‹ Leçons sur la syphilis vaccinale [electronic resource]Chapitre 16 sur 46 · II. — Les preuves expérimentales ne font pas plus défaut · texte numérisé non relu

II. — Les preuves expérimentales ne font pas plus défaut

Ainsi, rappelez-vous d'abord le fait du D' Cory. Trois fois notre confrère s'inocula sa?is résultat du vaccin emprunté à des enfants dûment et incontestablement syphililiques, à dessein choisis comme tels, voire en puissance d'accidents actuels de syphilis.

Que penser de même des faits suivants? Le D' Delzenne avait cru pouvoir conclure d'une série de cas observés par lui à l'innocuité du vaccin des sujets syphililiques. Sa conviction était même « si absolue, si complète à cet égard » qu'il résolut de tenter l'expérience sur lui-même. Donc, à trois reprises, il s'inocula avec du vaccin recueilli sur des sujets syphilitiques, notamment, dans un cas, avec du vaccin recueilli sur une femme qui, au moment même où fut pratiquée l'inoculation, présentait une syphilide papuleuse et des plaques muqueuses. Le résultat de ces tentatives resta absolument négatif, et notre courageux confrère fut fort heureux de se tirer sain et sauf d'une aussi périlleuse expérience (1).

10 Dans un des faits précédemment cités (cas du Cerioli), sur 46 enfants inoculés, G échappent à la syphilis.

2" A Torre de Busi, sur six enfants vaccinés un reste indemne, alors que les cinq autres sont infectés.

2" Dans le cas rapporté par le D" Lecoq (V. Pièces jusUficatives, note X) sur toute une série de militaires inoculés avec le vaccin d'un même vaccinifère syphilitique, deux seulement sont infectés.

4» Le Dr .lonathan Hulchinsou cite un fait (que nous rapporterons plus loin) dans lequel la contagion épargna deux vaccinés sur douze; etc., etc. — P.

(1) En 18G5, je m'inoculai deux fois, à moi-même, du vaccin provenant de femmes syphilitiques. Sur trois piqûres, j'obtins, la première fois, une belle pustule vaccinale, la seconde fois, rien. Je n'observai aucune trace de chancre infectant.

Troisième expérience. « En I8G6, je choisis une nommée Augustme P..., âgée de vingt et un ans, qui avait de nombreuses papules

^4 SYPHILIS VACCINALE.

C'est alors, dit-il, que, sûr de son fait, il vaccina plusieurs femmes saines avec du vaccin de sujets syphilitiques. L'infection spécifique ne se produisit sur aucune.

Donc, vous le voyez, Messieurs, du vaccin emprunté à une source syphilitique peut ne pas transmettre la syphilis. Voilà un point bien démontré.

Ici, Messieurs, faisons un arrêt pour méditer la signification réelle des cas que je viens de vous citer.

Que faut-il conclure de ces cas, comme de tant d'autres de même ordre que j'aurais pu y adjoindre? Conliennent-ils, comme l'ont prétendu certains de nos confrères, la démonslralion de la « non-authenticité de la syphilis vaccinale »? Suffisent-ils à établir que le vaccin des sujets syphilitiques n'est pas apte à déterminer la syphilis ? Non, assurément non. Car, d'une part, tous les faits négatifs du monde ne sauraient prévaloir contre un seul fait positif bien authentique, tel, par exemple, que celui du Cory. Et, d'autre part, ce ne sont pas les faits positifs qui font défaut en l'espèce, comme vous le savez déjà et comme vous le verrez encore par ce qui va suivre.

D'ailleurs, les résultats négatifs dont je viens de vous entretenir ne présentent rien d'étonnant, rien qui doive

hyportrophiques ulcérées il la vulve et au périnée, une syphilide papuleuse générale et «les plaques jnuqueuses à la bouche et à l.i gorge; et, en présence de M. Hoys de Loury qui avait contrôlé ces diagnostics et de mon collègue d'internat à Saint-Lazare, je me lis quatre inoculations de l)rasà bras avec le vaccin de ce sujet syphilitique. J'attendis le résultat qui fui absolument négalif. »

Des doctrines et des connaisnances nouvellet en syp/iiliogrophie, par Je D' Adolphe Delzenne. Thèses de Paris, 1867, p. 43 et 44.

voas surprendre. Même chose s'observe journellement avec les virus les plus inoculables. De cela voici la preuve.

Voyez la vaccine, par exemple. Est-ce qu'elle succède à coup sûr et chez tout le monde, même chez les enfants, à l'inoculation du vaccin?

Autre fait de même ordre, celui-ci encore relatif à la vaccine : généralement on vaccine par six piqûres, c'est la coutume. Or, n'est-il pas absolument commun que de ces six piqûres il n'y en ait que cinq, quatre, trois, qui (( prennent », suivant l'expression consacrée, alors que les autres avortent? Parfois même il n'en est qu'une ou deux qui répondent à l'inoculation, toutes les autres restant stériles.

Mais ne parlons que de la syphilis, pour rester sur notre terrain. Est-ce que toutes les inoculations de syphilis qui ont été tentées sur l'homme ont toujours et invariablement réussi, j'entends ont toujours et invariablement déterminé la syphilis? Non. Certes, personne ne contesterait aujourd'hui l'inoculabilité des lésions secondaires. Eh bien, nombre d'expériences tentées avec le pus de ces lésions n'ont abouti qu'à des résultats négatifs. Exemples :

Le D' Rattier (et ce médecin, pas plus que ceux dont je vais parler, n'avait eu la syphilis) s'est inoculé plusieurs fois la sécrétion de divers accidents secondaires sans déterminer sur lui le moindre phénomène morbide.

