‹ Leçons sur la tuberculose et certaines septicémies [electronic resource]Chapitre 47 sur 48 · DIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÈME LEÇON

SEPTICÉMIE PUERPÉRALE

Origine de la découverte de sa nature microbienne. — Travaux sur la détermination de son virus. — La maladie est une malgré ses formes variées et n'est causée que par un seul microbe. — Quel est ce microbe? — Les moyens de le détruire tirés de sa résistance aux antiseptiques.

En terminant cette série de leçons, je vous entretiendrai de la septicémie puerpérale.

N'ayant pas l'intention de faire l'histoire complète de cette redoutable maladie, je ne remonterai pas très loin dans son passé et ne parlerai que des auteurs qui l'ont regardée comme une infection.

En 4849, Semmelweis accusait déjà les étudiants d'infecter les accouchées par des matières putrides rapportées de l'amphithéâtre.

En 1834, Mekel était plus affirmatif : il parlait le premier d'une décomposition putride des humeurs se produisant au niveau du col de l'utérus et se propageant de Là aux annexes et aux organes plus éloignés.

En 18S8, une chaude discussion s'éleva à l'Académie de médecine de Paris, sur la question de savoir si la septicémie puerpérale était une affection locale ou générale et essentielle.

Stolz et Sieffermann émettaient, en 1862, l'hypothèse que les accidents si funestes aux accouchées pourraient bien être produits par un levain, un ferm^ent encore indéterminé.

Dès cette époque, en 1863, M. Delore, de Lyon, montrait

SEPTICÉMIE PUERPÉRALE. 489

quelques tendances à ranger la maladie qui nous occupe parmi les affections contagieuses.

Il suffisait que ces idées fussent lancées pour que l'on cherchât dans la septicémie puerpérale un ferment, un levain, en un mot un agent de contagion.

Coze et Feltz, en 1869, publièrent le premier travail entrepris dans cette direction. Ils annoncèrent que le sang et les humeurs des femmes atteintes de septicémie puerpérale contiennent des éléments figurés, eu forme de points mobiles, isolés ou couplés.

L'année suivante, Mayerhoffer, de Berlin, signala la présence de bactéries dans les lochies des malades.

En 1872, Despine et Quinquaud poussèrent plus loin l'étude expérimentale de ce qu'on appelait encore la fièvre des accouchées, la fièvre puerpérale. Ils inoculèrent des animaux avec des lochies et les virent succomber à l'inoculation.

Waldeyer et Recklinghausen confirmèrent, en 1873, les travaux de leurs prédécesseurs. Ils trouvèrent dans les humeurs profondes, dans les exsudats des séreuses, chez les femmes atteintes de septicémie puerpérale, des bactéries moniliformes.

De 1873 à 1878, laquestion fut constamment à l'ordre dujour. Je me bornerai à vous citer, pendant cette période, les travaux de Klebs, de Tiegel, de Hiller, de Heiborg, d'Orth, de Haussmann, de Spillmann, de Winckel, de Rokitansky. C'est la période de la confusion parfaite ; chacun décrit un microbe différent ; aucun ne reconnaît celui de Coze et Feltz, que d'ailleurs on semble avoir oublié.

En 1879, M. Pasteur entra dans l'arène à propos d'une communication de M. Hervieux. On lui soumit les lochies des malades et il y rencontra trois microorganismes principaux, dont deux étaient déjà déterminés par ses travaux antérieurs. Ceux-ci étaient le coccus du furoncule et le vibrion septique. Quant au troisième, M. Pasteur le crut spécial à l'affection qu'il

étudiait. C'était un microbe en chapelet, se développant assez bien dans le bouillon de poulet.

M. Doléris poursuivit alors, sous la direction de M. Pasteur, des recherches qui lui firent retrouver les trois espèces précédentes et, en outre, une quatrième espèce constituée par des diplocoques à grains volumineux.

