‹ Leçons sur la tuberculose et certaines septicémies [electronic resource]Chapitre 26 sur 48 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

CRÉATION ARTIFICIELLE DE l'iMMUNITÉ CONTRE LA TURERCULOSE

Des propriétés vaccinantes des produits soliibles sécrétés par le bacille tuberculeux. — Expériences de MM. Héricourt et Richet, Courmont et Dor, Maffucci, Hammersclilag et Ko ch.

Il ressort de ce que je vous ai dit dans la dernière leçon, en vous entretenant des expériences de M. Koch et de MM. Grancher et H. Martin, que nous ne savons pas à l'heure actuelle produire l'immunité contre la tuberculose en introduisant dans l'organisme les bacilles tuberculeux, sans imposer au sujet une première infection mortelle.

Je vais maintenant vous entretenir des expériences qui ont eu pour but de modifier la réceptivité d'une espèce animale avec les produits solubles du bacille tuberculeux, séparés du microbe vivant. Dans l'ordre des dates de publication, ces travaux sont ceux de MM. Héricourt et Ch. Richet, Courmont et Dor, Maffucci, Hammerschlag-, Koch. Je dois môme ajouter que la note de MM. Courmont et Dor a été rédigée et envoyée à Paris avant que MM. Héricourt et Ch. Richet aient fait leur communication; par conséquent, les résultats qu'elle annonçait ont été obtenus dans mon laboratoire avant la publication de tout autre travail de ce genre.

Le point de départ des recherches de MM. Courmont et Dor, Héricourt et Richet, Maffucci et Hammerschlag. ainsi que leurs conclusions sont d'ailleurs de même ordre et se ressemblent beaucoup.

MM. Héricourt et Richet ont essayé de conférer l'immunité

à des lapins en introduisant dans l'organisme de ces animaux des cultures liquides de bacilles aviaires ou bovins^ stérilisées par la chaleur et privées de microbes vivants.

Leurs expériences sont au nombre de trois.

Dans la première, les cultures étaient d'origine bovine, faites en bouillon glycérine, vieilles de deux ans, stérilisées par un oliauiïage de quelques minutes à 100°. Quatre lapins furent vaccinés par la voie sous-cutanée à plusieurs reprises, recevant au total de IG à 42 centimètres cubes. Ces 4 lapins et 46 témoins furent inoculés ensuite sous la peau avec 1 centimètre cube de culture bovine. Un seul des vaccinés a succombé à la tuberculose; les trois autres étaient encore vivants au moment de la publication.

Malheureusement, 11 témoins seulement sur 16 sont morts tuberculeux, 5 ont survécu. Cette expérience laisse donc à désirer. Il semble néanmoins que la vaccination ait conféré une certaine immunité.

Les deux autres expériences ont été faites avec des cultures liquides d'origine aviaire chauffées à 80" à plusieurs reprises.

L'une a porté sur 5 lapins vaccinés et 3 témoins. Le vaccin injecté à quatre reprises, à des doses de 10 à 40 gouttes, dans le système veineux des 5 lapins s'est montré très toxique. Les 8 lapins furent ensuite inoculés dans le sang avec o gouttes de culture virulente. Les 3 témoins sont morts en moins d'un mois, les vaccinés survécurent et augmentèrent de poids. Cette expérience paraît bien établir une influence favorable du traitement; cependant, comme je n'attache pas une bien grande importance aux variations du poids chez le lapin tuberculeux, je regrette que les lapins vaccinés n'aient pas été tués et autopsiés pour juger définitivement de leur état.

La troisième expérience consiste en un essai encourageant de traitement par les produits solubles des cultures aviaires.

MM. Héricourt et Richet ont donc pu conférer une certaine

immunité à des lapins, en se servant des cultures liquides de bacilles tuberculeux tués par la chaleur.

MM. Courmont et Dor ont eu, comme je le disais, la même idée directrice que les expérimentateurs précédents dans le plan de leurs recherches; ils ont essayé de conférer l'immunité au lapin en injectant, dans le système veineux ou le péritoine, les produits solubles sécrétés par des bacilles aviaires dans une culture liquide. Seulement leur procédé d'extraction des produits solubles a été ditTérent ; ils ont employé la filtration sur la bougie Chamberland.