De même CuUerier, à Lourcine, en 1852, s'inocula impunément la sécrétion d'accidents de môme ordre. Enfin (ceci vraiment serait à n'y pas croire), le D' Sar-

rhos affirme s'être inoculé trente 'fok le liquide de plusieurs variétés d'accidents secondaires (diagnostiqués tels par M. Ricord) sans que l'infection syphilitique s'eosuivît (1).

Et même, relativement au chancre syphilitique qui passe, à tort ou à raison, pour être le plus inoculable de tous les accidents de la vérole, voici un fuit dont je puis vous garantir l'authenticité pour en avoir été témoin oculaire. Un médecin, se disant exempt de syphilis, vint un jour nous demander, à l'hôpital du Midi, de lui inoculer la vérole, et cela en vue de certaines recherches qu'il désirait courageusement entreprendre sur luimême. Après longue résistance de notre part et longs pourparlers dont je vous ferai grâce parce que cela n'a pas trait à notre sujet actuel, on se décida à satisfaire

(1) Tous ces exemples sont empruntés à la thèse de M. le D' Sarrhos (De la syphilis primitive, Th. Paris, 1853, p. 116 et 117). Je cite textuellement :

« M. le D'' Rallier, qui rCavail jamais eu la syphilis, s'est fait inoculer plusieurs fois la sécrétion morbide de toutes les formes des accidents secondaires, sans pouvoir faire naître chez lui le moindre sj'mptôme spécial, et cela, il y a aujourd'hui (juillet 1853) déjà plus de quinze ans.

" L'année dernière, on voyait à l'hôpital de Lourcine M. Ciillerier lui-même, qui n'avait jamais eu la syphilis, s'inoculer toujours impunément l'avant-hras, uu très grand nombre de fois, avec la sécrétion morbide des accidents secondaires.

« Nous aussi (p. 117), qui n'avons jamais eu la syphilis, nous nous sommes livré depuis le mois de juillet 18C2 à quelques expériences de la même nature que les précédentes. Nous nous sommes inoculé une trentaine de fois jusqu'à présent avec le liquide pi'ovcnant de plusieurs formes d'accidents secomlaires ; — le liquide à inoculer, je l'ai pris à différents services des hôpitaux de Paris ; — le diagnostic des accidents secondaires qui me l'ont fourni, porté par moimême, a été tout à fait conforme à celui fait par les chefs respectifs (le ces différents services. Il y a une quinzaine de ces expériences que j'ai faites dans le service et sous les yeux de M. Ricord lui-môme, ainsi que de ses nombreux élèves. Avant de m'inoculer, j'attendais à dessein que M. Ricord se fût prononcé d'une manière nette et positive, et eût diagnostiqué, chez tel ou tel malade, positivement des accidents secondai7-es. » — P.

son désir. L'inoculation fut donc pratiquée, et pratiquée dans toutes les règles, avec une lancette largement chargée du pus d'un chancre syphilitique diagnostiqué tel par M. Ricord. Eh bien, malgré toutes les conditions favorables à la réussite de l'expérience, le résultat fut absolument négatif.

Et l'inoculation de la syphilis par le sang n'est-elle pas, elle aussi, formellement démontrée? Croyez-vous cependant qu'elle n'ait jamais fourni que des résultats positifs? Bien loin de là. Elle a échoué quatorze fois sur dix-neuf.

A ce point de vue, la célèbre expérience de Pellizzari est tout à fait formelle. Laissez-moi vous la rappeler en deux mots.

Le 6 février 1862, le D'' Pellizzari pratiqua l'inoculation de sang syphilitique sur trois de nos confrères qui s'étaient offerts comme sujets d'expérience et dont les noms méritent bien d'être conservés (D"Bargioni, Rosi et Passigli). Le sang avait été recueilli par une saignée sur une jeune femme qui présentait à ce moment même des accidents secondaires multiples. Un plumasseau de charpie bien imbibé de ce sang fut appliqué sur la peau de nos trois confrères, au niveau d'une région dépouillée d'épiderme et de plus sillonnée par trois scarifications. Or, l'inoculation ne donna de résultat positif que sur un seul des trois expérimentateurs, le D' Bargioni; elle resia sans elTet sur les deux autres (1).

(1) De la irans^mission de la syphilis par l'inoculation du sang, par le Dr Pietro Pellizzari de Florence; trad. de l'italien par M. le Df Corporandi(de Nice), ex-interne des hôpitaux de Lyon, Gazelle médicale de Lyon, lH(i2, p. 231 à

Je crois devoir reproduire ici un résumé sommaire de cotte célèbre expérience, non pas, à coup sûr, pour témoigner d'un fait qui n'est

SYPHILIS VACCINALE.

Donc, VOUS le voyez en toute évidence, Messieurs, l'inoculation d'un virus absolument et incontestablement ino-

plus discuté, à. savoir l'iooculabilitô du sang syphilitique, mais pour montrer les insuccès possibles de cette inoculation et les causes possibles, voire probables, de ces insuccès en certains eus particuliers.

Le 0 février I8G2, devant presque tous les praticiens de Florence, le Dr Pcllizzari lit l'inoculaliou du sang extrait d'une femme syphilitique sur MM. les D^^ Gustave Dargioni, Henri Rosi et Henri Passigli, tous iudenmes d'antécédeuls syphiliti(iues.

La femme, âgée de vingt-cinq ans, était en pleine évolution d'accidents secondaires (papules muqueuses aux parties génitales et au pourtour de l'anus; syphilides érythémateuses sur le tronc; syphilidesucûéiformes sur le cuir chevelu; adénopathies multiples).

Le début de la maladie remontait à quarante ou quarante-cinq jours, et aucun traitement n'avait encore été fait.

Pour extraire le sang on fit une saignée de la céphalique au pli du bras droit; aucune raauifestatiou éruplive n'existait dans cette région, qui fut d'abord lavée.

Le chirurgien se lava soigneusement les mains. La bande, la lancette, le vase destiné à recevoir le sang, étaient tout à fait neufs.

