Dans une intéressante monographie [Sur la question de la vaccination, Rapport présenté au Conseil fédéral Suisse au nom de la Commission sanitaire fédérale), AI. le Lotz (de Bàle) évaluait, en 1880, à sept cent cinquante le nombre des cas connus d'infection syphilitique dérivant directement ou indirectement de l'inoculation vaccinale.
Et il les répartissait ainsi: Italie, 300; — France, 120; — Autriche- Hongrie, 68; — Angleterre, 36; — Écosso, 1; — Danemark, 7; — Prusse, 85; — Bavière, 17; — Amérique, 1, etc.
Mais il est de toute évidence que le total de cet inventaire est très inféri(mr, de beaucoup inférieur au chiffre réel des coutamiuations vacciuo-syphililiques, et cela pour plusieurs raisons.
D'abord, la statistique — si consciencieuse cependant — de M. le D- Lotz pèche par quelques omissions.
En second lieu, si minutieusemeut que puisse être jamais institué un recrutement des faits de cet ordre, il n'en est pas moins condamné d'avance à rester incomplet et très incomplet. Il restera toujours limité forcément à l'ordre des cas que, pour une raison ou pour une autre, on aura jugé intéi-essant ou indispensable de publier. Or, bien plus
CAS NÉGATIFS. 53
syphilitique, même depuis que rattention du public a été appelée sur elle par des faits profondément regrettables et par des discussions retentissantes, n'en est pas moins restée un accident exceptionnel dans nos annales. Sans doule, cet heureux résultat doit être attribué pour une large part à la connaissance même du danger et aux précautions prises contre lui. Mais soyez sûrs qu'une part en revient aussi, étant donnée l'excessive fréquence de la syphilis, à ces conditions occultes qui rendent inoffensif en nombre de cas le vaccin des sujets syphilitiques.
Yoilà ce qui, en dehors et au-dessus de toute théoiie, dérive h la fois de l'observation clinique et des résultats de l'expérimentation.
Nous en avons fini avec la première des deux alternatives que peut présenter, comme résultat, l'inoculation à un sujet sain d'un vaccin emprunté à un sujet syphilitique. C'est l'ordre des cas où ce vaccin reste inoffensif.
Abordons actuellement la seconde, celle où ce même
nombreux en l'espèce sont les faits inédits, ceux qu'on laisse tomber dans l'oubli pour divers motifs, ou même, plus souvent encore, sans motifs. Il y a, certes, bien plus de syphilis vaccinales dans les cartons ou lei souvenirs des praticiens que dans les colonnes de ?ios journaux. Moi-même, avais-je publié jusqu'à ce jour un seul des nombreux cas de ce genre que j'ai observés soit dans ma pratique privée, soit à l'hôpital? Et combien de mes confrères en pourraient dire autant! 11 y a plus. Le même silence a dû couvrir parfois des cas plus importants. Pour ma seule part, j'ai connaissance de deux véritables épidémies de syphilis vaccinale qui ont été tenues secrètes et sur lesquelles je n'ai pu obtenir que des renseignements très incomplets, « l'affaire ayant été étouffée ». Et ainsi de suite.
Ce qui n'empêche cependant que la proposition précitée ne reste absolument vraie. Certes oui, la syphilis vaccinale est rare. Mais, à coup si'ir aussi, elle l'est moins qu'on ne serait légitimement autorisé a le croire, si l'on en jugeait seulement le degré de fréquence d'après les documents publiés.
^* SYPHILIS VACCINALE.
vaccin va devenir nocif, où il va transmettre la syphilis au sujet inoculé. Avec celle-ci nous entrons au cœur même de notre sujet.
YII
Nous le savons de reste dès à présent, il est possible qu'une inoculation faite avec du vaccm emprunté à un organisme syphilitique confère la syphihs au sujet sur lequel elle a été pratiquée.
Or, au point de vue clinique, une question se présente aussitôt : Dans les cas de cet ordre, à quels phénomènes va donner lieu sur le sujet inoculé celte double inoculation, cette inoculation mixte qui contient à la fois le virus de la vaccine et le virus de la syphilis?
Ces phénomènes, forcément, vont être multiples et complexes, puisque deux virus se trouvent importés simultanément dans l'organisme, où chacun devra, suivant toute vraisemblance, réagir à sa manière. Cela, théoriquement, nous pouvons le prévoir; et cette induction rationnelle, disons-le à l'avance, se trouve absolument confirmée par l'expérience clinique.
