‹ Leçons sur la syphilis vaccinale [electronic resource]Chapitre 18 sur 46 · ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION

Telle est, d'une façon générale el schématique, l'évolution (le la syphilis vaccinale.

Voulez-vous que maintenant je mette en regard de ce schéma une observation clinique? En voici une que j'emprunterai à mes notes et qui va reproduire, copiées sur nature, toutes les particularités de symptômes et d'évolution que je viens de signaler.

Une Jeune fille de quinze ans est revaccinée. Les trois piqûres qui lui sont faites déterminent une vaccine normale, qui suit un cours régulier. — Mais, quelques jours après leur cicatrisation complète, les boutons vaccinaux commencent une autre évolution, s'enflamment, semblent se reconstituer, et aboutissent à former de grosses croûtes, à base engorgée et dure. — Bientôt surrient une adénopathie axillaire correspondante. — Bref, ces lésions deviennent manifestement des chancres syphilitiques, qui sont dûment reconnus pour tels, et qui ne se cicatrisent que deux mois plus tard, après plusieurs cautérisations.

Puis, six à sept semaines après le début de ces lésions post-vaccinales, invasion de diverses manifestations secondaires : syphilide érythémateuse, plaques muqueuses, céphalée, croûtes du cuir chevelu, alopécie, etc. — Un traitement spécifique est institué, mais abandonné bientôt après la disparition de ces derniers accidents.

Aussi bien la diathèse poursuit-elle son cours, en s'accusant par la série des accidents suivants, que je signalerai seulement d'une façon sommaire : cinq ans plus

'2 SYPHILIS VACCINALE.

tard, syphilidc tuberculeuse de la face; — six mois après, poussée nouvelle de sypliilides gommeuses à la cuisse, ayant laissé de vastes cicatrices; exostose claviculaire, etc.; — quatre ans au delà, syphilide tuberculeuse de la joue (1).

N'est-ce pas là, comme qualité et comme évolution de symptômes, le type accompli d'une syphilis ordinaire? Et, réserve faite pour le siège de son accident initial, en quoi la syphilis dont je viens de vous tracer le tableau diffère-t-elle des cas que nous observons d'une façon courante, c'est-à-dire des syphilis de contamina tion vénérienne ?

Cela établi, il est indispensable maintenant de revenir sur deux points de l'exposé qui précède.

Je veux d'abord ne laisser aucun doute eu vos esprits sur ce fait majeur, que toute syphilis issue d'tuie inoculation vaccinale reconnaît pour exorde, pour accident

(I) Je u'ai pu avoir, clans ce cas, de renseignements sur la syphilis du vaccinifère, qui fut perdu de vue tout aussitôt après la vaccination. Tout ce que j'en sais se borne à ceci : « c'était un enfant à grosse tète, cottrômement chélif et malingre », à ce point que, tout d'abord, la famille de la malade dont je viens de raconter l'histoire refusa do laisser pratiquer l'inoculation avec le vaccin d'un tel « moribond ».

Mais peu importe cette lacune. Car l'évidence de la contamination vaccino-syphililique s'impose véritablement dans ce cas. Elle s'impose d'autant plus que la mère de la jeune fille on question fut également infectée par ce môme vaccin.

Vaccinée en même temps que sa fille, elle subit des accidents identiques : vaccine normale, d'aîtord ; — puis, quelques semaines après , chancres développés sur la cicatrice des boutons vaccinaux; — puis, à échéance classique, accidents secondaires. — Dix ans plus lard, cette dame fut prise d'une syphilis cérébrale, à laquelle elle succomba.

ACCIDENT DOUIGINE. T'J*

initial, un chancre^ un vérilable cliancro. Car à ce fait se rallachc \\w triple intérêt, intérêt de pratique, intérêt <]e doctrine, intérêt médico-légal. Yous allez me comprendre.

Qu'il y ait lieu d'imputer à la vaccine toutes les responsabilités qui lui incombent, cela va de soi. Mais il ne convient pas moins, à coup sûr, de l'exonérer de celles qui lui seraient indûment appliquées.

Or, en maintes occasions la vaccine a été accusée de ce dont elle n'était pas coupable. A parler seulement de ce qui ressortit à notre sujet, on l'a plus d'une fois mise en cause relativement à des syphilis avec lesquelles elle n'avait qu'un simple rapport de coïncidence. Les cas de cet ordre, où une telle erreur s'est produite, sont moins rares que vous ne sauriez le supposer a priori, et ils intéressent fort le praticien, comme vous allez le voir. Généralement ils se présentent comme il snit.

Un enfant issu de parents syphilitiques est vacciné, je suppose, quelques semaines après sa naissance. Peu de temps après, mettons quelques semaines plus tard, la syphilis dont il est entaché héréditairement fait invasion par divers accidents. Post hoc, ergo propter hoc, suivant le vieil adage. Donc on ne manque guère d'incriminer la vaccine de ce résultat. C'est elle la coupable, c'est elle qui a infecté cet enfant. Et vous comprenez, en effet, combien l'occasion est propice, pour un père syphilitique par exemple, de décliner ainsi une hérédité compromettante.

Disons d'ailleurs que, sans intention mauvaise, des personnes étrangères à notre art peuvent bien prendre

SYPHILIS VACCINALE.

ie change et, de bonne foi, rendre la vaccine responsable d'une sypbilis qui lui a succédé à brève échéance, qui lui a succédé à la façon dont un effet succède à sa cause, 'lont une broncbite succède à un refroidissement.

Un fait de cet ordre s'est présenté à moi il y a quel- ;rue temps. Le voici en deux mots.

Vn jeune enfant, de deux mois environ, m'est amené pour des accidents non équivoques de syphilis. « Ces accidents, me dit-on, se sont produits trois semaines après qu'on a eu vacciné l'enfant, qui est né sain, et qui jusqu'alors a joui d'une santé parfaite. Donc, ajoutet-on, c'est la vaccine qui en est cause. » Examen fait, je suis bientôt et facilement convaincu de l'erreur. Très sûrement le vaccin n'est pour rien dans cette affaire, et l'enfant est tout simplement affecté d'une syphilis héréditaire. Prenant alors le père à part, je l'interroge sur ses antécédents, et il ne fait aucune difficulté pour m'avouer qu'en effet il a été affecté de syphilis quinze à seize mois avant son mariage. Les choses, vous le voyez, étaient donc des plus claires. Mais alors pourquoi cet homme mettait-il en cause la vaccine coumie origine de la syphilis de son enfant? C'est que, me dit-il — et cela en toute sincérité, j'ai lieu de le croire, — il se jugeait absolument guéri; c'est « qu'il lui semblait impossible d'avoir communiqué à son enfant un mal dont il ne souTrait plus, dont il ne conservait aucun reste et que, somme toute, il n'avait plus » .

