IX. Chancre induré; taches syphilitiques
Eau 821,2
Fibrine 3,0
Albumine 127,5
Globules 48,3
» Dans ces derniers cas. Ton entendait un bruit de souffle dans les carotides. Ce bruit n'avait pas été soupçonné tout d'abord; on ne le rechercha que d'après les indications fournies par l'analyse. «
Des expériences de M. Grassi, il résulte ce double fait : à savoir, que l'influence du virus syphilitique sur le sang des sujets infectés se traduit :
1° Par une diminution dans la quantité des globules ;
2" Par une augmentation dans la proportion de l'albumine.
Le virus paraît sans influence sur la fibrine.
Une remarque de la pliisliaule importance, c'est que les malades qui ont servi à ces expériences se trouvaient tous à une époque très voisine
conditions, que l'abcès se fût formé dans une veine , l'on serait porté à admettre le transport du pus virulent en nature dans le torrent circulatoire, ce qui, je vous le répète, est absolument contraire à l'observation clinique (1).
du début de l'infection, c'est-à-dire à une période où la pénétration du virus dans l'économie et son irradiation dans l'organisme se révèlent par des phénomènes de chloro-anémie que l'on ne rencontre plus dans un stade plus avancé de la vérole, faiblesse, lassitude, décoloration des téguments, palpitations, migraines, etc. Il ne faudrait donc pas regarder les résultats qui précèdent comme représentant la constitution du sang des syphilitiques à toutes les périodes delà syphilis. Ils ne s'appliquent, je le répète, et ne peuvent s'appliquer qu'au premier stade de la vérole. — Au delà, comme le fait pressentir la clinique et comme le démontre l'analyse, le sang reprend sa composition normale.
Signalons encore comme un résultat important de ces expériences, bien qu'étranger au sujet qui nous occupe, l'influence exercée par l'iodure de potassium sur l'élément globulaire du sang. L'ascension si rapide du chiffre des globules, déterminée par ce médicament, ne doit pas être un fait perdu pour la thérapeutique générale.
D'après les exemples cités par M. Grassi, le proto-iodure d'hydrargyre serait bien loin de produire les mêmes effets bienfaisants sur la composition du liquide nourricier. Et cependant, l'on sait que les mercuriaux constituent la médication spécifique de la syphilis secondaire,sur laquelle l'iodure de potassium n'exerce qu'une médiocre influence.
Et maintenant, si l'on vient à mettre en regard les résultats fournis par l'analyse, d'une part sur le sang des syphilitiques, d'autre part sur le sang des malades afi'ectés de chancres simples, il est impossible qu'on ne soit pas immédiatement frappé des difl'érences profondes que présente ce parallèle. Ici, les proportions physiologiques du sang ne sont pas altérées; là, ses deux éléments les plus importants, l'albumine et les globules, se trouvent modifiés, l'une par excès et ceux-ci par défaut. Avec le chancre simple, le sang reste pur ; il est vicié profondément avec le chancre induré.
]N'est-il pas bien remarquable de voir la chimie prêter ainsi la main à la clinique pour différencier ces deux espèces nosologiques du chancre, que tant de considérations tendent à séparer de plus en plus ?
A. FOURNIER
(1) Huntcr s'était de même exprimé dans les termes les plus formels sur
CHANCRE INFECTANT. l^Ô
Ce virus que vous ne trouvez pas dans le sang, vous ne le rencontrerez pas davantage dans les liquides provenant des différentes sécrétions physiologiques, la sueur, la salive, le sperme, le lait (1), etc..
Il y a plus : c'est que si vous le cherchez dans les sécrétions même d'origine syphilitique , c'est-à-dire dans la sérosité ou le
l'absence de l'inoculabilité dans le sang comme dans les différentes sécrétions des syphilitiques : « Le sang d'un sujet vérolé, dit-il, n'a aucuns qualité contagieuse; il ne peut par l'inoculation donner la maladie à un sujet sain. Si ce sang pouvait faire naître dans une plaie saine l'inflammation syphilitique, aucun sujet ayant la matière vénérienne en circulation, c'est-k-dire ayant la syphilis constitutionnelle, ne pourrait éviter un ulcère vénérien toutesles fois qu'il serait saigné ou qu'il se ferait une égratignure; les petites plaies ainsi produites se transformeraient en autant de chancres.... » (Sixième partie, chap. 1, S !•)
(1) « L'on croit, disait Hunter, que le lait des mamelles peut contenir le poison vénérien et affecter l'enfant qui le suce. 11 n'en est rien : l'observation apprend qu' aucune sÉcniÎTioN n'est affectée par ce poison.» (Tr. de la syphilis, sixième partie, chap. I.)
M. le docteur Venot (de Bordeaux), qui a traité longuement la question de l'allaitement par les nourrices infectées, a rapporté, dans I'Union Médicale du 8 avril 1852, plusieurs faits qui démontrent que des femmes atteintes de la diathèse syphilitique, présentant même des accidents secondaires et tertiaires, ont pu allaiter longtemps sans communiquer la maladie à leurs nourrissons.— L'une de ces nourrices portait même des ulcérations secondaires au mamelon.
Enfin, dans une leçon toute récente sur la syphilis congénitale , leçon reproduite dans I'Union Médicale du 21 avril 1857, M. le professeur Trousseau s'exprimait en ces termes sur la transmission de la syphilis par l'allaitement:
« Jusqu'à Hunter, le fait de la transmission par l'allaitement était admis. Une femme atteinte de vérole, nourrissant un enfant, l'infectait nécessairement.
Hunter le nia ; son école adopta sa manière de voir Depuis Hunter, aucun
fait authentique ne s'est présenté pour prouver la transmission de la vérole k l'enfant par le lait de sa nourrice. Je dis par le lait, car il serait absurde de croire que la nourrice ne peut communiquer la syphilis à l'enfant qu'elle allaite, lorsqu'elle porte un chancre sur le mamelon
» Un enfant infecté après sa naissance, est infecté par un chancue, absolument comme l'est un adulte Je dis et je répète qu'tJ n'existe pas un seul
exemple authentique de transmission de la vérole de la nourrice à l'enfant par le seul fait de la lactation » A. F.
l'^" LEÇONS SUR LE CHANCRE.
pus d'un accident consécutif quelconque, secondaire ou tertiaire, là même il vous échappe. L'on savait déjà à l'époque de Hunter, et l'on sait encore de nos jours, en dépit des confusionnistes contemporains, que « les sym.ptômes constitutionnels de la syphilis ne produisent pas un pus semblable à celui d'où ils tirent leur origine (1). »
Et, en effet, si vous interrogez à la lancette l'une ou l'autre de ces suppurations secondaires ou tertiaires, non seulement vous ne reproduisez rien qui ressemble au chancre, ma s de plus votre inoculation reste absolument stérile, soit comme origine d'un symptôme local, soit comme source d'une infection constitutionnelle.