La bougie en porcelaine est loin certes d'être un moyen parfait pour isoler les sécrétions bactériennes, beaucoup de celles-ci étant retenues dans l'appareil; mais, dans les cas où le produit soluble que l'on veut expérimenter passe facilement, on ne doit pas hésiter à préférer la filtration au chauffage qui peut altérer considérablement les substances solubles. Le iiltre peut même avoir lavantage de retenir certains produits et de faire ainsi une sélection utik' à l'expérimentateur. C'est ce qui est arrivé à MM. ('ourmont et Dor; leur liquide, privé de tout cadavre bacillaire, contenait les produits solubles vaccinants et n'était pas aussi toxique que celui de MM. Héricourt et Richet.

La première expérience de MM. Courmont et Dor date du mois de mars 1890. Le liquide vaccinal provenait d'une culture atténuée de bacilles aviaires dans Teau glycérinée, âgée de (|iiatre mois et demi environ. Le 31 mars ils choisirent o lapins jeunes, appartenant à la même portée, pesant 1000 à 1100 grammes; trois d'entre eux reçurent dans le péritoine 10 centimètres cubes du produit de filtration, soit 1 centimètre cube environ par 100 grammes de poids vif; les deux autres furent conservés comme témoins. Les deux témoins et l'un des vaccinés furent alors inoculés dans la veine auriculaire avec quelques gouttes d'une culture liquide Agée d'un mois. Le

3 avril, un des vaccinés fut également inoculé dans la veine auriculaire avec la même dose de la môme culture. En somme, deux lapins ne reçurent que du virus actifs un reçut simultanément du virus actif et du vaccin; un fut inoculé 4 jours après la vaccination, un ne fut que vacciné. Les deux témoins et l'animal qui avait été inoculé et vacciné simultanément moururent avec des lésions tuberculeuses ; mais celui qui n'avait reçu le virus qu'au bout de 3 jours d'imprégnation vaccinale était encore vivant il y a peu de temps et pesait plus de 3 kilogrammes. Quant au lapin qui n'avait reçu que le vaccin, sa santé est naturellement restée florissante.

La seconde expérience de MM. Courmont etDor, commencée le 20 avril 1890, a employé 4 lapins de la même portée, pesant 2 kilogrammes environ. Le liquide vaccinal provenait d'une culture aviaire en bouillon glycériné atténuée, âgée de 2 mois. L'introduction fut faite dans le système veineux, à une dose plus faible que dans l'expérience précédente, soit 1 centimètre cube par 180 grammes de poids vif environ. Trois des lapins ont été vaccinés le 20 avril; et l'un d'eux reçut simultanément dans la veine auriculaire 1/2 centimètre cube de culture complète ; le quatrième lapin, non vacciné, fut inoculé de même. Le 27 février, soit sept jours plus tard, un des vaccinés reçut à son tour la môme dose de la môme culture complète. En somme, cette seconde expérience comprenait : un lapin seulement vacciné, un lapin inoculé avec du virus actif, un lapin vacciné et inoculé simultanément, et un lapin inoculé sept jours après la vaccination. Ce dernier, ainsi que le témoin, sont morts tuberculeux, le témoin ayant d'ailleurs présente une maladie à marche plus rapide. Quant aux deux autres, ils n'ont jamais présenté trace de lésions tuberculeuses.

Dans ces doux expériences, MM. Courmont et Dor ont donc constaté l'existence de produits solubles vaccinants dans des

cultures liquides de bacilles aviaires atténues^ filtrées sur porcelaine. Cependant, tous les lapins vaccinés n'ont pas échappé à l'infection; dans le premier cas, c'est le lapin inoculé après quatre jours de vaccination qui est resté indemne ; dans le second, c'est au contraire l'animal qui avait été inoculé et vacciné en môme temps qui n'a pas présenté de lésions tuberculeuses. Il est juste d'ajouter, pour l'interprétation de ce résultat contradictoire, que les deux expériences ne sont pas absolument comparables : le point d'introduction (péritoine dans une série, système veineux dans l'autre), la dose du vaccin (1 centimètre cube par 100 grammes et 1 centimètre cube par 180 grammes), la dose du virus actif (4 gouttes et 1 /2 centimètre cube) ont été différents.