D'autre part, vous concevez s'il y a intérêt pour le médecin à ce qu'en pareille occurrence l'erreur soit relevée et la filiation des phénomènes rétablie. C'est qu'en

ACCIDENT n'ORIGINIÎ. 75

effet derrière la vaccine qu'on accuse il y a le médecin comme auteur responsable de cette vaccine. C'est lui, le médecin, qui a choisi le vaccinifère, qui a pratiqué l'inoculation, etc. On peut lui demander compte de ses actes, on a recours contre lui. Et plusieurs fois, en effet, des médecins ont été mis en cause à propos de syphilis qu'on prétendait issues de la vaccine, alors qu'elles dérivaient tout simplement d'une infection héréditaire.

Eh bien. Messieurs, avons-nous moyen de différencier catégoriquement ces deux ordres de syphilis, c'està-dire ces syphilis pseudo-vaccinales (laissez-moi les qualifier ainsi) qui succèdent à la vaccine sans relation de causalité avec elle, et la véritable syphilis vaccinale, bien réellement issue du vaccin ?

Oui, certes. Et môme ce diagnostic différentiel, dont nous aurons longuement à parler plus tard, repose sur tout un ensemble de signes des plus précis et des plus formels, au nombre desquels tout naturellement figure en première ligne le chancre vaccinal. Jugez donc s'il importe de bien établir que l'accident qui succède à l'inoculation vaccino-syphilitique et qui apparaît au point même de la piqûre vaccinale, est sûrement un chancre et un chancre syphilitique.

Or, je dis que cet accident est un chancre, et j'invoque pour le démontrer les six raisons suivantes :

C'est un chancre :

1" Parce qu'il succède à l'inoculation dans le délai classique où se produit le chancre à la suite de toute inoculation contenant le virus syphilitique, c'est-à-dire

après une échéance moyenne de trois à quatre septénaires ;

2° Parce qu'à l'instar du chancre de contagion ou d'inocuhilion expérimentale, il se produit là et exclusivement là où le virus a été introduit dans l'organisme, c'est-à-dire au siège même de la piqûre vaccinale;

3" Parce qu'il reproduit fulèlemcnl, exactement, tous les caractères cliniques, tous les attributs objectifs du chancre (mais réservons ce point sur lequel nous allons bientôt revenir en détail) ;

4° Parce qu'à ses côtés se développe ce bubon spécial qui, suivant l'expression de Ricord, est le compagnon fidèle du chancre syphilitique ;

5" Parce qu'avec ce bubon satellite il constitue pour un temps le seul ordre de symptômes par lesquels se traduit la maladie, ce qui est de règle dans l'évolution normale de la syphilis ;

6" Parce qu'enfin il est suivi à échéance déterminée, fixe, significative, des symptômes propres à la période dite secondaire de la syphilis.

Chacune de ces raisons comporte en l'espèce une signification nette et précise; a fortiori\Qwv réunion estelle absolument démonstrative.

Concluons donc, sans qu'il soit nécessaire, croyonsnous, d'insister davantage, en disant que très certainement, au-dessus de toute contestation possible, la lésion qui succède m situ à l'inoculation vaccino-syphilitique est un chancre syphilitique.

ClIANCUE VACCINAL.

CHANCRE VACCINAL.

Un dernier point nous resie à aborder pour en avoir fini avec la partie clinique de notre sujet ; et celui-ci est relatif à la caractéristique objective du chancre vaccinal, comme aussi aux variétés qu'il comporte.

Le chancre vaccinal, avons-nous dit précédemment, débute presque toujours par un bouton papuleux, originairement sec, qui ne tarde pas à s'excorier, à devenir humide, puis à se couvrir d'une croûte.

Ce bouton, d'abord minime, s'élargit en s'étalant, en formant un petit plateau légèrement surélevé, une papule plate. Progressivement il devient comparable, comme étendue, à une lentille, à une pièce de vingt centimes, à une pièce de cinquante centimes, quelquefois même, mais plus rarement, à une pièce d'un franc.

A sa période adulte et dans son type normal, il se présente sous l'aspect d'une lésion croûleuse, à croûte solide, compacte, régulière de contour et le plus souvent même circulaire, de couleur brun foncé, quelquefois avec reflets verdâtres.

Cette croûte n'est qu'un masque sur la lésion. Car la lésion vraie est au-dessous d'elle, et consiste en une plaie du derme, plaie tantôt simplement excorialive et superficielle, tantôt un peu creuse. Cette plaie, c'est le chancre vaccinal.

Ce chancre présente comme caractères : une forme

78 SYPHILIS VACCINALE.

généralement arrondie ; — une circonférence neltement arrêtée, délimitée; — des bords à peine saillants, non pas taillés à pic, comme on le dit trop souvent, mais se raccordant au contraire en pente douce avec le fond de la plaie ; — un fond lisse, uni, grisâtre par places et rouge sur d'autres points; — enfin, une base dure, offrant au palper une induration spéciale, et spéciale parce double attribut : 1" d'être nettement circonscrite à la base même de la lésion, sans diffuser graduellement dans les tissus voisins; 2" de se caractériser sous le doigt par une résistance sèche, élastique, parcheminée, très différente, comme sensation, soit de l'empâlement œdémateux, soit de l'engorgement inflammatoire. Bref, c'est l'induration chancreuse que l'on sent sous la base de cette lésion, avec tous les attributs classiques qu'on lui connaît.

Ainsi constitué, le chancre vaccinal persiste un temps assez long sans modilications bien apparentes. Quelquefois la croûte s'en sépare, détachée qu'elle est par les frottements ou par une cause accidentelle quelconque; mais elle ne tarde pas à être remplacée par une croûte nouvelle.

Puis, après quatre à six semaines comme moyenne la plus habituelle, un travail de réparation se produit sous la croûte. Celle-ci tombe, en laissant à nu une surface cicatricielle rougeàtre, d'un brun pigmenté.

A ce moment il est encore facile de sentir sous la cicatrice une induration lamelleuse plus ou moins accentuée, qui s'atténue ensuite et disparaît progressivement.

Reste finalement, comme derniervestigede la lésion, une

CHANCRE VACCINAL. 70

macule pigmentée qui ne se décolore qu'assez lentement.

