‹ Leçons sur la tuberculose et certaines septicémies [electronic resource]Chapitre 33 sur 48 · TARDIVEMENT · texte numérisé non relu

TARDIVEMENT

Les cobayes traités ont donc été influencés d'une manière fâcheuse par le traitement ; tous ont présenté une tuberculose plus étendue que celle des témoins, et des lésions peu habituelles chez ces animaux, telles que pleurésie, péricardite, péritonite; en outre, chez la plupart, ces ganglions cruraux et inguinaux du côté où l'on avait poussé les injections de tuberculine étaient tuméfiés et congestionnés.

Vaches. — Il s'agit de deux vaches très tuberculeuses ache-

tées intentionnellement pour représenter des cas de phtisie intense, correspondant à l'état des hommes atteints au troisième degré.

La première appartenait à la race de Salers, était âgée de sept à huit ans; elle présentait une tuberculose avancée des deux côtés, accompagnée de bronchite, de pleurésie à gauche, d'ulcérations trachéales et laryngées.

M. Peuch, professeur de clinique à l'Ecole vétérinaire, qui fit ce diagnostic après un examen minutieux de l'animal, nous assura que laissée à elle-même cette vache aurait vécu probablement de huit mois à un an.

Après l'avoir observée pendant quelque temps, nous commençons le traitement par une première injection de 4 milligrammes, pratiquée dans le tissu cellulaire lâche du cou. L'animal fut fortement éprouvé ; il resta couché toute la soirée, cessa de ruminer, présenta de la diarrhée et une respiration plaintive. Malgré ce, on lui fit le lendemain une seconde et dernière injection de 6 milligrammes. Les symptômes de la veille s'aggravèrent ; la prostration fut extrême ; l'appétit supprimé; la respiration devint embarrassée ; les voies respiratoires s'encombrèrent de mucosités; le sujet se refroidit. En dépit des soins qu'on prodigua à cette vache, elle mourut quatre jours après le début du traitement, sous le coup de 40 milligrammes de tuberculine.

La marche de la température pendant ces quatre jours est trop intéressante pour que je ne la mette pas sous vos yeux. La voici :

5 janvier .

6 janvier.

7 janvier ,

8 janvier ,

9 janvier,

= 380,8 Pouls = 78

injection de 4 milligr.

= 390,6 Pouls = 94

10 janvier, midi T. = 38o,9 Pouls = 72

2* inJectio7i de 6 milligr.

— 4 h. 30 T. = 390,3 Pouls = 88

11 janvier, 10 h T. = 36°. 5

12 janvier, 8 h T. = 35o,6

— midi T. = 34o,2

13 janvier, 9 h T. = 30o,9

— ;5 h Mort.

L'autopsie fit constater des particularités remarquables. Les tubercules pulmonaires étaient noyés dans une zone de congestion extrêmement intense, formant un cercle autour de chaque masse tuberculeuse, el, comme les tubercules étaient nombreux^ la surface entière du poumon reflétait une teinte rouge vif.

Les houppes villeuses de la pleurésie tuberculeuse étaient d'un rouge extrêmement foncé.

Plusieurs ulcérations de la trachée et du larynx offraient également une auréole congestive tranchant nettement sur le fond pâle de ces organes.

Les ganglions bronchiques et œsophagiens étaient noyés dans un œdème tremblotant, épais de plus d'un centimètre. En résumé, chaque masse tuberculeuse était entourée d'une zone congestive d'autant plus marquée que les lésions étaient plus jeunes, et les ganglions lymphatiques tuberculeux étaient littéralement noyés dans du tissu conjonctif œdémateux rouge.

La seconde vache que nous avons traitée par la tuberculine appartenait à la race du Mézenc; elle était âgée de neuf ans et plus vigoureuse que la précédente; néanmoins elle présentait manifestement de la tuberculose pulmonaire avec pleurésie tuberculeuse à droite. M. Peuch estimait sa survie à un an au moins.

Elle reçut en débutant 2 milligrammes, puis 6 milligrammes, puis 30, etc., jusqu'à 100 et 200 milligrammes; en tout, 506 milligrammes de tuberculine. La réaction étant nulle après une injection de 200 milligrammes, nous suspendîmes le traitement et attendions l'amélioration promise. Malheureusement aucun si^ne ne la laissait présager. Au contraire, l'état général empira et la vache mourut vingt-trois jours après le début du traitement. Inutile de vous faire remarquer que la tuberculine avait tué cet animal dans le sens rigoureux du mot.

Au point de vue de l'inégalité des réactions, je vais vous montrer l'élévation de température qui a suivi chaque injection :

9 février.

2 milli

gr. Elévation

0^,4 en 4 heures.

0o,8 en 4 heures.

10,5 le lendemain.

Abaissement -

-1» en 4 heures.

-0o,5 en 2 h. 1/2.

Elévation

00,4 en 5 heures.

00,8 le lendemain.

3 mars.

Mort.

Vous voyez que cette vache, avec des doses extrêmement variables, n'a réagi qu'une fois par une élévation de température de r,5 au bout de vingt-quatre heures. Quarante-huit heures plus tard, une dose moitié moindre provoquait un abaissement de 1 dagré. La tuberculine ne nous aurait pas été d'un bien grand secours pour faire le diagnostic de la tuberculose sur cette bête.