Le sang à peine extrait, on en imbiba un plumasseau de charpie que l'on appliqua au D"" Bargioni, à la région supérieure et externe du bras gauche, au niveau de l'insertion du deltoïde, où l'on avait enlevé l'ôpiderme et fait trois incisions transversales.

La môme chose fut pratiquée au D"" Rosi, avec cette différence cependant que l'abrasion de l'épiderme fut faite à la région supérieure et interne de l'avant-bras gauche, et que le saîig était déjà refroidi .

Viut le tour du D"" Passigli. L'inoculation lui fut faite sur la même région et de la môme manière qu'au Bargioni ; mais, à ce moment, le sang 6 lai l presque enti'eremenl coagulé. En conséquence, on appliqua sur la surface cutanée, outre la partie liquide, un morceau du caillot.

L'étendue de la surface destinée à l'inoculation fut, chez tous, de 2 centimètres de hauteur et de 1 centimètre de largeur.

Quatre jours après, toute trace de l'inoculation pratiquée avait disparu chez ces trois médecins.

Les choses en étaient là, quand, le 3 mars, c'est-à-dire vingt-cinq jours après l'inoculation, le Bargioni constata, au centre de ia surface où avait été inoculé le sang, une petite élevure qui lui occasionnait un peu de prurit et qu'il montra le jour même au D' Pcllizzari.

Au bout d'une semaine, cette papule offrait la dimension d'une pièce de vingt centimes.

Bientôt, apparition dans l'aisselle correspondante de deux ganglion» durs, mobiles et indolents.

Quelques jours après, on constatait i'i la place de la papule une ulcération du diamètre d'une pièce de cinquante centimes, en forme il'entonnoir, à bords adhérents, à base indurée, à fond lisse, d'aspect diphthéroide, et donnant issue à un léger suintement. Une croûte, qui

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culable peut quelquefois rester sans résultat, c'està-dire ne produire aucun phénomène morbide.

Un tel fait, comme bien vous pensez, a donné lieu à de nombreux commentaires. On s'est évertué à chercher le pourquoi des ces défaillances possibles de l'inoculation; on s'est demandé comment il pouvait se faire qu'un virus inoculable à certains sujets restât par aventure inolîensif sur d'autres. Et l'on a cru trouver à cela bien des explications, que je ne saurais toutes reproduire.

On a dit, par exemple : « Tout est affaire de réceptivité en l'espèce. La même graine qui prospère sur un terrain avorte sur un autre. Si tel sujel, à iin jour donné, résiste à l'inoculation d'un virus, c'est qu'à ce jour il n'était pas dans des conditions propres à la subir, etc. » Cette théorie, Messieurs, n'a rien que de rationnel et d'admissible. Mais ce n'est qu'une théorie, qu'une interprétation ingénieuse, qui ne repose elle-

«e renouvelait dès qu'on l'avait détachée, recouvrait la surface de cet ulcère.

Le 4 avril, légère céphalée ooclurue, et engorgements glandulaires ;i la région postérieure du cou.

Le 12 avril, c'est-à-dire quaraule-trois jours après l'apparition du phénomène primitif, de la papule initiale du hras, début de roséole.

A ces taches érytliémaleuses, qui allèrent s'accentuant de jour eu jour, se mêlaient, le 22 avril, des papules lenticulaires.

Quant à l'ulcère du bras, il était, à cette date, devenu sanguinolent sur ses bords et commençait à se réparer.

En présence de tels symptômes, le diagnostic de syphilis n'était plus douteux, et le traitement mercuriel fut institué.

La preuve de la transmission de la syphilis par l'inoculation du sang était donc ainsi faite.

Quant aux deux autres médecins, auxquels avait été inoculé à l'un du sang déj.l refroidi, à l'autre du sang coagulé, ils se tirèrent sains et saufs de cette expérience. — P.

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même que sm' une hypothèse non suscepUhIe de démonstralion.

D'ailleurs, même à la juger bonne, celle théorie ne saurait toul expliquer. Ainsi, lorsque, sur six piqûres vaccinales^ Irois réussissent et trois échouent, on ne saurait dire en toute évidence que ces dernières ont échoué par le fait d'un défaut de réceptivité individuelle.

En revanche, ce qui paraît mieux établi, c'est que, pour bon nombre de cas, l'échec d'une inoculation, quel que soit d'ailleurs le virus inoculé, peut tenir à des conditions purement matérielles, physiques, mécaniques, etc. Il est à croire, par exemple, qu'une inoculation reste parfois stérile pour telle ou telle des raisons suivantes : parce qu'elle a été mal faite, et mal faite d'une façon ou d'une autre; — parce que la lancette n'a pas pénétré assez profondément; — parce que le liquide inoculé n'était pas en quantité suffisante ; — parce que la piqûre a saigné et que l'écoulement du sang a pu entraîner la matière virulente; — parce que le liquide d'iuoculation, au lieu de pénétrer sous l'épiderme, a été arrêté au passage par l'étroitesse de l'hiatus épidermique; — parce qu'il ne présentait pas, pour une raison quelconque, les conditions requises pour l'absorption; — parce qu'au lieu de recueillir le virus véritable, on n'a recueilli que du sérum, ce qui arrive, par exemple, alors qu'on épuise à l'excès un bouton de vaccin en le pressant à sa base, etc., etc.

Et de môme pour d'autres conditions qui doivent naturellement varier avec la qualité de chaque virus. Ainsi, dans la triple expérience de Pellizzari, il est possible

(je serais presque tenté tle dire probable) que Tiuoculalion ait échoué deux fois sur trois parce qu'elle fut faite sur le D' Rosi avec du sang déjà refroidi, et sur le Passigli avec du sang coagulé.

