‹ Leçons sur la syphilis vaccinale [electronic resource]Chapitre 19 sur 46 · PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

PATHOGÉNIE

Nous avons établi dans ce qui précède :

1° Qu'un vaccin emprunté à une source syphilitique peut ne pas transmettre la syphilis, alors que d'ailleurs il transmet ou non la vaccine ;

2° Qu'un vaccin de cet ordre peut au contraire transmettre la syphilis, alors que d'ailleurs il transmettra ou non la vaccine simultanément.

Ces deux faits essentiellement contradictoires, nous les avons établis preuves en mains. Il n'est pas à les récuser, parce qu'ils nous apparaissent comme contradictoires; il n'est pas à dire qu'ils s'excluent, qu'ils se condamnent l'un l'autre. Quels qu'ils soient, ils sont, ils s'imposent, car ils dérivent tous deux d'observations absolument authentiques.

D'ailleurs, ces résultats si disparates, si opposés même, nous avons parfois occasion de les constater associés, réunis côte à côte, dans les vaccinations dites « par fournées ». C'est ainsi (|u'en nombre de cas on a vu un même vaccin impur, inoculé à plusieurs sujets, déterminer chez les uns la syphilis sans la vaccine,

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chez d'autres la vaccine sans la syphilis, chez d'autres la vaccine et la syphilis à la fois, etc. Soit, comme exemple, le cas suivant, cité par llutchinson.

Douze sujets sains furent vaccinés le même jour avec le vaccin d'un enfant syphilitique. Or, sur ces douze sujets il y en eut :

Deux, sur lesquels la vaccine seule se produisit sans contamination syphilitique ;

Un, qui prit la syphilis seule, en restant réfractaire à la vaccine ;

Sept, sur lesquels se développèrent la vaccine d'ahord et la syphilis ultérieurement;

Et deux, sur lesquels, consécutivement à la vaccine, l'infection syphilitique resta douteuse (1).

(I) Voici le résumé de cette intéressante observation.

Le 7 février I87I, .un jeune médecin des environs de Londres, ayant à vacciner un grand nombre de personnes dans une même maison, fit choix, dans un bureau de vaccine publique, d'un enfant, âgé de quatre mois, ayant toutes les apparences de la santé et portant sur les bras six belles vésicules vaccinales.

Le médecin inocula successivement avec le vaccin de cet enfant dix jeunes personnes adultes. Il utilisa seulement pour cette vaccination quatre des vésicules du vacciuifère. — D'après le témoignage de la mère de ce dernier et le propre témoignage du médecin, plusieurs et peut-être bien toutes les vésicules vaccinales saignèrent au cours de l'opération.

Finalement, le vaccinateur recueillit dans un tube une certaine r[uautité de lymphe vaccinale parfaitement claire, avec laquelle il inocula, quelques instants après, deux personnes, un père et son fils, qui résidaient dans une autre maison.

Au total, douze personnes furent inoculées avec le vaccin de ce vacciuifère.

Chez toutes ces personnes, sauf chez une seule, l'inoculation réussit, ut l'éruption vaccinale parcourut normalement ses périodes habituelles. Trois semaines plus tard, les croûtes du vaccin étaient tombées, ot avaient laissé à découvert do petites cicatrices rondes, régulières.

Au bout d'un temps qui varia d'un mois à cinq semaines, plusieurs des sujets vaccinés allèrent consulter des médecins « parce «lue, sur leurs cicatrices mêmes de vaccine, il s'était développé de nouvelles ulcéraUons » —A la lin du deuxième mois à dater du jour

PATIIOGÉNIE.

De tels faits (et ils sont nombreux) ne pouvaient manquer, vous le préjugez de reste, d'exciter la curiosité

(le la vaccination, hnit vaccinés sur douze présentaient sur les bras des ciiancres indurés caractéristiques.

Ces faits étant arrivés à la connaissance du conseil privé de la vaccine, une enquête fut ouverte, el le D"" Seaton, médecin inspecteur, pria le Ilutchinson d'examiner les malades et le vacclnifère, puis de dresser un rapport sur les résultats de son examen.