De sorte que, pour M. Doléris, comme pour M. Pasteur, la septicémie puerpérale n'est pas une affection unique. Elle peut être la résultante des effets pathogènes de plusieurs microbes ou bien avoir quatre formes différentes, suivant que l'un ou l'autre des microbes sous-indiqués sera l'auteur de l'infection. M. Doléris avait des tendances à croire que les cas foudroyants dépendaient du vibrion septique, les cas accompagnés de suppuration, du diplocoque, et les cas de septicémie atténuée, du microbe en chapelets.

M. Doléris fut promptement arrêté dans ses travaux par la difficulté d'obtenir des cultures pures virulentes.

En 1881, Masini, de Florence, Ferari et Bonome trouvèrent également des microbes variés dans les humeurs des femmes infectées; ils crurent àl'origine microbienne de la maladie, mais pensèrent que la diversité des symptômes tenait plutôt à la quantité qu'à la variété des microbes infectieux.

Donc, à cette date, la septicémie puerpérale est bien regardée comme une affection contagieuse, microbienne, mais on ne la rapporte à aucun agent bien déterminé, ou plutôt on admet qu'elle est le résultat de plusieurs microbes. Au lieu de voir en elle une infection septique particulière, on y voit plutôt des accidents septiques survenant à l'occasion de l'accouchement.

Les recherches que je vais exposer devaient simplifier beaucoup la question.

M. Chauveau inaugura, en i882, la série de ces travaux décisifs. Je le suivis en 1883 et je fus suivi moi-même par Fraenkel, en 188i.

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Au moment où M. Chauveau aborda cette question, la septicémie puerpérale était assez fréquente à Lyon ; il put malheureusement renouveler plusieurs fois ses expériences. Il commença par recueillir des produits infectieux, tels que lochies, sérosité péritonéale, pus. Il les examina et y trouva constamment un microbe arrondi, dont les individus sont quelquefois isolés et le plus souvent en chaînettes. Il l'appela : Micrococciis septicus puerperalis. Nous le désignons aujourd'hui sous le nom de Streptococcus puerperalis. Il inocula ces produits iafectieux dans le péritoine du lapin et du cobaye. Le cobaye se montra absolument réfractaire à l'infection, tandis que le lapin parut doué d'une grande réceptivité pour ce virus. Tous les lapins moururent de deux à sept jours après l'inoculation, présentant des lésions péritonéales variées : tantôt une simple hyperhémie avec un peu de sérosité roussâtre, tantôt un exsudât pseudomembraneux enlaçant les anses intestinales ; tantôt enfm de la suppuration. Le sang des victimes contenait les microbes en chaînettes que l'on voyait dans les lochies inoculées, celui de la veine porte et des veines sus-hépatiques, surtout, en était très riche ; les séreuses étaient également parsemées de chaînettes, plus grosses, plus vigoureuses que celles du sang.

M. Chauveau ensemença ensuite le sang des lapins dans du bouillon de poulet et obtint en présence de l'air de belles cultures composées de chapelets semblables aux précédents. Malheureusement ces cultures s'atténuaient dès la seconde génération èt la dernière preuve de la propriété infectante de ce microbe ne put être fournie ; l'inoculation des cultures fut infructueuse.

Néanmoins, M. Chauveau affirma que l'agent producteur de la septicémie puerpérale était unique, que cet agent était un microcoque en chapelet, capable de reproduire tous les symptômes et toutes les formes de l'affection humaine, y compris la suppuration, et qu'enfin ce microcoque en chapelet devait

être, non pas un microbe nouveau et spécial, mais bien celui qu'on rencontre dans le pus des plaies.

Je pris alors la suite des expériences de M. Chauveau, et fus assisté dans une partie de mes travaux, partie relative aux antiseptiques, par M. Truchot, qui résuma les résultats auxquels je suis arrivé, dans sa thèse inaugurale soutenue à Lyon, en 1884.