Très certainement aussi, en dehors et indépendamment de toutes ces causes, de toutes ces défectuosités opératoires, il doit exister des conditions encore inconnues de nous qui s'opposent au succès d'une inoculation. Ces conditions, que commencent à nous révéler les éludes bactériologiques actuelles, ne seront pas toujours impénétrables en ce qui nous concerne, espérons-le. Mais, quant à présent, force nous est bien de confesser qu'elles nous échappent encore. Faisons donc la part — et une large part — à l'inconnu en matière aussi délicate.

Au surplus, ce n'est là que le côté théorique de notre sujet. Laissons cela pour revenir à la chnique, et concluons, relativement au premier point qui vient de nous occuper, par les deux propositions suivantes :

1° // est absolument certain que du vaccin emprunté à une source syphilitique, indubitablement syphilitique, veut rester inoffensif, c'est-à-dire ne pas détei'mincr la syphilis sur le sujet inoculé, et cela en vertu de conditions dont le secret nous échappe, mais qui, si occultes qu'elles soient encore, ne sauraient être méconnues.

2° Les cas oii le vaccin emprunté à une source certainement syphilitique n'a pas déterminé la syphilis sur le sujet inoculé sont incontestablement nombreux, excessivement nombreux. A preuve les observations multiples

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que nous venons de citer et tant d'autres de même ordre qui pullulent dans la science (1).

Remarquons d'ailleurs que, relativement à ce dernier point, les données fournies par les observations et les expériences qui précèdent se trouvent en pleine conformité avec ce grand résultat de la pratique comtnune, générale, qui nous représente la syphilis comme une conséquence véritablement rare de la vaccine. Depuis Jenner, l'inoculation vaccinale de bras à bras a été répétée plus d'un milliard de fois, d'après les calculs (le Broca ; et, en vérité, les observations de syphilis vaccinale, qui devraient être fort communes en raison de la fréquence indiscutable de la syphilis dans toutes les classes de la société, ne sont que rares. On devrait les compter par milliers; on n'en a enregistré que quelques centaines (2). La contamination vaccino-

(1) Inutile, croyons-nous, de drosser ici une fois de plus l'inventaire de ces cas négatifs, qui se trouve reproduit dans toutes les discussions et toutes les mooographies relatives à la question de la syphilis vaccinale. —V., notamment, Bhcussïon à l'Acad. de méd., 18G5.

(■2) Dans une intéressante monographie [Sur la question de la vaccination, Rapport présenté au Conseil fédéral Suisse au nom de la Commission sanitaire fédérale), M. le D'' Lotz (de Bàle) évaluait, en 1880, à sept cent cinquante le nombre des cas connus d'infection syphilitique dérivant directement ou indirectement de l'inoculation vaccinale.

Elil les répartissail ainsi: Italie, 300; — France, 120; — Autriche- Hongrie, 08; — Angleterre, 30; — Ecosse, 1; — Danemark, 7; — Prusse, 85; — Bavière, 17; — Amérique, 1, etc.

Mais il est de toute évidence que le total de cet inventaire est très inférieur, de beaucoup inférieur au chiffre réel des contaminations vaccino-syphilitiqiies, et cela pour plusieurs raisons.

D'abord, la statistique — si consciencieuse cependant — de M. le D' Lotz pèche par quelques omissions.

En second lieu, si minutieusement que puisse être jamais institué un recrutement des faits de cet ordre, il n'en est pas moins condamné d'avance à rester incomplet et très incomplet. Il restera toujours limité forcément à l'ordre des cas que, pour une raison ou pour une aulre, on aura jugé intéressant ou indispensable de publier. Or, bien plus

sypliililiquc, même depuis que l'attenlion du pul)lica été appelée sur elle par des faits profondément regrettables et par des discussions retenlissantes, n'en est pas moins restée un accident exceptionnel dans nos annales. Sans doute, cet heureux résultat doit être attribué pour une large part à la connaissance môme du danger et aux précautions prises contre lui. Mais soyez sûrs qu'une part en revient aussi, étant donnée l'excessive fréquence de la syphilis, à ces conditions occultes qui rendent inolîensif en nombre de cas le vaccin des sujets syphilitiques.

Yoilà ce qui, en dehors et au-dessus de toute théorie, dérive à la fois de l'observation clinique et des résultats de l'expérimentation.

Nous en avons fini avec la première des deux alternatives que peut présenter, comme résultat, l'inoculalion à un sujet sain d'un vaccin emprunté à un sujet syphilitique. C'eslTordre des cas oii ce vaccin reste inoffensif.

Abordons actuellement la seconde, celle où ce même

nombreux en l'espèce sobl les faits inédits, ceux qu'on laisse tomber dans r<ybli pour divers motifs, ou même, plus souvent encore, sans motif^#i/ y a, certes, bien plus de syphilis vaccinales dans les cartons ou lei souvenirs des praticiens que dans les colonnes de nos journaux. Moi-même, avais-je publié jusqu'à ce jour uu seul des nombreux cas de ce genre que j'ai observés soit dans ma pratique privée, soit à l'hôpital? Et combien de mes confrères en pourraient dii-e autant! 11 y a plus. Le même silence a dû couvrir parfois des cas plus importants. Pour ma seule part, j'ai connaissance de deux véritables épidémies de syphilis vaccinale qui ont été tenues secrètes et sur lesquelles je n'ai pu obtenir qur» des renseiguements très incomplets, « l'affaire ayant été étouffée fpi^- ainsi de suite.

Ce qui n'empêche cependant que la proposition précitée ne reste absolument vraie. Certes oui, la syphilis vaccinale est rare. Mais, à coup si'ir aussi, elle l'est moins qu'on ne serait légitimement autorisé à le croire, si l'on en jugeait seulement le degré de fréquence d'après les documents publiés.

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vaccin va devenir nocif, où il va transmettre la syphilis an snjet inoculé. Avec celle-ci nous entrons au cœur même de notre sujet.