L'enfant vaccinifère, d'après les déclarations du médecin vaccinateur et de tous les sujets vaccinés, oITrait, à la date de l'inoculation (ainsi qu'il a été dit), les apparences d'un excellent état de santé. II était admirablement développé et n'avait nullement l'air grognon d'un enfant qui souffre. Quand M. Hutchinsou le vit, le 5 avril, c'està-dire deux mois après la séance de vaccination, il remarqua que cet enfant avait une difficulté tout à fuit suspecte à respirer par le nez. Enfin, en l'examinant nu, il constata sur lui l'existence de cinq petits condylomes autour de l'anus. Tous les doutes se trouvaient ainsi levés. M. Hutchinson ne put découvrir chez la mère aucune trace de syphilis, et il lui fut impossible d'obtenir de celte femme le moindre renseignement sur son mari, garde national à Paris.

Voici, en résumé, ce que présentèrent les douze sujets inoculés avec le vaccin de cet enfant et classés suivant leur ordre de vaccination:

1" Jeune homme de quatorze ans; — 3 inoculations; — vaccine régulière; — aucun accident ultérieurement.

2» Jeune homme de seize ans; — 3 inoculations; — vaccine régulière ; — aucun accident ultérieurement.

3° Jeune homme de vingt ans ; — 3 inoculations à chaque bras; — vaccine, d'abord; — puis, un seul chancre syphilitique vaccinal, suivi d'accidents secondaires.

4° Jeune fille de dix-huit ans; — 4 inoculations; — vaccine, d'abord ; — puis, 3 chancres syphilitiques vaccinaux suivis d'accidents secondaires de moyenne intensité.

5" Jeune fille de vingt-quatre ans; — 3 inoculations; — vaccine, d'abord ;— puis, 3 chancres syphilitiques vaccinaux , suivis d'accidents secondaires de moyenne intensité.

6° Jeune fille de dix-sept aiis; — 3 inoculations; — vaccine d'abord ;

— consécutivement, rougeur et induration sans ulcération des trois cicatrices; pas d'autre accident parla suite (cas douteux).

7» Jeune fille de vingt ans; — 4 inoculations; — vaccine d'abord;

— consécutivement, 'rougeur et induration sans ulcération de deux cicatrices; pas d'adénopathie axillaire; inflammation suspecte des amygdales ; pas d'autre accident (cas douteux),

8» Jeune homme de vingt ans; — 4 inoculations; — vaccine, d'abord; — puis, un seul chancre syphilitique vaccinal, suivi d'accidents secondaires légers.

9" Jeune homme de vingt-deux ans; — 3 inoculations; — vaccine d'abord ; — puis, un seul chancre syphilitique vaccinal, suivi d'accidents secondaires légers.

lOo Jeune homme de dix-huit ans; — 3 inoculations, qui, toutes trois.

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des observateurs et de donner naissance à des interprétations, des théories, des controverses pathogéniqnes.

On s'est évertué à rechercher la raison de résultats aussi discordants. Et, tout naturellement, on a été conduit, dans cette voie, à discuter la question préalable que voici :

Quelle est, dans tin vaccin qui transmet la syphilis, rhumeur, la matière qui trrmsmet la syphilis?

Cette question s'impose à nous actuellement, et j'ai le devoir de vous en parler en détail, car vous comprenez quel intérêt pratique se ratlache à la solution qu'elle comporte, si tant est que nous puissions lui assigner une solution.

Ainsi posée, la question a déjà reçu bien des réponses et des réponses très diverses, comme vous le préjugez sans peine.

Les uns ont dit : « L'agent qui transmet la syphilis dans un vaccin impur, mais c'est ce u«cczn lui-même; c'est le vaccin qui, sécrété par un organisme syphilitique, porte en lui les qualités infectieuses du terrain qui l'a fourni. »

— «Non, ce n'est pas le vaccin, ont répondu les autres

avortèrent;- un chancre syphilitique développé plus tard sur le siège d'une dos piqûres; — accidents secondaires légers.

11" Homme de quarante-cinq ans, marié, père do famille, sans antécédents spéciliques; — 3 inoculations, sur lesquelles deux prirent seulement; — puis, trois chancres syphilitiques vaccinaux, suivis d'accidents secondaires de moyenne intensité.