J'ai d'abord examiné avec soin, au microscope, les humeurs des malades encore vivantes.

Les lochies contenaient toujours des microcoques, isolés ou couplés, en chaînettes ou en essaims; quelques-unes de ces chaînettes, vues sous un grossissement moyen, simulaient des bacilles à s'y méprendre, mais après dessiccation et coloration, on décelait bien, sous un objectif suffisant, leur constitution micrococcienne. Si les lochies contenaient souvent plusieurs espèces microbiennes, elles renfermaient toujours des microbes en chaînettes.

Les fausses membranes et la sérosité purulente du péritoiîie fourmillaient également des mêmes microbes.

Quant au sang, il contenait aussi ces chaînettes, mais grêles et mobiles, si bien que l'observation en était difficile.

En somme, dans tous les examens que j'ai faits, les humeurs des femmes atteintes de septicémie puerpérale renfermaient toujours des microcoques en chaînettes, auxquels venaient s'ajouter, lorsqu'elles sont exposées à l'air comme les lochies, d'autres espèces microbiennes. Le microcoque en chaînettes avait par conséquent de grandes chances d'être le microbe spécifique.

J'ai ensuite inoculé ces humeurs à des animaux divers en variant le mode d'introduction.

L'inoculation intra-péritonéale est toujours fructueuse chez le lapin et presque toujours mortelle, tandis qu'elle reste sans effets sur le cobaye, le chien et le poulet. Vous vous rappelez

SEPTICÉMIE PUERPÉRALE. 49a

que ces trois animaux sont beaucoup plus sensibles que le lapin au vibrion septique; la septicémie puerpérale n'aurait donc aucun rapport avec ce microorganisme, contrairement à l'opinion de M. Pasteur et de M. Doléris. Le rat blanc résiste à l'inoculation intra-péritonéale ; il présente simplement un petit abcès au point d'introduction.

L'inoculation dans le tissu conjonctif est souvent mortelle pour le lapin. Si elle a lieu dans l'épaisseur de la paroi abdominale, elle peut occasionner une péritonite partielle, puis une infection généralisée.

Une dose suffisante de lochies septiques injectée dans le sang du lapin produit habituellement une infection généralisée, accompagnée d'hémorrhagies dans les parenchymes et d'épanchements dans les séreuses.

L'inoculation dans le derme est habituellement infructueuse. Cependant, j'ai réussi dans une expérience à tuer 6 animaux sur 12, en leur faisant de larges inoculations avec du sang puisé directement dans les veines sus-hépatiques d'animaux infectés; les 6 autres en furent quittes pour des abcès.

J'ai obtenu tous les résultats précédents avec du pus de péritonite, de pleurésie, d'arthrite, d'abcès musculaires et avec du sang de femmes atteintes de septicémie puerpérale.

Mes expériences m'ont ensuite permis de constater que la virulence du microbe s'exalte quand celui-ci passe dans l'organisme du lapin. Ce fait a été vu également par Fraenkel. En inoculant des lochies dans le péritoine du lapin le sang des veines sus-hépatiques de cet animal devient plus virulent que les lochies. Il tue les lapins plus rapidement et avec des lésions plus intenses que les humeurs virulentes prises sur la femme.

Après avoir constaté directement par le microscope la présence des microbes chez les malades, après avoir étudié les différents modes d'inoculabilité des humeurs virulentes, j'ai

tenté d'obtenir le microbe spécifique à l'état de pureté par la culture. Je me suis placé pour cela dans des conditions variées : j'ai tenté des cultures à l'air libre, dans l'oxyg-ène, dans l'acide carbonique, et dans le vide. La semence provenait soit des locliies ou du pus péritonéal de la femme, soit du sang des veines sus-hépatiques du lapin inoculé préalablement dans le péritoine.