YII

Nous le savons de reste dès à présent, il est possible qu'une inoculation faite avec du vaccin emprunté à un organisme syphilitique confère la syphilis au sujet sur lequel elle a été pratiquée.

Or, au point de vue clinique, une question se présente aussitôt : Dans les cas de cet ordre, à quels phénomènesva donner lieu sur le sujet inoculé cette double inoculation, celte inoculation mixte qui contient à la fois le virus de la vaccine et le virus de la syphilis?

Ces phénomènes, forcément, vont être multiples et complexes, puisque deux virus se trouvent importés simultanément dans l'organisme, où chacun devra, suivant toute vraisemblance, réagir à sa manière. Cela, théoriquement, nous pouvons le pi'évoir; et cette induction rationnelle, disons-le à l'avance, se trouve absolument confirmée par l'expérience clinique.

Divers ordres de cas sont réalisés par cette inoculation mixte. Mais ils sont naturellement réductibles à deux groupes, comme il suit :

1° Cas où la syphilis se pi'oduit seule, la vaccine avortant ;

2° Cas où la syphilis et la vaccine se produisent à la fois.

Parlons d'abord des cas les pins simples, ceux du premier groupe.

j. — Dans les cas de cet ordre, la syphilis se produit seule, la vaccine avortant.

Tout d'abord, rien d'étonnant à ce résultat d'une inoculation mixte, contenant à la fois le virus de la syphilis et celui du vaccin. Si la syphilis se produit seule, c'est que, pour une raison quelconque, la vaccine a fait défaut. Or, vous savez s'il est commun que la vaccine fasse défaut, non pas seulement dans les revaccinations, mais alors même qu'il s'agit d'une première vaccination. C'est là un phénomène très ordinaire, presque journalier.

Or, la vaccine faisant défaut, comment vont se présenter les choses? Le plus simplement du monde. II vase produire ce qu'on observe dans la contagion syphilitique usuelle, courante, banale, ou bien encore ce qu'on a observé dans les cas d'inoculation expérimentale de syphilis sur des sujets sains.

Rappelons donc tout d'abord en quelques mots ce qu'est l'évolution syphilitique normale, alors que la syphilis dérive d'une contagion exclusivement syphilitique.

Cette évolution, à ne parler que de ses étapes initiales (les seules qui nous intéressent pour l'instant), obéit à de véritables lois, que je vous ai longuement spéciliées dans une autre série de conférences (1), et qu'il me suffira de rappeler ici en quelques mots. Elle se fait en quatre

(I) V. Leço7is cliniques sur la syphilis étudiée plus particulièrement chez la femme, 2<= édit., p, C et suivantes.

îiG SYPHILIS VACCINALE.

temps et d'une façon rigoureusement mélliodique, comme il suit :

1° Tout d'abord, incubation véritable, séparant le moment de la contagion ou de l'inoculation du moment où apparaissent les premiers phénomènes morbides appréciables; — et incubation toujours assez longue, oscillant en moyenne entre vingt et vingt-cinq jours, mais variable de durée dans de certaines limites (quinze jours comme minimum et six à sept semaines comme maximum),

2* Au delà de ce laps de temps, apparition in situ, c'est-à-dire au point même où a pénétré la lancette, d'une lésion dite chancre; — lésion consistant en un néoplasme cutané, à surface excoriative ou légèrement ulcéreuse ; — lésion, de plus, ne tardant pas à provoquer à son voisinage, c'est-à-dire dans les ganglions qui lui correspondent, une adénopathie à caractères spéciaux bien connus, adénopathie dite bubon satellite du chancre.

3° Pour une échéance de six à sept semaines, absence de tout phénomène nouveau. Rien autre qu'une lésion d'apparence locale, à savoir le chancre, lequel, avec son bubon salellile, constitue l'expression unique par laquelle se traduit la maladie pendant cette période.

4" Enfin, au delà, explosion d'accidenls multiples et disséminés, constituant l'invasion de ce qu'on appelle la 'période secondaire de la syphilis.

Yoilà, chacun le sait, comment procède la syphilis à son début, comme qualité d'accidents et comme évolution.

Eh bien, Messieurs, c'est là, trait pour trait, ce que nous allons observer à la suite de l'inoculation vaccinosypliilitique. Mômes symptômes et môme évolution morbide, exactement.

Et en effet, si nous suivons pas à pas les phénomènes qui vont succéder à une telle inoculalion, voici ce que nous allons observer.

On vient, je suppose, de pratiquer une vaccination avec une lymphe vaccinale que l'on croyait, bien entendu, ne contenir que le virus préservatif, alors qu'eu réalité elle contient en outre le contage syphilitique. On s'attend tout naturellement à voir se produire la vaccine.

Or, pas du tout. La vaccine ne se produit pas.

On n'est que médiocrement surpris de ce résultat négatif, et l'on se dit simplement : Le vaccin n'a pas pris, rien d'extraordinaire à cela; c'est une vaccination à recommencer.

Puis, trois, quatre, cinq semaines s'écoulent dans un calme parfait. Rien encore ne se produit, et l'on est bien loin de s'en étonner, car légitimement on n'a rien à attendre.

Et c'est alors que, sur une ou plusieurs des piqûres, un travail morbide semble éclore. Apparaît une rougeur, laquelle presque aussitôt devient légèrement papuleuse. La papule ainsi formée s'accentue, s'accroît. Bientôt elle devient humide, excoriative, et se recouvre d'une croûtelle. Puis, tout cela augmente d'importance, jusqu'à constituer un véritable bouton croCileux, étalé, de l'étendue d'une pièce de vingt ou de cinquante centimes.

