‹ Leçons sur la tuberculose et certaines septicémies [electronic resource]Chapitre 34 sur 48 · TRAITÉS · texte numérisé non relu

TRAITÉS

1° Fongosités du coude

2° Fongosités du genou

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3° Fono'osités du genou.

Total

La luberculine a été manifestement nuisible aux cobayes inoculés avec de la tuberculose localisée. Les animaux traités ont présenté une intensité des lésions qu'aucun témoin n'a réalisée.

L'échec a donc été aussi complet que possible. Nous avons cherché vainement les effets curatifs de la tuberculine de M. Koch, par la méthode expérimentale; à leur place nous avons plutôt observé des effets nuisibles.

VINGT-CINQUlÉME LEÇON

ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DELA TUBERCULINE DE M. KOCH [sUlte). LÉSIONS PROVOQUÉES PAR LA TUBERCULINE.

Caractères généraux des lésions. — Opinion de M. Virchow. — Observation de M. Courmont sur un homme. — Étude de MM. Arloing, Rodet et Courmont sur le bœuf, le lapin et le cobaye tuberculeux, traités par la tuberculine. — Comparaison des lésions avec celles d'animaux tuberculeux non traités. — Résumé.

Je vous entretiendrai aujourd'hui des modifications anatomiques que présentent les tuberculeux traités par les injections de tuberculine.

Partant du gonflement et de la rougeur déterminés chez les lupiques, des réactions locales provoquées autour des tuberculoses ganglionnaires et osseuses, M. Koch a admis que semblable réaction se produisait autour des lésions tuberculeuses viscérales. Il en résultait, d'après lui, non la destruction des bacilles, mais celle du tissu tuberculeux qui n'était pas encore nécrosé. « Il faut bien faire attention, disait-il, à cette qualité du remède, quand on veut mettre à profit toute son action pour la guérison. Il faut donc d'abord nécroser le tissu tuberculeux encore vivant, puis tâcher avec la plus grande énergie d'éliminer le tissu nécrosé, l'extirper même au besoin. »

Tous les anatomo-pathologistes qui se sont occupés de la question ne sont pas du même avis que M. Koch. La plupart n'ont pas observé de nécrose proprement dite du tubercule, mais simplement une violente inflammation pérituberculeuse. Je n'ai pas besoin de vous rappeler les communications successives que M. Virchow a faites à la Société de médecine interne

de Berlin, après son retentissant mémoire de janvier 1891. S'appuyant sur l'examen de pièces anatomiques qui provenaient de phtisiques traités à Berlin par la méthode de Koch, et dont l'autopsie avait été faite dans son laboratoire, M. Virchow a toujours soutenu que les phénomènes observés dans ces cas sont analog-ues à ceux qui se passent autour du tubercule ou à son intérieur, dans les cas ordinaires et n'en diffèrent que par l'intensité et la rapidité de leur évolution. La congestion, l'inflammation pérituberculeuses sont les phénomènes dominants dans les effets de la tuberculine.

M. Yirchow a appelé en outre l'attention sur ce fait, que tous les tubercules ne réagissent pas également.

De plus, il a décrit une pneumonie qu'il attribue à l'injection et, le premier, a démontré que sous l'influence de ces processus inflammatoires, les bacilles, jusqu'alors inclus dans les tubercules, étaient mobilisés, emportés dans toute l'économie et devenaient l'origine d'une éruption tuberculeuse nouvelle.

En résumé, à plusieurs reprises, M. Virchow a affirmé que la nécrose du tubercule annoncée par M. Koch ne pouvait pas se constater, que la congestion pérituberculeuse intense et rapide était le résultat capital des injections de tuberculine et qu'une généralisation était habituellement la conséquence du traitement.

Ces conclusions ont été vérifiées par tous ceux qui ont fait des autopsies de tuberculeux traités par la méthode de M. Koch. Je vous rappellerai entre autres les résultats obtenus par M. le professeur Bondet, dans son service de l'Hôtel-Dieu, et publiés par M. Gourmont dans la Province médicale ^ car j'insisterai dans un instant sur l'histologie des pièces provenant d'un de ces malades.

Quatre personnes traitées par des injections de tuberculine ont toutes succombé rapidement. Une seule autopsie put être faite. Il s'agissait d'une tuberculose chirurgicale, d'un mal

de Pott peu accusé et sans traces de tuberculose viscérale. Les injections furent pratiquées au nombre de trois, à la dose de 1 millig-ramme chacune, et immédiatement suspendues en raison des phénomènes méningitiques observés chez le malade dès la première injection. La température, qui était normale avant le commencement du traitement, devint immédiatement et définitivement fébrile jusqu'à la mort qui survint, avec des phénomènes très marqués de méningite tuberculeuse, deux mois après la dernière injection. Le malade, porteur d'une lésion bien limitée, avait succombé aux effets de 3 milligrammes de tuberculine.

L'autopsie montra l'existence d'une granulie généralisée aux deux poumons, aux plèvres, à la rate, au foie, aux deux reins et aux méninges; toutes ces lésions étaient jeunes, grises, transparentes. Les sommets du poumon ne présentaient pas traces de lésions anciennes. Voilà certes un exemple frappant de mobilisation des bacilles et de généralisation tuberculeuse à la suite du traitement de M. Koch. Cette autopsie a montré encore que malgré le long espace de temps qui s'est écoulé entre la dernière injection et la mort, la congestion pérituberculeuse était manifeste. Elle était surtout intense dans les deux poumons, qui présentaient sur la coupe un fond rouge noir et d'où la moindre pression faisait sourdre du sang en abondance. Je parlerai tout à l'heure des coupes pratiquées dans ce poumon.

A côté des faits de généralisation rapidement mortelle observée sur l'homme, on peut placer le cas d'un singe rapporté par M. Henocque. Cet animal ne présentait à l'examen aucun signe apparent de tuberculose pulmonaire; il reçut trois injections de tuberculine (1 milligr., 2 milligr. et 3 milligr.). Dès la première injection, suivie d'ailleurs d'une forte réaction, le sommet droit parut nettement induré à la percussion; dès la seconde, la généralisation aux deux poumons

était incontestable. La mort survint en quinze jours et l'autopsie démontra une petite lésion ancienne du sommet et une granulie conlluente jeune des deux poumons. Les jeunes tubercules étaient entourés de zones, d'bépatisation rouge, de splénisation et d'infiltration sanguine. M. Ilenocque qui avait déjà fait l'autopsie de 7 singes tuberculeux n'avait jamais rien vu de semblable.

Quels sont, à ce point de vue, les résultats que nous avons observés personnellement sur les animaux?

Nous avons essayé de constater le premier stade de la cong-estion pérituberculcuse, nous avons tenté de la mesurer, en quelque sorte, proportionnellement à la dose de tuberculine injectée ; nous n'avons pas réussi.

Quant à l'existence à peu près constante de pliénomènes congestifs autour de la plupart des masses tuberculeuses, surtout lorsqu'elles étaient jeunes, nous l'avons observée à maintes reprises chez des cobayes et des lapins infectés avec de la tuberculose humaine, bovine ou aviaire, ou sur des vaches phtisiques.

Chez les cobayes, c'était spécialement la rate qui offrait une congestion allant quelquefois jusqu'à l'infarctus.

Mais c'est surtout chez les deux vaches, dont vous connaissez déjà l'histoire, que nous avons pu constater la congestion pérituberculcuse, aussi bien que la généralisation consécutive au traitement.