C'est là. Messieurs, la grande question de la non-inoculabilité des accidents consécutifs de la syphilis, question qui souleva tant d'orages dans notre siècle. Mon dessein n'est pas de la reprendre aujourd'hui et de discuter les différentes opinions auxquelles ce point de doctrine a donné naissance. Je ne veux que vous rappeler, à propos de notre sujet actuel, ce que vous savez déjà et ce que vous avez vu dans nos salles. Les deux propositions suivantes résumeront, sur ce sujet, les résultats d'une observation rigoureuse :
10 Dans tous les cas (et ils sont déjà nombreux) où l'inoculation d'accidents secondaires ou tertiaires a pu être pratiquée sur
(1) Voici le texte même de Hunter :
« Le sang étant infecté par son contact avec du pus syphilitique véritable, on pourrait naturellement supposer que les effets locaux qui sont le résultat de cette infection, doivent être de même nature que les effets locaux primitifs d'où ils tirent leur origine. Mais d'après l'observation et l'expérience, j'ai tout lieu de
croire qu'il n'en est rien Les symptômes constitutionnels de la syphilis
ne produisent pas un pus semblable à celui d'où ils tirent leur oriyine. » (.Sixième partie, ch. 1, S I )
des SUJETS SAINS (1) dans les conditions d'une expérimentation sérietise, elle n'adonné lieu qu'à des résultats absolument négatifs.
(1) Il existe déjà un assez grand nombre d'expériences entreprises sur ce grave sujet par des hommes savants et dévoués qui n'ont pas craint de porter la lancette sur eux-mêmes.
M. le docteur G. Sarrîios en a cité dans sa thèse quelques exemples qu'il ne sera pas sans utilité de rappeler ici :
« IVf. le docteur Rattier, qui n avait jamais eu la syphilis, s'est fait inoculer plusieurs fois la sécrétion morbide de toutes les formes des accidents secondaires, sans pouvoir faire naître chez lui le moindre symptôme spécial, et cela, il y a aujourd'hui (juillet 1853) déjà plus de quinze ans; de sorte que ceux qui admettent une longue incubation ne sauraient l'invoquer ici pour expliquer, en faveur de leur doctrine, les résultats négatifs de ces expériences.
» L'année dernière( 1852), l'on a vu à l'hôpital de LourcineM. Colle- RiER lui-même, qui n'avait jamais eu la syphilis, s'inoculer sur l'avanthras, im très grand nombre de fois et toujours impunément, la sécrétion morbide d'accidents secondaires.
» Nous aussi, qui n'avons jamais eu la syphilis, nous nous sommes livré, depuis le mois de juillet 1852, à quelques expériences de la même nature que les précédentes. Nous nous sommes inoculé une trentaine de fois, jusqu'à présent, avec le liquide provenant de plusieurs formes d'accidents secondaires, diagnostiqués tels par M. Ricord, par ses élèves et par moi. Ces inoculations sont restées stériles, et jusqu'au mois de juin 1853, où nous écrivons ces lignes, nous ne sommes atteint d' aucun symptôme syphilitique, quoique nous n'ayons rien fait pour empêcher la manifestation de la dialhèse. »
Voici quelques-unes de ces expériences, que M. Sarrhos a relatées in extenso dans sa thèse (Thèses de Paris, 1853) :
I. EcTHYMA SECONDAIRE. — Inoculatlon sur l'avant-bras de M. Sarrhos avec la sécrétion morbide de cet ecthyma. — Une très légère inflammalion se développe sur le point piqué, pour disparaître complètement en quelques jours. Aucun autre accident.
II. RupiA, — (( Un sujet syphilitique présentait à la lèvre supérieure un large rupia, couvert d'une croûte épaisse, noirâtre et récemment fendillée. C'est de la gerçure qu'offrait cette croûte que la matière a été prise pour être inoculée 1" sur le malade lui-même; 2" sur un 7né~
Jamais on ne l'a vue reproduire soit une ulcération analogue à l'ulcère primitif, soit telle forme d'accident semblable à celui dont le pus servait à l'expérience.
20 Si la contagion dite physiologique semble avoir quelquefois donné un démenti à cette proposition, si l'on a pu croire au succès très contestable d'inoculations artificielles d'accidents secondaires sur des sujets sains, du moins la proposition suivante est inattaquable et reste dans toute son intégrité :
decin qui avait eu la syphilis ; S» enfin, sur moi-même. Je me suis fait sur moi trois inoculations avec une épingle, à différentes profondeurs, sur la partie antérieure de l'avant-bras gauche. — Le résultat fut négatif sur le malade, sur le médecin qui avait la syphilis, et sur moi- I même. »
III. Plaques muqueuses. — M. Sarrhos s'inocule avec du pus recueilli I sur des plaques muqueuses anales. — Une rougeur très peu étendue se développe autour de la piqûre; elle disparaît quelques jours après, sans laisser le moindre accident, tant local que général.
; IV. Plaques muqueuses. — Inoculation semblable avec la sécrétion morbide de papules muqueuses anales. — Inflammation légère, avec démangeaison, mais absence de toute suppuration, de toute ulcération du derme, d'induration, d'adénopatbie, etc.
V. Double inoculation avec la sécrétion niorbide d'une ulcération syphilitique des amygdales et d'un ulcère spécifique de la jambe. — Double résultai négatif.
VI. Ulcération syphilitique de la jambe. — M. Sarrhos se fait six ' piqûres sur l'avant-bras, à différentes profondeurs, avec une lancette
chargée de la sécrétion morbide de celle ulcération. — Inflammation légère due à l'action traumatique de la lancette; quelques jours après, disparition de tout symptôme local.
Et ainsi de vingt-quatre autres expériences.
Je répète qu'à la suite de ces différentes inoculations, le courageux expérimentateur n'a éprouvé aucun symptôme de syphilis.
J A. FOURNIER
L'inoculation des produits morbides de la syphilis secondaire ou tertiaire sur les sujets syphilitiques demeure invariablement stérile. — Ici, ce n'est point par centaines, c'est par milliers qu'il faudrait compter les insuccès. Que de lancettes a tentées cette question doctrinale I MM. Puche et Cullerier à Paris, MM. Baumes et Diday à Lyon, M. Renault à Toulon, M. Lafon- Gouzy à Toulouse, M. Thiry à Bruxelles, M. Lindmann (1), et tant d'autres encore, ont répété et varié à l'infini l'inoculation des produits morbides de la syphilis constitutionnelle, pour arriver tous au même résultat négatif ! La démonstration est donc aussi complète que possible, et doit satisfaire les plus incrédules. Sur ce point, la question est véritablement épuisée; et je ne doute pas que, pour votre part, les expériences dont vous venez d'être témoins cette année dans notre service, aient pu vous laisser la moindre incertitude sur ce grave sujet (2).
(1; M. Lindmann, le célèbre expérimentateur, s'est inoculé pldsiedus MiiLiEns DE FOIS tous les pus secondaires et tertiaires ; - et toujours sans succès ! (Communication orale.) ^ p
^ (2) Je pense qu'il ne sera pas sans intérêt de reproduire ici ces expériences pour les personnes qui n'ont pas suivi les cliniques de M. Ricord. — En voici donc le résumé que j'extrais de mes notes.