Les cultures que j'ai obtenues étaient identiques à celles de M. Chauveau, avec celte différence toutefois que leur activité pathogène s'est transmise intacte pendant un grand nombre de générations. Miquel venait de recommander, pour la culture des microorganismes de l'air, l'usage du bouillon de bœuf salé. Il s'y développait plus de germes que dans le bouillon de poulet. Je suivis ses indications pour le microbe de la septicémie

Fig. 50. - Culture pure du strepto- puerpérale. J'obtins des cultures coccus puerperalis (Grossissement :

G50 D). riches qui restèrent virulentes

jusqu'à La 32® génération. Il avait donc suffi d'un changement de viande et de l'addition d'un peu de chlorure de sodium pour conserver l'activité pathogène de ce microbe. J'en fis d'ailleurs la démonstration parfaite. En reportant dans le bouillon de poulet une semence virulente entretenue auparavant dans le bouillon de bœuf salé, à la 2^ génération, le microbe devenait incapable de tuer le lapin; mais cette culture inoffensive reprenait toute sa virulence dès qu'on l'avait fait se rajeunir une fois dans le bouillon de bœuf salé.

J'appelle l'attention sur cette expérience, car on trouvera difficilement un plus bel exemple de la distinction qu'on doit

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toujours faire entre la virulence et le pouvoir végétatif d'un microbe pathogène. La virulence est une propriété spéciale du microbe, indépendante dans une large mesure de sa végétabilite, qu'une simple modification de milieu fait alternativement paraître et disparaître.

Les microbes de la septicémie puerpérale cultivés dans le bouillon de bœuf salé sont donc virulents; ils le sont même plus que ceux des humeurs de la femme, puisque, introduits dans le péritoine, ils tuent les jeunes lapins en dix-huit à vingt heures au lieu de deux à sept jours. M. Truchot et moi avons même pu quelquefois infecter des cobayes avec ces cultures jeunes, ce que M. Ghauveau ni moi n'avions pu faire avec les liquides tirés directement de la femme.

Les cultures dans le vide ou dans l'acide carbonique sont moins abondantes que celles qui poussent à l'air libre, mais sont encore plus virulentes ; c'est avec elles que j'ai obtenu les effets les plus rapides et les plus graves.

La virulence des cultures dans l'oxygène est identique à celle des cultures faites à l'air libre.

La température optima pour la végétation aussi bien que pour la virulence est -|- 35*^; à-j- 43*^ la végétabilité et l'activité diminuent; à -f- ^S*" ou 47^* la végétation est nulle.

J'étais donc en possession de cultures plus ou moins virulentes suivant les milieux nutritifs, l'atmosphère et la température où elles avaient poussé. Les cultures dans le vide étaient les plus dangereuses; puis venaient les cultures dans le bouillon de bœuf salé et à l'air libre, puis les cultures en bouillon de bœuf non salé, puis les cultures faites dans le bouillon de poulet. Les cultures tentées dans le bouillon de bœuf à la ten> pérature dysgénésique de-|- 42° étaient les plus bénignes.

Restait à connaître le résultat des inoculations avec les différents éléments de cette gamme virulente. Or, avec ces cultures, qui toutes contenaient une seule et même espèce de microbes,

j'ai pu reproduire chez ranimai toutes les formes cliniques de la septicémie puerpérale humaine.

Les lapins inoculés dans le péritoine sont morts en vingt heures, par conséquent, de septicémie suraiguë, lorsqu'ils avaient reçu le virus le plus actif; ou bien ont succombé en trois ou quatre jours à une péritonite pseudo-fibrineuse, lorsqu'ils avaient reçu un virus un peu moins actif; et, lorsqu'ils avaient été inoculés avec du virus encore plus affaibli, ils ont résisté pendant douze jours, et sont morts en présentant du pus dans le péritoine, les plèvres et le péricarde. Parfois enfin, ils ne sont morts qu'au bout d'un mois et demi, dans un état plus ou moins cachectique, avec des foyers purulents disséminés dans le système locomoteur. *'

Dans les formes très atténuées de l'infection expérimentale, on remarquait cette tendance à la suppuration que l'on a notée dans les mêmes formes chez la femme, où la moindre déchirure des tissus, comme une piqûre de morphine, est occasion au développement d'un petit abcès.

