‹ Leçons sur la trachéotomieChapitre 2 sur 18 · APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE

La première période dans l'histoire de la trachéotomie doit être regardée comme une période de tâtonnement. Nous ne saurions considérer autrement ce qu'ont pu faire dans l'ordre chronologique Asclépiade , Anthyllus , Paul d'Égine, Cœlius Aurellanus et Arétée. Quanta ladéfiance qu'inspira longtemps encore cette opération , il nous suffira de citer Albucasis, qui nous apprend que de son temps et dans son pays aucun chirurgien n'aurait osé la praticjuer.

Cette longue période d'enfance de la trachéotomie se continue jusqu'au xviii'^ siècle, nonobstant ce qu'en avait dit Guy de ChauUac, et malgré les opérations faites en 15^i6 par Ant. Musa Brassavole, quarante ans plus tard par Sanctorius. On peut citer encore l'apologie que firent de l'ouverture des voies aériennes, à peu près à la même époque, Fabrice d'Aquapendente et Jules Casserio, son^disciple, les efforts de Nicolas Habicot (16!20) pour réhabiliter cette opération, les cas de succès rapportés par René Moreau, doyen de la Faculté de médecine de Paris, dans une lettre sur la laryngotomie (1646). La trachéotomie est également conseillée et décrite par Scultet (1675), par Purman (1694), et plus tard par Verduc,

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Dionis, Ledran, Garenyeot en France , Viryili en EsjDagne, Cbowel en An^jleterre. Mais toutes ces tentatives ne purent réussir à relever cette opération du discrédit où elle était tombée. Il fallut tout le talent déployé par Louis dans les deux mémoires qu'il présenta successivement à l'Académie royale de chirurgie pour étendre la pratique de celte opération et en vulgariser l'élude. L'attention une fois appelée sérieusement sur ce sujet, on vit paraître une foule de travaux, et se succéder rapidement les méthodes et les procédés opératoires; L'engouement fit place à l'oubli dans lequel on avait laissé tomber la trachéotomie. Crawford , Ghaussier, Schwilgué j Dureuil, la préconisèrent dans le croup; mais elle fut surtout défendue avec chaleur et persévérance par Caron dans son Traité du croup (1808) et dans son Examen du recueil des faits publiés par l'École de médecine, lors du concours sur le croup (1809).

De nos jours l'ouverture des voies aériennes est une des opérations les plus solidement établies dans la pratique cbirurgicale. On a pu différer et l'on diffère encore d'opinion sur certaines indications dont la légitimité est admise par les uns et contestée par les autres; mais l'utilité de l'opération, considérée d'une manière générale et abstraction faite de telle ou telle indication, n'est aujourd bui l'objet d'aucun doute.

ÀNATQMJE CHIRURGICALE DE LA RÉGION LARYNGO-TRACHÉALE.

Notre intention n'est point de donner une description anatomique complète de la région laryngo-trachéale , mais de noter tout ce qu'il importe au chirurgien de connaître pour l'opération de la trachéotomie.

Et d'abord, sans rappeler ici les diverses mesures qu'on a données de cette région dans les deux sexes et aux différents âges, mesures cjui ne peuvent avoir rien de rigoureux, puisque

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les moindres mouvements des parties suffisent pour faire varier les résultats de toute mensuration, nous mentionnerons un fait signalé par Burns, et qui ressort de l'étude de ces dimensions prises dans la série des âges. C'est que, par suite du développement du larynx , la trachée est relativement moins longue chez l'adulte que chez l'enfant. Burns a même regardé cette disposition comme devant faire donner la préférence à la laryngo-trachéotomie chez l'adulte, et à la trachéotomie chez l'enfant.

Parmi les éléments qui entrent dans la composition de la l égion laryngo- trachéale, il en est un qui mérite de fixer notre attention en raison de la propriété qu'il possède de constituer un point résistant dans un système où tout est flexible et fuyant sous le doigt, et de présenter seul dans l'arbre aérien un anneau complet. D'une part, en effet, la saillie sous-cutanée du cartilage thyroïde, si prononcée chez l'adulte, s'efface tellement sous la pression du doigt chez la femme et chez les jeunes sujets, qu'il n'y a aucun fond à faire sur cette saillie comme point de repère constant dans l'opération de la trachéotomie.

D'une autre part, on sait la faciUté avec laquelle s'affaissent et disparaissent en quelque sorte à la moindre pression les cerceaux cartilagineux incomplets dont est formée la trachée. Le cricoïde esldonc le seul point de ralliementcertain qui puisse être reconnu toujours à travers la peau, queisque soient l'âge, le sexe et l'état d'embonpoint du sujet qu'il s'agit d'opérer. Cette propriété précieuse, il la doit non-seulement à sa forme annulaire, mais encore à ce que l'anneau qu'il représente s'élargit à sa partie poslérieure à la manière des bagues dites chevalières, et acquieiH par cet élargissement une force de résistance qu'on ne rencontre en aucun autre point de l'arbre aérien.