Divers ordres de cas sont réalisés par cette inoculation mixte. Mais ils sont naturellement réductibles à deux groupes, comme il suit :
\° Cas où la syphilis se produit seule, la vaccine avortant ;
2° Cas où la syphilis et la vaccine se produisent à la fois.
Parlons d'abord des cas les plus simples, ceux du premier groupe.
I. Dans les cas de cet ordre, la syphilis se produit seule, la vaccine avortant.
Tout d'abord, rien d'étonnant à ce résultat d'une inoculation mixte, contenant à la fois le virus de la syphilis et celui du vaccin. Si la syphilis se produit seule, c'est que, pour une raison quelconque, lavaccine a fait défaut. Or, vous savez s'il est commun que la vaccine fasse défaut, non pas seulement dans les revaccinations, mais alors même qu'il s'agit d'une première vaccination. C'est là un phénomène très ordinaire, presque journalier.
Or, la vaccine faisant défaut, comment vont se présenter les choses? Le plus simplement du monde. Il vase produire ce qu'on observe dans la contagion syphilitique usuelle, courante, banale, ou bien encore ce qu'on a observé dans les cas d'inoculation expérimentale de syphihs sur des sujets sains.
Rappelons donc tout d'abord en quelques mots ce qu'est l'évolution syphiHliqiie normale, alors que la syphilis dérive d'une contagion exclusivement svphibtique.
Cette évolution, à ne parler que de ses étapes initiales (les seules qui nous intéressent pour l'instant), obéit à de véritables lois, que je vous ai longuement spéciliées dans une autre série de conférences (1), et qu'il me suffira de rappeler ici en quelques mots. Elle se fait en quatre
(I) V. Leçoîis cliniques sur la syphilis étudiée plus particulièrement chez la femme, 2° édit., p, G et suivantes.
SYPHILIS VACCINALE.
lempsel d'une façon rigoureusement méthodique, comme il suit :
1° Tout d'abord, incubation véritable, séparant le moment de la contagion ou de l'inoculation du moment où apparaissent les premiers phénomènes morbides appréciables; — et incubation toujours assez longue, oscillant en moyenne entre vingt et vingt-cinq jours, mais variable de durée dans de certaines limites (quinze jours comme minimum et six à sept semaines comme maximum).
2° Au delà de ce laps de temps, apparition in situ, c'est-à-dire au point même où a pénétré la lancette, d'une lésion dite chancre; — lésion consistant en un néoplasme cutané, à surface excoriative ou légèrement ulcéreuse ; — lésion, de plus, ne tardant pas à provoquer à son voisinage, c'est-à-dire dans les ganglions qui lui correspondent, une adénopalhie à caractères spéciaux bien connus, adénopalhie dite bubon satellite du chancre.
3" Pour une échéance de six à sept semaines, absence de tout phénomène nouveau. Rien autre qu'une lésion d'apparence locale, à savoir le chancre, lequel, avec son bubon satellite, constitue l'expression unique par laquelle se traduit la maladie pendant cette période.
4" Enfin, au delà, explosion d'accidents multiples et disséminés, constituant l'invasion de ce qu'on appelle la période secondaire de la syphilis.
Yoilà, chacun le sait, comment procède la syphilis à son début, comme qualité d'accidents et comme évolution.
Eh bien, Messieurs, c'est là, trait pour trait, ce que nous allons observer à la suite de l'inoculation vaccinosypbililique. Mômes symptômes et même évolution morbide, exactement.
Et en elTet, si nous suivons pas à pas les phénomènes qui vont succéder à une telle inoculation, voici ce que nous allons observer.
On vient, je suppose, de pratiquer une vaccination avec une lymphe vaccinale que l'on croyait, bien entendu, ne contenir que le virus préservatif, alors qu'eu réalité elle contient en outre le contage syphilitique. On s'attend tout naturellement à voir se produire la vaccine.
Or, pas du tout. La vaccine ne se produit pas.
On n'est que médiocrement surpris de ce résultat négatif, et l'on se dit simplement : Le vaccin n'a pas pris, rien d'extraordinaire à cela; c'est une vaccination à recommencer.
Puis, trois, quatre, cinq semaines s'écoulent dans un calme parfait. Rien encore ne se produit, et l'on est bien loin de s'en étonner, car légitimement on n'a rien à attendre.