120 Jeune homme do dix-huit ans, fils du précédent; — 4 inoculalions; — vacoine, d'ahord ; — puis, deux chancres syphilitiques vaccinaux, suivis d'accidents secondaires légers.

(Itapport sur la syphilis vaccinale, Médico-chirurgical h'ansacliotis, t. ôl, 1871, p. 317 à 3.32.) — P.

AGENT DE CONTAGION. lOo

en protestant delà façon la plus énergique. Non, ce n'est pas le vaccin pur, limpide, cristallin, le vrai vaccin, un mot; car ce vaccin, alors môme qu'il est sécrété par un organisme syphilitique, n'en reste pas moins immaculé , immaculable , non susceptible de transmettre quoi que ce soit d'autre que la vaccine. Ce qui transmet la syphilis dans un vaccin impur, c'est Vcxsudation séreuse, incolore, qui sourd de la vésicule vaccinale après qu'on a épuisé cette vésicule de son vaccin proprement dit. » — Chacun sait, en effet, qu'une vésicule vaccinale dont on a épuisé le contenu, voire dont on a asséché la surface, laisse encore sourdre par expression une certaine quantité d'un liquide séreux et limpide. Or, prétend-on, c'est ce liquide venant des capillaires, venant du sang, qui seul peut transmettre la syphilis. Tant que la vésicule vaccinale ne fournit que du vaccin, rien à «raindre. Mais le danger commence une fois qu'en pressant la vésicule ou même en la laissant « couler » spontanément, on recueille autre chose que du liquide vaccinal.

D'autres encore sont intervenus en disant : « C'est le mng qui constitue le danger dans l'inoculation d'un vaccin développé sur un sujet syphilitique. Avec le vaccin pur, avec la sérosité vaccinale limpide et incolore, nul péril de contamination syphilitique. Mais le sang vient-il à se mêler au liquide vaccinal, alors il y a possibilité de transmettre la syphilis (1). »

(1) M. le D-^ Vionnois (de Lyon) a développé et défendu ceUe doctrine avec un remarquable talent.

Dans le très intéressant mémoire qu'il a consacré à l'étude de la

1^6 SYPHILIS VACCINALE.

Puis, descendanl aux détails, on a discuté sur la quantité de sang nécessaire à la contamination.

Pour les uns, il n'est que le vaccin coloré, c'est-à-dire contenant une quantité suffisante de globules pour prendre une teinte rouge ou rosée, qui soit dangereux. Ainsi, le vaccin pur des syphilitiques, c'est-à-dire le liquide vaccinal où l'œil ne découvrira pas de sang, serait inolîensif pour M. Viennois.

Pour d'autres, le vaccin, serait-il incolore, est susceptible de transmettre la vérole, du moment qu'il est mélangé à une quantité quelconque de sang. « D'ailleurs, a-t-on ajouté, pourquoi ne tenir compte que des globules rouges du sang en tant qu'agents de transmission de la syphilis? Si les globules rouges peuvent être dangereux, pourquoi les globules blancs ne le seraient-ils pas au même degré ? »

Ce n'est pas tout encore. Pour quelques-uns de nos confrères, la vaccine devenue jmrulente serait seule dangereuse. Dans cette hypothèse, donc, les globules de pus seraient par excellence les agents de transmission de la syphilis.

syphilis vaccinale, il aboutit, sur le point spécial qui nous occupe pour l'iustaut, aux conclusions catégoriques que voici :

« I. — Lorsqu'on recueille du vaccip sur un sujet syphilitique, et qu'on inocule à un sujet sain ce même vaccin, pur et sans mélange de sang, on n'obtient pour résultat que la pustule vaccinale, sans aucune complication syphilitique prochaine ou éloignée.

» II. — Au contraire, si, avec le vaccin d'un syphilitique porteur ou non d'accidents constitutionnels, on vaccine un sujet sain, et que la pointe de la lancette ait été chargée d'un peu de snng en même temps que du liquide vaccinal, on peut transmettre par la môme piqûre les deux maladies : la vaccine avec l'humeur vaccinale, et la syphilis avec le sang syphilitique. » {De In transmission de la syphilis pur la vaccination, Archives génér. de médecine, 1860.;

V. en outre, Viennois, La syphilis vaccinale à l'Académie de médecine [Gazelle liebd. de méd. et de c/iir., 18G5).

D'autres enfin sont allés jusqu'à émettre cette opinion que l'infection vaccino-syphililique se fait par les lamelles éjndermiques que la lancette de l'opérateur peut détacher de la peau d'un vaccinifère syphilitique, etc., etc.