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Savez-vous quelle est alors l'erreur iiniformémenl commise par les gens du monde, erreur certes bien naturelle? Ce bouton croûleux est invariablement pris par eux pour « un bouton de vaccin m retard ». C'est là textuellement ce que me disait encore, ces derniers temps, un malade qui a été victime d'une inoculation vaccino-sypbilitique. « Lorsque je n'ai rien vu paraître après la i-evaccination qu'on avait cru devoir pratiquer sur moi, je ne m'en suis pas étonné, et j'ai cru que, si rien ne se produisait, c'était que je n'avais pas besoin d'êire revacciné. Puis, quatre à cinq semaines plus tard, lorsque j'ai senti quelque chose se développer sur mon bras, j'ai regardé et j'ai vu là une croûte. Cela m'a surpris, mais je me suis dit : c'est mon vaccin qui prend, après n'avoir pas voulu prendre; voilà un vaccin bien retardataire, etc. »

Hélas ! ce n'est pas là un vaccin « retardataire ». C'est label et bien un chancre^xm véritable chancre qui vient d'éclore. C'est là le premier symptôme par lequel se traduit l'infection vaccino-syphilitique.

Et, en elTet, tout va se continuer au delà comme dans la syphilis contractée par contagion ou bien comme dans la syphilis d'inoculation expérimentale.

Et, en etTet, cette lésion inattendue qui, après quatre à cinq semaines, vient de se produire sur le bras (et que pour l'instant je ne vous décris pas plus amplement, parce que je me réserve d'en reprendre bientôt l'histoire clinique avec détails), cette lésion, dis-je, n'existe pas depuis plus de quelques jours, que déjà un ou plusieurs des ganglions de l'aisselle correspondante commencent

MODES m DÉBUT. 59

à se liiméfier. Voilà le bubon satellite en voie do développement.

Ainsi donc, d'une part, première étape constituée par l'incubation initiale; — puis, d'autre part, seconde étape, caractérisée par l'invasion du chancre et du bubon satellite. Tout jusqu'ici, vous le voyez, est identiquement conforme à ce qui se produit dans la syphilis commune, ordinaire. — Mais poursuivons.

Au delà, troisième étape, pendant laquelle rien aulre ne se manifeste. Pour six à sept semaines, la papule croûteuse du bras et l'adénopathie axillaire constituent les seuls accidents morbides.

Finalement, quatrième étape, inaugurée par l'explosion, vers la septième semaine, d'accidents multiples, disséminés, variés, qu'à leurs caractères il est impossible de ne pas reconnaître pour des manifestations de syphilis secondaire.

De sorte qu'au total et d'un bout à l'autre de cette évolution, tout se passe ici exactement comme dans le cas le plus banal, le plus vulgaire, de syphilis par contagion ou de syphilis par inoculation. Au lieu du vaccin, on aurait inoculé sur le bras du pus de chancre ou de plaque muqueuse que les résultats n'auraient pas été différents.

Conclusion : Alors qu'on inocule à un sujet sain du vaccin emprunté à un organisme syphilitique, et alors aussi que ce vaccin ne détermine pas d'éruption vaccinale tout en déterminant l'infection syphilitique, les symptômes morbides dérivant de celte inoculation mixte

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sont exactement identiques à ceux que produit l'insertion sur un sujet sain du pus d'un chancre, du pus d'une plaque muqueuse, ou du sang syphilitique. Rien autre, rien d'étranger ne s'y ajoute. De part et d'aulre ce sont les mômes symptômes, se succédant dans le même ordre, avec la même régularité, la même inflexibilité d'évolution.

Voilà un premier point réglé, et celui-ci est des plus simples.

YIII

Venons maintenant à notre second ordre de cas, où l'inoculation a pour double résultat de produire à la fois la vaccine et la syphilis.

Ici, naturellement, forcément, les phénomènes devront être plus complexes que dans le cas précédent, puisque deux maladies vont entrer en action.

Attendons-nous donc à des manifestations pathologiques bien autrement difficiles à démêler que celles dont j'ai eu à vous faire l'exposé jusqu'ici.

A jyriori, pouvons-nous avoir quelque idée de ce qui va se produire? Pouvons-nous préjuger quels phénomènes vont se dérouler devant nous et quelle évolution ils vont affecter? Oui, car les afl"ections virulentes obéissent généralement à des lois dont il ne leur est permis de s'écarter que dans une faible mesure; et, en l'espèce, les lois qui régissent l'évolution de la vaccine et de la syphilis sont actuellement bien déterminées et connues.

MODES DE DÉDUÏ. 61

Ainsi, ce que nous savons, c'est que :

1° La vaccine commence son évolution apparente dès le quatrième jour qui suit l'inoculation. Elle n'a guère en moyenne que trois jours d'incubation;

2" La syphilis, au contraire, a une incubation beaucoup plus longue, ne s'abaissant que rarement au-dessous de trois septénaires.

De là cette déduction nécessaire, à savoir :

Que, les deux maladies ayant été inoculées à la fois, au même instant, par le même coup de lancette, et toutes deux étant appelées à dérouler leurs symptômes propres, la première qui entrera en scène sera la vaccine, tandis que la syphilis n'apparaîtra que plus tard, à échéance plus reculée.

Ce que nous savons encore, d'autre part, c'est que :

1° Toute l'évolution de la vaccine est comprise (à dater du jour de l'inoculation) dans un laps de trois semaines environ. Les croûtes terminales de l'éruption tombent en général du vingtième au vingt-cinquième jour, à cela près de légères variations en plus ou en moins;

2" La syphilis, d'autre part, ne commence le plus habituellement son évolution apparente que vers le vingtcinquième jour qui suit l'inoculation ; — quelquefois un peu plus tôt; — d'autres fois un peu plus tard ; — mettons, pour fixer des chiffres, du dix-huitième au trentième jour.