A ces divers caractères impossible de méconnaître un chancre dans la lésion que nous venons de décrire. Et en effet, nous retrouvons ici tous les attributs du chancre syphiUtique, notamment le néoplasme cutané, l'excoriation de surface, l'induration spéciale de base, etc.

Que si ce chancre vaccinal se présente avec une physionomie quelque peu insolite, à savoir sous l'aspect d'une lésion croùteuse, cela tient à sa qualité même de chancre cutané. Chacun sait qu'abandonné à son évolution propre et non pansé, le chancre de la peau a pour tendance de se revêtir d'un enduit croù teux et de prendre la forme, l'allure objective d'un ecthyma, d'où le nom de chancre ecthymateux sous lequel il était autrefois désigné.

Tel est le chancre vaccinal sous son type le plus commun.

Complétons maintenant cette symptomatologie pai quelques mots sur les variétés que comporte ce chancre vaccinal.

Il n'est pas rare qu'au lieu de consister en une érosion superficielle et plate (type le plus habituel du chancre syphilitique), le chancre vaccinal se présente sous la forme d'une t</ceVa^2o/i véritable, laquelle entame réellement les tissus et creuse le derme dans une certaine épaisseur, en fournissant une suppuration assez abondante (1).

(1) Ainsi, dans les deux, faits do Lecoq, les chancres vaccinaux se présentaient sous la forme d'ulcérations comprenant toute l'épaisseur du derme, larr/es comme des pièces de deux francs, à bords tailles à ]iic, de coloration violacée. C'était, dit l'auteur, des ulcérations de

80 SYPHILIS VACCINALE.

On trouve même en quelques observations le chancre vaccinal représenté comme un « chancre à tendance phagédénique », voire comme un « chancre phagédénique ». De tels qualificatifs sont exagérés, je crois. En tout cas, ils ne sont pas justifiés par le délai! des faits où ces prétendues complications se trouvent signalées. On voit bien qu'en certains cas le chancre vaccinal s'est élargi ou creusé, voire élargi et creusé à la fois, au delà de ce qui est habituel. Mais je ne sache pas que jamais il ait pris les caractères menaçants soit d'une ulcération térébrante, soit d'une ulcération serpigineuse, envahissante, etc., de façon à réaliser ce que produit le véritable phagédénisme en |)rofondeur ou en surface.

D'autre part, il n'est pas rare non plus que le chancre vaccinal dépasse la durée iisiiello du chancre syphilitique. Comme règle habituelle, nous sommes accoutumés à voir se cicatriser le chancre de contagion, même abandonné à sa marche naturelle et sans traitement, dans l'espace de quelques semaines, d'un mois à un mois et demi^ deux mois au maximum. Or, le chancre vaccinal se prolonge assez souvent au delà de celte moyenne. On l'a môme vu persister trois et quatre mois(l).

mauvaise nature, très douloureuses, se recouvrant du jour au lendemain d'une croûte brune qui emprisonnait un pus iclioreux et san- {,'uinolent. Elles furent très rebelles et ne se cicatrisèrent qu'au bout (j'un mois et demi. (Y. Pièces justificatives, note X.) — P.

(I) Comme dans l'épidémie de Torre de Busi, rapportée par le D' Adelasio.

« ... Ce fut devant la persistance de ces ulcérnUons (qui n'étaient autres que des chancres vaccinaux), dont la yudrisou, abandonnée à elle-même, n'arriva qu'au bout de deiu-, Irois et quatre mois, que les mères comprirent enfin que quelque chose d'iusolite se passait là. » (V. Pièces justificatives, note V.)— P.

Cette longue durée, non moins que la tendance ulcérative dont nous venons de parler, reconnaît certainement pour causes certaines raisons spéciales que nous aurons à signaler bientôt, telles que le tout jeune âge des sujets affectés, leur état chétif, misérable, athrepsique, le défaut de soins et d'hygiène, etc. Car, alors qu'il se produit en des conditions différentes, alors notamment qu'il est reconnu et traité dès son début, le chancre vaccinal évolue en général à la façon du chancre ordinaire et se répare hâtivement.

La syphilis vaccinale, Messieurs, a mauvais renom, et il faut convenir qu'au premier abord cette triste réputation paraît bien méritée.

Parcourez, en effet, les nombreuses observations de syphilis vaccinale contenues dans les annales de la science, lisez surtout les récits navrants de ces fameuses épidémies dont je vous parlais tout à l'heure, et vous serez frappés d'un fait majeur entre tous, à savoir, IcLmortalïté singulière des sujets infectés de syphilis par le vaccin.

On n'est point habitué à voir figurer la mort dans les premières périodes de la syphilis. Eh bien, non seulement la syphilis vaccinale tue, mais elle tue quelquefois à brève échéance. Exemple:

A Rivalta, on ne compta pas moins de sept morts (1).

(1) A savoir : Sept enfants directemont infectés, morts trois ou quatre mois après l'époque de leur contamination. (V. Pièces justificatives, note m.) — P.

FouHNiEn. 6

SYPHILIS VACCINALE.

L'épidémie de Crémone, rapportée par Cérioii, se jugea par dix morts (iiuit enfants et deux femmes) (1).

Dans un autre fait, rapporté par le même observateur, on enregistra jusqu'à dix-neuf 7norts (2) /

De tels chiffres ne réclament aucun commentaire, n'est-ril pas vrai?

D'autre part, la syphilis vaccinale nous apparaît, en nombre de cas, singulièrement féconde en accidents consécutifs d'une haute gravité. Jugez-en par le seul fait suivant.

Dans une petite ville de province, un enfant syphilitique (qui devait mourir bientôt des suites de sa maladie) sert de vaccinifère pour cinq personnes. Toutes contractent la syphilis du vaccin de cet enfant, et voici le résumé très sommaire de leur histoire.

La première est affectée, trois ans après l'infection vaccinale, d'une carie de la mâchoire supérieure, puis, quelques années plus tard, d'une affection rénale très

(1) Huit enfants, infectés diroclement, et deux femmes contaminées par ricochet. (V. Pièces justificatives, note VL)

(2) Dix-neuf enfants iufectûs directement. (V. Pièces justificatives, même noie.)

A ces exemples nous pourrions en ajouter un certain nombre d'autres, car presque toutes les épidémies de syphilis vaccinale (toutes celles du moins où. la nature du mal n'a été reconnue que tardivemcnl) sont plus ou moins fécondes en cas mortels.