Je ne saurais m'arrèter, Messieurs, à discuter une à une toutes ces opinions qui ne sont (vous l'avez déjà compris) que de simples hypothèses; d'autant que la critique qu'il nous faudrait en instituer n'aboutirait à aucun résultat pratique.

Je ne ferai exception que pour une seule, qui compte en sa faveur un certain ensemble de probabilités scientifiques et qui est agréée d'un grand nombre de médecins. Je veux parler du rôle joué par le sang dans la transmission vaccinale de la syphilis. Que devons-nous penser de cette interprétation pathogénique ? Yoilà seulement ce que je me propose d'étudier devant vous.

L'opinion qui considère le sang comme l'agent unique et forcé de la transmission vaccinale de la syphilis a d'abord l'avantage de reposer sur un fait vrai, authentique, indéniable depuis la célèbre expérience de Pellizzari, à savoir la contagiosité du sang syphilitique. Il est certain aujourd'hui que le sang syphilitique, au moins à une certaine période de la syphilis, porte en lui le germe infectieux, le contage spécifique.

Donc, le sang mêlé au vaccin doit pouvoir transmettre la syphilis, exactement comme il la transmet alors qu'il est inoculé pur et sans mélange.

En second lieu, la môme doctrine peut invoquer en sa faveur des considérations cliniques qu'il y aurait injus-

^t*8 SYPHILIS VACCINALE.

tico à méconnaîire. Ainsi, dans un certain nombre de cas d(ï syphilis vaccinale, il est avéré, de par le lénioignage précis des observateurs, que le vaccin coupable d'avoir transmis la sypliilis avait été inoculé dans cette condition particulière, c'est-à-dire mêlé de sang.

Exemple : Dans une des lettres écrites au D' Cerise par le Paccbiolli à propos de l'épidémie de Rivalta, nous relevons ce passage : « Il est maintenant certain fjue, pendant la vaccination, du sang suintait des pustules de l'enfant Chiabrcra; et môme il y a deux enfants, syphilitiques aujourd'hui, qui ont été vaccinés pendant que du sang coulait des pustules et avec la lancette chargée de sang et d'humeur vaccinale (Ij. »

De même, dans la relation de l'épidémie de Lupara, il est spécifié que le vaccin qui infecta 23 enfants, était « bien que transparent, mêlé à un peu de sang » (2), — Et de même encore pour une foule d'autres cas que je passerai sous silence (3), celui de J. Ilulchinson, par exemple.

(1) V. Pièces justificatives, note III.

(2) V. Pièces justificatives, note VII.

(H) Voici encore, à ce propos, un fait des plus intéressants :

C'est une observation parue dans la Gazelle des luipilaux du 22 octobre I8(i4, p. 493. Elle est adressée à ce journal par un de ses correspondants de Béziers, et elle est citée in extenso dans le Projet de rapport sur la syph 'ilii vaccinale, lu par Depaul devant l'Académie de médecine, dans la séance du 29 nov. \%Q'i{Bull. de l'Acad. impér. de mdd., 18G')-G5, t. XXX, p. 147 à 149).

Le 19 mars 18G3, raconte le médecin de Béziers, la nommée A. M... vint chez moi avec un enfant de dix mois, vacciné huit jours auparavant, pour me prier de vacciner les enfants de deux amies qui l'ac- •compagnaient. Je procédai à l'opération avec la précaution de ne pua faire saigner les pustules, qui étaient bien développées et ne présentaient rien d'anormal.