Et c'est alors que, sur une ou plusieurs des piqûres, un travad morbide semble éclore. Apparaît une rougeur, laquelle presque aussitôt devient légèrement papuleuse. La papule ainsi formée s'accentue, s'accroît. Bientôt elle devient humide, excoriative, et se recouvre d'une croîilelle. Puis, tout cela augmente d'importance, jusqu'à constituer un véritable bouton croCUeux, étalé, ^ de l'étendue d'une pièce de vingt ou de cinquante centimes.
SYPHILIS VACCINALE.
Savez-vous quelle est alors l'erreur uniformément commise par les gens du monde, erreur certes bien naturelle? Ce bouton croûteux est invariablement pris par eux pour « un bouton de vacciji en retard ». C'est là textuellement ce que me disait encore, ces derniers temps, un malade qui a été victime d'une inoculation vaccino-syphilitique. « Lorsque je n'ai rien vu paraître après la revaccination qu'on avait cru devoir pratiquer sur moi, je ne m'en suis pas étonné, et j'ai cru que, si rien ne se produisait, c'était que je n'avais pas besoin d'être revacciné. Puis, quatre à cinq semaines plus tard, lorsque j'ai senti quelque chose se développer sur mon bras, j'ai regardé et j'ai vu là une croûte. Cela m'a surpris, mais je me suis dit : c'est mon vaccin qui prend, après n'avoir pas voulu prendre; voilà un vaccin bien retardataire, etc. »
Hélas ! ce n'est pas là un vaccin « retardataire ». C'est label et bien un chancre, un véritable chancre qui vient d'éclore. C'est là le premier symptôme par lequel se traduit l'infection vaccino-syphilitique.
Et, en effet, tout va se continuer au delà comme dans la syphilis contractée par contagion ou bien comme dans la syphilis d'inoculation expérimentale.
Et, en effet, cette lésion inattendue qui, après quatre à cinq semaines, vient de se produire sur le bras (et que pour l'instant je ne vous décris pas plus amplement, parce que je me réserve d'en reprendre bientôt l'histoire clinique avec détails), cette lésion, dis-je, n'existe pas depuis plus de quelques jours, que déjà un ou plusieurs des ganglions de l'aisselle correspondante commencent
à se tuméfier. Voilà le bubo7i satellite en voie de développement.
Ainsi donc, d'une part, première étape constituée par l'incubation initiale; —puis, d'autre part, seconde étape, caractérisée par l'invasion du chancre et du bubon satellite. Tout jusqu'ici, vous le voyez, est identiquement conforme à ce qui se produit dans la syphilis commune, ordinaire. — Mais poursuivons.
Au delà, troisième étape, pendant laquelle rien autre ne se manifeste. Pour six à sept semaines, la papule croûteuse du bras et l'adénopathie axillaire constituent les seuls accidents morbides.
Finalement, quatrième étape, inaugurée par l'explosion, vers la septième semaine, d'accidents multiples, disséminés, variés, qu'à leurs caractères il est impossible de ne pas reconnaître pour des manifestations de syphilis secondaire.
De sorte qu'au total et d'un bout à l'autre de cette évolution, tout se passe ici exactement comme dans le cas le plus banal, le plus vulgaire, de syphilis par contagion ou de syphilis par inoculation. Au lieu du vaccin, on aurait inoculé sur le bras du pus de chancre ou de plaque muqueuse que les résultats n'auraient pas été différents.
Conclusion : Alors qu'on inocule à un sujet sain du vaccin emprunté à un organisme syphilitique, et alors aussi que ce vaccin ne détermine pas d'éruption vaccinale tout en déterminant l'infection syphilitique, les symptômes morbides dérivant de cette inoculation mixte
SYPHILIS VACCINALE.
sont exactcme7it identiques à ceux que produit l'insertion sur nn sujet sain du pus d'un chancre, du pus d'une plaque muqueuse, ou du sang syphilitique. Rien autre, rien d'étranger ne s'y ajoute. De part et d'autre ce sont les mêmes symptômes, se succédant dans le même ordre, avec la même régularité, la même inflexibilité d'évolution.
Yoilà un premier point réglé, et celui-ci est des plus simples.
Venons maintenant à noire second ordre de cas, où l'inoculation a pour double résultat de produire à la fois la vaccine et la syphiHs.
Ici, naturellement, forcément, les phénomènes devront être plus complexes que dans le cas précédent, puisque deux maladies vont entrer en action.
Attendons-nous donc à des manifestations pathologiques bien autrement difficiles à démêler que celles dont j'ai eu à vous faire l'exposé jusqu'ici.