L'autopsie de cette deuxième vache nous a montré des phénomènes congestifs autour des lésions tuberculeuses, absolument comme chez la précédente. Le grand épiploon surtout offrait le plus bel exemple possible de congestion pérituberculeuse ; cette membrane, dans les points où elle était parsemée

de tubercules, reflétait une coloration rouge qui tranchait avec la pâleur des autres régions. Mais n'oubliez pas que l'animal a résisté vingt et unjours au traitement, qu'il s'esttrouvé àpeuprès dans les conditions des malheureux phtisiques traités à Berlin au mois de décembre 1890, ctdont M. Virchow a relaté les autopsies.

Vous vous rappelez que dans une communication retentissante, le célèbre anatomo-pathologiste affirme l'influence néfaste de la tuberculine ; il estimait que le traitement mC'> biluait les bacilles tuberculeux contenus dans les lésions préexistantes et devenait ainsi l'origine d'une véritable granulie secondaire. Ces faits ont été confirmés, en ce qui regarde l'homme, par plusieurs observateurs. M. Courmont, entre autres, a relaté l'autopsie d'un malade traité par M. le professeur Bondet pour une lésion tuberculeuse limitée à la colonne vertébrale; 3 milligrammes de tuberculine avaient suffi pour provoquer sur cet homme une granulie confluente des méninges, des poumons, de la rate, du foie et des reins.

Notre seconde vache nous a présenté un superbe exemple de généralisation analogue sous l'influence du traitement par la tuberculine. La base seule des poumons était atteinte de lésions anciennes ; les sommets étaient perméables et ne se distinguaient au premier abord que par de nombreux points congestifs; en y regardant de plus près, on pouvait distinguer très nettement au centre de chacun de ces îlots congestifs une granulation grise, très jeune, certainement postérieure au traitement. Pendant que nous injections 506 milligrammes de tuberculine, la tuberculose, de chronique et limitée qu'elle était, devenait donc granuleuse, aiguë, généralisée.

Vous verrez, lorsque je vous parlerai de l'anatomie pathologique microscopique de ces lésions, que notre opinion était parfaitement fondée, que ces granulations étaient jeunes et que les faits annoncés par M. Virchow se trouvaient en tous points confirmés sur les animaux.

Nous ne quitterons pas l'observation de ces deux vaches san& faire remarquer que la fièvre de réaction a été très faible chez^ ces animaux, bien que les altérations organiques fussent, chez elles, étendues et avancées. M. Nocard a signalé au congrès de 1891 des faits analogues; les vaches les plus tuberculeuses ont réagi le plus modérément.

Si vous jetez un coup d'œil en arrière, vous vous convaincrez aisément qu'm aucun cas la tuherculine n'a arrêté ou fait rétrocéder la tuberculose expérimentale , quelque variées qu'aient été les conditions oii nous nous sommes placés : tuberculoses humaine, aviaire, bovine, inoculées à des espèces différentes, traitées à des moments divers de leur évolution. Il nous a semblé très probable, au contraire, que le traitement a favorisé la multiplication et l'extension des localisations tuberculeuses; la mort a en outre été précipitée dans plusieurs cas.

Quelques expérimentateurs avaient déjà tenté le traitement des animaux tuberculeux par les injections de tuherculine avec le même insuccès.

M, Dubief injectait à ses cobayes tuberculeux des doses journalières de tuherculine variant de 1 à 2 centigrammes; le traitement ayant été commencé soit une demi-heure après l'inoculation, soit très tardivement. Il n'a constaté que des effets fâcheux, des accidents graves et aucun cas de rétrocession ou d'arrêt de la tuberculose. M. Henocque a tenté d'inoculer des produits tuberculeux mélangés avec de la tuherculine, sans obtenir de plus heureux résultats.

J'en aurai fini avec la valeur curative de la tuherculine, lorsque je vous aurai rapidement indiqué le résultat de nos essais contre la tuberculose chirurgicale.

Vous savez que les lésions tuberculeuses localisées, comme celles de l'appareil locomoteur, sont dues le plus souvent à des bacilles de Koch atténués. Je m'étais demandé si la tuherculine, inefficace contre des tuberculoses très virulentes, ne serait

pas un remède suffisant contre un virus atténué. Ne constatant aucun des effets annoncés par M. Koch, je m'étais demandé si la raison de cette diverg-ence ne tiendrait pas à une différence dans la virulence de la tuberculose traitée; M. Koch, en effet, tuberculisant au préalable ses cobayes avec des cultures, pouvait avoir eu affaire à des bacilles atténués. Enfin les premiers bons effets de la tuberculine avaient été constatés sur des lupiques, c'est-à-dire sur des tuberculeux à virus éminemment atténué. J'entendais, en outre, à Lyon même, M. Poncet vanter les bons effets de la tuberculine sur les lésions tuberculeuses des membres.

Ces différentes raisons me faisaient espérer qu'en m'adressant à du virus tuberculeux peu actif, je confirmerai enfin les assertions de M. Koch. 11 n'en a rien été. Les cobayes, naturellement, ont seuls fait les frais de ces essais.

La matière tuberculeuse a été empruntée à des lésions non traitées provenant des services de MM. L. Tripier, Poncet et Pollosson; elle était insérée sous la peau de la cuisse de 4 cobayes pour chaque lésion inoculée.

Deux cobayes étaient conservés comme témoins, deux étaient traités. Les injections ont commencé de quatre à dix jours après l'inoculation ; les doses ont été très variables, quelquesunes atteignant 30 milligrammes pour une même injection. Il y a donc eu des traitements légers et des traitements intenses.

Je résumerai les résultats que nous avons observés dans le tableau suivant :

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