VALEUR CURATIVE DE LA TUBERCULINE
Expériences de MM. Arloing, Rodet et Gourmont. — Traitement de vaches, de lapins, de cobayes tuberculeux ou tuberculisés avec du virus de provenance humaine, bovine ou aviaire. — Traitement de cobayes inoculés avec des lésions de tuberculose chirurgicale.
Dans sa communication de novembre 1890, après avoir parlé de l'action de la tuberculine sur l'économie des sujets sains et des sujets tuberculeux, M. Kocli s'exprimait ainsi : « Mais l'importance du liquide comme remède, comme agent curadf, est beaucoup plus grande que celle qui se rapporte à la question du diagnostic. » Puis, examinant les cas où son remède peut donner des résultats, il ajoutait : « Je suis disposé à admettre qu'une phtisie commençante peut être guérie d'une manière certaine à l'aide de ce remède. Quant aux phtisiques qui portent de grandes cavernes et chez lesquels il existe la plupart du temps des complications, ils ne retirèrent qu'exceptionnellement un bénéfice durable de l'emploi de ce remède. Cependant les malades de cette catégorie furent aussi améliorés passagèrement dans la plupart des cas. »
Passant au critérium de la guérison, M. Kocli disait : « A partir du moment oii le tuberculeux, traité par des doses de plus en plus croissantes, ne manifeste qu'une réaction aussi faible que celle qu'on observe chez l'homme sain après l'injection, on peut admettre que tout tissu tuberculeux susceptible de réaction a cessé de vivre. »
Ces citations tracent le plan auquel nous devions nous conformer pour vérifier empiriquement les grosses promesses de M. Koch :
Se procurer des animaux tuberculeux chez lesquels la maladie soit peu ou très avancée, les soumettre aux injections de tuberculine, graduer les doses du médicament et les administrer jusqu'à ce que la réaction générale soit négligeable, comparer ces sujets traités avec des sujets tuberculeux témoins, au point de vue de l'étendue et de la gravité des lésions : telle était la marche que nous avions à suivre pour arriver à la solution cherchée.
Sur le terrain expérimental, rien n'est plus facile que de posséder des tuberculoses à divers degrés d'évolution ; il n'y a qu'à les fabriquer par inoculation et à commencer le traitement à une date plus ou moins éloignée du jour de l'infection. Suivant cette date, nous avons distingué le traitement hâtif le traitement tardif.
Pour nous procurer des animaux analogues aux phtisiques avancés, porteurs de cavernes, sur lesquels M. Koch a néanmoins obtenu des améliorations passagères, nous n'avons eu qu'à nous adresser aux vieux tuberculeux de l'espèce bovine.
Afin de donner à nos résultats une réelle importance, nous avons expérimenté sur des groupes assez nombreux de cobayes, de lapins et de bœufs ou vaches, tuberculisés avec du virus emprunté à la tuberculose humaine^ à la tuberculose bovine., à la tuberculose amaire.
Nos expériences se divisent donc en trois grandes séries, suivant l'origine de la matière infectante, comprenant chacune deux groupes de témoins (lapins et cobayes), deux groupes de tuberculeux traités hâtivement, deux groupes de tuberculeux traités tardivement. A la série consacrée à l'étude du traitement de la tuberculose bovine, est venu s'ajouter un quatrième groupe composé de deux vaches phtisiques avancées.
Je n'entrerai pas dans le détail de toutes les expériences que j'ai faites avec MM. Rodet et Courmont; je vais simplement essayer de vous en schématiser les résultats dans une série de tableaux. Le signe — représentera l'absence de lésions tuberculeuses appréciables; les signes ± une tuberculisation moins avancée que ne le comporte habituellement le temps écoulé depuis l'inoculation; le signe + une tuberculisation ordinaire ; plusieurs signes + signifieront une tuberculose extrêmement confluente, anormale par son étendue ou la rapidité de son évolution; le nombre des signes + sera en rapport avec la gravité des lésions.