Ainsi :

A ïorre de Bnsi, où des mois s'écoulèrent avant que la lumière fût fuite sur la véritable nature du fléau qui sévit sur les vaccinés et sur les personnes de leur famille ou de leur entourage, trois enfants, trois nouveau-nés, infectés directement, succombèrent dans les huit ou neuf mois qui suivirent le jour de leur contamination. Un autre enfant (un de ceux (jui furent infectés par ricochet) mourut également au bout de peu de temps. (V. Pièces justificatives, note V.)

De même, à Lupara, plusieurs des enfants infectés avaient déji succombé avant que la maladie fiU reconnue et le traitement institué. {\. Pièces justificatives, note VIL) — P.

vraisemblablement spécifique, laquelle entraîne la mort.

Une seconde est prise d'accidents cérébraux incontestablement syphilitiques, auxquels elle succombe.

Trois autres, composant une famille (grand'mère, mère et enfant) payent un non moins lourd tribut à la maladie, à savoir :

La grand'mère, par une syphilis grave, maligne, qui l'emporte rapidement ;

La mère, par une syphilis cérébrale qui aboutit à la mort.

Seul, l'enfant est sauvé, grâce à un traitement énergique.

C'est-à-dire, au total, quatre morts sur cinq per- S07ines affectées de syphilis vaccinale (1) !

Ces faits et tant d'autres analogues que je pourrais produire ne laissent pas que de surprendre et d'effrayer.

De sorte qu'au premier abord on est tenté de se demander si la syphilis contractée par l'intermédiaire de la vaccine ne comporte pas une gravité particulière, n'est pas entachée d'une ma^neVe insolite, toute spéciale.

Mais un examen plus approfondi des faits ne tarde pas à redresser cette impression d'un moment. Et, quand on se met à étudier de près les diverses épidémies ou les divers cas sporadiques de syphilis vaccinale, on est bientôt ramené à une idée plus juste relativement au véritable pronostic de la maladie. On acquiert alors la conviction que la syphilis vaccinale doit sa gravité non pas à sa quahlé même de syphilis vaccinale, non

(1) Observation personnelle.

8* SYPHILIS VACCINALE.

pas à son origine particulière, mais aux conditions spéciales dans lesquelles elle est appelée le plus souvent à se produire et à évoluer.

Quelles sont donc ces conditions? Il en est au moins deux principales que l'on doit aussitôt mentionner, à savoir :

i° Jeune âge des sujets qu^aiîecte cet ordre de syphilis.

Chacun sait que la syphilis, même acquise, est particulièrement grave chez les enfants et plus grave encore chez les nouveau-nés. Sans doute elle est bien moins redoutable que la syphilis héréditaire ; mais elle ne laisse pas que d'entraîner un pronostic des plus sérieux en maintes occasions. Il n'est pas rare, par exemple, de voir mourir du fait de la syphilis des nourrissons infectés par leurs nourrices.

Donc, rien d'étonnant à ce que la syphilis vaccinale, qui, de nature, est essentiellement destinée à atteindre les nouveau-nés ou les très jeunes enfants (puisque c'est dans les premières semaines ou dans les premiers mois de la vie que se pratique d'habitude la vaccination), emprunte à ce fait une gravité tout exceptionnelle et aboutisse à la mort dans un certain nombre de cas.

2° Un second facteur de gravité consiste en ce que la syphilis issue d'une telle origine est presque fatalement exposée à rester méconnue, au moins pour un certain temps.

Cela va de soi. La syphilis vaccinale, en effet, est toujours une surprise. On n'y songe pas de prime abord. Son accident originel naît delafaçon la plus insidieuse et peut être facilement méconnu. L'éveil n'est presque ja-

mais donne que par les manifesta lions secondaires ; encore, à ce moment, la maladie passe-t-elle souvent inaperçue. A preuve tant et lant de cas que j'aurais à citer.

A Rivalta, par exemple, la syphilis ne fut soupçonnée qu'au Lout de quatre mois, et cela sur les plaintes des mères qui voyaient bien, malgré leur ignorance des choses de l'art, qu'on avait inoculé à leurs enfants « une vaccine maligne, une vaccine qui n'en finissait pas ». Or, à celte époque, il y avait déjà six enfants morts et trois presque moribonds !

Méconnue de la sorte, la syphilis reste non traitée. Or, vous savez ce que devient ou ce que peut devenir une syphilis non traitée, alors surtout que, sévissant sur de jeunes organismes, elle a tendance à revêtir des formes graves.

Donc, sans aucun doute, la syphilis vaccinale doit en partie sa gravité à cette raison que, méconnue comme nature, elle n'est pas soumise (au moins dans ses premiers temps) au seul traitement qui pourrait en atténuer les dangers.

A ces deux principales causes de gravité de la syphilis vaccinale (jeune âge des sujets et absence de traitement) adjoignez, Messieurs, ce que vous voyez figurer dans nombre d5 cas, notamment dans les grandes épidémies d'Italie ou dans l'épidémie du Morbihan, à savoir : la misère, la mauvaise hygiène, voire l'absence ahsolue d'hygiène, l'alimentation insuffisante, l'habitat malsain, etc., puis encore l'ignorance, l'indiflérence, l'in-

86 SYPniLIS VACCINALE.

curie des malades ou des parents des petits malades, avec tout ce qui s'ensuit, etc., etc.

Réunissez, dis-je, toutes ces conditions mauvaises, et voyez si de la sorte vous ne constituez pas un ensemble d'influences merveilleusement faites pour imprimer à toute maladie, à la syphilis notamment, une intensité et une malignité particulières.

Eh bien, c'est précisément un tel ensemble de conditions qui a présidé à ces épidémies si meurtrières de syphilis vaccinale dont il a été précédemment question, épidémies où tout a concouru à décupler la force du virus pour aboutir à ces formes malignes et à cette mortalité terriliante dont je vous ai parlé.

De sorte que, sans insister davantage (car je crois la preuve faite), je conclurai en disant :

1" Il est absolument vrai qu'en nombre de cas la syphilis vaccinale s'est montrée particulièrement grave ;

2° Mais il semble bien résulter de l'examen des faits que c'est là pour elle une gravité (Tempi-unt, si je puis ainsi parler, c'est-à-dire une gravité qui ne lui est en rien propre, qu'elle ne tire pas d'elle-même, qui lui est simplement conférée par les conditions défavorables où elle se produit usuellement.

De cela, d'ailleurs, nous avons la contre-épreuve dans un ensemble de faits précisément contraires.