J'ai donc pu reproduire à l'aide d'un seul microbe en chaînettes, inoculé à différents degrés de virulence, tous les symptômes, toutes les formes cliniques de la septicémie puerpérale humaine. La pluralité des agents producteurs admise par Pasteur et Doléris devenait donc inutile pour expliquer la variété des phénomènes septiques qui surviennent chez les accouchées.

J'ai développé ces conclusions dans une note à l'Académie des sciences et dans la thèse de M. ïruchot.

Je compléterai les données précédentes relatives à l'inoculation, en rapportant les tr( ubles immédiats déterminés par l'injection des cultures du microbe de la septicémie puerpérale dans les veines.

MM. Rodet et Courmont ont étudié la toxicité des cultures de ce microbe par les procédés que je vous ai déjà décrits à propos du vibrion septique. Ils ont introduit dans le système

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veineux, sur des chiens dont la respiration et le pouls carotidien étaient enregistrés, une grande quantité de culture complète, de façon à produire rapidement la mort des animaux. Il est certain que les symptômes observés dans ces conditions, immédiatement après les injections, sont bien dus aux produits fabriqués par les microbes et ne peuvent être mis sur le compte des microbes eux-mêmes.

Les portions de tracés qui constituent les figures 51 et 52 proviennent d'une expérience faite le 5 juillet 1890 sur une chienne de 7'''S400. Une culture en bouillon dont la semence provenait d'uu phlegmon puerpéral ouvert le 20 juin, et datant du 26 juin, est introduite progressivement dans la veine jugulaire de cet animal à la dose de 245 centimètres cubes; la mort est survenue deux heures après la première injection.

La portion 1 de la figure 51 représente l'état normal, avant toute injection. T. = 38°, 3.

La portion 2 représente les troubles consécutifs à deux injections (I) très rapprochées, comprenant chacune 14 centimètres cubes de culture. Immédiatement, on voit que la respiration et le cœur sont modifiés. A partir du point la respiration devient irrégulière, les inspirations peu profondes, et au même moment, en c, les pulsations deviennent petites et accélérées. Quelques secondes plus tard, la respiration est lente et profonde, les pulsations fortes et écartées les unes des autres. La pression moyenne, dans la carotide, s'est légèrement élevée.

Sur la portion 3, on lit les troubles consécutifs à la quatrième injectionde 1 4 centimètres cubes (I) pratiquée environ six minutes après la première. La respiration devient de plus en plus irrégulière et les inspirations de plus en plus superficielles. Quant à la pression artérielle, elle subit une chute notable, et le nombre et l'amplitude des pulsations dénotent que le cœur est faible et précipité.

La portion 4 de la figure 52 est prise onze minutes après la

Fig. ol. — Trois portions (1, 2, 3) d'un tracé de la respiration et de la pression carotidienne recueilli avant et pendant l'injection intra-veineuse d'une culture du microbe de la septicémie puerpérale (chien) (d'après MM. Rodet et Cour mont).

S, ligne d'abscisse et secondes (relevée de 15 millimètres); R, tracé de la respiration; P, tracé de la pression dans la carotide; I, début d'une injection intra-veineuse; b, trouble de la respiration; c, trouble de la circulation. Les mêmes lettres ont une signification identique dans les trois portions.

SEPTICÉMIE PUERPÉRALE.

Fig. 52. — Trois portions (4, 5, 6), faisant suite aux précédentes (fig. 51), d'un tracé de la respiration et de la pression carotidienne recueilli pendant l'injection iûtra-veineuse d'une culture du microbe de la septicémie puerpérale (chien) (d'après MM. Rodet et Courmont).