Au moment de recueillir du vaccin pour faire au second enfant la dernière piqûre, le vaccinifère fit un fort mouvement, et, la pointe de la lancette pénétrant plus profondément, une gouttelette de sang vint colorer le virus qui, à mon regret aujourd'hui, fut néanmoins ino-

Eiî troisième lieu, on a relevé et légitimement remarqué celle parlicularilé intéressante, sinon démons- Irative, à savoir que, dans une fournée de vaccinés, ceux qui sont inoculés les premiei's, c'est-à-dire au moment où la vésicule vaccinale encore gorgée n'a pas besoin d'être lourmentée, exprimée, pour fournir son vaccin, restent indemnes de syphilis; — tandis que ceux qui viennent ensuite, qui sont inoculés en dernier, c'està-dire alors que la vésicule épuisée ne fournit plus de liquide qu'à la condition d'être comprimée ou grattée, sont infiniment plus exposés à recevoir la contagion. Or,

cul^. — Vingt-deux jours après, cette femme m'apporta cet enfani, sur lequel je constatai ceci: les pustules vaccinales s'étaient parfaitement développées et avaient régulièrement parcouru leurs périodes; il n'y avait d'exception à faire que pour celle cfui résultait de la dernière inoculation, et dont je me rappelais fort bien la posilio7i.

Ce bouton présentait tous les caractères d'un « véritable pseudochancre ». 11 était surmonté d'une croûte conoïde, de 2 centimètres de diamètre, d'une couleur sombre et très luisante.

Dans l'aisselle du même cùté on trouvait une glande engorgée, du volume d'une moyenne noisette. Elle était mobile, douloureuse au loucher.

Quarante-neuf jours après, le pseudo-chancre était ulcéré et présentait une induration considérable. Le corps de l'enfant était couvert d'une roséole, et il existait aux parties génitales des plaques dont le caractère syphilitique ne pouvait être mis en doute.

Je me transportai alors au domicile de l'enfant qui m'avait fourni le vaccin. Cet enfant était fort heaii en apparence, et ses pustules vacciuales étaient parfaitement guéries. Toutefois l'inspection de son corps me laissa voir de nombreuses syphilides papuleuses. Les ganglions cervicaux étaient fortement engorgés, et il existait quelques boutons aux parties génitales et à l'anus, boutons d'une nature moins que douteuse.

Li; père Je cet enfant m'apprit qu'étant soldat il avait eu un chancre imluré, pour lequel il avait été traité trente-cinq jours à l'hôpital de Tours. Il était loin d'être guéri et présentait de nombreuses traces de syphilis, telles que croûtes sur le cuir chevelu, engorgement des ganglions cervicaux postérieurs, taches de syphilides, et plaques à l'anus.

.!>; dois dire, en tenni.nanl, que le premier enfuit vacciné avec le même viras et dans lit nu! me séance n'a absolument rien eu. P.

no SYPHILIS VACCINALE.

(lit-on, comprimer ou gratter un boulon vaccinal, c'est presque nécessairement le faire saigner. Donc, c'est le sang qui, en pareil cas, transmet la syphilis (1).

Il n'est pas à nier, Messieurs, que ces considérations constituent des arguments sérieux en faveur de l'opinion qui fait du sang l'agent de transmission de la syphilis vaccinale. Mais contiennent-elles une démonstration véritable et péremptoire de celle palhogénie ? En d'autres termes, est-il désormais et définitivement établi que c'est le sang et lui seul qui transporte la syphilis du vaccinifère au vacciné? Oui, pour certains médecins ; mais non, pour d'autres, et nous sommes de ce nombre.

Oui, disent les confrères en question, c'est bien le sang qui est le vrai coupable et le seul coupable en pareille occurrence. Et la preuve, sans parler des arguments précités, c'est que, si la transmission ne dépendait pas d'une circonstance éventuelle , telle que l'effusion du sang dans l'inoculation vaccinale, tous les sujets qui sont inoculés avec un vaccin impur devraient être indifféremment contaminés, ce qui n'a jamais eu lieu. Si la syphilis était contenue dans le vaccin même, tous les sujets qui reçoivent ce vaccin devraient recevoir ipso facto la syphilis. Or, comme, de par l'expérience, quelques-uns seulement et non tous contractent la contagion, il faut bien que cette sélection ait sa raison d'être dans une circonstance accidentelle, laquelle n'intéresse que quelques-uns des sujets. Eh bien, à quoi rapporter avec plus

(1) Dans Pobservation de J. Ilulchinson reproduite en note, page 1C2, nous voyons également que, sur douze personnes inoculées avec le vaccin d'un cofanl syphilitique, deux [celles qui avaient été vaccinées les premières) échappèrent s(!ulcs à l'infection.

de vraisemblance celle circoiislance accidentelle qu'à l'addilion d'une petite quantité de sang au vaccin ? Puisque ce n'est pas le vaccin seul qui suffit à la contamination, il faut que quelque chose s'y ajoute pour lui communiquer une faculté virulente. Que pourrait être ce quelque chose, sinon le sang?