Ainsi, transportez la syphilis vaccinale dans un autre milieu. Voyez-la, par exemple, alîectant un adulte ou même un enfant placé dans de bonnes conditions hygiéniques ; voyez-la soumise à un traitement convenable

CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 87

dès le début des accidents. Tout aussitôt elle perd sa prétendue gravité; elle redevient une syphilis ordinaire, elle rentre dans l'ordre des cas que nous observons chaque jour.

N'oubliez pas enfin ce qui s'est passé dans ces grandes épidémies d'Italie ou du Morbihan auxquelles il me faut incessamment revenir. Avant l'arrivée des médecins, tant que la maladie reste méconnue et abandonnée à elle-même, elle sévit sous une forme particulièrement grave et meurtrière. Puis, voici que les médecins et les autorités interviennent ; les uns instituent des traitements, les autres dispensent des secours, tous éclairent les esprits. Presque instantanément le mal s'apaise ; la mortalité se fait rare, exceptionnelle; les enfants se rétablissent peu à peu ; les contagions « par ricochet » diminuent, etc., etc. Bref, tout rentre dans l'ordre, et la syphilis redescend à son taux normal, j'entends au niveau pronostique infiniment plus bénin qui lui est habituel.

ÉTIOLOGIE.

La syphilis vaccinale implique nécessairement comme origine un vaccin de provenance syphilitique.

Pour qu'une syphilis puisse légitimement recevoir répithète de vaccinale, il faut qu'elle dérive, d'une façon bien manifeste, de l'inoculation à un sujet sain d'un vaccin recueilli sur un sujet syphilitique. La sy-

88 SYPHILIS VACCINALE.

philis vaccinale, en un mot, n'existe qu'à la condition (l'un vaccinifèi'e allecté de syphilis.

Or, est-il des conditions personnelles à ce vaccinifère syphilitique qui le rendent particulièrement dangereux au point de vue de la transmission de la syphilis par son vaccin? Voilà un point qui, tout d'abord, s'impose à notre examen.

Eh bien, les conditions d'âge, de sexe, de tempérament, de constitution, voire de santé générale, paraissent absolument indilTérentes en l'espèce. A preuve ce qui va suivre.

Dans la plupart des cas, les vaccinifères qui ont transmis la syphilis se trouvent naturellement être des enfants. Cependant nous ne manquons pas d'exemples pour nous apprendre que la contagion peut tout aussi bien provenir d'adultes. Ainsi, dans le cas rapporté par M. Lecoq, la syphilis l'ut inoculée à deux soldats par du vaccin recueilli sur un de leurs camarades qui, trois mois auparavant, avait contracté un chancre induré (1).

De même, il y a quelques années, plusieurs soldats ■ d'un régiment de ligne (une douzaine, m'a-t-on dit,

(I) Le 4 mai 18ô8, le Dr Jules Lecoq, chiriirgicu-major du 1" régiment (l'infauteric de marine à Chorboiirg, revaccina un certain nombre d'hommes de sou régiment. Plusieurs militaires entre autres furent inoculés avec le liquide vaccinal « fourni par de bonnes pustules prises sur le bras d'un autre militaire ». Or, celui-ci, comme on ne l'appril que plus tard, avait eu, trois mois auparavant, un chancre induré à la verge, pour lequel il avait subi un traitement à l'hôpital de la marine. — Parmi les hommes inoculés avec le vaccin de ce militaire, deux seulement furent infectés de syphilis. Chez Pun et l'autre la vaccine avait avorté. On leur avait fait trois piqûres k chaque bras. 1|S eurent tous deux un seul chancre syphilitique développé au point même des piqi'iros et suivi, i échéance classique, des accidents secondaires habituels. [Cuz. Itop., 1859, p. MB.) — V. aux Pièces justiûcalives, note X, l'observation reproduite in extenso. — P.

CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES.

niais je ne saurais garantir le renseignement) furent infectés par le vaccin d'un de leurs camarades, plus tard reconnu syphilitique (1).

Dans plusieurs observations, les enfants syphilitiques qui servirent de vaccinifères nous sont représentés comme des enfants chélifs, malingres, maigres, cachectiques (2), sans parler même d'un cas où le vaccinifère était dans un tel état qu'il mourut le lendemain du jour où il fournit son vaccin (3).

Mais, d'autre part, les cas ne font pas défaut où le vaccin tout au contraire a été recueilli sur des enfants que l'observateur nous dépeint comme de « beaux enfants bien portants, bien développés, de bonne allure, semblant jouir d'une santé parfaite (4) ». Dans un cas

(1) Je n'ai traité que l'un de ces militaires. Il fut affecté d'un chancre du bras, avec adénopathie axillaire, et, plus tard, de roséole, de plaques muqueuses buccales et auales, d'alopécie, etc.

— De même, en Amérique, lors de la guerre de sécession, de nombreuses contagions, paraît-il, se produisirent d'adulte à adulte, parce que les soldats, effrayés des ravages d'une épidémie grave de variole, se vaccinaient entre eux. — Extrait d'un très intéressant mémoire de M. Joseph Jones, président du Conseil de santé de l'État de la Louisiane {Vaccinaiion. Spurious vaccination], Bâton Rouge, 1884^ p. 331 à 338. (V. Pièces justificatives, note XI.) — P.

(2) Comme dans le cas de Ilubncr, qui fut condamné pour avoir pris le vaccin sur un. enfant malsain et chétif. — V. note 1 de la page 37.

(3) Cas de M. le Millard. C'est ce vaccinifère qui avait servi pour les inoculations vaccinales faites à l'Académie le 19 août 18G5. (V. l'observation du D'' Miliard reproduite iii extenso aux Pièces justificatives, note I.)

De môme, dans un autre cas, on avait eu l'imprudence d'accepter comme vaccinifère un enfant « tellement petit, chétif, souffreteux, malingre », que la famille oii il fut am.mé en fut tout d'abord « effratjiie ». Mais, comme « il paraissait d'ailleurs sain et qu'il n'avait ni boutons sur le corps, ni glandes, ni abcès », on passa outre. Deux personnes, qui reçurent le vaccin de cet enfant, furent infectées. On apprit plus tant que ledit enfant était syphilitique.

(4j TeLs étaient, par exemple, les vaccinifères qui devinrent la source des épidémies de Sospiro, de Crémone, de Rivalta, du Lot, etc. (V. les Pièces justificatives.)