(Je dois faire remarquer que toutes les inoculations qui vont suivre ont été pratiquées sur les malades mêmes auxquels appartenait le pus qui servait à l'expérience. Jamais le pus sypliiii.ique n a été transporté d'un sujet sur un autre, quoique de semblables inoculations croisées ne dussent offrir aucun danger pour les malades.)
1. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse de 1 anus. — Résultat négatif.
2. Inoculation avec le pus d'une plaque muqueuse de l'anus, hypertrophique, élevée, végétante, datant de deux mois environ. — Résultat négatif.
^ 3. Inoculation avec la sérosité louche d'une plaque muqueuse labiale, datant de huit jours, en voie de progrès. — Résultat négatif.
T.EÇONS SUR LE CHANCR15.
Vin.
La diathèse syphilitique ne se double pas. — Question de la récidive du chancre induré. — La clinique, et la théorie en présence. — Une hypothèse consolatrice. — Peut-on guérir de la vérole? — Recherche méthodique du chancre induré de récidive. — Multiplicité des causes d'erreur. — Indurations d'emprunt, etc..
Le chancre induré, créant une diathèse, doit subir la loi des afîections virulentes, c'est-à-dire placer l'économie sous une influence
II. RupiA. — Inoculation avec le pus d'une large ulcération, de forme rupiale, siégeant sur la cuisse. — Résultat négatif.
5. Inoculation avec le pus d'une plaque muqueuse de l'anus, remontant à quelques semaines. — Résultat négatif.
6. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse labiale, datant d'un mois. — Résultat négatif.
7. EcTHYMA. — Inoculation de la sérosité purulente et visqueuse recueillie sous la croûte d'un eclhyma du bras. — Résultat négatif.
8. Inoculalion avec le pus d'une plaque muqueuse végétante et mamelonnée de la région génito-crurale , fournissant une suppuration abondante. — Résultat négatif.
9. Inoculation avec le pus de plaques muqueuses anales, datant d'un mois. — Résultat négatif.
10. RupiA. — Inoculation avec pus recueilli sous la croûte d'un rupia de la face dorsale du pied. — Résultat négatif.
11. Inoculalion avec la sérosité lactescente d'une plaque muqueuse de la lèvre. — Résultat négatif.
12. Inoculalion avec le pus de plaques muqueuses anales d'origine récente. — Résultat négatif.
13. Inoculation avec la sérosité louche d'une plaque muqueuse labiale. — Résultat négatif.
\h. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse labiale à forme ulcérative. — Résultat négalif.
15. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse très récente de la lèvre. — Résultat négatif.
16. Syphilide pustulo-crustacée. — Inoculation avec le pus de cette syphilide, recueilli sous la croûte légèrement soulevée, — Résultat négalif.
qui ne permet plus au virus de développer les mômes phénomènes sur les malades infectés. C'est ainsi que le vaccin enlève
17. Inoculation avec pus phlegmoneux fourni par des plaques muqueuses inlerdigilales, datant de cinq à huit jours. — Résultat négatif.
18. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse labiale, en voie de progrès. — Résultat négatif.
19. Inoculation avec le pus de plaques muqueuses anales, hypertrophiques et confluenles. — Résultat négatif.
20. Inoculation avec le pus d'une balano-posthite secondaire datant de dix à treize jours. — - Résultat négatif.
21. Inoculation avec la sérosité louche et semi-purulente d'une plaque muqueuse labiale. — Résultat négatif.
22. Inoculation avec la sérosité lactescente d'une plaque muqueuse labiale ulcérée. — Résultat négatif.
23. Inoculation avec pus phlegmoneux fourni par des plaques muqueuses interdigilales confluenles. — Résultat négatif.
1U. Inoculation avec le pus de, plaques muqueuses de la région génitocrurale. — Résultat négatif.
25. EcTHYMA. — Inoculation avec la sérosité purulente, épaisse et visqueuse d'un eclhyma secondaire de la jambe. — Résultat négatif.
26. Inoculation avec le pus d'une plaque muqueuse du scrotum, datant de quelques jours. — Résultat négatif.
27. Inoculation avec le pus d'une balano-posthite secondaire , datant de quatre à cinq jours seulement. — Résultat négatif.
28. Inoculation avec le pus d'une plaque muqueuse récente de la lèvre. — Résultat négatif.
29. Syphilide tuberculeuse ulcérée, a forme serpigineuse. — Inoculation négative.
30. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse du scrotum, déjà ancienne. — Résultat négatif.
31. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse du scrotum, à surface diphlliérilique. — Résultai négatif.
32. Inoculation avec le pus d'une jo/ai/ueîJiM^iteMse de la région génitocrurale, datant de quelques jours. — Résultat négatif.
33. Inoculation avec le pus de plaques muqueuses scrotales d'origine récente. — Résultat négatif.
34. Inoculation avec la sérosité purulente d'une plaque muqueuse de la lèvre, récente. — Résultat négatif.
35. Inoculation avec le pus p/i%mcineua; d'une balano-posthitk secondaire, datant de quatre jours. — Résultat négatif.
aux sujets inoculés la faculté de subir une inoculation nouvelle, au moins dans un laps de temps que l'on s'efforce aujourd'hui de déterminer d'une façon précise; c'est ainsi que la variole préserve de la variole; que la rougeole, la scarlatine, etc., ne se reproduisent pas, à part de très rares exceptions, sur les individus qui en ont été atteints une fois. Bref, les diathèses ne se doublent pas, d'une façon générale. C'est une loi tellement vraie, tellement acceptée, que, dans les cas oij des récidives incontestables se sont produites , les pathologistes sérieux ont préféré chercher l'explication de ces faits exceptionnels dans une sorte ^'extinction du tempérament m.orbide, plutôt que d'admettre une accumulation et une superfétation des diathèses.
C'est parce que l'on a supposé que l'influence vaccinale pouvait, après un certain temps s'affaiblir et s'éteindre, que l'on a cherché dans une inoculation consécutive du virus une préservation nouvelle.
Eh bien, ce que fait le vaccin pour la vaccine, ce que font la plupart des affections virulentes pour elles-mêmes, le chancre induré le produit également pour la syphilis. En donnant la vérole, il préserve d'une infection nouvelle. C'est, en effet, une règle générale, je pourrais presque dire absolue, que le chancre induré ne se produise qu'une fois sur le même sujet. Le chancre induré ne récidive pas, et la diathèse sijphilitique ne se double pas plus que les autres diathèses.
36. Syphilide tuberculeuse ulcérée. — Inoculation avec le pus roussâlre et sanieux d'une syphilide tuberculeuse ulcérée. — Résultat négatif.
37. Inoculation avec le pus d'une plaque muqueuse de la région génito-crurale, récente. — Résultat négatif.
38. Tumeur gommeuse. — Inoculation avec le pus d'une tumeur gommeuse récemment ulcérée. — Résultat négatif.
A. FOURNIER
Que l'on interroge l'énorme quantité de malades qui se pressent dans nos salles et aux consultations du Midi ; que l'on recherche, que l'on dépouille soigneusement leurs antécédents : je vous prédis en toute sûreté quels seront les résultats de cette statistique. C'est par milliers qu'il faudra compter les récidives pour la blennorrhagie; par centaines pour le chancre simple ; mais pour les récidives du chancre induré, je prévois à coup sûr des colonnes vides et muettes.