En conséquence, du rapprochement de ces divers chiffres il résulte ceci :

Que, d'une façon générale, la syphilis commencera

62 SYPHILIS VACCINALE.

SOU évolution apparente alors que la vaccine aura terminé ou sera sur le point de terminer la sienne ;

Et, d'une façon plus explicite, que deux cas peuvent se présenter en l'espèce. Ainsi :

1" Si l'évolution de la vaccine a été un peu hâtive ou celle de la syphilis un peu tardive, il devra exister un intervalle de quelques jours entre la disparition des dernières manifestations de la vaccine et l'apparition des premiers accidents de la syphilis.

Supposons, par exemple, que la vaccine ait accompli son évolution le vingt-deuxième jour et que la vérole commence seulement la sienne vers le vingt-huitième jour. Dans ce cas, comme 28 — 22 = 6, il existera donc un laps intercalaire de six jours entre la chute des croûtes terminales de la vaccine et l'éclosion du chancre.

1" Au contraire, si la durée de l'éruption vaccinale a quelque peu dépassé ses limites ordinaires, ou bien si l'apparition du premier accident de la vérole est tant soit peu précoce, la vaccine n'aura pas encore accompli toute son évolution alors que la syphilis inaugurera la sienne.

Mettons, par exemple, que la vaccine dure vingt-cinq jours, et que l'éclosion du chancre ait lieu le dix-huitième jour. Comme 25— 18 = 7, il y aura donc sept jours pendant lesquels les deux maladies coexisteront, seront en scène simultanément, se traduiront simultanément par les symptômes propres à chacune d'elles. C'est-à-dire que, pendant sept jours, les deux maladies, si je puis ainsi parler, feront conjonction, à la façon de deux astres qui se rencontrent et dont les cycles empiè-

tent réciproquement l'un sur l'autre. C'est dans ce dernier cas, forcément, que l'ensemble morbide sera le plus complexe, puisqu'il se composera de deux lésions alfectant le même territoire et en quelque sorte superposées.

Voilà ce que, relativement à l'évolution des phénomènes, nous permet de préjuger la théorie, théorie basée, je le répète, non pas sur de simples hypothèses, mais sur des notions cliniques et scientifiques absolument certaines.

Eh bien, ce que préjuge ainsi la théorie, l'expérience le confirme de point en point. Si bien qu'en recherchant d'une façon spéculative ce qui devait se passer, je n'ai fait qu'une chose en réalité, à savoir vous décrire ce qui se passe effectivement, ce que réalise la clinique. Et, en effet, dans l'étude symptomatologique que nous devons aborder actuellement, nous allons retrouver tous les divers détails de l'évolution morbide que nous venons d'édifier hypothétiquement de toutes pièces.

Spécifions d'abord une distinction nécessaire. Deux ordres de cas se présentent en pratique. Ainsi :

1° Il est possible que des diverses piqûres par lesquelles a été pratiquée l'inoculation vaccinale, ce ne soient pas les mêmes qui déterminent à la fois et la vaccine et le chancre ;

2" Il est possible au contraire que ce soient les mômes piqiîres d'où dérivent à la fois la vaccine et le chancre.

Examinons tour à tour chacune de ces éventualités.

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I. — Premier ordre de cas. — Six piqûres, je suppose, ont été pratiquées suivant la coutume. Quelques-unes, au nombre de quatre par exemple (comme dans un cas personnel que je prends pour type), fournissent une vaccine régulière qui suit ses périodes classiques.

Du vingtième au vingt-cinquième jour, les croûtes des pustules vaccinales se détachent et tombent. Tout est fini, ou du moins semble fini. — Cela, c'est la vaccine.

Puis, voici qu'une piqûre ou que les deux piqûres qui avaient avorté paraissent entrer en évolution et « vouloir prendre » , suivant l'expression des malades. Un bouton se manifeste à leur niveau. Ce bouton s'accroît, s'excorie, devient croûteux, etc. Bref, ce bouton n'est rien autre qu'un chancre qui vient de faire éclosion et qui va achever de se développer ultérieurement. — Cela, c'est la vérole.

Telle a été précisément l'évolution des phénomènes dans l'un des cas que je vous ai déjà cités, celui de M. le D'Millard.

Ici donc, vous le voyez, les deux évolutions morbides, c'est-à-dire celle de la vaccine et celle du chancre, ne sont pas seulement indépendantes chronologiquement; elles sont de plus indépendantes comme siège. Dans les cas de cet ordre, vaccine et chancre évoluent seulement côte à côte, au voisinage l'une de l'autre, mais avec des sièges différents. Vaccine et chancre ne sont pas contenus dans le même berceau. L'une est née de telles piqûres, et l'autre de telles autres.

II. — Second ordre de cas : Yaccine et chancre issus de la même piqûre.

Deux maladies, dans ce nouvel ordre de choses, vont évoluer au même siège, se succéder, se superposer m situ, si je puis ainsi parler. De là, conséquemment et nécessairement, une symptomalologie plus complexe que dans le cas précédent. Quelle va-t-elle être?

Règle invariable, c'est la vaccine qui ouvre la scène. Comme d'usage, elle commence à poindre le quatrième Jour.

Cette vaccine suit son cours de la façon la plus normale. Elle ne présente pas la plus légère irrégularité, le moindre caractère insolite qui soit de nature à faire suspecter ce qui se produira au delà. En un mot, elle est ce qu'elle doit être (1). Si bien que plusieurs foisony a puisé sans défiance, pour y recueilHr du vaccin. Aurait-on agi de la sorte, si elle eut offert quelque particularité exceptionnelle ?