S, ligne d'abscisse et secondes (relevée de 15 millimètres) ; R, tracé de la respiration ; P, tracé de la pression dans la carotide ; I, début d'une injection. Même signification dans les trois portions.

première injection. A ce moment, l'animal a reçu 84 centimètres cubes de culture; sa température est tombée à 36°, 9 ; sa respiration est faible, irrégulière, entrecoupée de quelques rares inspirations profondes. Le pouls, devenu absolument filiforme, donne un tracé moins marqué qu'un cœur de lapin; le nombre des pulsations est une fois plus grand qu'à l'état normal ; leur force est irrégulière.

La portion 5 représente les effets d'une dernière injection de 35 centimètres cubes commençant en L A ce moment (quarante minutes après la première injection), l'animal avait déjà reçu 210 centimètres cubes de culture. Aussi l'injection, toute considérable qu'elle est, ne produit-elle que peu de modifications immédiates, en raison de l'accoutumance qui est un fait constant dans les expériences de ce genre. Il semble, néanmoins, que le cœur, qui avait repris un peu de force, devient plus irrégulier.

La 6^ portion est prise environ un quart d'heure avant la mort de l'animal et une heure trois quarts après la première injection. Le pouls et la respiration présentent des troubles profonds; le cœur toutefois est bien plus atteint que les organes de la respiration. La température rectale est de 35°.

Tous ces troubles vont s'aggravant, puisque l'animal succombe environ quinze minutes plus lard.

En résumé, onconstate que les substances fabriquées dans ses cultures par le microbe de la septicémie puerpérale jouissent de propriétés toxiques très nettes. Elles agissent surtout su?' la circulation et particulièrement sur le cœur; la respiration, malgré ses irrégularités, n'est jamais aussi profondément atteinte. Par conséquent, les sécrétions de ce inicrobe diffèrent de celles du vibrion septique qui agissent principalement sur la respiration. Toutes deux amènent un abaissement considérable de température.

Au mois d'avril 1884, M. Fraenkel a publié les résultats des expériences qu'il avait entreprises sur la septicémie puerpé-

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raie. 11 a fait savoir qu'il avait trouvé un streptocoque dans le liquide péritonéal, qu'il l'avait cultivé sur la gélatine et inoculé avec succès, mais non d'une façon constante, au lapin, au cobaye et à la souris. Il avait remarqué encore que le passage du virus par le lapin exaltait sa virulence. Dans ses résultats essentiels, le travail de M. Frsenkel était donc conforme au mien.

En 1888, M. Widal a fait des recherches anatomo-pathologiques sur des pièces provenant de trois malades mortes de septicémie puerpérale. 11 a constamment rencontré des streptocoques et n'a trouvé qu'eux, dans les parois utérines, dans les lymphatiques, dans une lésion pseudo-membraneuse du col, et jusque dans les vaisseaux de l'estomac. Dans aucun point, il n'y avait de traces de pus.

Il a fait aussi ressortir par des cultures la présence de streptocoques dans des fragments d'utérus, de foie et de reins. Il n'a pas pratiqué d'inoculations.

M. Widal conclut, à son tour, de ces constatations histologiques, que la septicémie puerpérale ôst toujours déterminée par un seul microbe : un streptocoque suffit à produire toutes les formes.

Au point de vue étiologique, la question est donc bien et définitivement tranchée : toute septicémie puerpérale reconnaît pour cause un streptocoque.

Ce Streptococcm septicus puerperalis est-il spécial à la septicémie des accouchées ou commun à elle et à d'autres affections?

