COBAYES SAINS
Avec tuberculose bovine.
Avec tuberculose humaine.
Avec tuberculose aviaire.
1 milligramme
Ainsi, d'une part, nous voyons des lapins sains et des tuberculeux se montrer également insensibles à l'effet pyrétogène de la tuberculine; de l'autre, au contraire, des cobayes sains réagir autant que des cobayes tuberculeux.
Voici maintenant trois génisses saines qui tantôt ont fort bien réagi sous l'influence de doses faibles de tuberculine, tantôt on& paru indifférentes à l'action du médicament.
INJECTIONS
4 milligrammes.
Rien.
Rien.
Enfin, une quatrième génisse reçoit en une seule fois 50 millig-rammes ; sa température s'abaisse brusquement de i°; elle remonte rapidement à son chiffre primitif, puis elle diminue légèrement pendant trois jours consécutifs.
Si l'on songe qu'avec une dose de 4 milligrammes on peut élever la température de certain bœuf sain de 1% on devine combien il serait difficile de fixer d'une façon certaine la quantité de tuberculine qui éveillerait la fièvre chez des sujets tuberculeux seulement.
Nous n'avons pas eu les moyens d'essayer la tuberculine sur des animaux atteints de maladies non tuberculeuses. Mais nous savons que des expériences faites à l'abattoir de Dresde, sur des sujets qui étaient ensuite sacrifiés, par le professeur Siedamgrotzky, ont montré que la réaction fébrile n'est pas spéciale aux tuberculeux. Dans ces essais, le nlalade qui a le mieux réagi était atteint d'échinocoques du poumon.
Les expériences faites sur des animaux de l'espèce bovine, à Dorpat, par M. Gutmann, à Cologne par M. Sticker, à Gladbacli par M. Delvos, à Berlin par MM. Schiitz et Rœckl, à Copenhague par M. Bang, fournirent des résultats d'une rigueur schématique : les injections de tuberculine ont constamment provoqué chez les tuberculeux une réaction de 0°,6 à 2°, 2, tandis qu'elles n'ont pas déterminé la moindre réaction chez les bêtes saines.
M. Bang a observé une vive réaction chez des animaux qui n'offrirent à l'autopsie qu'une toute petite lésion tuberculeuse circonscrite dont le diagnostic sur le vivant était impossible.
M. Lydtin, de Carlsrhue, a obtenu, parait-il, des résultats aussi nets; il recommande de prendre régulièrement la température pendant longtemps pour constater l'apparition de la fièvre de réaction qui ne manquerait jamais chez les bœufs tuberculeux.
M. Nocard a cité des observations faites par lui-même et par
quelques-uns de ses correspondants qui seraient très favorables à la valeur diagnostique de la tuberculine (voy. fin de la leçon).
M. Barrier a communiqué au Congrès pour l'étude de la tuberculose, en 1891, des expériences faites à l'Ecole vétérinaire d'Alfort au nom de la Société de médecine vétérinaire pratique. Ces expériences ont établi que la fièvre de réaction manque rarement sur les tuberculeux et qu'elle est généralement nulle sur les bêtes saines ; mais elles ont relevé quelques exceptions à cette règle générale.
Il n'entre pas dans notre esprit de contester les résultats précédents. Nous les tenons, au contraire, pour très exacts. Mais, si nombreux qu'ils soient, ils ne peuvent empêcher les faits négatifs d'exister, et ceux-ci suffisent pour enlever à la tuberculine la valeur diagnostique que quelques personnes sont tentées de lui attribuer sans réserve. Oui, les tuberculeux réagissent bien et mieux que les sujets sains sous l'influence de la tuberculine. Cependant, la réaction peut manquer chez les premiers et se manifester chez les seconds. Il est même digne de remarque que les tuberculeux avancés sont très éprouvés parla tuberculine sans manifester de réaction fébrile bien accusée.
L'épreuve par la tuberculine n'a donc pas une valeur capitale, premièrement, parce que la réaction fébrile peut manquer, secondement, parce qu'elle n'est pas absolument caractéristique, lorsqu'elle se présente.
En médecine vétérinaire, notamment, oii l'on aurait un grand intérêt, au point de vue sanitaire, à reconnaître prématurément les animaux tuberculeux, on avait beaucoup espéré en la valeur diagnostique de la lymphe de M. Koch. A notre avis, un jugement aussi grave par ses conséquences que celui d'un vétérinaire sanitaire ne peut reposer exclusivement sur les efl'els de la tuberculine. On ne peut demander à ceux-ci qu'une simple probabilité, c'est-à-dire un renseignement, précieux sans doute, mais un renseignement de second ordre. Les autres moyens de
diagnostic de la tuberculose ne sont pas encore détrônés, et je suis le premier à le regretter.