A priori, pouvons-nous avoir quelque idée de ce qui va se produire? Pouvons-nous préjuger quels phénomènes vont se dérouler devant nous et quelle évolution ils vont affecter? Oui, car les affections virulentes obéissent généralement à des lois dont il ne leur est permis de s'écarter que dans une faible mesure; et, en l'espèce, les lois qui régissent l'évolution de la vaccine et de la sypbihs sont actuellement bien déterminées et connues.
Ainsi, ce que nous savons, c'est que :
1° La vaccine commence son évolution apparente dès le quatrième jour qui suit l'inoculation. Elle n'a guère en moyenne que trois jours d'incubation ;
2" La syphilis, au contraire, a une incubation beaucoup plus longue, ne s'abaissant que rarement au-dessous de trois septénaires.
De là cette déduction nécessaire, à savoir :
Que, les deux maladies ayant été inoculées à la fois, au môme instant, par le même coup de lancette, et toutes deux étant appelées à dérouler leurs symptômes propres, la première qui entrera en scène sera la vaccine, tandis que la syphilis n'apparaîtra que plus tard, à échéance plus reculée.
Ce que nous savons encore, d'autre part, c'est que :
1" Toute l'évolution de la vaccine est comprise (à dater du jour de l'inoculation) dans un laps de trois semaines environ. Les croûtes terminales de l'éruption tombent en général du vingtième au vingt-cinquième jour, à cela près de légères variations en plus ou en moins;
2" La syphilis, d'autre part, ne commence le plus habituellement son évolution apparente que vers le vingtcinquième jour qui suit l'inoculation ; — quelquefois un peu plus tôt; — d'autres fois un peu plus tard ; — mettons, pour fixer des chiffres, du dix-huitième au trentième jour.
En conséquence, du rapprochement de ces divers chiffres il résulte ceci :
Que, d'une façon générale, la syphilis commencera
62 SYPHILIS VACCINALE.
son évolution apparente alors que la vaccine aura terminé ou sera sur le point de terminer la sienne ;
Et, (l'une façon plus explicite, que deux cas peuvent se présenter en l'espèce. Ainsi :
1° Si l'évolution de la vaccine a été un peu hâtive ou celle de la syphilis un peu tardive, il devra exister un intervalle de quelques jours entre la disparition des dernières manifestations de la vaccine et l'apparition des premiers accidents de la syphilis.
Supposons, par exemple, que la vaccine ait accompli son évolution le vingt-deuxième jour et que la vérole commence seulement la sienne vers le vingt-huitième jour. Dans ce cas, comme 28 — 22 = 6, il existera donc un laps intercalaire de six jours entre la chute des croûtes terminales de la vaccine et l'éclosion du chancre.
2" Au contraire, si la durée de l'éruption vaccinale a quelque peu dépassé ses limites ordinaires, ou bien si l'apparition du premier accident de la vérole est tant soit peu précoce, la vaccine n'aura pas encore accompli toute son évolution alors que la syphilis inaugurera la sienne.
Mettons, par exemple, que la vaccine dure vingt-cinq jours, et que l'éclosion du chancre ait lieu le dix-huitième jour. Comme 25 — 18 = 7, il y aura donc sept jours pendant lesquels les deux maladies coexisteront, seront en scène simultanément, se traduiront simultanément par les symptômes propres à chacune d'elles. C'est-à-dire que, pendant sept jours, les deux maladies, si je puis ainsi parler, feront conjonction, à la façon de deux astres qui se rencontrent et dont les cycles empiè-
lent réciproquement l'un sur l'autre. C'est dans ce dernier cas, forcément, que l'ensemble morbide sera le plus complexe, puisqu'il se composera de deux lésions affectant le même territoire et en quelque sorte superposées.
Yoilà ce que, relativement à l'évolution des phénomènes, nous permet de préjuger la théorie, théorie basée, je le répète, non pas sur de simples hypothèses, mais sur des notions cliniques et scientifiques absolument certaines.
Eh bien, ce que préjuge amsi la théorie, l'expérience le confirme de point en point. Si bien qu'en recherchant d'une façon spéculative ce qui devait se passer, je n'ai fait qu'une chose en réalité, à savoir vous décrire ce qui se passe effectivement, ce que réalise la chnique. Et, en effet, dans l'étude symptomatologique que nous devons aborder actuellement, nous allons retrouver tous les divers détails de l'évolution morbide que nous venons d'édifier hypothétiquement de toutes pièces.