La trachée-artère est composée, ainsi qu'on le sait, de cerceaux cartilagineux, dont chacun forme les deux tiers d'un cercle complété dans son tiers postérieur par une membrane élastique. Ces anneaux constituent par leur ensemble un canal irrégulièrement arrondi, dont le volume varie peu dans

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toute la hauteur (le sa portion cervicale. Jls peuvent toujours être facilement coupés, et leur section, suivant la longueur du canal, donne lieu à une plaie tpi'on peut dilater sans peine en écartant ses bords , mais qui revient sur elle même dès que la dilatation cesse. Cette disposition rend compte de la facilité avec laquelle se cicatrisent les incisions qui résultent de la trachéotomie.

Quant aux variétés de capacité que peut présenter la trachée, il serait sans doute bien à désirer qu'on pût les déterminer dans la série des âges à l'aide d'observations nombreuses. Nous ne pouvons que louer les efforts qui ont été tentés dans ce but par un de nos savants collègues, M. Leiioir. En effet, la connaissance de ces diverses capacités de la trachée permettrait de fixer la grosseur exacte des canules que Ton doit employer depuis tel âge jusqu'à tel autre. Malheureusement le vice des modes de mensuration a empêche jusqu'à ce jour d'obtenir aucun résultat satisfaisant; si l'on voulait arriver à quelque chose de précis à cet égard, il faudrait procéder, soit par l'injection de matières solidifiables fournissant un moule susceptible d'être soumis à des mesures rigoureuses, soit à l'introduction de tubes de diverses grandeurs, dont on pourrait également déterminer le diamètre avec exactitude.

Les variations de longueur, de diamètre, de position et de direction de la trachée, méritent une attention toute particulière au point de vue de la trachéotomie. Elles peuvent créer des difficultés d'exécution, et faire tomber dans des fautes inattendues. Nous avonâ été à même de constater sous ce rapport plusieurs faits qu'il nous paraît utile de rappeler.

Nous avons constaté l'allongement vertical de la trachée dans des cas d'hypertrophie du corps thyroïde. Voici quel est, suivant nous, le raét anisme de cet allongement, qui reporterait le cartilage cricoïde à deux et trois travers de doigt audessus de la hauteur ordinaire qui, dans l'état normal et le cou étant rectiligne, se trouve juste au niveau du tubercule carotidien.

La commissure des deux lobes du corps thyroïde est solide-

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ment unie à la trachée et â la partie inférieure du larynx. Or, dans l'hypertrophie symétrique du corps thyroïde, les lohes latéraux ne pouvant dans leur évolution s'accroître dans le sens de leur extrémité inférieure, ariêtés qu'ils sont de ce côté par la rencontre de la poitrine et de l'aponévrose du cou, tout le développement se trouve reporté dans le sens vertical ascendant.

Il est facile dès lors de comprendre comment le larynx et les premiers anneaux dé la tracliée se trouvent refoulés en haut d'une manière permanente, et comment dès lors le tube trachéal se trouve allongé.

J'ai également observé des cas de raccourcissement considérable de la trachée, et dans lesquels il restait à peine une étendue suffisante pour pratiquer l'opération entre le sternum et le larynx, dans lesquels, par consécjuent, nous n'avons dù qu'au tenaculum cricoïdien dé pouvoir diviser un nombre suffisant d'anneaux de la trachée, grâce au mouvement d'ascension imprimé avec force au cartilage cricoïde. C'est dans un cas de ce genre que j'ai fait la trachéotomie en présence de MM. de Hiibbenet et Heyfelder fils. (Voyez l'obs. I" rapportée page ik.)

Quant aux autres déformations et déviations de la trachée sous l'influence du goitre, et surtout du goitre cancéreux, ces variétés ont été mentionnées par les auteurs. Opérant dans un cas de ce genre où, contre ce qui a lieu d'ordinaire, la trachée était extrêmement aplatie d'avant en arrière, il me fut impossible de ne pas diviser la paroi postérieure de la trachée, ce qui entraîna d'assez grandes difficultés pour l'introduction de la canule. {Gaz. des hôpit., n° du 18 octobre 1849. — Soc. de chirur., séance du 11 juillet 1849.)

Une particularité remarquable relative à la muqueuse qui tapisse l'intérieur du canal aérien, c'est que cette membrane est intimement adhérente aux parois du conduit qu'elle revêt, principalement au niveau des cerceaux cartilagineux. Il nous paraît difficile d'admettre par cette raison qu'on ait jamais pu détacher la muqueuse par l'introduction d'une canule, comme

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