90 SYPHILIS VACCINALE.

que j'ai en mains, le vaccinifère était, dit-on, « un enfant suporbe, bien venant, de merveilleuse apparence ». De môme, dans une observation de J. Huteliinson, un vaccinifère, qui contagionna dix personnes, avait été choisi parmi plusieurs autres enfants en raison même de son remarquable aspect de parfaite santé (1).

Donc, rien à tirer de ces premières conditions étiologiques.

Un autre point réclame toute notre attention, et celuici se formule comme il suit :

(I) Voici le cas auquel il est fait allusion.

Le 5 mai 1871, deux enfants, le frère et la sœur (celle-ci âgée de seize mois, celui-là âgé de quatre ans), sont amenés au D"" Warren Tay pour une éruption qui vient d'apparaître sur leur corps. — M.Tay reconnaît dans cette éruption un exanthème syphilitique absolument caractéristique.

En cherchant l'origine de cette syphilis, il apprend que les deux enfants ont été vaccinés il y a sept semaines, et il découvre sur leurs bras des pustules vaccinales non encore cicatrisées et fortement indurées à leur base.

II informe aussitôt de ce fait M- Hutchinson, qui se fait donner par la mère des enfants le nom du médecin vacciuateur. Or, sur le registre de vaccinations de ce médecin, il était mentionné que 24 enfants ou jeunes gens avaient été inoculés, en même temps que les deux premiers sujets, avec le vaccin du même vaccinifère.

Grâce aux indications que lui fournit ce registre, M. Hutchinson put retrouver tous ces vaccinés, et voici ce qu'il constata :

Sur ces 24 vaccinés, 9 portaient des chancres syphilitiques sur les bras, chancres développés au siège même des piqûres vaccinales ; et 6 d'entre eux pi ésentaient déjà des accidents secondaires.

Le vaccinifère, qui fut également examiné, était un fort bel enfant, présentement âgé de sept mois. Lors de la vaccination, il avait été choisi parmi plusieurs autres vaccinifères, en raison même de son remarquable aspect de parfaite sunté et de la qualité de ses pustules vaccinales, qui évoluèrent toutes normalement. M. Hutchinson ne découvrit aucune éruption sur sou corps. II lui trouva seulement près de l'anus un seul condylome en voie de guérison. D'autre part, la tête de cet enfant était très développée et les fontanelles étaient largement ouvertes. — Le père et la mère paraissaient sains et nièrent tout antécédent syphilitique.

Médico-chirurgical Transactions, t. LIV, 1871, p. 332 à 339. — P.

CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 91

Est-il nécessaire à la contamination vaccino-sijpJiilitique que le vaccinifère soit, au mo7nent de la vaccination, EN ÉTAT DE SYPHILIS ACTIVE, c^est-à-diî'e de syphilis s' attestant actuellement par tel ou tel ordre de manifestations spécifiques ?

Vous comprenez, Messieurs, Timporlance capitale de la question au point de vue prophylactique. Car, si la contagion n'était susceptible de s'exercer que dans les conditions susdites, la prophylaxie deviendrait ipso facto des plus simples. Il suffirait, pour se garer de tout péril, d'exclure comme vaccinifères les sujets manifestement syphilitiques ou simplement suspects de syphilis de par tels ou tels symptômes évidents. La lâche serait en réalité des plus faciles et, conséquemment, la préservation des plus certaines.

Mais la réponse à la question qui précède se trouve pour ainsi dire contenue dans les faits que nous avons relatés jusqu'ici. S'il était besoin, pour que la contamination s'exerçât, de vaccinifères en état de syphilis ACTIVE au moment même de la vaccination, la syphilis vaccinale n'existerait pas, n'aurait jamais vu le jour. Car, réserve faite pour des circonstances tout exceptionnelles (1), on ne prend pas un vaccinifère au hasard, on le choisit, et personne assurément ne s'avisera jamais de recueillir du vaccin sur un enfant de santé suspecte, a fortiori sur un enfant actuellement affecté de symptômes manifestes de syphilis.

(I) Comme dans un cas où l'on lïit forcé prendre ce. qu'on avail, et cela, dit l'observateur, parce qu'à ce moment « notre petite ville, d'une part, était envahie par une épidémie grave de variole, et, d'autre part, était bloquée par les troupes prussiennes ».

92 SYPHILIS VACCINALE.

11 est évident que, si la syphilis vaccinale ne pouvait se produire qu'en de telles conditions, elle en serait encore ù se produire pour la première fois.

Eh bien, cette induction de sens commun, l'expérience la conlirme.

De par l'expérience, en effet, il est établi que :

La COiMAMlNATION VACCINO-SYPHILITIQUE PEUT ÊTRE TRANS- MISE PAU UN VACCINIFÈRE EN ÉTAT DE SYPHILIS LATENTE.

Précisons, car la chose en vaut la peine, car noussommes ici plus que jamais en plein cœur de notre sujet et en face des considérations les plus pratiques.

Voici aujourd'hui, je suppose, un enfant qui ne présente extérieurement, ni sur la peau, ni sur les muqueuses, ni dans les glandes, etc., aucun symptôme de syphilis. D'autre part, il semble jouir d'une santé moyenne ou même bonne ; et l'examen attentif de ses^ viscères, aussi bien que la considération de son état général, ne permet en rien de supposer chez lui l'existence d'une lésion interne d'ordre spécifique. En un mot,, il paraît sain et bien portant.

Eh bien, je dis que cet enfant, s'il est entaché desyphilis (et de syphilis soit héréditaire, soit acquise^ n'importe), peut transmettre la syphilis par son vaccin à loute personne saine à qui ce vaccin sera inoculé aujourd'hui.

Voilà qui est bien extraordinaire, allez-vous me dire. Où trouvez-vous la preuve d'un tel fuit?

La preuve de ce fait, nous l'avons dans plusieurs observations de syphilis vaccinale. Exemples :

Dans le cas précitédu vétérinaircB..., l'enfant qui in-

CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 93

tec(a pai' son vaccin dix-neuf personnes sur vingt-qiinlre avait été examiné nu de la lôlc aux pieds et reconnu «ain. « De plus, il était, ajoute-t-on, en parfait état de santé, fort », etc. (1).

Dans l'épidémie de Rival ta, l'enfant Cliiabrera, dont le vaccin infecta trente-huit enfants sur quarante-six, était, •dit-on également, en parfaite santé. Il avait onze mois, €t il est représenté dans l'observation comme un bel ■enfant, « de constitution robuste » (2).