Spécifions d'abord une distinction nécessaire. Deux ordres de cas se présentent en pratique. Ainsi :
1° Il est possible que des diverses piqûres par lesquelles a été pratiquée l'inoculation vaccinale, ce ne soient pas les mêmes qui déterminent à la fois et la vaccine et le chancre ;
t II est possible au contraire que ce soient les mêmes piqûres d'où dérivent à la fois la vaccine et le chancre.
Examinons tour à tour chacune de ces éventualités.
SYPHILIS VACCINALE.
I. — Premier ordre de cas. — Six piqûres, je suppose, ont été praliquées suivant la coutume. Quelques-unes, au nombre de quatre par exemple (comme dans un cas personnel que je prends pour type), fournissent une vaccine régulière qui suit ses périodes classiques.
Du vingtième au vingt-cinquième jour, les croûtes des pustules vaccinales se détachent et tombent. Tout est fini, ou du moins semble fini. — Cela, c'est la vaccine.
Puis, voici qu'une piqûre ou que les deux piqûres qui avaient avorté paraissent entrer en évolution et « vouloir prendre » , suivant l'expression des malades. Un bouton se manifeste à leur niveau. Ce bouton s'accroît, s'excorie, devient croûteux, etc. Bref, ce bouton n'est rien autre qu'un chancre qui vient de faire éclosion et qui va achever de se développer ultérieurement. — Cela, c'est la vérole.
Telle a été précisément l'évolution des phénomènes dans l'un des cas que je vous ai déjà cités, celui de M. leD'Millard.
Ici donc, vous le voyez, les deux évolutions morbides, c'est-à-dire celle de la vaccine et celle du chancre, ne sont pas seulement indépendantes chronologiquement; elles sont de plus indépendantes comme siège. Dans les cas de cet ordre, vaccine et chancre évoluent seulement côte à côte, au voisinage l'une de l'autre, mais avec des sièges différents. Vaccine et chancre ne sont pas contenus dans le même berceau. L'une est née de telles piqûres, et l'autre de telles autres.
n. — Second ordre de cas : Vaccine et chancre issus de la môme piqûre.
Deux maladies, dans ce nouvel ordre de choses, vont évoluer au môme siège, se succéder, se superposer m sâi/,si je puis ainsi parler. De là, conséquemment et nécessairement, une symptomatologie plus complexe que dans le cas précédent. Quelle va-t-elle être?
Règle invariable, c'est la vaccine qui ouvre la scène. Gomme d'usage, elle commence à poindre le quatrième jour.
Cette vaccine suit son cours de la façon la plus normale. Elle ne présente pas la plus légère irrégularité, le moindre caractère insolite qui soit de nature à faire suspecter ce qui se produira au delà. En un mot, elle est ce qu'elle doit être (1). Si bien que plusieurs fois on y a puisé sans défiance, pour y recueillir du vaccin. Aurait-on agi de la sorte, si elle eût offert quelque particularité exceptionnelle ?
(1) Maintenant que le service des vaccinations et des revaccioatious fonctionne avec régularité dans nos hôpitaux, nous avons chaque semaine sous les yeux des spécimens nombreux de vaccine développée sur des sujets syphilitiques de tout âge, de toute constitution, etc. Or, je ne cesse de remarquer et de faire remarquer à mes élèves que cette vaccine des sujets syphilitiques ne dilTère par aucun attribut objectif, non plus que par aucun attribut d'évolution, de la vaccine des sujets sains, et cela, même chez des malades en pleine éruption secondaire, même chez des malades affectés de syphilis grave. Elle offre souvent le type le plus accompli, le plus parfait, de la vaccine classique. On y pui.serait en toute confiance, mais pour y recueillir la syphilis avec le vaccin.
Cela est d'autant plus essentiel à affirmer que des opinions contraires ont été plus d'une fois imprudemment émises. On a dit que « toute association à la vaccine d'un virus étranger se traduirait par une modification correspondante de la vésicule vaccinale ». On a même avancé qu'un sujet syphilitique « est incapable de développer une vésicule vaccinale typique »! (V. P. Forster, On vaccino-syph:litic inoculalion, The American Journal of Syph. and devmalology, juillet 187().j Ce sont là des erreurs absolues, actuellement condamnées par l'observation, à ce point qu'il serait superflu, je pense, d'en instituer une réfutation en règle. Les signaler suffira.
Foun.NiKH. 5
66 SYPHILIS VACCINALE.
Donc, tout se passe comme d'usage, en tant qu'évolution vaccinale.