Sur la première, morte brusquement après deux injections, nous avons déjà signalé des zones rouges, vascularisées, autour de beaucoup de lésions anciennes, telles que les ulcérations du larynx, de la trachée, les tubercules pleuraux ou pulmonaires. Les ulcérations, notamment, présentaient une véritable auréole rouge vif. Les ganglions tuberculeux étaient noyés dans un œdème considérable. Beaucoup de vieilles masses tuberculeuses crétacées pulmonaires n'avaient pas réagi,

mais tous les amas plus jeunes environnants étaient le centre (l'un foyer de congestion.

La seconde vache, moins profondément atteinte que la première, ayant pu résister quelques jours au traitement, nous présenta à l'autopsie, dans les sommets des deux poumons, qui étaient sains au début du traitement, une éruption de granulations grises, jeunes, brillantes, nées pendant le traitement et probablement sous son influence. Chacune d'elles était entourée d'un cercle rouge vif; la congestion, inconstante autour des vieux tubercules, ne manquait autour d'aucune de ces granulations grises. Des houppes tuberculeuses pleurales étaient tellement congestionnées que les tubercules disparaissaient sous leur teinte rouge uniforme tranchant sur la pâleur (le la plèvre saine.

Pour avoir une idée complète de l'état anatomique des organes malades chez les animaux traités par la tuberculine de Koch, nous en avons fait l'étude histologique et nous l'avons comparée à celle des lésions tuberculeuses chez des malades non traités.

Voyons d'abord quelles sont les lésions d'un poumon tuberculeux de vache non soumise au traitement par la lymphe de Koch; ce sera le meilleur moyen de juger des effets de la tuberculine.

Sur les coupes faites dans le poumon d'une bête tuberculeuse non traitée, on constate de nombreux tubercules jeunes et bien caractérisés, avec un centre en dégénérescence caséeuse et une zone périphérique composée de cellules épithélioïdes, de cellules géantes et de cellules embryonnaires, et, dans l'intervalle de ces tubercules, s'en distinguant par des limites bien tranchées, le tissu pulmonaire en état d'inflammation (voy. fig. 32, 1, 2, 5). Ce sont ces dernières parties qui nous intéressent et que nous devons considérer avec soin. Les alvéoles sont très nets, les cloisons alvéolaires bien reconnaissables. Mais

lia lumière des alvéoles est, pour quelques-uns, complètement obstruée, pour d'autres, partiellement occupée par un contenu complexe, en partie amorphe, en partie figuré. Ce contenu se compose principalement d'un exsudât de fibrine, qui, suivant les points, se montre à l'état nettement fibrillaire ou à l'état

'Fig. 32. — Coupe à travers le poumon d'une vache phtisique non soumise au traitement par la tuberculine (grossissement faible).

1,1, masses de tubercules relativement jeunes, en voie d'accroissement à la périphérie; 2, masse tuberculeuse dont le centre (2) commence à subir la dégénéi-escence caséeuse et dont la périphérie présente une zone hémorragique; 3, alvéole rempli surtout de cellules épithéliales proliférées ; ■i, espace interalvéolaire occupé surtout par des cellules lymphatiques en diapédèse ; 5, 5, alvéoles qui, comme le plus grand nombre, sont comblés par un exsudât fibrineux mélangé à quelques cellule s épithéliales ; C, alvéole en partie rempli par du sang épanché.

d'une masse amorphe et grenue (voy. fig. 32, 5 etfig. 33, 2et 3).

Dans cet exsudât se trouvent noyées quelques cellules. Le •noyau de certaines d'entre elles a pris assez bien le carmin ou irhématoxyline; celui de certaines autres est resté très pâle; dans tous les cas, le corps protoplasmique présente un aspect granuleux prononcé. Ce sont des leucocytes en diapédèse, et

des cellules jeunes résultant de la desquamation et de la prolifération de l'endotliélium alvéolaire. Çàet là on peut voir quelquesunes de ces dernières qui sont encore adhérentes aux parois et dont la position atteste l'origine (voy. fig. 33, 3,3); mais le fait €st rare, et d'une manière générale les cellules contenues dans

Fig. 33. — Portion de la coupe précédente vue à un fort grossissement.

1,1, cloisons alvéolaires épaissies; 2, 2, alvéoles comblés principalement par un exsudât fibrineux ; 3, 3, alvéoles où l'exsudat est associé à un nombre plus ou moins grand de cellules ; 4, 4, points où le contenu des alvéoles est on partie formé par du sang épanché dont les éléments figurés sont peu ou point visibles.

les alvéoles et englobées dans l'exsudat sont peu nombreuses, surtout relativement à ce qui existe, comme nous le verrons plus loin, dans les poumons d'animaux traités ; et nulle part on ne voit ici des alvéoles bondés d'amas de cellules épithéliales serrées les unes contre les autres. En d'autres termes, l'inflam-

malion catarrliale est peu prononcée chez cette bête tuberculeuse non traitée par la lymphe de Koch.

Dans un bon nombre d'alvéoles, une partie de la lumière est occupée par une matière bien différente de celle que nous venons de décrire : l'exsudat fibrineux, plus ou moins mêlé de cellules, occupe la plus grande partie de Talvéole ; il laisse d'un côté un petit espace occupé par une matière amorphe et homogène (voy. fig. 32,6, et fig. 33, 4,4). Cette matière, contiguë à un côté de la paroi alvéolaire, séparant celle-ci de l'exsudat fibrineux, sous forme d'un croissant ou d'une bande, est réfringente, de couleur jaune verdâtre sur les coupes traitées par le picro-carminate d'ammoniaque, jaune pâle dans les coupes colorées à l'éosine et à l'hématoxyline. Il faut voir dans cette matière jaune, soit du sang dont les éléments se sont tassés au point de former une masse homogène, soit la partie liquide d'un exsudât teintée par la matière colorante du sang diffusée.

Dans quelques alvéoles, un examen attentif, avec un grossissement un peu fort, permet de reconnaître des vestiges de globules rouges. En un point des coupes on voit une bronche qui est remplie de sang parfaitement reconnaissable aux stromas d'hématies à contours bien nets qu'il renferme.

Les espaces interalvéolaires sont un peu épaissis; mais ils ne sont pas le siège d'une inflammation interstitielle bien intense. On peut y voir quelques cellules migratrices éparses ; on n'y trouve jamais de foyers de diapédèse comparables à ce que nous verrons dans les organes des animaux traités (voy. fig. 33,1,1) ; il n'y a pas non plus d'extravasations sanguines interstitielles. Dans quelques-uns de ces espaces inter-alvéolaires, du tissu conjonctif fibrillaire a commencé à prendre naissance.

Gonséquemmenl , dans ce poumon de bœuf tuberculeux non traité par la lymphe de Koch, le tissu intermédiaire aux tubercules est en état d'inflammation modérée ; ce qui domine, c'est

une exsudation intra-alvéolaire de nature fibrineuse ; il y a peu de prolifération de l'épithélium alvéolaire, peu de diapédèse, et s'il y a, il est vrai, du sang dans une bronche et les alvéoles d'un même territoire, il n'y a pas cette violente congestion, caractérisée par des vaissaux turgescents et entourés d'extravasation sanguine interstitielle comme nous les trouverons chez les animaux traités.

Si maintenant nous étudions des coupes faites dans le poumon d'animaux tuberculeux traités par la tuberculine, nous trouvons des lésions qui témoignent d'une formidable irritation.