Les cliniciens avaient remarqué depuis longtemps que la suppuration est une terminaison fréquente de la septicémie puerpérale, et noté des coïncidences entre des épidémies d'érysipèle et de septicémie. Or, la suppuration est souvent causée par le streptocoque pijogène (Ogston et Rosenbach), et l'érysipèle est produit par le Streptococcus erysipelatis de Felileiseno

M. Chaiiveau rapprocha ces faits dès 1882, et affirma à cette époque que le Streptococcus ptierperalis n'était pas un microbe spécifique, mais bien un microbe vulgaire de la suppuration. Deux ans plus tard, Frœnkel fît une étude comparative de ces deux streptocoques, et arriva à la même conclusion que M. Cliauveau. Effectivement, le streptocoque pyogène et celui de l'érysipèle produisent tantôt du pus, tantôt l'inflammation du derme, suivant le point d'inoculation ; ils produisent souvent du pus dans le tissu conjonctif et engendrent souvent l'érysipèle, si on les inocule dans l'oreille du lapin.

M. Doyen, de Reims, a repris cette question en 1888, et conclut, après avoir étudié les cultures et les effets de l'inoculation, que rien ne distingue fondamentalement les trois streptocoques du pus, de l'érysipèle, de la septicémie puerpérale.

Récemment (1890) deux de mes élèves, MM. Courmont et Jaboulay, ont fait, dans mon laboratoire, des expériences très intéressantes. Ils sont arrivés à produire des abcès osseux médullaires, chez de jeunes lapins, en inoculant dans les veines quelques gouttes de culture pure d'un streptocoque trouvé dans un cas d'ostéomyélite. Ces abcès osseux différaient notablement des lésions de l'ostéomyélite juxta-épiphysaire qu'on obtient en inoculant par le même procédé le staphylocoque pyogène chez le jeune lapin; mais elles étaient identiques à celles que l'on produit avec les autres streptocoques. En effet, ces expérimentateurs ont injecté, dans les veines de lapins, des streptocoques recueillis par M. Courmont, l'un dans le pus d'un phlegmon du bras (Streptococcus p7jogenes), l'autre dans le sang d'une femme morte de septicémie puerpérale [Streptococcus pxierperalis) ^ et dans les deux cas ils ont obtenu des abcès osseux médullaires et des abcès des reins. Par inoculation dans le tissu conjonctif de l'oreille du lapin, ils ont obtenu l'érysipèle.

Le streptocoque puerpéral produisant les mêmes effets

SEPTICÉMIE PUERPÉRALE. «03

que le streptocoque pyogëne et tous deux faisant de l'érysipèle au même titre que le streptocoque de Férysipèle proprement dit, nous trouvons dans ces expériences une raison de plus pour admettre que ces trois variétés de streptocoques appartiennent à une espèce pathogène unique.

Je dirai donc que le streptocoque pyogène peut, suivant l'état de sa virulence et suivant les conditions de milieux qu'il rencontre, être plus particulièrement : pyogène, phlogogèue ou septique. Mes expériences relatives à l'influence qu'exerce le milieu de culture sur la virulence du streptocoque puerpéral jettent quelque jour sur les causes capables de faire prédominer telle ou telle propriété du microbe. En ce qui regarde le milieu, l'organisme d'une femme qui vient d'accoucher ne doit pas offrir les mêmes qualités que celui d'une personne vigoureuse et en bonne santé.

Mais si je conclus à l'existence d'une seule espèce, je dois reconnaître que la difl'érenciation pathogcnique qui s'établit chez les individus s'accompagne de quelques difl"érences dansla végétation. Ainsi le streptocoque de la septicémie puerpérale végète moins bien que le streptocoque pyogène dans le bouillon ordinaire, sur la gélatine touraillon; il pousse très bien, au contraire, sur Tagar-agar glycériné.

Le streptocoque de la septicémie puerpérale n'étant autre que le streptocoque de l'érysipèle ou de la suppuration, les expériences qui ont été faites avec le microbe tiré de l'érysipèle, par exemple, sont applicables à celui qui nous occupe.