M. Plutyra, de Budapest, et M. Thomassen, d'Utreclit, sont arrivés aux mêmes conclusions que nous.
On sait, d'ailleurs, que les médecins citent un grand nombre de cas où une vive réaction, après l'injection de la tuberculine, ne coïncidait pas avec l'existence de la tuberculose.
L'incertitude des résultats, Finconstance des effets tiennent probablement à des différences dans la composition de la tuberculine, suivant les cultures oii ses éléments se sont formés.
Ainsi nous avons constamment obtenu chez le cobaye sain une élévation notable de la température et de l'intoxication chronique avec des injections de 1°"°, tandis que M. Dubief proclame que 0°'',20 restent sans effets sur le cobaye sain, n'occasionnent aucune élévation de température, aucune réaction locale, aucun trouble de la santé. Il faut bien ajouter que les mêmes injections n'allumaient qu'une fièvre modérée et inconstante chez les cobayes tuberculeux de M. Dubief. N'est-ce pas la preuve incontestable que les flacons de tuberculine ne renferment pas toujours des produits identiques ?
Préoccupé d'établir un lien entre la pathogénie de la fièvre et les effets curatifs qu'il accordait à la tuberculine, M. Koch attribuait la pyrétogenèse à l'exagération rapide du travail nécrotique autour des lésions tuberculeuses.
Pour être admissible, cette explication exigerait que la fièvre ne se développât jamais sur les individus sains. Or, il n'en est rien. Toutefois, nous avons voulu savoir si la présence dans l'organisme d'une portion en voie de nécrobiose exercerait quelque influence sur l'intensité du processus fébrile. L'injection de la tuberculine a été faite sur des béliers normaux et sur des béliers dont les testicules, privés de circulation par la torsion des cordons, s'étaient greffés sur les parois de la vaginale. Le remède, sauf quelques variantes dans les détails, a produit sen-
siblement la même réaction sur les animaux des deux groupes.
L'hyperthermie dérive donc probablement d'un autre mécanisme plus général. Il n'est pas invraisemblable qu'elle soit due à la destruction de certains éléments de l'organisme solides ou dissous; mais celle-ci ne demande pas préalablement la nécrose de quelque partie.
Si les tuberculeux manifestent plus de réaction que les individus sains, il n'est pas irrationnel de supposer qu'ils doivent cette susceptibilité à une diminution de la résistance de leurs éléments solides ou liquides aux causes de destruction.
On conçoit que les produits de ces altérations agissent sur les centres nerveux tliermogènes, que ceux-ci puissent s'accoutumer à l'action de ces matières, bref, que les effets destructeurs coïncident avec la diminution ou la disparition de la réaction. Je m'empresse d'ajouter que ce sont là de simples hypothèses à propos desquelles il serait bon d'entreprendre des recherches précises.
Dans une note insérée aux Comptes rendus de l'Académie des Sciences du 26 octobre 18î)l, M. Bouchard confirme ce qu'il avait déjà dit aux mois de janvier et d'avril précédents touchant la découverte d'une substance vaso-dilatatrice d'origine bactérienne à laquelle il donne le nom d'ectasme. Les expériences qui l'ont conduit à cette affirmation ont été faites précisément avec la tuberculine <le Ivoch. Elles sont fort élégantes. M. Bouchard a reconnu que, chez le lapin normal, la tuberculine produit une notable dilatation des vaisseaux de la papille du nerf optique. Cet effet se maintient pendant plusieurs jours. Mais si l'on injecte au même animal l'anectasine fournie par le bacille pyocyanique, en une minute, l'anémie de la papille remplace l'hypérémie ; seulement, au bout d'une demi-heure, l'ectasine contenue dans la tuberculine reprend le dessus et la dilatation des vaisseaux du fond de l'œil reparaît avec plus d'intensité.
M. Bouchard en conclut que le bacille de Koch sécrète une substance qui excite le centre vaso-dilatateur.
— M. Nocard a fait récemment (nov. 1891) àl'Académie de Médecine de nouvelles communications sur la valeur diagnostique de la tuberculine. Il a pu déceler par des injections de tuberculine, préparée par M. E. Roux, de petits foyers tuberculeux chez des vaches saines en apparence et qui cependant avaient eu une réaction fébrile après l'injection. Il propose de faire ain?i éprouver par la tuberculine les vaches des laiteries et de considérer comme tuberculeuses celles qui présenteraient une réaction fébrile. Il ajoute que cette opération n'a aucun effet fâcheux sur la qualité du lait ou la gestation de vaches pleines. En Fomme, pour M. Nocard, on peut faire chez les bovidés le diagnostic d'une lésion tuberculeuse avec quasi-certitude en se servant d'une injection de tuberculine.