Le poumon de la seconde vache traitée par la lymphe de Koch, celle qui mourut après un mois environ de traitement, est très instructif à cet égard, notamment dans les régions qui sont le siège d'un processus tuberculeux aigu, contemporain de l'administration du remède.

La plèvre et le tissu sous-pleural sont en état de violente inflammation (voy. fig. 34, 1). Les vaisseaux sous-pleuraux sont turgescents, gonflés de sang; autour d'eux, existent des flaques d'une matière jaune verdâtre, homogène (la coloration est faite au picro-carminate), résultant sans doute d'extravasations sanguines avec fusion des hématies; tout à fait à la surface, ces flaques s'étendent en une traînée presque continue dans les espaces lymphatiques sous-pleuraux où le sang a fait irruption (voy. fig. 34, S, S, S). Dans l'intervalle des vaisseaux de la plèvre, on voit de distance en distance des amas de cellules rondes, à noyau vivement coloré par le carmin, dont le corps protoplasmique est pour la plupart extrêmement réduit ; ce sont des foyers embryonnaires résultant d'une abondante diapédèse (voy. fig. 35,1, 4, 4).

Le tissu pulmonaire proprement dit présente les lésions d'une inflammation intense, à la fois catarrhale et interstitielle (voy. fig. 34, 2, 5, 6). Presque partout le tissu est compact, sans vestiges de lumières d'alvéoles. Ailleurs, des alvéoles

sont en partie restés libres, et c'est ici que l'on peut le mieux analyser les lésions. Les travées interalvéolaires sont épaissies, et dans leur épaisseur existent de nombreux leucocytes et des cellules embryonnaires, qui, en quelques points, sont rapprochées en amas serrés (voy. fig. 3o,4). Les alvéoles sont remplis

Fig. 34. — Coupe faite à travers le poumon d'une vache phtisique soumise à la tuberculine (faible grossissement).

1, plèvre considérablement épaissie; S, S, S, sang épanché dans les espaces lymphatiques souspleuraux, ou dans le tissu pulmonaire; V, V, vaisseaux gorgés de sang; T, masse tuberculeuse noyée dans le tissu pulmonaire enflammé ; les cloisons sont épaissies et gorgées de cellules ; les alvéoles sont le siège d'une inflammation catarrhalc ; 2, 2, alvéoles où les cellules entassées prennent bien le carmin ; 5, 5, régions où les cellules ont déjà subi une dégénérescence spéciale ; G, 6, amas de cellules migratrices en bon étal; 4, région où le tissu pulmonaire commence à devenir perméable.

•de cellules qui résultent d'une active inflammation catarrhalc (voy. fig-. 35, 2, 2, 2) et d'exsudats à aspect varié que nous allons successivement étudier.

Les cellules intra-alvéolaires sont volumineuses, les unes rondes, d'autres anguleuses et polygonales ; dans la plupart le noyau est franchement coloré par le carmin, dans quelques-

unes il n'est que très faiblement coloré ; on en trouve même dans lesquelles il est impossible de distinguer le noyau. Leur protoplasma est très granuleux et jaunâtre. On voit, en outre, dans les alvéoles un exsudât fibrineux à l'état fibrillaire ou

Fig. 35. — Portion de la coupe précédente vue à un fort grossissement.

1, sang extravasé parmi les cellules migi'atrices qui bourrent les cloisons interalvéolaires; on y distingue encore les hématies et quelques globules blancs : V, V, V, vaisseaux gorgés de sang où l'on distingue plus ou moins bien les hématies; 2, 2, 2, alvéoles remplies d'exsudat et de cellules, les unes intactes, les autres à divers degrés de dégénérescence; 3, sang épanché formant une masse hyaline ; 4, 4, amas de cellules migratrices associées à droite à une masse fibrineuse.

amorphe, en proportion très variable, relativement aux cellules, et suivant les alvéoles : dans quelques cavités, c'est Fexsudat qui domine, mais dans la plupart ce sont les cellules provenant de la prolifération épithéliale (voy. fig. 35, 2, 2, 2), contrairement à ce que nous avons vu dans le poumon de bœuf non traité par la tuberculine . Cette différence atteste dans

l'org-ane de la bête traitée une inflammation catarrhale beaucoup plus intense.

Sur de nombreux points, on voit, mêlés aux cellules et à l'exsudat fibrineux, des stromas d'hématies, et cela dans une série d'alvéoles voisins; on peut aussi çà et là y distinguer quelques leucocytes.

Ce n'est pas tout ; dans certains alvéoles on aperçoit, au lieu du contenu que nous venons de décrire ou à côté de lui, une matière à caractères singuliers (voy. fig. 35, 3); celle-ci se présente dans les coupes sous la forme d'une lame mince hyaline, amorphe, qui, d'un côté, adhère d'une part à une partie du pourtour de l'alvéole , et de l'autre se termine par un bord irrég-ulier et comme cassé ; on voit quelques stries à sa surface ou quelques fentes dans son épaisseur ; elle a, suivant les endroits, une légère teinte rose de carmin, ou une faible couleur jaune. Parfois, ces deux couleurs existent à côté l'une de l'autre dans la même lame. Il est remarquable que dans cette matière hyaline sont noyés de petits noyaux bien colorés par le carmin.

C'est là une lésion frappante, qui paraît spéciale au poumon des animaux traités par la tuberculine ; nous croyons y voir une dégénérescence particulière de la paroi endothéliale des alvéoles ou des cellules néo-formées qui se seraient fusionnées en masse homogène.

Dans les points les plus malades, la lumière des alvéoles a disparu ; on ne reconnaît même pas, au premier coup d'œil, la place de ces derniers et celle des travées interalvéolaires ; le tissu pulmonaire est compact. Mais un examen attentif à un fort grossissement permet de reconnaître ici les mêmes détails dans un état de confluence extrême. On distingue des amas de grosses cellules, à corps protoplasmique jaunâtre et granuleux, arrondies ou polyédriques, serrées les unes contre les autres en masses épithélioïdes ; en certains points, leurs contours sont mal définis ; elles semblent vouloir se fondre en une matière homo-

gène. Ces amas de cellules épitliélioïdes sont séparés par des paquets ou des traînées de cellules embryonnaires. Çà et là, au milieu de ce tissu compact^ on observe les signes d'une violente congestion, analogue à celle que nous avons déjà notée pour le tissu sous-pleural; les vaisseaux sont dilatés, gorgés de globules ; et autour d'eux, des traînées de globules rouges diffusent plus ou moins loin dans les espaces interstitiels (voy. fig. 35, 1).

Les cloisons interlobulaires sont épaissies et bourrées de leucocytes (voy. fig. 35).

Les lésions que nous venons de décrire se voient dans des coupes où il n'existe aucune formation tuberculeuse, par conséquent elles ne sont pas limitées au voisinage immédiat des tubercules.

En résumé, ce poumon provenant d'une vache traitée par la tuberculine diffère notablement de celui de la bête non traitée que nous avons étudié ci-dessus. L'inflammation, beaucoup plus intense, y est caractérisée par une violente congestion avec extravasations sanguines, par des foyers de diapédèse active et une abondante prolifération de l'épithélium alvéolaire et par les signes d'une dégénérescence spéciale et de la mortification des éléments intra-alvéolaires.