Manfredi et Traversa ont étudié la toxicité des produits solubles du streptocoque de l'érysipèle. C'est avec ce même microbe que M. Roger (1) a institué une série d'expériences curieuses publiées à la Société de biologie en 1 890-91 . Il a vu que la paralysie vaso-motrice de l'oreille du lapin atténue les suites

(1) M. Roger se sert depuis dix-huit mois du même échantillon qu'il conserve virulent en le cultivant dans du sérum liquide.

de rinoculation, tandis que celles-ci sont aggravées par l'ablation des filets sensitifs de la région; il a noté que les streptocoques qui poussent dans le sérum du sang des animaux vaccinés contre ce microbe sont très peu virulents. Il a vu, enfin, que les cultures filtrées du streptocoque exerçaient sur les animaux une action favorable aux effets du microbe ; mais cette action se transforme en effet vaccinant, lorsque les cultures filtrées sont chauffées à-|-110°. Vous voyez que plusieurs faits importants de bactériologie générale ont été mis en lumière à l'aide du streptocoque puerpéral.

D'oii vient le streptocoque de la septicémie puerpérale? Rien ne s'oppose à ce qu'il se trouve dans les voies génitales externes ; cependant il peut être apporté du dehors avec l'eau ou les instruments. Il ne faut pas oublier que le streptocoque pyogène est un microbe vulgaire, très répandu, que M. Pasteur l'a trouvé dans l'eau ordinaire. Il n'a jamais d'aussi belle occasion de pénétrer par une porte largement ouverte, dans un organisme affaibli, que lorsqu'il parvient au contact de l'utérus d'une nouvelle accouchée.

En réfléchissant aux conditions spécialement favorables qu'offre l'accouchée à l'infection locale et à la diffusion de l'agent de la septicémie puerpérale, il est facile de s'expliquer les ravages inouïs qu'a faits cette affection. Aussi, nulle part plus que dans les Maternités et dans la clientèle privée de l'accoucheur, les bienfaits delà méthode antiseptique se sont-ils fait apprécier. Aujourd'hui, le développement de la septicémie puerpérale peut être mis sur le compte d'une imprudence ou d'une négligence.

M. Truchot afait une étude très approfondie des antiseptiques qui conviennent le mieux pour lutter contre le streptocoque puerpéral. Il a divisé ces derniers en trois groupes, d'après leur activité.

Il préconise en première ligne :

SEPTICÉMIE PUERPÉRALE.

le sublimé,

le permanganate de potasse, le sulfate de cuivre, I3 nitrate d'argent ;

en seconde :

l'essence de térébenthine, le thymol,

le sulfate de quinine, le chloral ,

et en troisième :

l'acide phénique, l'acide borique, l'acide chromique.

Le sublimé doit donc être le désinfectant par excellence, tandis que l'acide borique, préconisé autrefois, se place presque en dernière ligne.

Comme le sublimé est très toxique pour l'organisme humain, il importe de pouvoir remplo3^er en solution très faible sans lui enlever son pouvoir antiseptique. L'adjonction de la chaleur permet de remplir ce desideratum. J'ai vu pour ce microbe, comme nous l'avions observé pour celui de la septicémie gangréneuse, que les solutions antiseptiques ont un pouvoir microbicide plus considérable si, à leur action, s'ajoute celle d'une température relativement élevée, témoin l'expérience suivante : « On mélange à volume égal une culture de streptocoque puerpéral et une solution d'acide borique à 2/50; on divise le mélange en quatre parties qui sont exposées à -[-17°, --j-35°, -)-42% + 52", pendant une heure; puis on inocule des lapins avec chaque portion; ceux qui sont inoculés avec des virus ayant subi le contact de l'acide borique à -|- 17° ou -|-35° meurent tous, les autres vivent. »

On se servira donc pour la désinfection des accouchées de solutions de sublimé à un titre faible, dont le pouvoir antisep-

tique sera augmenté par une température aussi élevée que le permettra la sensibilité de la région et la délicatesse des tissus ; par exemple, -j- 45° à -}- On atteindra ainsi le but que l'on poursuit et l'on ne fera courir aucun danger d'intoxication à la malade.

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