Première série, — Tuberculose humaine.
Lapins. — Le 12 décembre 1890, 6 lapins adultes, forts et bien portants, sont inoculés à la cuisse droite avec des lésions tuberculeuses provenant d'une femme morte phtisique, avec poumons infiltrés, peuplés de bacilles.
Un des animaux étant mort rapidement de diarrhée, le lot fut réduit à 5 lapins.
Le 6 janvier, soit vingt-cinq jours après l'inoculation, nous commençons le traitement de 2 lapins par une injection de tuberculine dans la cuisse opposée. Voici la suite des injections :
6 janvier 1 milligr.
7 — 1 milligr.
10 — 2 milligr., 5
12 — 5 milligr.
14 — 5 milligr.
19 — 10 milligr.
Total 24 milligr., 5 en 13 jours.
Nous cessons alors les injections, attendu que nous avons constaté de l'amaigrissement et quelques cas de mort chez des lapins sains, servant de témoins, qui recevaient parallèlement les mêmes doses de tuberculine.
Un lapin est traité tardivement (33 jours après l'inoculation) et ne reçoit que deux injections :
14 janvier 5 railligr.
19 — 10 milligr.
Total 15 milligr. en 5 jours.
Les deux autres lapins sont conservés comme témoins.
Le 23 mars 1891, soit trois mois et demi après l'inoculation, les 5 lapins sont sacrifiés.
Voici le résumé de leurs autopsies d'après nos signes conventionnels :
TÉiMOINS.
TRAITÉS HATIVEMENT
TRAITÉ TARDIVEMENT
L'effet du traitement a donc été nul sur l'évolution de la tuberculose humaine chez le lapin.
Cobayes. — Nous avons fait deux expériences.
Le 12 décembre, 8 cobayes sont inoculés à la cuisse avec la même matière tuberculeuse que les lapins. Deux étant morts prématurément, le lot se trouve réduit à 6. Dès la fm de décembre, tous présentaient l'induration g-anglionnaire caractéristique du succès de l'inoculation du 12.
Trois sont traités hâtivement, aux mêmes dates et avec les mêmes doses que les lapins traités hâtivement, soit 24'"5,5, en six injections, du 6 au 19 janvier.
Deux sont traités tardivement : une seule injection de 5 milligrammes le 14 janvier, dont ils meurent.
Un cobaye reste comme témoin.
Ces animaux sont morts aux dates suivantes :
17 janvier. Mort des deux sujets traités tardivement
ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE LA TUBERCULINE DE M. KOCfL 295
20 janvier. Mort d'un sujet traité hâtivement.
21 — Mort du témoin.
26 — Mort des deux autres traités hâtivement. Yoici le schéma indiquant leurs lésions :
TÉMOIN
TRA!Tl':S IIATIVEMKNT.
TRAITKS TARDIVEMENT.
Vous voyez que les cobayes traités ont présenté des lésions plus étendues que le témoin. En outre, chez plusieurs animaux du groupe traité, les ganglions inguinaux du côté gauche, c'està-dire appartenant à la cuisse qui recevait la tuberculine, du côté opposé à l'inoculation tuberculeuse, sont tuméfiés, entourés d'une zone congestive intense. Chez l'un d'eux, le ganglion sous-lombaire lui-même présente cette tuméfaction rouge d'une façon très marquée. Enfm, les lésions de la rate sont entourées d'une zone vivement congestionnée allant en certains points jusqu'à l'infarctus.
Nous avons fait une deuxième expérience sur les cobayes, à cause de la mort prématurée des témoins de l'expérience précédente.
Le 24 février 1891, 5 cobayes sont inoculés à la cuisse droite avec un fragment de poumon d'enfant mort de granulie.
Trois sont traités par injections de doses assez considérables de tubercuHne dans la cuisse gauche :
0 mars 10 milligr.
10 — 2J milligr.
2G — 20 milligr.
Total 50 milligr. en 17 jours
Tous meurent du 30 mars au 5 avril.