Si MM. Courmont et Dor n'ont pu constater l'immunité de tous les lapins qu'ils ont vaccinés, ils ont en tout cas démontré que ceux de ces animaux qui ont échappé à l'infection avaient été dotés d'une immunité solide contre la tuberculose humaine^ et c'est là le point véritablement important de leur premier travail. En effet, les quatre lapins survivants des deux expériences ont été inoculés le 13 octobre 1890 avec une lésion tuberculeuse humaine ayant passé une fois par l'organisme du cobaye ; deux d'entre eux ont été sacrifiés plusieurs mois après et n'ont pas présenté trace d'infection tuberculeuse ; les deux autres sacriliés plus tardivement encore étaient indemnes. Ces expérimentateurs ont donc cru à cette époque pouvoir avancer les conclusions suivantes :

1° Les produits solubles sécrétés par le bacille tuberculeux aviaire qu'on isole en filtrant sur porcelaine une culture liquide atténuée, ne sont pas toxiques pour le lapin à la dose de 1 centimètre cube par 100 grammes de poids vif, qu'ils soient introduits dans le péritoine ou dans le système veineux.

2" Ces produits solubles possèdent la propriété de prémunir l'organisme contre l'infection de leur microbe producteur.

3° Llmmunité ainsi conférée est encore solide au bout de sept mois.

4" Le vaccin d'orig^ine aviaire est capable de prémunir le lapin contre une affection tuberculeuse d'origine humaine.

En présence de ces résultats encourageants, MM. Courmont et Dor ont poursuivi leurs recherches en opérant sur un plus grand nombre d'animaux et dans des conditions variées. L'ensemble de leurs travaux sur ce point a été communiqué au Congrès pour l'étude de la tuberculose en 1891.

Les deux expériences précédentes avaient démontré qu'une culture aviaire atténuée et iiltrée sur porcelaine renferme un vaccin non toxique pour le lapin et efficace contre la tuberculose humaine ou aviaire.

Une troisième expérience a porté sur le chiffre respectable de 24 lapins. Le vaccin a été obtenu en filtrant une culture virulente liquide d'origine aviaire. Les lapins, divisés en trois lots, ont reçu trois injections successives de vaccin {9 février, 20 février, 18 mars 1891), soit en tout lo centimètres cubes de liquide. Dans un lot, les lapins furent imprégnés par le système veineux, dans un autre par le péritoine, et dans le troisième par le tissu conjonctif de la cuisse.

La toxicité du vaccin a été très manifeste, bien que le mode de préparation ait été identique à celui du vaccin inoffensif des expériences précédentes. La seule raison plausible de cette différence réside dans le degré de virulence de la culture filtrée. Les cultures atténuées contiennent donc beaucoup moins de substances toxiques, fait important à retenir au point de vue pratique.

Les lapins vaccinés par le tissu conjonctif ont présenté une élévation passagère de la température à chaque injection, mais n'ont pas maigri. Ceux qui avaient été vaccinés par le système veineux ont eu un peu d'hyperthermie passagère, de diarrhée et d'amaigrissement. Tous se sont remis rapidement. Il n'en a

pas été (le même des sujets vaccinés par le péritoine. L'iiypertliermie consécutive à Finjection a été plus faible, mais l'amaigrissement a été rapide et considérable, et les deux tiers des iapins sont morts d'une sorte d'intoxication chronique en deux mois environ, sans lésions appréciables. Les autres ont repris progressivement leur poids et la santé.

Vous voyez que le vaccin obtenu par liltration d'une culture virulente est loin d'être inoftensif surtout par la voie péritonéale.

Eu tous cas, 40 jours après la première vaccination et 9 jours après la dernière, 19 lapins, choisis parmi les vaccinés (6 vaccinés par le tissu conjonctif, 6 par le péritoine, 7 par le sang), sont inoculés dans la veine auriculaire, en même temps que o témoins avec la dose énorme de '2^%5 d'une culture aviaire très virulente. Aucun lapin normal ne peut résister à 2'%5 d'une culture liquide abondante, très virulente, introduite dans le sang"; donc tout retard dans la mort de ces animaux, si minime qu'il soit, pourra être regardé comme un résultat de la vaccination.

Or, voici les résultats de cette expérience :

/ Nos 1 .Mort eu 15 jours..

Témoins 3 n . . J Type Ycrsin.

Vacciné? par le péritoine.

I N^s i Mort eu 17 jours. — Tubercules.

22 — — Type Yersin.

Tl — — Tul^ercules.