Donc, concluent les médecins en question, c'est le sang qui transmet la syphilis dans l'inoculatiou vaccinale.

Mais, plus exigeants en matière de démonstration scientifique, d'autres médecins, sans récuser la valeur de ces divers arguments, se refusent à y trouver une preuve décisive et péremptoire de la doctrine qui attribue exclusivement au sang l'infection vaccino-syphilitique.

D'autant qu'à leur tour ils invoquent contre cette doctrine les deux considérations que voici :

I. — « D'abord, disent-ils, presque toujours, presque invariablement, le vaccin recueilli par les procédés ordinaires, c'est-à-iJire sans précautions spéciales, contient du sang, et contient du sang, sinon en abondance, tout au moins en proportions appréciables. Donc, ce n'est pas l'absence du sang qui pourrait expliquer les cas nombreux, très nombreux, où du vaccin recueilli sur un organisme syphilitique est resté inoffensif. »

L'argument est précis et sérieux. Et, quant à son fond, à son terme majeur, comme auraient dit les dialecticiens d'autrefois, il est irréfragable. Oui, presque invariablement, le vaccin ordinaire est mélangé de sang, alors môme qu'il paraît pur, limpide, incolore, cristallin. De cela voici la preuve.

SYPHILIS VACCINALE.

M. Ch. Robin, de regrettable mémoire, a examiné à maintes reprises le vaccin recueilli et distribué par les soins de l'Académie de médecine, vaccin en plaques, vaccin en tubes, vaccin sur lancettes, etc. Et toujours il a vu (lui-même me l'a affirmé) que les globules sanguins « fourmillaient » dans tous ces vaccins.

M. Ricord et d'autres observateurs ont procédé à celte même lecberche du sang dans le vaccin, et ont abouti à des résultats identiques à ceux de M. Robin.

A mon tour, j'ai fait répéter ces examens microscopiques dans mon laboratoire d'histologie, et toujours, sur tous les échantillons de vaccin que je me suis procurés à des sources diverses, la présence incontestable de nombreux globules sanguins ou d'éléments colorés, vestiges de ces globules détruits, a été dûment constatée.

Ce n'est pas cependant (ju'on ne puisse obtenir du vaccin exempt de sang. MM. Renault et Delzenne ont cité des exemples de vaccin soit absolument pur, soit ne contenant qu'une quantité minime de globules sanguin?. Mais les vaccins de cet ordre, de cette qualité, sont rares, exceptionnels. On ne les réalise — quand on parvient à les réaliser — qu'en procédant à leur récolte avec des soins minutieux, avec des précautions toutes spéciales. Or, je vous le demande, est-ce ainsi, est-ce avec cette circonspection d'expérimentateurs de laboratoire, qu'on pratique usuellement soit la vaccination, soit la récolle du vaccin (1 ) ?

(1) Un inôdiiciii (lisliuKué, M. lo narlhûlnmy, a fait dans mon service nue nomijrouse surlo do riîclierchcs sur la présence du sang dans le vaccin.

' Dans le but de s'assnror si la présence du sang- dans lo liquide

II. — En second lion, il existe dans la science plusieurs cas de vaccinations malheureuses (j'entends sui-

vaccinal n'était qu'un résultat du modiis agendi, du traumatisme opératoire, il a tour à tour procédé à la récolle du vaccin par des méthodes différentes. Tantôt il opérait comme on opère usuellement, c'est-à-dire sans plus de ménagements qu'on n'en apporte à la pratique coui'ante de la vaccination; — tantôt, au contraire, il procédait avec des précautions minutieuses, méticuleuses, destinées à prévenir tout traumatisme, voire toute pression sur la pustule vaccinale ; — d'autres fois, il se bornait à déposer une mince lamelle de verre sur la pustule préalablement ponctionnée avec le plus de ménagements possibles; — d'autres fois, euQn, il ne faisait sur la pustule qu'une «impie ponction capillaire, attendait qu'une fine gouttelette se fût formée spontanément, et recueillait une portion de cette gouttelette sur la pointe d'une aiguille. — Eh bien, dans tous ces vaccins, et quel qu'ait été le mode opératoire employé pour les recueillir, M. le Df Barthélémy a constaté d'une façon invariable la présence de globules sanguins. Il n'est jamais parvenu dans toutes ses expériences qu'à réaliser, relativement au nombre des globules, des différences du plus au moins. Pas une fois il n'a réussi à exclure absolument les globules.