A la surface interne des parois thoraciques de cette vache, existaient, nous l'avons dit, des productions tuberculeuses bourgeonnantes. Sur les coupes, chacun des tubercules se montrait formé d'une partie centrale en dégénérescence caséo-calcaire, d'une zone moyenne épithélioïde et lymphoïde, et d'une coque fibreuse. Cette dernière se faisait remarquer par l'existence, dans son épaisseur, de nombreux vaisseaux gonflés de sang, et de flaques d'une matière amorphe, homogène, colorée en jaune, indices d'extravasations sanguines. Somme toute, là comme dans le poumon, la congestion est poussée jusqu'aux hémorragies.

L'étude des coupes du poumon de la première vache traitée

par la lymphe de Koch, et morte le troisième jour du traitement, révèle aussi une irritation violente causée par la tuberculine.

Si l'on examine le tissu pulmonaire à une certaine distance des tubercules, les alvéoles sont encore bien reconnaissables ; mais leur lumière est plus ou moins obstruée par des formations diverses, savoir : en premier lieu, des cellules à noyau plus ou moins coloré par le carmin, à protoplasma jaunâtre^ arrondies ou polyédriques, mêlées à un exsudât fibrineux, ou seules et serrées les unes contre les autres en petites masses épithélioïdes quelquefois au point de commencer à se fusionner avec leurs voisines; en second lieu, une matière homogène, irrégulièrement teintée de jaune et de rose, adhérant à une partie du pourtour des parois, et se terminant en dedans par un bord irrégulier, parsemée de noyaux bien colorés, en un mot, semblable à des masses amorphes que nous avons trouvées et déjà décrites dans les coupes de l'autre vache.

Plus près des tubercules, le contenu de presque tous les alvéoles est transformé en une matière amorphe et homogène,, dans laquelle on ne distingue plus que rarement des contours de cellules. On voit çà et là des amas de petites cellules à noyaux bien colorés, représentant des foyers de diapédèse dans les espaces interalvéolaires. C'est notamment autour des bronches qu'on observe des accumulations considérables de cellules embryonnaires.

De distance en distance, on remarque des vaisseaux gorgés de sang. On trouve, au milieu d'hématies à contours bien nets, des globules blancs en proportion insolite. On voit aussi de grandes extravasations sanguines. Par exemple, autour d'un vaisseau bien reconnaissable, on observe une tache étendue de couleur jaunâtre, un peu plus pâle que le contenu du vaisseau, où un fort grossissement permet de reconnaître des contours d'hématies. Dans ces points, le sang a diffusé dans les espace

interalvéolaires en se creusant des cavités artificielles sans limites précises. Les travées conjonctives interlobulaires sont bourrées de cellules lymphatiques. Par conséquent, nous avons encore là une forte inflammation interstitielle, avec de la congestion poussée jusqu'à l'hémorragie, et une inflammation épithéliale intense et spéciale, donnant lieu à la production de masses qui obstruent les alvéoles et subissent rapidement une dégénérescence particulière.

Sur des coupes de poumon provenant de lapins infectés avec la tuberculose bovine et traités par la tuberculine, on rencontre aussi des signes d'une forte inflammation. Sous la plèvre, les vaisseaux sont turgescents, entourés d'extravasations sanguines; le tissu sous-pleural, épaissi, est le siège d'une abondante accumulation de cellules lymphatiques. Autour des tubercules, les vaisseaux sont gonflés et accompagnés d'épanchements sanguins ; certaines bronches renferment du sang. A distance des formations tuberculeuses, les alvéoles sont plus ou moins garnis de cellules épithéliales proliférées, et les espaces interalvéolaires bourrés de cellules embryonnaires. Beaucoup d'alvéoles renferment des débris de globules rouges. Ces signes d'inflammation à la fois catarrhale et interstitielle sont en certains points tellement intenses que le tissu est compact et que l'on ne distingue plus que rarement la place des alvéoles et de leurs cloisons. Quelques bronches renferment des amas de cellules en voie d'élimination, avec des débris de globules rouges.

Le poumon des animaux infectés avec la tuberculose aviaire, puis traités, a fourni des coupes très intéressantes. On y voit d'assez nombreux tubercules bien caractérisés, présentant un centre en dégénérescence caséeuse avec une zone épithélioïde et embryonnaire, et de jolies cellules géantes. L'existence de plusieurs centres caséeux dans certains foyers montre que des tubercules élémentaires sont en train de former par leur fusion des tubercules composés (voy. fig. 36, 1,2,2). En beau

ÉTUDE EXPÉRIMENTAIE DE LA TUBERCULINE DE M. KOGH. 323 coup plus grand nombre, existent des amas de cellules embryonnaires fortement colorées, amas bien homogènes et privés de cellules géantes; ce sont des foyers de diapédèse, qui, pour la plupart, se montrent dans le voisinage d'un vaisseau ou d'une bronche. D'après cette disposition, il est vraisemblable qu'il s'agit là de formations tuberculeuses à l'état tout à fait naissant, embryonnaire (voy. fig. 36, 8,8,8).

» Dans l'intervalle de ces formations, on observe des régions où les alvéoles ont conservé leur lumière ; mais les travées interalvéolaires sont épaissies (fig, 36, 6) et présentent, détail très remarquable, une dilatation considérable de leurs capillaires sous forme de petites anses gonflées de globules rouges; dans ces travées, sont disséminés des leucocytes en diapédèse. C'est seulement dans le voisinage des tubercules que les alvéoles sont obstrués par des cellules diverses, cellules épithéliales proliférées et cellules migratrices. Quelques-uns contiennent des lames hyalines ressemblant à ce que nous avons déjà noté dans les poumons de vache, sans contours cellulaires bien défiais, et dans lesquelles on constate des noyaux bien colorés. Immédiatement auprès des tubercules, les vaisseaux sont gonflés et entourés d'extravasations sanguines. On voit à distance des tubercules, des nappes de sang épanché, où les débris d'hématies sont mêlés à tous les éléments du tissu.

L'étude de ces coupes, outre qu'elle confirme les données précédentes, fournit un enseignement très important : elle fait assister en quelque sorte à la formation de jeunes tubercules (voy. fig. 36, 8, 8, 8). Des foyers de diapédèse, qui vont évoluer dans le sens de l'édification tuberculeuse, apprennent en somme que, pendant le traitement par la tuberculine, malgré lui, sinon à cause de lui, éclosent de nouvelles poussées de tubercules.

Ce sont des lésions très analogues que nous trouvons dans les coupes du poumon d'un cohaije infecté de tuberculose .

324 LEÇONS SUR Lk TUBERCULOSE.

^ovme et traité par la tuberculine (fig. 37). Sous-jacents à la plèvre, sont des vaisseaux gonflés de sang et des flaques de sang épanché dans les espaces lymphatiques. On voit, disséminés dans les coupes, de nombreux tubercules, à différents stades de développement, mais d'une manière générale très jeunes ; ils sont de préférence dans le voisinage d'une bronche. Dans

Fig. 37. — Coupe à travers le poumon d'un cobaye tuberculeux (tub. bovine) soumis à la tuberculine (faible grossissement).