Arrive finalement la période de dessiccation des pus- Iules. Et alors, de deux choses l'une :
Ou bien les croûtes tombent à l'échéance usuelle, en laissant leur cicatrice usuelle. Tout semble fini. Puis voici, quelques jours plus tard, que cette cicatrice devient le siège d'un travail morbide nouveau. Elle rougit, s'enflamme visiblement et se transforme en un bouton papuleux, puis excoriatif, puis croûteux. Cette lésion nouvelle s'étend, progresse, s'amplifie. Bref, c'est un chancre qui s'est constitué en ce point.
Ou bien enfin — et avec cette dernière éventualité nous arrivons à une occurrence clinique des plus complexes et des plus ambiguës — les croûtes vaccinales, au moment où elles devraient tomber, où même elles devraient être tombées, ne tombent pas. Elles subsistent in situ. Et, d'autre part, à cette époque où les symptômes aigus de la vaccine sont périmés, un processus inflammatoire nouveau semble envahir la région. Une aréole rougeâtre se forme au pourtour de la croûte, qui se soulève et s'épaissit. En un mot, il devient manifeste, au moins pour un œil médical, qu'il se fait là quelque chose de nouveau et d'insolite.
Et, en efl'et, les jours suivants, la lésion nouvelle s'affirme de plus en plus, non-seulement par la persistance et l'élargissement excentrique des croûtes, mais encore par une certaine infiltration résistante des tissus sousjacents. Détachez alors la croûte par l'application de
quelques cataplasmes, eL sous elle vous trouverez une surface dermique excoriative ou ulcéreuse, laquelle n'est autre qu'un chancre en voie de développement.
Ainsi donc, le chancre est ou était constitué sous la croûte même de la vaccine. 'fi' est ce chancre en voie de formation qui a entretenu et consolidé la croiile vaccinale en lui fournissant des matériaux nouveaux. C'est lui qui, de la sorte, a prolongé la durée apparente de la vaccine.
Aussi bien pouvons-nous comprendre d'après cela ces assertions des malades si souvent relevées dans les observations de syphilis vaccinale, à savoir a qu'ils ont eu une vaccine longue, une vaccine qui nen finissait pas, une vaccine dont les croûtes ne voulaient pas tomber, etc. ». Cette « vaccine longue », cette vaccine prolongée bien au delà de son terme habituel, ce n'est là que le chancre vaccinal éclos sous la dépouille croûteuse de la vaccine.
D'où il suit que, dans les cas de cet ordre, de tous les plus complexes, l'éclosion du chancre est absolument larvée (mot exact ici par excellence), c'est-à-dire masquée par le revêtement croûteux de la vaccine antérieure.
D'où il suit encore qu'à un moment donné les deux maladies qui ont été introduites dans l'organisme par une même piqûre se trouvent en évolution synchrone, se trouvent en conjonction. Seulement, l'une d'elles en est à son déclin, à sa terminaison, alors que l'autre commence seulement à poindre. Et ce sont les vestiges, les débris croûteux de la première qui dissimulent à l'œil l'éclosion et les progrès embryonnaires de la seconde.
68 SYPHILIS VACCINALE.
Inutile d'ajouter si une telle évolution est absolument faite pour dérouter le diagnostic, au moins pendant un certain temps. Et môme disons mieux : il est un certain temps où le diagnostic de la lésion naissante, à savoir du chancre vaccinal, est absolument et radicalement impossible dans cet enchevêtrement de phénomènes morbides, dans cette superposition, si je puis ainsi dire, de deux processus pathologiques. Très positivement le chancre qui naît ainsi sous une croûte vaccinale échappe au diagnostic aussi bien qu'il échappe à la vue. Et ce n'est qu'ultérieurement, par le progrès des lésions locales et plus encore par l'apparition du bubon satellite, qu'il peut être suspecté d'abord, puis affirmé.
Telles sont les diverses variétés Cl évolution initiale dont est susceptible la syphihs qui succède à l'inoculation vaccino-syphilitique.
Résumons-les en disant :
Le chancre syphilitique qui succède à l'inoculation d un vaccin emprunté à un sujet syphilitique peut :
Ou bien se développer seul, sans phénomènes d'inoculation vaccinale, le vaccin faisant défaut;
Ou bien se développer avec la vaccine; et toujours alors il est consécutif k la vaccine, toujours il lui est postérieur chronologiquement.
Et, dans ce second ordre de cas :
Ou bien il se développe isolément, sur des piqûres qui ont été réfractaires à la vaccine ;
Ou bien il se développe sur des piqûres ayant subi l'évolution vaccinale. — Et alors, il entre en scène