C'est qu'en effet, il ne m'a pas été donné de rencontrer un seul malade sur lequel le chancre infectant se soit manifesté à deux reprises, et se soit accompagné deux fois de l'évolution normale des accidents constitutionnels.
Je ne sache pas, d'ailleurs, que personne ait été plus heureux que moi. Sans doute l'on a cité et l'on cite encore quelques observations éparses et recueillies à grand'peine, dans lesquelles le chancre infectant paraît s'être produit à deux reprises, avec son cachet d'induration spécifique.
Mais à toutes ces observations il manque , comme je l'ai dit ailleurs, soit un pied, soit une aile. Il s'agit moins, en effet, de prouver que les chancres développés sur un même individu aient pu, à des époques différentes, revêtir pour des raisons que j'examinerai plus loin les caractères propres au chancre induré, que de trouver des cas bien authentiques, où la syphilis ait présenté à deux reprises son ordre de développement naturel, où la vérole se soit réellement doublée, à la fois dans son accident initial et dans ses manifestations consécutives. — Or, de semblables observations manquent encore à la science.
Il est donc faux que l'on puisse entasser vérole sur vérole.
Il est plus faux encore qu'une première infection prédispose à une nouvelle.
Ce n'est pas. Messieurs, que je nie la possibilité d'une récidive pour le chancre induré. Bien au contraire,^"?/ crois, et j'y crois fermement, quoique l'élude clinique m'en ait, jusqu'à ce jour, refusé les preuves. Les grandes lois de la pathologie générale, en effet, qui dominent l'observation particulière, nous montrent l'extinction des diathèses, même de celles qui semblent influencer le plus profondément l'organisme , comme un fait sinon fréquent, au moins possible. C'est ainsi que la fièvre typhoïde, que la variole et les différentes fièvres éruptives peuvent récidiver. C'est ainsi que l'influence vaccinale s'épuise et s'éteint après un certain temps, cédant à l'action perturbatrice du mouvement vital, et que le succès des revaccinations témoigne d'une réceptivité nouvelle de l'organisme.
Eh bien, pourquoi la diathèse syphilitique serait-elle la seule qui résistât aux modifications que la vie imprime à notre être? Pourquoi ce mouvement vital incessant, en vertu duquel les molécules assimilées hier seront expulsées demain, n'entraînerait-il pas hors de notre économie le virus de la vérole et ne purgerait il pas notre sang de ce fatal poison ? Évidemment l'analogie nous force à croire que l'influence syphilitique peut s'éteindre, au moins sur certains sujets privilégiés , et dès lors, pouvant s'éteindre, elle peut se reproduire.
Une logique rigoureuse conduit donc à admettre la possibilité des récidives pour la vérole (1). Mais si l'on sort du domaine de l'ana-
(t) Cette doctrine a paru nouvelle à quelques personnes; on l'a considérée comme une modification apportée par M. Ricord aux idées qu'il professait autrefois.
Je retrouve cependant cette môme idée dans le passage suivant, extrait d'une note que mon maître communiqua aux auteurs du Compendium de médecine (1845) :
„ Cette loi de Yunicité de la diatlièse est-elle absolue? Probablement
logie, si l'on abandonne la théorie consolatrice pour ne consulter que l'inexorable clinique, l'on se trouve en face d'une négation absolue. Jusqu'alors la diathèse syphilitique ne s'est pas doublée et la science ne possède pas encore, je vous le répète, un seul fait bien avéré d'une syphilis de récidive.
Pour ma part, j'ai appelé de tous mes vœux et j'ai recherché ardemment ces cas dë récidive. Car, voyez l'énorme portée qu'auraient de semblables faits. Si la syphilis peut se produire deux fois, c'est donc que l'influence d'une première infection peut s'éteindre, qu'une première diathèse peut s'épuiser; c'est donc que la vérole peut guérir, et guérir non seulement dans ses manifestations, mais encore en tant que disposition morbide imprimée à l'économie. Or, vous savez que, jusqu'à ce jour, l'on a regardé cette terrible maladie comme curable dans ses formes seulement, mais comme indestructible dans son fond. Quelle consolation, Messieurs, ce serait donner à l'humanité que de lui annoncer qu'elle a acquis enfin le droit de guérir absolument de la vérole !
Vidus Vidius qui disait que la vérole accorde des trêves sans jamais faire la paix (magis inducias facit quampacem,); Hunter (I),
non. On doit trouver pour la syphilis, quoique bien plus rarement, ce qu'on trouve pour la variole et pour la vaccifie. La disposition acquise peut s'atténuer et finir par éteindre. Dans le premier cas, une nouvelle infection générale, devenue possible, produira des accidents constitutionnels modi/iés, ce qui expliquerait les affections syphiloïdes qu'ont admises quelques auteurs, et qui seraient à la syphilis ce que la varioloïde est a la vai iole. Dans le second cas, une infection nouvelle donnera lieu à la reproduction d'accidentâ constitutionnels k forme et k succession régulière »
Quelle différence existe-t-il donc entre ce langage d'autrefois et la doctrine actuelle? A. F.
(I) « 11 est probable que le mercure ne peut guérir que l'action syphilitique
et non la disposition Il prévient l'infection , mais il ne détruit point la
disposition une fois formée. » (Sixième partie, ch. 1, S ''•)
M.Cazenave(l), et beaucoup d'autresencore.pensentqueladiathèse. une fois établie, ne se détruit plus. Quant à moi, pour avoir à mon tour constaté cette triste vérité , je n'en conclus pas cependant à l'incurabilité absolue de la vérole, comme on a voulu me le faire dire. Je me demande si la vérole ne pourrait pas guérir , en ne laissant après elle, comme la variole, qu'une modification préservatrice ?
Ce n'est là, à vrai dire, qu'une hypothèse, ou, si vous le voulez, qu'une espérance. Car aucun fait n'est venu jusqu'à ce jour nous démontrer l'extinction de la diathèse.
Bien au contraire, les observations abondent pour prouver que la disposition morbide peut subsister pendant un laps de temps considérable et résister à ce mouvement continu de composition et de décomposition, d'où résulte la rénovation incessante de l'organisme. Je pourrais vous citer , pour ma part, sans parler de la syphilis héréditaire, des exemples de manifestations spécifiques
(1) Voici en quels termes s'exprimait M. Cazenave dans ses leçons cliniques de l'année 1856 : ^
« Un malade atteint de syphilis primitive peut-il guérir ? Évidemment oui. Certains tempéraments qui réagissent très fort contre le virus peuvent s'en débarrasser tout seuls et sans traitement ; et chez d'autres un traitement rationnel peut arriver au même résultat. Il n'en est plus de même de la syphilis secondaire; de celle-ci on ne guérit pas. On a acquis le tempérament syphilitique, il faut vivre ainsi, comme d'autres vivent avec un tempérament lymphatique, etc. On peut aller jusqu'au bout de sa carrière, la continuer très loin, et s'il ne se montre pas quelque nouvelle manifestation de l'état intérieur, on sera exactement dans la même situation qu'un homme qui aurait un tempérament lymphatique exagéré, qui en aurait souffert pendant un temps, et chez lequel la disposition morbide sommeillerait. Cet homme ne semble plus malade ; mais rien ne dit qu'un nouveau symptôme ne va pas surgir, et il est sans cesse sous le coup de cette menace. Tous les jours nous voyons à Saint-Louis des individus , les uns ayant suivi des traitements complets , les autres ne s'étant jamais traités, qui ont eu des syphilides dix, vingt, trente ans auparavant, qui se croyaient guéris et qui , après cet intervalle , sont repris de nouveaux symptômes. » — (Moniteur des hôpitaux, 19 août 1856.)
non douteuses produites à quarante années de distance de l'accident originel (1).