Je ne saurais reproduire ici toutes les expériences de M. Barthélémy, mais je crois utile d'en citer une de chaque ordre, comme spécimen de la méthodique précision avec laquelle ses recherclies ont été instituées.

I. — Vaccin recueilli suivant le mode usuel, par large ouverture de la pustule. — Liquide obtenu paraissant clair, limpide, non mêlé de sang. — L'examen microscopique y fait reconnaître de très nombreux globules de sang.

n. — Vaccin recueilli avec précautions toutes spéciales (petite ouverture pratiquée à la lancette sur le sommet de la pustule; pression très légère exercée sur la pustule avecle plat de la lancette, etc:, etc.). — Vaccin absolument clair, hyalin, mais contenant encore de nombreux globules sanguins.

III. — Vaccin recueilli de la façon suivante : ponction pratiquée le plus soigneusement possible sur le sommet de la pustule; pression ^extrêmement légère exer.:ée sur l'enveloppe épidermique de la pustule; fine lamelle de verre simplement déposée sur la gouttelette issue de la pustule, etc. — Vaccin absolument clair, transparent, incolore. — Globules sanguins moins nombreux. Cependant il est encore possible d'en compter 6 à 7 dans chaque préparation, sous le champ du microscope.

IV. — Vaccin recueilli de la façon suivante : une ponction très fine, presque capillaire, est pratiquée sur le sommet de la pustule; on ne touche plus à la pustule, et l'on attend que, par retrait élastique des tissus, elle ait fourni spontanément une petite gouttelette qui vient sourdre à l'oriQce de la ponction; et alors, on recueille (toujours sans toucher à la pustule) une portion de cette gouttelette sur la pointe d'une aiguille ou le plat d'une lancette. — Vaccin absolument inco-

FoUHNIEfl. 8

SYPHILIS VACCINALE.

vies d'ini'ecUon syphililique) dans lesquels cependant on avait procédé avec des précautions minutieuses en vue d'obtenir un vaccin irréprochable, pur, non mêlé de sang.

Tel est, par exemple, un cas cité par Depaul, où l'on prit « toutes les précautions possibles » pour obtenir un vaccin pur et exempt de sang. On n'en aboutit pas moins à transmettre la syphilis avec ce vaccin si scrupuleusement recueilli (d).

Tels sont deux cas relatés par J. Hutchinson dans lesquels la contamination se produisit, bien que les vaccinateurs (( eussent soigneusement évité de faire saigner les pustules ».

Tel est de même encore le cas du D' Cory, qui s'inocula la syphilis, dans sa quatrième expérience, avec un vaccin « exempt de toute trace appréciable de sang », recueilli sur un enfant syphilitique (2). Et notez qu'il s'agit là d'un fait expérimental, où forcément on a dû procéder avec un luxe de précautions de tout genre,

lore. — Cependant le microscope y révèle encore l'existence de globules sanguins. Moins de globules, à coup sûr, que dans les expériences précédentes; mais ou en trouve encore un certain nombre, et cela de la façon la plus évidente.

« M. le Df Balzcr, ajoute l'observateur, qui a biou voulu m'assister dans ces recherches, a contrôlé le résultat de toutes ces expériences... »

De là résulte, comme conclusion, qu'il a été impossible expérimentalement d'exclure le sang du vaccin. Toujours le vaccin contient quelques globules sanguins, alors même qu'on applique à sa récolte les précautions les plus minutieuses, précautions qui ne sont guère observées dans la pratique usuelle de la vaccination.

Est-ce assez dire si le vaccin usuel (on comprend de reste ce que j'entends par là) n'est pas toujours mêlé d'mie certaine proportion de globules sanguins?