I, masse tuberculeuse primitive; 2, zone d'accroissament de la masse susdite; 3, 3, infiltration de cellules migratrices dans les cloisons et les alvéoles ; 4, zone qui est surtout le siège d'une inflammation catarrhale ; 5, 3, o, points envahis par du sang extravasé. Ces lésions viennent corroborer «elles que l'on a signalées précédemment.

rintervalle des tubercules, le parenchyme pulmonaire est en état d'inflammation violente où domine l'élément catarrhal : les alvéoles contiennent de grosses cellules, dont le noyau, tantôt multiple, tantôt simple et souvent alors bourgeonnant, est ordinairement bien coloré, dont le corps protoplasmique est volumineux, arrondi ou polyédrique, granuleux; presque partout ces cellules remplissent les alvéoles, effaçant complè-

ÉTL'DE EXPÉRIMENTALE DE LA TUBERCULINE DE M. KOGH. 325

temejit Jeur lumière (fig. 37, 4), et le tissu est alors une masse compacte où Ton distingue ces grosses cellules rondes, particulièrement rapprochées en amas dans certains points. Les cellules lymphatiques sont entraînées à la place des cloisons interalvéolaires, ou en petites masses denses (fig. 37, 3); elles sont très abondantes dans le voisinage de la plèvre. Au milieu de ce tissu compacte se détachent des vaisseaux, fréquemment entourés de sang épanché ; et souvent on voit, dans leur voisinage, des alvéoles dont une partie de la paroi est teintée parla matière colorante du sang. Cette teinture sanguine s'accompagne ordinairement d'un aspect hyalin des parois alvéolaires, ou de la présence, dans la lumière de l'alvéole, d'une lame hyaline, légèrement teintée par le sang et munie de quelques noyaux colorés par le carmin (fig. 37, 5).

Les coupes pratiquées à travers le foie des cobayes traités sont aussi très instructives.

Elles renferment un grand nombre de tubercules très jeunes, en voie de formation, souvent réduits à une seule cellule géante entourée d'une zone embryonnaire. En outre, le tissu est farci de leucocytes en diapédèse, disséminés ou entassés sur certains points. Ceux-ci constituent des amas de cellules rondes dans les espaces-porte et au centre des lobules hépatiques. Des traînées de ces mêmes cellules, partant des amas ou des jeunes tubercules, filent dans les lobules en écartant les travées de cellules hépatiques, et relient les foyers de diapédèse et les tubercules naissants les uns aux autres.

En certains points, on voit autour des jeunes tubercules des vaisseaux gorgés de sang entourés eux-mêmes de traînées d'hématies plus ou moins déformées et mêlées aux cellules embryonnaires, aux cellules hépatiques et aux éléments conjonctifs.

Le foie est donc le siège d'une forte congestion et d'une intlammalion interstitielle en foyers qui évoluent rapidement

dans le sens de l'édification tuberculeuse. Quant aux tubercules, ils sont manifestement ultérieurs au début de l'administration de la tuberculine ; ils se sont'produits malgré elle, s'ils n'ont pas été favorisés par elle.

Je signalerai encore les coupes du poumon de l'homme dont j'ai raconté tout à l'heure l'histoire clinique : c'est le plus bel

Fig. 38. — Coupe à travers le poumon d'un homme soumis à la tuberculine (faible grossissement).

1 masse tuberculeuse avec des points 2 plus ou moins infiltrés de sang et homogènes ; 3, 3, parenchyme pulmonaire où les alvéoles (dont les parois sont vaguement indiquées) sont gorgés de sang; 4, vaisseau gorgé de sang.

exemple de congestion que nous ayons observé sous l'influence de la tuberculine ; l'hypérémie a été poussée ici jusqu'à l'inondation complète du parenchyme pulmonaire.

Les coupes sont farcies de tubercules jeunes très riches en cellules géantes; dans l'intervalle de ceux-ci, le tissu est infdtré de sang ; partout on voit des globules rouges tassés, dans les vaisseaux dilatés, dans les bronches, dans les alvéoles (voy. fig. 38).

A un fort grossissement, on distingue avec la plus grande netteté l'hypérémie des parois alvéolaires; leurs capillaires se dessinent en sinuosités irrégulières, en boucles gonflées d'hématies et saillantes]dans la lumière des alvéoles (voy. fig. 39, 2,2). Dans l'intérieur de ceux-ci se trouvent, mêlés aux globules

Fig, 39. — Une portion de la coupe précédente vue à un fort grossissement.

I, 1, cloisons des alvéoles légèrement épaissies ; 2, 2, 2, coupes transversales des capillaires logés dans les cloisons, vides ou remplis de globules sanguins ; 3, alvéoles oîi s'est faite une hémorlagie abondante ; les contours des bématies sont très visibles; V, V, vaisseaux des espaces interulvéolaires gorgés de sang.

rouges, de nombreux leucocytes et quelques grosses cellules d'inflammation catarrhale.

Ces lésions montrent plus particulièrement deux choses : d'abord, une hypérémie colossale (il ne s'agissait pas d'hypérémie circonscrite, l'observation macroscopique a montré que le poumon entier était infiltré de sang) ; en second lieu, l'existence de tubercules jeunes nés pendant le traitement, et, à en

juger par le grand nombre des belles cellules géantes, en voie d'accroissement.

L'étude liistologique des reins, sur les animaux traités, établit que, en dehors des lésions tuberculeuses, l'administration de la lymphe de Koch détermine de la néphrite parenchymateuse. Sur des reins de lapin, privés de tubercules, on voit que les tubes contournés sont le siège d'une forte inflammation épithéliale. Des cellules sont encore adhérentes aux parois, mais elles sont gonflées, arrondies, granuleuses, troubles, à peine teintées par le picro-carminate. D'autres sont libres, et, mêlées à une petite quantité de matière amorphe granuleuse, elles obstruent la lumière des canalicules ; elles sont arrondies, de volume variable, ou grosses ou très petites; elles sont troubles et granuleuses, et refusent la matière colorante.

Les tubes des anses de Henle sont moins malades ou sains: leurs cellules forment encore un revêtement régulier, et les noyaux de celles-ci sont très bien colorés par le carmin, de telle sorte que ces tubes forment des traînées rouges au milieu des sinuosités pâles des tubes contournés.

Les glomérules paraissent sains. Dans quelques points, on voit des amas de globules rouges, intacts, ou plus ou moins détruits et envoie de fusion, dans des cavités accidentelles qui témoignent d'extravasations sanguines.

En définitive, on trouve là, sans formations tuberculeuses, une inflammation caractérisée par le gonflement et la desquamation de Tépithélium des tubes contournés, démontrant que la tuberculine exerce sur les éléments sécréteurs du rein une action très irritante.

L'étude histologique permet donc de constater que les poumons des animaux tuberculeux traités par la tuberculine de M. Koch sont le siège des altérations suivantes :

1° D'une congestion intense, surpassant de beaucoup celle qui existe chez les animaux non traités, surtout marquée dans

le voisinage des tubercules et aussi à la surface des organes, sous le revêtement séreux ;

2" D'une inflammation à la fois interstitielle et épitliéliale, beaucoup plus active que dans les organes non soumis à Taction delà tuberculine ; prédominant dans le voisinage des tubercules, où l'élément catarrhal prend souvent un énorme développement et transforme le parenchyme, à grande distance des formations tuberculeuses, en masse compacte et imperméable à l'air ;

S*' D'une dégénérescence hyaline de l'épithélium et de l'exsudat alvéolaire rappelant ce que l'on observe dans certaines gangrènes du poumon;

4° D'une néoformation tuberculeuse établie pendant le traitement par la tuberculine de Koch et à cause de lui.

Vous voyez que, si ce n'était cette dégénérescence particulière que nous vous avons signalée, les lésions que l'on trouve dans les organes des animaux tuberculeux traités par la tuberculine n'ont rien de bien spécial. Comme l'a dit M. Yirchow, elles diffèrent seulement de celles des animaux non traités par leur intensité et la rapidité de leur développement; elles indiquent un état congestif et inflammatoire d'une violence inaccoutumée, permettant de conclure que la tuberculine exerce sur les organes atteints de lésions tuberculeuses une action irritante puissante, et dans un sens éminemment fâcheux.