(1) Maintenant que le service des vaccinations et des revaccioatious fonctionne avec régularité dans nos hôpitaux, nous avons chaque semaine sous lesyeux des spécimens nombreux de vaccine développée sur des sujets syphilitiques de tout âge, de toute constitution, etc. Of^

ne cesse de remarquer et de faire remarquer à mes élèves que,.cetté4 ^fer ^-accine des sujets syphilitiques ne diffère par aucun attribut objectif, uou plus que par aucun attribut d'évolution, de la vaccine des sujets sains, et cela, même chez des malades en pleine éruption secondaire, même chez des malades affectés de syphilis grave. Elle offre souvent le type le plus accompli, le plus parfait, de la vaccine classique. On y puiserait en toute confiance, mais pour y recueillir la syphilis avec le vaccin. //

— . Cela ■Bst d'autant plus essentiel à affirmer que des opinions contraires ont été plus d'une fois imprudennnent émises. On a dit que « toute association à la vaccine d'un virus étranger se traduirait par une modification correspondante de la vésicule vaccinale ». On a môme avancé qu'un sujet syphilitique « est incapable de développer une vésicule vaccinale typique » ! (V. P. Forster, On vaccino-syphilil.ic inoculalion, The American Journal of Syph. and dernmlology, juillet I870.j Ce sont là. des erreurs absolues, actuellement condamnées par l'observation, à ce point qu'il serait superflu, je pense, d'en instituer une réfutation en règle. Les signaler suffira.

FOURNIEH. 5

66 SYPHILIS VACCINALE.

Donc, tout se passe comme d'usage, en tant qu'évolution vaccinale.

Arrive finalement la période de dessiccation des pustules. Et alors, de deux choses l'une :

Ou bien les croûtes tombent à l'échéance usuelle, en laissant leur cicatrice usuelle. Tout semble fini. Puis voici, quelques jours plus tard, que cette cicatrice devient le siège d'un travail morbide nouveau. Elle rougit, s'enflamme visiblement et se transforme en un bouton papuleux, puis excoriatif, puis croûleux. Cette lésion nouvelle s'étend, progresse, s'amplifie. Bref, c'est un chancre qui s'est constitué en ce point.

Ou bien enfin — et avec celte dernière éventualité nous arrivons à une occurrence clinique des plus complexes et des plus ambiguës — les croûtes vaccinales, au moment oû elles devraient tomber, où même elles devraient être tombées, ne tombent pas. Elles subsistent in situ. Et, d'autre part, à cette époque où les symptômes aigus de la vaccine sont périmés, un processus inflammatoire nouveau semble envahir la région. Une aréole rougeâlre se forme au pourtour de la croûte, qui se soulève et s'épaissit. En un mot, il devient manifeste, au moins pour un œil médical, qu'il se fait là quelque chose de nouveau et d'insoUte.

Et, en effet, les jours suivants, la lésion nouvelle s'affirme de plus en plus, non-seulement par la persistance et l'élargissement excentrique des croûtes, mais encore par une certaine infiltration résistante des tissus sousjacents. Détachez alors la croûte par l'application de

quelques cataplasmes, et sous elle vous trouverez une surface dermique excoriatlve ou ulcéreuse, laquelle n'est autre qu'un chancre en voie de développement.

Ainsi donc, le chancre est ou était constitué sous la croûte même de la vaccine. [C est ce chancre en voie de formation qui a entretenu et consolidé la croûte vaccinale en lui fournissant des matériaux nouveaux. C'est lui qui, de la sorte, a prolongé la durée apparente de la vaccine.

Aussi bien pouvons-nous comprendre d'après cela ces assertions des malades si souvent relevées dans les observations de syphilis vaccinale, à savoir « qu'ils ont eu une vaccine longue, une vaccine qui nen finissait pas, une vaccine dont les croûtes ne voulaient pas tomber, etc. ». Cette « vaccine longue », cette vaccine prolongée bien au delà de son terme habituel, ce n'est là que le chancre vaccinal éclos sous la dépouille croûteuse de la vaccine.

D'où il suit que, dans les cas de cet ordre, de tous les plus complexes, l'éclosion du chancre est absolument larvée (mot exact ici par excellence), c'est-à-dire masquée par le revêtement croùteux de la vaccine antérieure.

D'où il suit encore qu'à un moment donné les deux maladies qui ont été introduites dans l'organisme par une même piqûre se trouvent en évolution synchrone, se trouvent en conjonction. Seulement, l'une d'elles en est à son déchn, à sa terminaison, alors que l'autre commence seulement à poindre. Et ce sont les vestiges, les débris croûteux de la première qui dissimulent à l'œil l'éclosion et les progrès embryonnaires de la seconde.

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Inutile d'ajouter si une telle évolution est absolument faite pour dérouter le diagnostic, au moins pendant un certain temps. Et même disons mieux : il est un certain temps où le diagnostic de la lésion naissante, à savoir du chancre vaccinal, est absolument et radicalement impossible dans cet enchevêtrement de phénomènes moibides, dans cette superposition, si je puis ainsi dire, de deux processus pathologiques. Très positivement le chancre qui naît ainsi sous une croûte vaccinale échappe au diagnostic aussi bien qu'il échappe à la vue. Et ce n'est qu'ultérieurement, par le progrès des lésions locales et plus encore par l'apparition du bubon satelhte, qu'il peut être suspecté d'abord, puis affirmé.

Telles sont les diverses variétés à'évohition initiale dont est susceptible la syphiUs qui succède à l'inoculation vaccino-syphilitique.

Résumons-les en disant :

Le chancre syphilitique qui succède à l'inoculation d un vaccin emprunté à un sujet syphilitique peut :

Ou bien se développer seul, sans phénomènes d'inoculation vaccinale, le vaccin faisant défaut;

Ou bien se développer avec la vaccine; et toujours alors il est consécutif h. la vaccine, toujours il lui est postérieur chronologiquement.

Et, dans ce second ordre de cas :

Ou bien il se développe isolément, sur des piqûres qui ont été réfractaires à la vaccine;

Ou bien il se développe sur des piqûres ayant subi l'évolution vaccinale. — Et alors, il entre en scène

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