24 — — Type Yersin.

'■M — — Type Yer.?in.

G — ;]3 — — Tubercules.

Vaccinés par le tissu conjouctif.'

1 Mort en 17 jours. — Type Yersin.

2 — 20 — Tubercules.

3 — 24 — Tubercules.

4 — 24 — Type Yersin.

5 — n — Type Yersin.

0 — 33 — Tubercules.

/ Nos I Mort CD 15 jours — Type Yersia. 2 — 21 — \

Vaccinés par le sang 4 — 28 — / Tubercules.

\ 7 Sacrifié au bout (Je 3 mois. Indemne.

A première vue, les résultats paraissent médiocres; mais si vous voulez bien vous souvenir de la dose de virus injectée, ils vous paraîtront au contraire très remarquables. Un lapin a pu résister complètement à S'^o de culture introduite dans le sang^. La mort chez tous les autres vaccinés a été sensiblement retardée, et, chez 11 sur 18, l'infection aiguë à type Yersin, constante chez les 5 témoins et qui est la conséquence fatale d'une inoculation violente, a été remplacée par un type chronique de la maladie aboutissant à la genèse de tubercules bien formés absolument semblables à ceux qui suivent l'inoculation de la tuberculose humaine.

En somme, il importait, pour mettre plus en relief l'immunité conférée aux lapins, de se servir pour l'épreuve d'une dose moindre de virus. C'est ce qu'ont fait MM. Courmont et Dor dans une quatrième expérience.

Celle-ci a porté sur 14 lapins : 12 vaccinés et 2 témoins. Sur les 12 vaccinés : 2 avaient reçu la culture filtrée dans le sang et 2 dans le tissu conjonctif, depuis 40 jours; 8 avaient reçu dans la veine, sept jours auparavant, une seule dose de o centimètres cubes d'une culture filtrée ensemencée depuis 15 mois. Les 12 vaccinés et les 2 témoins reçurent dans le sang 3/4 de centimètre cube de la culture virulente employée dans l'expérience précédente.

Yoici les résultats : deux lapins parmi les 8 derniers moururent d'accident, l'un au bout de 9 jours, l'autre au bout de 22 jours; leur rate, remarque intéressante, était restée petite, et ne présentait aucune trace de tuberculose. Pour les autres, les suites sont résumées dans le tableau ci-dessous :

Type Yersiu.

^, . \ N*'* 1 Mort en 24 jour?. / „ v •

Témoins / ^ j Type lersm.

Vaccinés par le \ N"^ I Mort en bit jours. / Superbes généralisations

sang ' 2 — 59 — ) tuberculeuses.

Vaccinés par lo \ No=* 1 ( Sacrifiés au bout de 59 jours, complètement tissu conjonclif. ' 2 * indemnes.

IN»^ 1 Mort en 2G jours 2 -29 — f^^.. .V. , 3 — 29 —

sang \ 4 — 35 —

/ 5 / Sacrifiés au bout de 69 et 75 jours, complétc- 1 6 ) ment indemnes.

,lo n'ai pas besoin d'insister sur la signification de ce tableau; il n'est pas un vacciné qui n'ait retiré quelque profit de la vaccination; 4 ont même complètement triomphé de l'infection.

Si nous envisageons toutes les expériences que MM. Courmont et Dor ont faites sur les lapins, nous voyons que 37 de ces animaux ont été vaccinés et inoculés dans le sang avec des bacilles aviaires, sur lesquels :

9 ont été rendus complètement réfraclaires.

1.') sont morts lentement de généralisation tuberculeuse chronique.

il sont morts avec le type Yersin, mais plus lentement que les témoins.

De plus, les 4 vaccinés inoculés avec de ia tuberculose humaine ont résisté d'une façon absolue. Quant aux 10 lapins qui servirent de témoins, tous sont morts de l'inoculation.