La diapédèse pérituberculeuse forme l'un des caractères les plus remarquables des lésions provoquées par la tuberculine. On peut supposer qu'elle concoure à la résorption des tubercules, parce que les cellules migratrices qui les assiègent sont aussi des phagocytes; mais elle expose simultanément à la dissémination des bacilles. Le fait est que nous avons constaté chez nos animaux l'existence de poussées tuberculeuses pendant le traitement. INon seulement, la tuberculine ne rend pas l'organisme réfractaire à la fructification du virus

tuberculeux, mais encore cet agent provoque l'éclosion active de jeunes tubercules. Par conséquent, nous croyons que c'est avec raison que Ton a accusé la tuberculine de Koch d'étendre la généralisation tuberculeuse.

YINGT-SIXÏÉME LEÇON

ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE LA TUBERCULINE DE M. KOCH [fin). VALEUR PRÉVENTIVE.

Expériences de MM. Arloing, Rodet et Courmont. — La tuberculose humaine, la tuberculose bovine et la tuberculose aviaire se comportent de même vis-à-vis des animaux soi-disant vaccinés. — Effets prédisposants de la tiiberculine. — Virulence des bacilles provenant des lésions traitées par la tuberculine. — Conclusions générales.

Les espérances que M. Kocli a suscitées en vantant les propriétés curatives de la luberculine. le silence gardé par l'auteur sur les autres propriétés de ce liquide ont fait complètement oublier un point extrêmement important et mis en lumière par M. Koch lui-même dans son discours de Berlin; je veux parler de la valeur préventive de la tuberculine, du pouvoir qu'elle posséderait de prémunir l'organisme, de le vacciner contre la tuberculose.

Quelques personnes se sont môme demandé si M. Koch avait prétendu vacciner avec la tuberculine. Ses premières assertions ne laissent aucun doute à ce sujet et doivent fixer l'attention de l'expérimentateur.

Dans sa communication du mois d'août 1890, M. Koch dit effectivement, en parlant des substances qu'il avait découvertes : « Le cochon d'Inde, animal excessivement sensible à la tuberculose, devient réfractaire, lorsqu'on le traite par une de ces substances, à l'inoculation du virus tuberculeux.

(( Cette même substance arrête complètement le processus morbide, lorsqu'on l'injecte à un cobaye arrivé déjà à un degré

avancé de tuberculose, et cela sans inconvénient aucun pour l'organisme. »

La dite substance a donc le double privilège de prévenir et (le guérir.

Mais on s'est demandé, dans notre entourage, si cette substance était bienlatuberculine. Quiconque a suivi les rares confidences faites par M. Koch dans ses autres communications no saurait en douter. C'est en inoculant des cultures oii les bacilles étaient tués, qu'il a obtenu cette double action. Or, la tuberculine est un simple extrait concentré de cultures d'où les bacilles tués ont été retirés par la filtration.

Au surplus, quand on réfléchit bien à la théorie curative édifiée par M. Koch et surtout sur ce fait que la tuberculine ne tue pas les bacilles, on est forcément conduit à faire jouer un rôle important à l'efl'et préventif pour empêcher l'extension des foyers tuberculeux.

Quoi qu'il en soit, nous avons institué des expériences pour nous fixer sur les cff'ets de la tuberculine au point de vue préventif.

Comme précédemment, nos expériences ont été divisées eu trois séries, suivant qu'il s'agissait de prémunir les animaux contre la tuberculose humaine, \di tuberculose bovine et la tuberculose aviaire.

Dans chaque série, comprenant des cobayes et des lapins, nous avons établi deux groupes : celui des témoins et celui des prétendus vaccinés. Ceux-ci recevaient une dose de tuberculine fractionnée en plusieurs injections s'élevant à o2 ou 60 milligrammes. Ensuite, au bout d'un temps variant entre sept et trente-quatre jours, on leur inoculait la tuberculose conjointement avec les animaux témoins. Lorsque des décès anticipés ne venaient pas troubler la marche des expériences, les animaux des deux groupes étaient sacrifiés simultanément et on les comparait entre eux sous le rapport de l'étendue et de l'impor-

ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE LA TUBERGULINE DE M. KOGH. 333 tance des lésions. Pour la tuberculose bovine, une expérience a été faite sur une génisse.

1'"*' série. — Tuberculose humaine.

Lapins. 1" expérience. — Plusieurs lapins sont imprégnés par des doses semblables à celles qui étaient injectées aux lapins traités (voir la leçon 24), et exactement aux mêmes dates, soit 24 milligrammes et demi de tuberculine introduits sous la peau de la cuisse, du 6 au 19 janvier 1891. A cette époque, plusieurs animaux étant morts d'intoxication progressive, nous cessons les injections.

Deux de ces lapins, ainsi que deux témoins, sont inoculés le 24 janvier, sous la peau, avec des granulations provenant des poumons d'un enfant.

Un vacciné meurt prématurément sans lésions. Les trois autres sont sacrifiés le 26 mai, soit quatre mois après l'inoculation.

D'après le procédé conventionnel adopté pour exprimer nos résultats, nous obtenons le tableau suivant :

TÉMOINS

VACCLNÉS.

2*" expérience. — Deux lapins reçoivent 52 milligrammes de tuberculine injectés du 2 au 16 mars 1891. Le 23 mars, ces 2 lapins et 2 témoins sont inoculés sous la peau avec des lésions tuberculeuses humaines ayant passé une fois par le lapin.

Tous sont sacrifiés le 26 mai, soit au bout de deux mois.

Voici l'exposé synthétique des résultats :

TÉMOINS

VACCINÉS

dz

Vous voyez que les lapins supposés vaccinés ont présenté un excellent terrain à l'évolution de la tuberculose humaine.

Cobayes. 1'"'^ expérience. — Un lot de cobayes est vacciné avec les mêmes doses et aux mêmes dates que les lapins de la l'"" expérience, soit avec 24 milligrammes et demi, du 6 au 19 janvier.

Deux de ces animaux et deux témoins sont inoculés le 24 février, à la cuisse, avec des granulations grises recueillies sur un enfant.

Yoici les résultats :

TÉMOINS

VACCINÉS

2* expérience. — Elle repose sur 5 cobayes, 2 témoins et 3 vaccinés, du 2 au 16 mars, par 42 milligrammes de tuberculine. Tous sont tuberculisés le 23 mars, sous la peau, avec des lésions tuberculeuses humaines ayant passé une fois par le lapin.

Malheureusement, les 2 témoins meurent prématurément; néanmoins vous allez voir que la tuberculose a rapidement évolué sur les vaccinés. Ils sont morts au bout d'un mois, et après ce court laps de temps, les organes habituellement tuberculisables, y compris les poumons, étaient littéralement farcis

de tubercules. L'inoculation n'avait été pratiquée que sept jours après la dernière injection vaccinale.

TÉMOINS

VACCINÉS

Le cobaye, pas plus que le lapin, n'est donc rendu réfractaire à la tuberculose humaine par des injections sous-cutanées de tuberculine.

2^ série. — Tuberculose aviaire.

Lapins. — Les lapins vaccinés, au nombre de 4, ont été empruntés au lot qui avait reçu 24 milligrammes et demi de tuberculine, du 6 au 19 janvier (voir plus haut). Ces 4 lapins vaccinés et 2 témoins sont inoculés le 16 février dans le péritoine avec S centimètres cubes d'une culture liquide datant du 19 décembre 1890. Tous ces lapins sont morts du 5 mars au 27 avril, avec de beaux tubercules péritonéaux et intestinaux.