Dans l'une de mes observations personnelles je trouve •expressément noté que le vaccinifère, « qui était un bel enfant, de bonne apparence », fut examiné « nu de la lête aux pieds » par l'un de nos honorables confrères, médecin à coup sûr fort instruit et expérimenté. En outre, un examen spécial et prolongé porta sur la bou- ■che, la gorge, les régions génitales, l'anus, etc. L'enfant fut trouvé absolument sain et accepté comme vaccinifère. Et cependant il était syphilitique. Il l'était si bien •que, six semaines plus tard, il présentait sur les fesses €t au pourtour de l'anus des syphilides aussi manifestes que possible, et que, d'autre part, il infecta au moins six personnes par son vaccin (3).

Et de même encore pour plusieurs autres cas que je pourrais citer.

Donc, Messieurs, il suftit qu'un syphilitique soit en -état de syphilis latente, c'est-à-dire de syphilis ne s'ac-

(1) V. Pièces iustificatives, note IL

(2) V. Pièces jiistiflcatives, note III.

(3) Oi)servation inédite. — Dans ce cas, la mère ue fut pas examinée. Elle était « bien [lortante et saine d'apparence ». On n'a pas eu d'autres renseignements sur elle, non plus que sur le père.

9i SYPHILIS VACCINALE.

cusant ni par aucun phénomène extérieur, ni par le moindre trouble de santé générale, pour que son vaccin puisse transmettre l'infection. Et voilà précisément ce qui fait le danger en l'espèce. Le danger, c'est l'aspect trompeur dii vaccinifère.

Vous avez sous les yeux un enfant dont la peau, dont les muqueuses sont saines, dont la santé paraît irréprochable. Vous confiant à ces belles et rassurantes apparences, vous pouvez accepter ou même choisir cet enfant comme vaccinifère. Or, le malheur veut, je suppose, que cet enfant soit en puissance de syphilis latente. Qu'advient-il ? C'est qu'avec le vaccin de cet enfant vous inoculez ou pouvez inoculer la vérole à un ou plusieurs de vos vaccinés. Quel danger pour la pratique, Messieurs, et, en ce qui nous concerne personnellement, nous médecins, quelle responsabilité ! Quel avertissement aussi pour nous de ne choisir nos vaccinifères qu'à bon escient et sur d'autres garanties que celles de simples apparences extérieures !

Encore n'est-ce pas tout. Car il est un second péril avec lequel il nous faut compter, et celui-ci bien plus insidieux encore que le précédent, bien plus inattendu, comme vous allez en juger.

Il suFFrr a la contami nation vaccino-syphilitique que

LE vaccinifère SOIT EN INCUBATION DE SYPHILIS.

Je m'explique par un exemple.

Un enfant sain, issu de parents sains, a été vacciné, je suppose, il y a huit jours, avec du vaccin puisé à une source syphihlique.

CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 9S

Le vaccin s'est développé sur lui aussi normalement que possible ; — et aujourd'hui, à son tour, cet enfant va servir de vaccinilere.

Eh bien, je dis que son vaccin pourra transmettre la syphilis.

(( Impossible, allez-vous me répondre. Quoi ! cet enfant sain, issu de parents sains, vacciné il y a huit jours avec un vaccin impur, transmettrait aujourd'hui la syphilis avec son vaccin ! Impossible ; car, à supposer môme qu'il ait contracté, du fait d'un vaccin impur, la syphihs il y a huit jours, il ne présente rien encore de syphilitique. Son chancre n'est pas né, ni même près de naître, puisqu'on moyenne le chancre vaccinal, comme le chancre de contagion, ne commence à éclore que trois, quatre, cinq semaines à la suite de la vaccination. Cet enfant n'a donc rien encore qui ait trait à la syphilis; donc il ne saurait être dangereux. Qui n'a rien ne donne rien. »

Eh bien, ce raisonnement, cette induction théorique, l'observation lui inflige un démenti formel. A preuve les faits suivants :

A Lupara, du vaccin en tube sert à inoculer un grand nombre d'enfants, dont vingt-trois sont infectés de syphilis. Un de ces enfants sert à son tour de vaccinifère huit jours plus tard, et, de par son vaccin, communique la syphilisà onze autres enfants (1 ).

De même, à Rivalta, un des trente-huit enfants infectés fournit son vaccin, datant de dix jours, à dix-

(1) Y. Pièces justificatives, note VII.

96 SYPHILIS VACCINALE.

sept enfants. De ces dix-sept enfants, sept contractent ainsi la syphilis vaccinale (1).

Donc, vous le voyez, le vaccin d'un sujet en incubation de syjjhilis peut transmettre la syphilis.

J'accorde qu'en d'autres cas ce mode singulier d'infection ne s'est pas exercé, ainsi que des témoignages multiples l'attesteraient au besoin. Mais quelle est la valeur de faits négatifs, si nombreux soient-ils, contre un certain nombre de fails positifs bien observés ?

Je n'ignore pas, d'autre part, les objections qui ont été opposées à ce mode d'infection. On a dit ceci, par exemple :

« Mais le vaccinifère de seconde main, qui semble transmettre par son vaccin une syphilis qu'il n'a pas encore, ne pourrait-il pas être tout simplement un sujet entaché d'une syphilis antérieure à la vaccination, soit, par exemple, d'une syphilis héréditaire? Auquel cas il transmettrait la contagion non pas par le fait d'une syphilis dérivant de son vaccin, mais par le fait de son infection propre, individuelle. »

Ou bien encore :

« Les prétendus cas d'infection dérivant d'une syphi- Hs vaccinale en incubation ne pourraient-ils pas s'expliquer par des erreurs diagnostiques et consister tout simplement en ceci : des syphihs antérieures à la vaccine inaugurant par aventure leur évolution consécutivement à la vaccine ? »

(1) V. Pièces jusliQcaUves, note III.

CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 97

Que de telles objections se soient produites, rien de plus naturel. Elles devaient môme légitimement se produire, étant donné le caractère insolite du mode de contamination dont il s'agit. Mais veuillez remarquer qu'elles ne sont en rien applicables aux faits sus-énoncés (épidémies de Lupara et de Rivalta), où l'autbenticilé de l'infection vaccinale ressort en toute évidence et de la qualité et de l'évolution des symptômes observés. Elles restent donc non avenues en l'espèce, et nous n'avons pas à en tenir compte.