MM. Courmont et Dor ont en outre tenté la vaccination du cobaye par le même procédé. 37 cobayes ont servi à ces expériences. Malheureusement le vaccin employé (culture aviaire virulente fdtrée) s'est montré très toxique pour ces animaux. 10 animaux ont reçu 3 centimètres cubes de vaccin dans la jugulaire interne ; 10, 3 centimètres cubes dans le péritoine; 10, 2 centimètres cubes dans le tissu conjonctiL La moitié des vaccinés par le sang moururent sans lésions en un mois en-

viron; l'autre moitié résista. 1 des vaccinés parle péritoine mourut en un mois; 2 des vaccinés par le tissu conjonctif périrent également. En raison de ces accidents, plusieurs animaux furent gardés comme témoins; de sorte que 14 vaccinés seulement furent inoculés, en même temps que plusieurs témoins, les uns avec de la tuberculose aviaire, les autres avec de la tuberculose humaine. La tuberculose humaine a évolué aussi bien chez les vaccinés que chez les témoins. Quant à ceux qui furent inoculés à la cuisse avec 1 /2 centimètre cube de culture virulente aviaire (5 témoins et 7 vaccinés) :

o témoins moururent tuberculeux eu 57 jours en moyenne.

o vaccinés (par tissu conjonctif ou péritoine) succombèrent tuberculeux en 57 jours en moyenne.

2 vaccinés (parle sang) sacrifiés au bout de 3 mois 1/2 furent trouvés indemnes.

L'introduction, dans le sang des cobayes, de 3 centimètres cubes de culture aviaire virulente filtrée, vaccine donc ces animaux contre une inoculation ultérieure de bacilles aviaires et cet effet bienfaisant est encore manifeste au bout de deux mois.

Tels sont les intéressants résultats obtenus par MM. Courmont et Dor, basés sur un grand nombre d'expériences. En principe, il est maintenant incontestable que les cultures liquides aviaires contiennent une substance soluble qui est vaccinante contre le bacille aviaire et, dans certains cas, contre le bacille humain. Le vaccin n'est pas toxique, s'il est fabriqué par des bacilles atténués.

L'avenir de la prophylaxie de la tuberculose, si sombre il y a quelques mois, s'éclaire d'une lueur qui éveille des espérances. Les résultats obtenus, si minimes qu'ils soient encore, doivent être un puissant encouragement aux chercheurs.

MatTucci a stérilisé par le chauffage à 70° ou par le vieillissement (six mois au moins) des cultures de bacilles humains sur sérum; ces cultures, inoculées à des cobayes, ont entraîné la

mort de ces animaux en un laps de temps qui a varié de vingt jours à six mois, avec amaigrissement et congestion du l'oie, des reins, de l'intestin et des poumons; mais ne leur ont en aucune façon procuré la plus légère immunité. Avec des cultures stérilisées de tuberculose aviaire, le résultat a été le même. Le liquide de Maffucci était donc très toxique pour le cobaye et nullement vaccinal.

Ilamnierschlag' s'est servi de cultures en bouillon assez âgées pour avoir perdu leur virulence. Ces bouillons^ contenant d'ailleurs leurs bacilles, étaient fort analogues à des cultures stérilisées par une clialeur modérée ; ils n'ont eu aucun efTet vaccinal.

J'arrive aux assertions qui ont été émises par M. Ivoch au congrès de Berlin, le 4 août 1890. Bien que cette date soit antérieure à celles des publications précédentes, j'ai tenu à ne parler des expériences de M. Koch qu'à la suite de celles dont je vous ai déjà entretenu, pour bien montrer que Koch n'a pu en aucune façon indiquer la voie à MM. lléricourt et Ricliet, et Courmont et Dor. Rien, en eiï'et, ne pouvait faire supposer, au mois d'août 1890, que la substance dont parlait M. Koch était extraite de cultures tuberculeuses. La composition de la tuberculine a longtemps été tenue secrète, et nous ne la connaissons que très imparfaitement aujourd'hui; nous ignorons encore complètement le procédé par lequel M. Koch a produit l'immunité sur le cobaye. La partie des conclusions de M. Koch, concernant la vaccination, est même restée entièrement dans l'ombre depuis le congrès de Berlin ; il n'a plus été question que de la méthode curative de la tuberculose.