Et néanmoins, pardonnez-moi d'insister ainsi sur cette palpitante question, néanmoins, dis-je, en dépit de cette effroyable ténacité de l'influence diathésique, je persiste à ne pas vouloir conclure de ces faits affligeants à l'incurabilité fatale et absolue de la vérole.
Aussi ne saurais-j cassez vous engager, Messieurs, à rechercher les faits qui peuvent porter la lumière sur le pronostic définitif de la syphilis, et surtout à les rechercher avec toute la rigueur d'appréciation, toute la sévérité de diagnostic nécessaire à la solution d'un des plus grands problèmes de la pathologie. Mille causes d'erreurs se présenteront sur votre chemin dans cette laborieuse investigation; permettez-moi de vous en signaler brièvement quelques unes des plus insidieuses.
Je ne vous parlerai pas des cas, hélas trop nombreu,\, où vous
(1) « Je me rappelle un individu à qui des chirurgiens voulaient
extirper une tumeur prétendue cancéreuse de la joue. C'était une tumeur gorameuse qui disparut par un traitement antisyphililique ; ce malade était dans mon service en 18/i8 ou 18Zi9, et il n'avait eu d'autre antécédent vénérien qu'un chancre datant de ISOZi. C'était donc quarantequatre ANS après les accidents primitifs que de nouvelles manifestations s'étaient produites.... » — (Ricord, Discours à l'Académie de médecine, séance du 11 octobre 1853.)
L'on pourrait multiplier les faits et les citations de ce genre. Ainsi, je trouve dans Fernel le passage suivant : « Recurrit interdùm lues venereapost trigesimum quintum annum, tantoque intervallo morbi fomes quasi sepullus delitescit. ., - Voilà donc un réveil de la syphilis après trente-cinq ans, pendant lesquels la diathèse est restée muette!
Guidi, Baglivi, Rosenet tant d'autres encore, ont formulé la même opmion sur la persistance de la diathèse. - L'on voit que la doctrine de la sypihlis larvée a de bons et vieux quartiers de noblesse.
n'aurez pour tout témoignage d'une infection antérieure que les assertions toujours incertaines et les souvenirs plus ou moins confus des malades. Évidemment, ce seront là pour vous autant d'observations non avenues.
Âccepterez-vous davantage comme preuve d'une infection antérieure un témoignage médical, ab oremedico .i'Mais vous savez que, pour tel praticien , tout accident vénérien constitue la vérole, la blennorrhagie comme les végétations , et les végétations comme le chancre simple ; que, pour tel autre, il n'y a point de diagnostic à établir entre une éruption syphilitique et cette éruption dite résineuse, qui succède à l'emploi du cubèbe ou du copahu. Et ainsi de tant d'autres doctrines étranges, contre lesquelles il faudra toujours vous tenir en garde.
Je suppose enfln que vous-mêmes, avec les idées que vous avez puisées à cette école, vous soyez appelés à deux reprises à consulter le même malade, et qu'à deux époques différentes vous croyiez reconnaître un chancre induré. Voyons encore les causes d'erreurs qui se présentent à vous dans ce cas tout exceptionnel.
La première infection est-elle bien certaine? — S'il s'est produit des accidents constitutionnels, nul doute à cet égard.
Mais si le chancre seul a été constaté, et qu'un traitement mercuriel ait été administré dès le début, la certitude diminue. Il se peut, en effet, que la nature du chancre, souvent si difficile à bien déterminer exactement, ait été mal jugée, et que le traitement ait été administré en pure perte contre une diathèse qui n'existait point, contre des accidents qui n'avaient pas à se produire.
Autre cause d'erreur. Un chancre induré se produit, puis, à quelques mois et même à quelques années d'intervalle (vous savez quelle peut être la persistance de l'induration) , un second
chancre se manifeste sur la cicatrice du premier. Le nouveau VENU PREND LA BASE DE SON PRÉDÉCESSEUR, 611 SOrte que SOUS l'ulcération actuelle, vous retrouvez l'ancienne induration. C'est un chancre simple, avec une base d'emprunt indurée. Voyez quelle source de confusion !
Mais il y a plus, et ceci ressort d'une observation rigoureuse. C'est que, lorsqu'un nouveau chancre se produit sur une ancienne cicatrice indurée, il réveille, pour ainsi dire, le travail spécifique qui avait donné naissance à l'engorgement initial, et, pardonnezmoi cette expression, exhume en quelque sorte l'induration primitive!
Puis, ajoutez ce surcroît de complication. Des accidents constitutionnels se produisent, je suppose, après chacundes deux chancres. Les rapporterez-vous également à l'un et à l'autre comme à deux sources d'infection différentes? Pour de certaines écoles, il n'y aurait ici aucun embarras. Chacun des chancres serait l'origine des symptômes qui l'ont suivi.
Mais vous , pathologistes plus sérieux , vous ne ferez pas ce singulier partage. Dans le plus grand nombre des cas, la nature même des accidents vous éclairera sur leur véritable source, car les symptômes que vous verrez succéder au second chancre appartiendront en général par leur caractère à une époque plus avancée de la diathèse, à une vérole plus âgée. — Voici cependant une condition toute spéciale qui pourrait encore ici troubler vos convictions. Admettez que les deux chancres se soient produits à une courte distance l'un de l'autre, par exemple à une ou deux années d'intervalle. Chacun d'eux est suivi, après quelques semaines, de ces formes d'éruptions superficielles, érythémateuses, qui caractérisent d'une façon tellement significative le début, l'exorde de la diathèse. Ne semble-t-il pas qu'il y ait là entre chacun de ces
chancres et l'éruption qui l'accompagne une relation de cause à effet de plus rigoureux, en apparence, rien de plus acceptable. Et partant, voilà deux chancres également infectants, produits à une ou deux années l'un de l'autre, et suivis tous deux des accidents propres à la diathèse, dans l'ordre de manifestation classique, avec les caractères d'âge et de forme les mieux déterminés; conséquemment, voilà deux véroles surajoutées.