Au surplus, qu'y a-t-il donc de si extraordinaire dans l'ordre défaits en question? On s'étonne que des sujets en incubation de syphilis, c'est-à-dire, au total, en puissance latente de syphilis, puissent transmettre l'infection par leur vaccin, et cela avant que le chancre vaccinal suitéclos. Mais ce qui fait la sypbilis, ce n'est pas le chancre, lequel n'est qu'une expression, un symptôme de la maladie ; ce qui fait la syphilis, c'est la pénétration dans l'organisme du contage syphihtique. Sans doute la sijphilis existe avant le chancre, et le chancre n'est en quelque sorte que la consécration d'une infection faite. Donc, il n'est rien d'impossible, rien de surprenant, à ce que l'organisme infecté soit apte à transmettre l'infection huit jours après l'avoir reçue, comme il le sera, de l'avis de tous, quelques semaines ou quelques mois plus tard. L'expérimentation seule pourrait nous permettre de résoudre cette question htigieuse de pathogénie ; mais j'ose espérer qu'il ne se rencontrera personne pour recourir à ce genre de démonstration.

FoUltiMEIl. 7

98 SYPHILIS VACCINALE.

Enfin, puisque je suis sorli un instant du domaine de la clinique pour faire incursion dans celui des interprétations Ihcoriqucs, laissez-moi vous dire encore, Messieurs, qu'une autre explication a élé donnée à l'ordre de faits qui nous occupe.

On a supposé que la contamination qui peut dériver d'un vaccin infectieux avant l'éclosion même du chancre est simplement due à un phénomène de contagion médiate^ et voici comment : une partie de la matière syphilitique inoculée avec le vaccin resterait inabsorbée^ au siège même de l'inoculation, de façon à pouvoir être reprise par la lancette quelques jours plus tard et reportée sur un autre sujet. Je précise, car j'ai peur de laisser quelque obscurité en vos esprits sur une pathogénie qui n'a rien que de très simple en fait, mais dont l'exposé est singulièrement ardu.

Un enfant A, je suppose, a été vacciné il y a huit jours avec du vaccin recueilli sur un organisme syphilitique et a reçu de ce fait la syphilis, laquelle incube actuellement et, suivant la règle, n'entrera en évolution apparente que dans quinze jours à trois semaines. Aujourd'hui, un bouton vaccinal s'est produit sur cet enfant; et, comme ce bouton est absolument régulier et normal, comme il ne présente rien qui puisse éveiller un soupçon de contamination syphilitique, on y puise une gouttelette de liquide avec laquelle on vaccine un autre enfant B, lequel, du fait de cette inoculation, contractera également la syphilis.

Eh bien, dans l'interprétation proposée, voici comment l'infection passerait de l'enfant A à l'enfant B.

CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES. 99

Une portion, une quantité quelconque du coulage syphilitique inoculé à l'enfanl A ne serait pas absorbée. Pour une raison ou pour une autre, elle resterait en dépôt, en stagnation, au scindes téguments ou sur le trajet de la piqûre, c'est-à-dire au point même où se forme le bouton vaccinal. Puis, parlerait du développement de ce bouton, elle se trouverait plus lard mêlée au liquide vaccinal.

Et alors, l'inoculaleur venant à plonger la lancette dans ce bouton pour y recueillir la lymphe vaccinale, y recueillerait à la fois elle vaccin de formation nouvelle, et le coulage syphilitique resté là en dépôt, de façon à reporter l'un et l'autre sur l'enfant B.

Si bien que, dans cette hypothèse, les deux enfants A et B seraient en réalité infectés l'un et l'autre par un seul et même contage, à savoir par la matière syphilitique dérivant d'une même source originelle. Si bien, comme je vous le disais, que la contamination de l'enfant B (celle qu'il s'agit d'expliquer) ne serait que le résultat de ce qu'on appelle une conlaçjion médiate, contagion pour laquelle l'enfant A n'aurait servi que d'intermédiaire inerte, passif, sans rien fournir qui vint de lui pour ïinfection.

Que vaut cette interprétation. Messieurs, et quelle confiance lui accorder? Je ne saurais le dire, bieii entendu. Prenez-la donc pour ce qu'elle est au total, à savoir pour une simple hypothèse. Il n'est pas impossible, certes, que telle soit la filiation des phénomènes contagieux; mais tout élément de certitude, voire de probabilité scientifique, nous fait défaut à cet égard.

<00 SYPHILIS VACCINALE.

Dernier point : Est-il des procédés de vaccination qui exposent plus que d'autres à la transmission de la syphilis par le vaccin?

A priori, il nous est bien permis de préjuger que tous les procédés de vaccination, quels qu'ils soient, doivent être aptes à transmettre la syphilis, pourvu que le vaccin contienne le contage syphilitique. Le procédé, bien évidemment, n'est ici que chose secondaire ; ce qui est l'essentiel dans la transmission, c'est la matière transmise. En autres termes, tout est dans la qualité du vaccin, qui contient ou non le germe pathogène.

L'observation clinique confirme en l'espèce les prévisions de la théorie. Yoici, en effet, ce qu'elle nous apprend :

I. Dans la grande majorité des cas, la contamination a été transmise par la vaccination de bras à bras. C'est ainsi qu'elle s'est exercée, par exemple, dans la plupart des grandes épidémies précitées (1), ainsi que dans quantité d'autres cas particuliers.

II. Mais, d'autres fois, elle a été transmise par du vaccin conservé (vaccin en tubes, vaccin en plaques).

Un seul exemple : Dans le premier cas que je vous ai relaté, au début même de ces conférences, le vaccin avait été recueilli entre deux plaques de verre et ne servit à l'inoculation que plusieurs heures plus tard (2).

(1) Épidémie de Sospiro et de Crémone (faits de Cérioli), delà Rii- Cna ^tails de Galligo) , de Uivaltn, de Torrc de Biisi (rapport du Df Adelasio au couscil de snnlô de Bcrgaïue), du Lot, d'Alger, etc. — P.

(•i) De môme le vaccin d'où dériva l'épidémie de syphilis vaccinale d'Auray (.'\Iiirl)ihan) était du vaccin en plaques. La sa-îo-finumo, auteur involontaire do ces vaccinations mulhenrcuses, l'avait reçu de la Prélecture de Vannes. — P.

PATIIOGÉNIE. 101

Un vaccin vieux, passez-moi l'expression, c'esl-à-dire conservé par im procédé quelconque depuis un temps plus ou moins long (quelques semaines, quelques mois, un an et plus) serait-il encore apte à transmettre la syphilis? Nous manquons de documents pour résoudre la question.

XIY

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