(I) V. BuLlelin de l'Académie de médecine, 1807.

(2j II est, en ellet, bien spécifié dans le cas en question que le vaccin était « exempt du toute irace appréciable de sang». (Y. celte observation rapportée in extenso, p. 15.)

précoulions auxquelles on ne s'aslreint guère dans la pratique couranle de la vaccination.

A cela, j'en conviens, les partisans de la doctrine qui rapporte tout au sang dans la transmission de la syphilis par le vaccin seraient autorisés à répondre que l'examen microscopique permet seul de décider si un vaccin contient ou non des globules de sang ; — que cet examen n'a pas été pratiqué dans les observations qu'on leur oppose, et que ces observations, conséquemment, sont non avenues; — qu'il n'existe aucun fait dans la science pour prouver que du vaccin reconnu, de par le microscope, exempt de tout globule sanguin ait jamais transmis la syphilis; etc., etc.

En sorte qu'au total, Messieurs, vous le voyez de reste par la discussion actuelle, on est loin d'être fixé sur l'élément humoral qui sert de véhicule au contage syphilitique dans le vaccin. La doctrine d'après laquelle le sang serait ce véhicule est à coup sûr séduisante et compte même à son actif des arguments d'une incontestable valeur. Mais elle n'est pas, d'autre part, sans rencontrer des objections importantes qu'elle est loin de résoudre complètement.

En définitive, sur ce point comme sur tant d'autres, il est impossible de formuler des conclusions précises. Force nous est donc ici, comme dans la plupart des questions de pathogénie et d'essence intime des contages infectieux, de rester dans le doute et de laisser une large part à l'inconnu.

En tout cas, au point de vue pratique, ce que nous

SYPHILIS VACCINALE,

avons à retenir de l'exposé qui précède est ceci : 1° Que le vaccin, tel qu'il est recueilli d'habitude et tel qu'il est inoculé par les procédés usuels, est presque invariablement mêlé de sang, et cela alors môme qu'objectivement, à l'œil non armé du microscope, il paraît incolore et pur ;

2° Que ce vaccin incolore a très sûrement transmis la syphilis dans un certain nombre de cas d'une authenticité parfaite ;

3" Qu'en conséquence, s'il convient de rejeter d'une façon absolue tout vaccin coloré, il n'est pas de garantie certaine à attendre d'un vaccin incolore contre le danger d'une inoculation simultanée de syphilis (1).

Au total, donc, la science n'est pas encore faite sur

(1) Cette conclusion est le point le plus important qui dérive de la discussion précédente ; car elle contient une application pratique, relative à la prophylaxie.

Dernière remarque. On a dit que la doctrine, d'après laquelle le sang serait le seul agent de transmission de la syphilis vaccinale, contient un danger pour la pratique en ce qu'elle « permettrait de recueillir le vaccin sur n'importe qui, voire sur un sujet syphilitique ». Ceci n'est qu'une crainte chimérique; car, je le demande, quel est le praticien qui, si convaiucu fùt-il de l'innocuité d'un vaccin non mêlé de sang, « se permettrait » de recueillir du vaccin sur un sujet syphilitique, même avec toutes les précautions imaginables pour en exclure le sang?

Un danger bien autrement réel, c'est la sécurité trompeuse qui, dans cette doctrine, ])ourraitrôsuItcr, pour l'inoculateur, d'un vaccin on apparence non mêlé de sang. On pourrait, de par cette doctrine, avoir foi dans un vaccin de cet ordre, alors que, de par l'expérience, un tel vaccin est loin d'être exempt de tout risque infectieux. A coup sûr, la sécurité n'est pas, ne saurait être dans les qualités apparentes du vaccin; elle n'est que dans ses qualités réelles, et celles-ci ne sont pas appréciables par ies simples procédés d'investigation physique ou histologique d'après lesquels on a cru pouvoir les déterminer.

Aussi bien, comme nous le dirons plus loin, n'est-il rien à attendre de l'examen du vaccin pour conférera la vaccination des garanties de sécurité absolue. Ces garanties doivent être cherchées ailleurs, dans une autre voie, celle qui a été déjà signalée par plusieurs médecins et que nous spéciQerons bientôt.

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