Eh bien, non, il n'y a pas là de superfétation. Il n'y a qu'un simple fait de coïncidence. Ce qui s'est produit après le second chancre se serait produit sans lui, et n'est, en somme, qu'une conséquence du premier. Il faut bien savoir, en effet, qu'en certains cas qui sont loin d'être rares, les éruptions précoces de la vérole récidivent, avec ou sans traitement, dans le cours des premières années ; la roséole peut renaître deux et trois fois dans les quinze, vingt et vingt-cinq premiers mois; les papules muqueuses se reproduisent bien au delà, et très souvent d'une façon fort rebelle. Or, vous comprenez que si, dans cette évolution normale de la diathèse, un accident vénérien quelconque, soit par exemple un second chancre, vient à se manifester, il ne constitue qu'une coïncidence et demeure sans action sur le développement des phénomènes. C'est un symptôme surajouté, intercalé, et rien de plus. Ce n'est point une source d'infection nouvelle, ce n'est pas un second germe de diathèse.
Voilà, sans doute, bien des causes d'erreurs; voilà matière à bien des diagnostics erronés! Et cependant, Messieurs, je suis loin de vous avoir signalé toutes les conditions qui peuvent égarer sur ce point le jugement des praticiens les plus expérimentés.
Que produit l'insertion du pus de chancre induré sur les sujets syphilitiques ? — Résultats fournis p:ir la lancette. — Difficulté de l'inoculation. — Caractères du chancre développé dans ces conditions. — Résultats fournis par la contagion. — Deux observations de chancres à base molle développés sur des sujets syphilitiques et provenant de la contagion de chancres indurés.
Le chancre induré ne récidive pas, c'est là ce qu'enseigne l'observation la plus rigoureuse.
Mais je prévois la question qui surgit en votre esprit. Que se produira-t-il dans le cas on un individu bien et dûment vérolé se trouvera au contact d'un chancre induré, dans les conditions favorables à la contagion?
Nous pouvons invoquer ici deux ordres de faits pour résoudre ce problème : les faits d'inoculation artificielle et ceux de contagion physiologique.
Jusqu'à ces derniers temps l'on s'était borné aux résultats .fournis par la lancette, préjugeant par voie d'analogie ceux que devait fournir la contagion. Mais aujourd'hui des recherches récentes entreprises sur les rapports de forme entre les symptômes originels et les symptômes transmis, nous permettent d'aborder directement la question par ses deux faces.
Eh bien I interrogeons en premier lieu l'inoculation.
Voici, je suppose, un sujet syphilitique. Il a contracté un chancre infectant, puis il a présenté consécutivement différents symptômes non équivoques de syphilis constitutionnelle. Dans ces conditions, vous venez à lui inoculer le pus d'un chancre induré. Que va-t-il se produire?
De deux choses l'une : ou bien votre inoculation restera stérile,
sans résultat ; ou bien elle développera un chancre à base molle, analogue, au moins comme aspect et comme forme, au chancre simple.
Je m'exphque, et je développe cette double proposition.
C'est un fait d'observation que, dans la majorité des cas, les inoculations faites avec le pus du chancre infectant sur les malades vérolés, ne donnent lieu à aucun résultat. L'insertion du pus syphilitique sur des sujets syphilitiques ^ ne produit que rarement la pustule et l'ulcération chancreuse (1).
En général, ces sortes d'inoculations ne provoquent d'autre phénomène local qu'une légère inflammation, tenant, d'une part, au traumatisme produit par la lancette, et, d'autre part, à l'introduction sous l'épiderme d'un liquide irritant; c'est tout au plus si cette inflammation s'accompagne quelquefois de la production de fausses pustules qui avortent en naissant.
Mais il n'en est pas ainsi dans tous les cas. Il se peut qu'un véritable chancre se développe. — C'est l'ulcération produite dans ces conditions toutes spéciales dont il faut apprécier rigoureusement le caractère.
Or, l'observation clinique la plus attentive a démontré le fait suivant : c'est que le chancre d'inoculation, développé sur les sujets syphilitiques par l'insertion d'un pus recueilli sur un chancre induré, se présente sous l'aspect d'une ulcération primitive A BASE MOLLE, ulcératiou entièrement analogue au chancre simple, comme je vous le disais plus haut, du moins pour les caractères extérieurs.
Et j'ajoute :
Si vous suivez ce chancre dans ses dilTérentes périodes, depuis
(1) V. la note VIII (Pièces justificatives).
son origine jusqu'au moment de sa cicatrisation, jamais, à aucune époque, vous ne parviendrez à saisir sous la base de l'ulcération quelque chose d'analogue à l'induration spécifique du chancre infectant.
Ce n'est pas tout encore : si vous explorez les ganglions correspondant à la région sur laquelle le chancre s'est développé, jamais vous n'y constaterez d'altération analogue à celle qu'y développerait un accident primitif de nature infectieuse. C'est vous dire que vous ne retrouverez avec ce chancre ni les pléiades spécifiques, ni cette adénopathie dure et indolente qui accompagne d'une façon si constante l'ulcère induré.
L'absence de ce double signe, induration de la base et retentissement gangUonnaire, différencie de la façon la plus absolue l'ulcération ainsi produite par l'inoculation du pus syphilitique sur un sujet diathésé, du chancre qui lui sert d'origine en fournissant le virus qui la développe. Elle la rapproche, d'autre part, à ne consulter que l'aspect et la forme , de la variété molle de l'accident primitif.
Ainsi, Messieurs, l'inoculation itérative du pus d'un chancre induré sur un sujet syphilitique ne produit pas un second chancre induré; elle ne développe qu'une ulcération à base molle.
Ce chancre, produit dégénéré d'un chancre infectant sur un organisme préalablement infecté, a été comparé dans ces derniers temps, soit à la varioloïde, soit à la fausse vaccine. L'on a tenté d'établir que la syphilis pouvait modifier son propre virus, alors qu'elle affecte pour la seconde fois un sujet déjà contaminé ; que, se bornant dans cette inoculation itérative à un simple effet local, elle se métamorphosait sur place en une nouvelle entité morbide susceptible de se reproduire et de se propager dans son espèce (1).
(J) V. note 2, page 13.
A l'appui de cette théorie, l'on a invoqué, comme je viens de vous le dire, l'exemple de la variole ou de la vaccine, se modifiant sur les sujets variolés ou vaccinés, en de nouveaux types pathologiques, qui, sortes de germes hybrides, prennent une existence indépendante et des formes spéciales. En un mot, l'on a fait du chancre, résultat de l'inoculation d'un chancre infectant sur un sujet syphilitique, l'analogue de la varioloïde et de la fausse vaccine : d'où la dénomination de chancroïde que lui a donnée l'auteur de cette doctrine, notre élève et ami, le docteur Clerc (1).
(1) « Ce qui constitue Vessentiatité ^lour mie affection virulente, c'est la propriété que possède celte affecUon de se reproduire fatalement dans son espèce soit par contagion, soit par inoculation arlir.cielle. » — Or, à ce point de vue, l'assimilation du chancre simple à la varioloïde est un rapprochement mallieureux, surtout dans la thèse que soutient M. le docteur Clerc.