TÉMOINS

VACCINÉS

12 mars, + 5 avril, + +

4 mars, +

19 mars, + + 4-

5 avril, -f 27 avril, +

L'action préventive a été nulle ou insignifiante.

Cobayes. — Cinq cobayes vaccinés parallèlement aux lapins

précédents (24 milligr. 1/2 du 6 au 19 janvier) et 2 témoins sont inoculés le 16 février, dans la cuisse, avec la même culture aviaire à la dose de 5 centimètres cubes.

Quatre vaccinés succombent du 24 mars au 2 mai. Le dernier vacciné et les 2 témoins sont sacrifiés le 12 mai.

TÉMOINS

VACCINÉS

12 mai, ■

24 mars \ 4au 2 mai, ^ +

12 mai, + +

Comme dans plusieurs des tableaux précédents, vous pouvez voir que la vaccination a paru au contraire prédisposer l'organisme à la tuberculose. En somme : mêmes résultats avec la tuberculose aviaire qu'avec la tuberculose humaine.

3^ série. — Tuberculose bovine.

Lapins. — Quatre lapins sont vaccinés du 2 au 16 mars par 52 milligrammes de tuberculine injectéssous lapeau de la cuisse. Ils sont, ainsi que 2 témoins, inoculés le 19 mars, c'est-à-dire trois jours après la dernière injection vaccinale, avec des lésions bovines ayant passé une fois par le cobaye.

Un vacciné meurt le 10 avril.

Un témoin — le 29 avril.

Un vacciné — le 16 mai.

Un témoin \

Deux vaccinés ' ^^^^^^^^^ ^8 mai.

Les deux témoins ont présenté des lésions que l'on peut dire normales par l'intensité et la localisation. Il n'en a pas été de même des vaccinés qui tous, sauf le premier qui est mort en

moins d'un mois, ont offert des exemples de généralisation comme on en voit rarement dans les laboratoires.

Je vais vous énumérer les lésions offertes par les deux vaccinés sacrifiés le 28 mai en même temps qu'un témoin : Gros abcès local. Rate énorme très tuberculeuse. Quelques tubercules péritonéaux autour du foie. Maximum possible d'intensité des lésions pulmonaires. Semis tuberculeux très riche sur les plèvres et le péricarde. Les deux reins de chaque animal offrent une éruption tuberculeuse intense faisant saillie à l'extérieur et occupant la plus grande partie du tissu (ces lésions sont représentées dans les figures 40 et 41). Iritis tuberculeuse chez l'un d'eux.

inoculé après vaccination par la tu- Grandeur naturelle,

herculine. Grandeur naturelle.

i, tubercules saillants; 2, tubercules de la région des tubuli; 3, bassinet.

Le témoin ne présentait que des tubercules pulmonaires et quelques tubercules de la rate. L'influence prédisposante de la tuberculine a été très manifeste dans cette expérience. En voici le résumé :

TÉMOINS

VACCINÉS

29 avril, + 28 mai, 4-

10 avril, + 16 mai, + +

oo . ( + + +

28 mai,

Cobayes. — Trois cobayes sont vaccinés du 2 au 16 mars avec 42 milligrammes de tuberculine injectés sous la peau.

Le 19 mars, soit trois jours après la fin de cette préparation, ils sont, ainsi que 2 témoins, inoculés à la cuisse avec la même matière tuberculeuse que les lapins.

Un témoin meurt prématurément.

Les vaccinés meurent du 22 avril au 2 mai.

L'autre témoin meurt le dernier, le 5 mai.

TÉMOINS

VACCINÉS

L'influence prédisposante de

la tuberculine à l'évolution de

la tuberculose bovine a été aussi nette sur les cobayes que sur les lapins.

Bouvillon. — Une expérience faite sur un bouvillon démontre bien l'incapacité de la tuberculine à créer l'immunité et à s'opposer à la marche du processus tuberculeux.

Cette bète reçut graduellement, en injections sous-cutanées, 224 milligrammes de tuberculine. Gomme elle cessait de réagir, on inocula sous la peau de la joue droite des tubercules prélevés sur un cobaye infecté antérieurement avec de la tuberculose bovine.

Par surcroît, et à partir du moment de l'inoculation tuberculeuse, on lui injecta, par doses de 16 milligrammes, 128 milligrammes de tuberculine. Malgré ce double traitement préventif et curatif, la tuberculose s'implanta au point d'inoculation et, quelque temps après, la région parotidienne correspondante présenta une tuméfaction considérable, accusant ainsi l'ex-

tension du mal au ganglion lymphatique préauriculaire.

L'autopsie montra, sous la peau de la joue, un grand nombre de petites masses tuberculeuses et, dans le ganglion pré-auriculaire, plus de 100 tubercules dont l'évolution était plus ou moins avancée. Les viscères et tous les autres points de l'économie étaient exempts de tuberculose.

L'infection a marché sur cet animal comme elle marche dans le même temps à la suite de toutes les inoculations sous-cutanées de tuberculose sur le bœuf. Par sa localisation, elle établit péremptoirement que la tuberculisation du ganglion est bien consécutive à l'inoculation et ne résulte pas de l'extension d'une tuberculose préexistante.

Eu résumé, tous nos résultats sont défavorables à la tuberculine vaccin comme ils l'ont été à la tuberculine remède. Ni après trois jours seulement, ni après sept jours, ni après trentequatre jours, les injections n'ont créé un commencement d'immunité. Bien plus, la tuberculine a exercé clans plusieurs cas line action prédisposante^ attendu que ce sont des animaux prétendument vaccinés qui nous ont offert les lésions les plus conQuentes et la généralisation la plus étendue.

D'autres expérimentateurs ont constaté comme nous l'inefficacité de la tuberculine dans la création de l'immunité contre la tuberculose. M. Jaccoud, M. Dujardin-Beaumetz et Dubief ont vainement cherché à vacciner des cobayes avec des doses de 10 à 50 centigrammes de tuberculine.

Avant de terminer l'étude expérimentale de la tuberculine, je veux encore rapporter quelques-unes de nos expériences qui vous fixeront définitivement sur un point intéressant de la question.

M. Roch nous avait dit d'abord que son remède modifiait la lésion tuberculeuse sans atteindre les bacilles. Un peu plus tard, il a laissé entendre que l'altération des éléments du tu-

hercule pouvait bien retentir sur les microbes. En fait, quelques observateurs croyaient voir, clans les lésions traitées, des bacilles un peu plus granuleux que dans les tubercules non traités.

L'expérimentation devait faire disparaître jusqu'au moindre doute.

M. le professeur Poncet, chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Lyon, ayant traité un assez grand nombre de tuberculoses locales par l'administration de la tuberculine suivie de l'excision, il nous fut possible d'inoculer des lésions tuberculeuses provenant de sujets qui avaient cessé de réagir sous l'influence des doses croissantes du remède.

Le 15 janvier, un fragment d'épididyme tuberculeux, enlevé dans ces conditions, était inoculé à deux cobayes, sous la peau de la cuisse. L'un mourut le o février avec une tuberculose qui atteignait déjà les ganglions lombaires ; l'autre succomba le 5 avril avec une superbe tuberculose généralisée à tous les organes.