Dans son discours du 4 août, M. Koch, à propos des substances antiseptiques qu'on peut opposer au bacille de la tuberculose, s'est exprimé ainsi : « Ce n'est pas sur l'homme qu'il faut commencer à expérimenter, mais sur le parasite luimôme dans ses cultures pures. Même quand on aura trouvé

2o4 LEÇONS SUR LA TUBERCULOSE.

l'agent capable d'arrêter le développement des bacilles de la tuberculose dans les cultures, il ne faudra pas encore expérimenter sur l'homme, mais sur les animaux. On verra si les observations faites sur les tubes à culture gardent leur valeur pour l'organisme vivant. Si cette épreuve réussit sur l'animal, on pourra passer à l'homme. »

Notez encore et surtout le passage suivant : « Le cochon d'Inde, animal excessivement sensible à la tuberculose, devient réfractaire, lorsqu'on le traite par une de ces substances, à l'inoculation du virus tuberculeux. » Et plus loin : « Cette môme substance arrête complètement le processus morbide, lorsqu'on l'injecte à un cobaye arrivé déjà à un degré avancé de tuberculose, et cela sans inconvénient aucun pour l'organisme. » Il paraît donc bien certain que M. Koch a obtenu, sur le cobaye, la vaccination et la guérison avec la même substance.

Je suis obligé de procéder ainsi par raisonnement pour deviner au milieu des réticences de l'auteur quelle est la substance vaccinante dont il parle. Cette substance quelle est-elle? Aux termes de la communication de Berlin, on pouvait croire qu'elle appartenait à la classe des antiseptiques cités, le bruit courut même qu'il s'agissait du cyanure d'or.

Dans la communication du 13 novembre 1890, M. Koch resta toujours muet sur cette substance, tout en confirmant son efficacité. Il nous lança néanmoins sur une nouvelle piste en annonçant que son liquide ne contenait pas un produit chimique ordinaire ; qu'il fallait le préparer dans un laboratoire de bactériologie. Il dit en effet : « J'aurais voulu aussi étudier et établir des règles exactes sur la méthode de la fabrication de cet agent sur une grande échelle avant d'en parler au public médical. »

On supposa bien, dès lors, qu'il s'agissait d'un produit microbien pur ou associé à un antiseptique ; on constata, au sur-

plus, que la « lymphe » vendue était un liquide purement organique, dépourvu de sels métalliques.

Toutefois, on fut frappé de ses effets phlogogènes et la coïnridence de la découverte qu'on fit, à Varsovie, d'un streptocoque à son intérieur donna à supposer qu'il s'agissait des produits solubles du streptocoque de l'érysipèle. Gela paraissait d'autant plus probable que l'érysipèle passe pour améliorer le lupus. A Lyon même, M. Pic se fit l'écho de cette hypothèse.

Enfm, le 13 janvier 1891, M. Koch se décida à être plus explicite et nous apprit que « le remède à l'aide duquel il a institué le nouveau traitement curatif de la tuberculose est un extrait glycériné tiré des cultures pures du bacille de la tuberculose. »

Cette dernière communication de M. Koch fut entièrement consacrée au traitement de la tuberculose ; il n'y fut pas question une seule fois de la création de l'immunité ; aussi a-t-on pu se demander si la substance avec laquelle M. Koch avait créé l'immunité était la même qui servait au traitement. Il me semble qu'il ne peut y avoir de doute sur leur identité, si l'on rapproche certains passages des trois communications. La première phrase de la communication du 15 novembre est la suivante : « Lors du dernier congrès, j'ai fait mention d'un moyen par lequel j'ai réussi à rendre des animaux indemnes contre l'inoculation des bacilles du tubercule, et môme à arrêter le processus tuberculeux chez des animaux déjà atteints de tuberculose. Maintenant, nous venons de faire, chez l'homme, avec ce remède des expériences dont voici le résultat. »

Il paraît donc évident que M. Koch a dû créer, chez le cobaye, l'état réfractaire à la tuberculose avec des produits solubles extraits des cultures de bacilles, non plus avec du bouillon de cultures simplement filtrées ou stérilisées, mais avec un extrait glycériné de ces cultures.

Je vous exposerai, dans les leçons que j'ai l'intention de

consacrer à l'étude de la tuberculiiie de Koch, les résultats obtenus par les expérimentateurs qui ont tenté, à la suite du savant bactériologiste de Berlin, de conférer l'immunité contre la tuberculose au moyen de son extrait glycérine.

Quoi qu'il en soit, je conclurai pour l'instant que le bacille tuberculeux peut sécréter dans ses cultures des produits solubles vaccinants, dont plusieurs expérimentateurs ont constaté la présence ; néanmoins, il faut bien reconnaître que nous ignorons la plupart des conditions dans lesquelles ces substances sont sécrétées, ainsi que la manière de les obtenir et de les utiliser avec succès.

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