Il est vrai que dans son mémoire , M. Clerc considère la varioloïde comme « constituant une véritable espèce pathologique ayant une marclie, une durée et une terminaison propres , se transmettant dans son espèce par inoculation. » Il cite même, à l'appui de cette opinion, les expériences de M. le docteur Guillon, de St-Pol-de-Léon. Mais, d'une part, ces dernières expériences sont formellement contredites par les résultats contraires d"un très grand nômbre de médecins qui ont vu le ^pus de la varioloïde reproduire la variole par inoculalion. Je ne citerai pour exemples que les faits relatés par M. le docteur Gittermann {Journal de Hufeland, 1821), par le médecin italien Sacco (1825), par Heim et Stosch {Journal de Hufeland, 1826), par M. Dugat, etc., qui tous ont produit la variole chez des sujets non vaccinés, en leur inoculant la varioloïde. MM. Bourgeois, Honorât, Lafont, Bousquet, Tuefferd, etc., ont vu les mêmes échanges d'éruptions entre les vaccinés et ceux qui ne l'étaient pas. M. Moyne {Revue médicale, 1835) a cité l'exemple d'une mère qui, donnant à téter à un enfant vacciné et atteint d'une varioloïde, prit une variole très grave. De même, M. Steinbrenner a rapporté le fait d'une sage-femme qui inocula la varioloïde a cinq enfants non vaccinés, et produisit sur quatre d'entre eux une éruption de variole vraie, bien caractérisée. — MM. Dubois, Cazenave et Schedel admettent également que l'inoculation de la varioloïde produit souvent la variole, etc., etc.. — L'on voit, d'après tous ces témoignages, que la
Quelle que soit la valeur de ces vues théoriques, le fait est constant et reste acquis à la science. Non plus que la. diathèse, l'inâu-
Iransmission de la varioloïde dans son espèce est une doctrine complètement inacceptable et inacceptée.
D'autre part, la varioloïde constitue-t-elle une véritable espèce pathologique, comme le dit M. Clerc? Celle assertion se trouve encore en contradiction formelle avec les opinions le plus généralement adoptées. « C'est h tort, suivant nous, disent MM. Guersant et Blache, que l'on voudrait faire de cette variété (la varioloïde) une espèce parliculière. II n'y a rien de constant dans les caractères que l'on donne comme la distinguant de la variole, et la variole elle-même est sujette à des modifications infinies, suivant les dispositions individuelles Les différences
que l'on a signalées entre ces deux an"eclions tiennent à ce que la forme de la maladie dépend plutôt du corps qui la reçoit que de celui qui la donne, comme sembleraient le prouver les exemples de variole confluente produite par la contagion d'une variole discrète, et vice versâ... » — « La variole et la varioloïde , dit M. Sleinbrenner dans son intéressant Traité de la vaccine, ne sont que des degrés différents d'une seule et même maladie, comme le démontrent leur mode de propagation, l'observation de leur production réciproque et l'étude des épidémies. »
Je pourrais citer encore, comme adhérents à celle doctrine, la plupart de nos classiques modernes. J'ajouterai seulement que l'opinion de M. Moreau de Jonnès, qui considère la varioloïde comme une maladie nouvelle et distincte de la variole, a été très vivement attaquée par un grand nombre d'auteurs du plus grand poids, et repoussée par la commission de vaccine de Paris, qui proclama, en 1826 et en 1828, Yidentité de la varioloïde et de la variole. — (Sleinbrenner.)
A ces différents titres, tout rapprochement entre la varioloïde et le chancre simple est condamné par l'observation clinique.— Cela est tellement vrai que l'exemple de la variole et de la varioloïde se trouve précisément invoqué par les partisans de l'unicité du virus en syphilis, pour expliquer par les influences individuelles la diversité des manifestations d'une môme maladie, et la possibilité d'une transformation, d'une contagion réciproque.
Ce qui, d'après notre maître, pourrait être plus justempnt rapproché de la varioloïde, ce serait celle variété de l'accident ^v\mM confondue par M. Clerc avec le véritable chancre simple, laquelle, résultant de
ration ne se répète pas sur le même sujet. Un vérole peut prendre de nouveaux chancres : mais ces chancres ne seront jamais semblables à l'ulcération qui a servi d'origine à la vérole. Voilà le résultat brut de la clinique, isolé de toutes les interprétations doctrinales qu'il peut recevoir.
Ce résultat, Messieurs , nous le devons à l'inoculation , cette arme puissante qui , depuis Hunter, a ouvert à notre science tant de voies inabordables. Examinons maintenant si les données qu'elle nous fournit sont conformes à ce que nous apprend la contagion.
Les difficultés inséparables de toutes les recherches sur la contagion augmentent encore et se multiplient par les exigences des questions doctrinales. Voyez, en effet, que de conditions réunies doivent présenter les observations de ce genre pour servir à élucider le grave problème que nous étudions actuellement. Il ne s'agit plus seulement ici de rencontrer deux sujets qui tiennent la contagion l'un de l'autre : il -faut, de plus, que ces deux sujets satisfassent à certaines conditions toutes particulières. Il faut que l'un d'eux, antérieurement à la contagion actuelle, ait éprouvé différents accidents de syphilis, et cela d'une façon non équivoque; que l'autre, au contraire, vierge de tout antécédent suspect, porte actuellement un chancre bien et dûment induré.
Aussi, Messieurs, est-il extrêmement rare de trouver un couple infecté qui se présente à l'observation avec cet ensemble de circonstances. Et comme les recherches sur la contagion, comme les confrontations des malades infectés l'un par l'autre sont de date toute récente, vous comprendrez facilement que la science soit encore
l'inoculation d'un chancre infectant sur un sujet diathésé, transmet à son tour sur un sujet vierge un chancre infectant. — Il en sera question plus loin, dans le cours de ces leçons.
A. FODRNIER,
pauvre sur ce point. Pour ma part, je n'ai, jusqu'à ce jour, que deux faits à vous citer, deux faits observés cette année même, et que MM. A. Fournier etC-ABY, attachés à cette question de la contagion du chancre, ont eu l'heureuse chance de rencontrer.
Voici ces deux observations :
L'un de mes anciens malades, que j'avais traité pendant plusieurs mois dans mon service, en 1843, pour un chancre induré suivi d'accidents constitutionnels (roséole, plaques muqueuses buccales; adénopathie cervicale postérieure , alopécie), eut des rapports avec une fille publique dans le courant de mai 1856. Il y avait, au minimum , deux mois à cette époque que notre malade n'avait vu d'autre femme.
Quelques jours après le coït, un double chancre se manifesta sur le prépuce , l'un sur la face cutanée et l'autre sur la face muqueuse de cet organe.
Le malade ne fit pas de traitement dans les premiers jours. — - Lorsqu'il se présenta à notre examen, les chancres dataient de dix jours environ. Ils présentaient la largeur d'une pièce de cinquante centimes; leur base était exempte de toute dureté; elle était même remarquablement souple, dépourvue de toute rénitence inflammatoire.
Les glandes de l'aine gauche étaient légèrement tuméfiées et douloureuses.
Le diagnostic ne fut douteux pour personne. Il s'agissait bien ici de chancres simples, au moins pour les caractères extérieurs, restriction que je ne me lasse pas de répéter, et dont vous comprendrez bientôt toute l'importance.