Le 20 février, des fongosités articulaires provenant d'un malade atteint d'une tumeur blanche du genou, et qui avait absorbé des doses énormes de tuberculine, furent de même inoculées à deux cobayes. Tous deux moururent le 7 et le 24 avril, avec des lésions généralisées jusqu'aux poumons inclusivement.

Nous avons également inoculé des tubercules pulmonaires, pris sur la première vache que nous avions traitée, à 5 cobayes ^ui sont tous morts très tuberculeux.

Par conséquent, d'après ce que nous avons vu, la virulence des bacilles reste intacte ou à peu près intacte dans les lésions chez les tuberculeux qui ont cessé de réagir et localement et d'une manière générale.

De ces expériences, nous devons tirer un enseignement : lorsque la fièvre de réaction cesse de se produire, une semence

virulente subsiste encore dans l'organisme et comme celuici n'est pas notablement prémuni par les injections de tuberculine, on peut redouter autant qu'auparavant, sinon plus, l'extension et la multiplication des foyers. Je dis « sinon plus », parce que la tuberculine a paru exercer plusieurs fois une action prédisposante. A l'appui des faits que j'ai déjà signalés, je rappellerai que, chez les cobayes traités, nous avons vu fréquemment de la tuberculose ganglionnaire du côté de la cuisse 011 l'on injectait la tuberculine; ce qui n'aurait pas dû se produire vu la marche bien connue de la tuberculose chez cet animal (voy. fig. 18). Il semble donc que la région lymphatique qui reçoit fréqueijfiment de la tuberculine soit un lieu prédisposé au développement des tubercules.

Une dernière question se rattache à la présence ou à l'absence de bacilles tuberculeux vivants au sein de la tuberculine de M. Koch. Dans les nombreuses expériences que nous avons faites avec de la tuberculine empruntée à plusieurs flacons, nous n'avons jamais constaté do' tubercules dont le germe aurait pu provenir des injections. Il n'est pas inutile de présenter cette remarque, parce que l'on a accusé parfois la tuberculine de renfermer des bacilles vivants.

Sans sortir du terrain expérimental, je puis encore vous citer quelques auteurs qui ont complètement échoué dans le traitement de la tuberculose par le procédé de M. Koch.

M. Dubief a injecté la tuberculine à plusieurs cobayes tuberculeux, soit hâtivement une demi-heure après l'inoculation, soit tardivement, en continuant le traitement pendant plusieurs jours. Tous les animaux sont morts de l'affection tuberculeuse. M. Dubief a fait observer qu'il n'a constaté aucune réaction locale, et que l'élévation de la température a été faible, mais que de graves accidents ont fréquemment suivi des injections faites avec des doses inférieures à celles qu'a indi-

quées Koch. Dans un cas, la plèvre était distendue par un épanchcment sanguinolent, le poumon et la muqueuse stomacale présentaient plusieurs ecchymoses, enfin il y avait une véritable hémorrhagie rénale.

D'autres expérimentateurs ont, comme nous, vainement tenté la vaccination par la tuberculine. C'est ainsi que M. Jaccoud, ayant injecté à un cobaye 0^'',50 de tuberculine pure et ayant ensuite inoculé cet animal un mois plus tard avec une lésion tuberculeuse, le vit mourir tuberculeux avant un autre cobaye témoin. M. Dubief n'a pas réussi davantage à vacciner les cobayes contre la tuberculose au moyen de la tuberculine ; un lot de ces animaux a reçu pendant dix joi^rsun centimètre cube par jour de la solution 1/100 et a ensuite été inoculé ; tous sont devenus tuberculeux.

Personne n'a donc pu constater le moindre commencement d'immunité en injectant la tuberculine de M. Koch.

En résumé, les expériences poursuivies au laboratoire de médecine expérimentale de la Faculté de Lyon n'ont été qu*une suite d'échecs pour la tuberculine de M. Koch. Des qualités dont on avait plus ou moins explicitement revêtu cette dernière et sous lesquelles on l'avait offerte à la médecine pratique, une seule, la réaction générale, s'est manifestée assez clairement. Néanmoins, en raison même de la variabilité de ses caractères, elle ne peut inspirer une confiance aveugle et absolue dans la recherche des tuberculoses profondes ou douteuses.

Ne resterait-il donc rien de cette grande et malheureuse épopée scientifique qui agita le monde entier ?

Devant l'immense intérêt qui s'attache à la guérison de la tuberculose et la grande déception que nous avons éprouvée, nous n'osons pas insister sur les avantages scientifiques de la connaissance des effets provoqués par la tuberculine autour des lésions tuberculeuses. Pourtant, M. Koch nous a ouvert les

yeux sur uue propriété qui, selon nous, appartient à plusieurs médicaments inllammatoires (la tentative récente de M. Liebreich en est un exemple) et dont la médecine profitera sans doute dans l'avenir.

L'expérimentateur peut, à la rigueur, trouver dans cette découverte une compensation à son attente. Mais le médecin... ?

Messieurs, nous ne pouvons nous résigner au nihilisme après tant d'espérances. Que les assertions de M. Koch aient été prématurément lancées et établies sur des bases mal consolidées^ nous le croyons volontiers; mais qu'elles n'aient point eu de fondements, nous ne saurions l'admettre sans faire injure à la conscience d'un savant !

M. Koch a certainement observé les faits qui ont provoqué son entraînement. S'il est parvenu depuis à en fixer le déterminisme, il est reg^rettable qu'il n'ait pas fait connaître ses expériences avec plus de détails. Il est fâcheux, par exemple, de ne pas savoir si M. Koch a bien établi la non-récidive de la tuberculose et dans quelle condition il l'a observée ; car la base d'un traitement interne de la tuberculose par les produits de culture des bacilles, qui ne tuent point ces bacilles, repose sur ce fait préalable.

Dans des conditions que j'ai indiquées autrefois et que M. Cliarrin a vues de son cùté, la réinoculalion de la tuberculose était au contraire évidente. Cependant, j'admettrai aujourd'hui, en présence des faits nouveaux qui se sont produits, qu'il y a des cas oii la réinoculation échoue. Si on analyse les circonstances oii cette particularité s'est révélée, comme dans les expériences de M. Koch, on s'aperçoit qu'elle coïncide avec les cas 011 la tuberculose est liée à la présence de bacilles probablement peu actifs.

La tuberculose se placerait donc dans un groupe intermédiaire aux maladies virulentes récidivantes et non récidivantes.

Dans quelques cas, elle créerait une faible immunité ; et, particularité curieuse, c'est dans les cas où elle dérive de bacilles atténués. Les tuberculoses atténuées seraient donc celles qui vaccineraient le plus facilement contre elles-mêmes et qu'on aurait le plus de chances d'arrêter par la création artificielle de l'immunité. Voilà ce que permettent d'entrevoir les communications de M. Koch.

Toutes les tentatives ayant pour objet de réaliser cette faible immunité méritent, en conséquence, de fixer vivement l'attention.

Les publications de M. Koch ont eu l'avantag-e de réveiller cette question qui semblait sommeillante et sur laquelle pourtant plusieurs de nos compatriotes recueillaient des matériaux.

Somme toute, M. Koch a entrevu des faits. On finira bien par en fixer les conditions, par les étudier en détails, et par élucider la question de l'immunité en ce qui regarde la tuberculose comme on l'a élucidée pour d'autres maladies, et cette fois au véritable profit de l'humanité.

Lorsque ce jour sera venu, on fera bien de se souvenir que les déboires de M. Koch en auront précipité l'avènement.

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