Ces chancres se cicatrisèrent sans accidents sous l'influence de simples pansements au vin aromatique. L'adénite céda rapide-
172 I,EÇONS SDR LE CHANCRE.
ment. — Aucune médication générale ne fut prescrite. Le malade, attentivement suivi, n'a présenté jusqu'à ce jour aucun accident nouveau de syphilis.
Pendant que nous guérissions notre malade au Midi, mon interne recherchait et trouvait la femme qui nous était indiquée comme origine de la contagion. Or, savez-vous ce qu'il constatait sur cette femme? Un chancre induré type de la grande lèvre, avec une induration énorme, chondroïde. Ce chancre, au dire de la malade, remontait déjà à plusieurs semaines. Il s'accompagnait d'une adénopathie spécifique des mieux caractérisées; il fut suivi d'accidents constitutionnels.
Voilà donc, en résumé, un sujet syphilitique qui reçoit un chancre à hase molle d'une femme affectée d'un chancre induré; voilà, en d'autres termes, une inoculation de chancre induré produisant un chancre mou sur un sujet préalablement vérolé.
Ce fait confirme, comme vous le voyez, ce que je vous disais, il y a quelques instants, des résultats de l'inoculation artificielle.
Passons à la seconde observation.
La fille L..., âgée de 17 ans, fut affectée, en juin 1856, d'un chancre induré, qui s'accompagna d'une adénopathie inguinale à ganglions multiples, durs et indolents. Elle ne suivit que pendant quelques semaines le traitement mercuriel. — En septembre, une roséole confluente lui couvrit le corps; les cheveux commencèrent à tomber, et une double adénopathie cervicale se manifesta (1).
L'infection n'était donc pas douteuse de ce côté.
Or, dans les derniers jours de juin, l'un de mes anciens ma-
(1) Cette malade a été observée à Saint-Lazare, dans le service de M. Delamorlière.
lades, que j'avais traité en 1842 pour un chancre infectant suivi d'accidents constitutionnels, eut des rapports avec cette fille L.,., et contracta un double cliancre de la verge, l'un sur le frein, l'autre sur le prépuce. Ces deux chancres restèrent absolument dépourvus d'induration ; leur base demeura souple. Les ganglions inguinaux ne furent point affectés, et, en l'absence de toute médication spécifique, aucun accident constitutionnel ne se manifesta.
Ce deuxième fait est l'analogue du précédent. C'est encore un chancre à base molle que produit sur un sujet vérolé la contagion d'un chancre induré (1). — Notez, de plus, cette particularité curieuse, et qui a bien aussi sa signification : c'est que, ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux observations, nous ne voyons les chancres s'accompagner de ce bubon si caractéristique, qui, vous le savez , se produit fatalement à la suite de l'accident primitif infectieux, et annonce au même titre que l'induration chancreuse l'irradiation du virus dans l'économie.
(1) En faisant quelques recherches sur ce sujet, j'ai rencontré dans une thèse de Paris (185/i) une très remarquable observation qui vient non seulement s'ajouter aux deux faits cités par M. Ricord, mais encore fournir une confirmation nouvelle à la doctrine avancée précédemment par notre maître.
Voici le résumé de cette observation véritablement exceptionnelle :
Deux jeunes gens ont commerce le même jour avec une femme affectée de CHANCRE INDDRÉ, et cliez laquelle se développèrent consécutivement des accidents de syphilis constitutionnelle.
L'un d'eux se trouvait, à cette époque, sous le coup d'une infection antérieure; c'était un sujet syphilitique. Il contracta avec cette femme un CHANCRE A BASE MOLLE, qui subit la déviation phagédénique.
Le second, vierge de tout accident sijphilitique antérieur, prit un CHANCRE INDURÉ, lequel s'accompagna de pléiades ganglionnaires caractéristiques, et fut suivi des accidents conslifutionnels de la syphilis.
Ce fait appartient à M. le docteur L. Maratray (de Nevers).
A. FOCRNIER.
Non seulement ces deux faits sont conformes entre eux et parlent dans le même sens; mais, de plus, ils s'accordent avec les données de l'expérimentation : en sorte que ces deux ordres de recherches, inoculation et confrontation des malades, aboutissent en définitive à des résultats, qui, se prêtant une confirmation réciproque, permettent d'étabUr d'une façon certaine la proposition suivante :
Le pus du chancre infectant ne produit sur un organisme préalablement infecté qu'un chancre à base molle, analogue d'aspect et de forme au chancre simple.
Mais ce chancre à base molle, produit hybride d'une diathèse préexistante et d'un chancre induré, est-il dans sa nature intime, aussi bien que dans ses caractères extérieurs, l'analogue du chancre simple dont je vous ai entretenu au commencement de ces leçons? Cette question, Messieurs, m'amène à vous parler, au préalable, de l'origine et de la transmission du chancre induré.
De la CONTAGION DU CHANCRE INDURÉ. — Doctrinc ancienne. — Recherches nouvelles. — Dissidences. — Nécessité d'un retour à l'observation. — Nouveaux faits de la clinique du Midi. — Cinquante-neuf exemples de contagion du chancre induré.
Vous savez. Messieurs, quelles étaient mes premières croyances au sujet de la transmission du chancre en général. Je plaçais dans les réactions individuelles dépendant des tempéraments, des constitutions et des idiosyncrasies, la raison des modalités différentes de la maladie, la cause de l'infection ou de la non-infection générale. Considérant le chancre comme une graine unique, j'attri-
buais à des conditions de terrain les différences de ses manifestations.
C'était là, du reste, l'opinion de Hunter. « L'expérience nous apprend, disait ce grand maître, que le pus vénérien ne présente pas des espèces diverses, et qu'aucune différence ne peut être produite dans la manifestation de la maladie par une différence de force dans la matière purulente. Le même pus exerce sur divers sujets des actions complètement dissemblables, dont la diversité même dépend de la constitution et de l'état général de l'économie au moment de l'infection (1). »
J'adoptai et je soutins longtemps cette doctrine. Je dois avouer aujourd'hui que le temps et l'observation ont ébranlé sur ce point mes opinions premières. Après avoir trop accordé à la puissance modificatrice du terrain, j'en suis venu à cette conviction qu'il faut également faire à la graine sa part d'influence ; en d'autres termes,je serais volontiers disposé à admettre (sans vouloir néanmoins m'engager sur ce point d'une façon absolue) qu'un chancre prend telle ou telle forme, non pas seulement à cause de certaines dispositions particulières à l'individu qui le contracte, mais encore en raison de la source à laquelle il a été puisé, en raison, si vous voulez me permettre le mot, du chancre qui lui sert à! ascendant.
Ce rapport entre les accidents présentés par les sujets qui tiennent la contagion l'un de l'autre, je l'avais sans doute remarqué depuis longtemps (2). Dans un certain nombre de cas, en effet, où
(1) Du mrus syphilitique, ch. 1, S IV. (De l'acrimonie plus ou moins grande du virus.)
(2) Peut-être serait-ce à Bell qu'il faudrait rapporter l'honneur d'avoir signalé le premier, d'une façon très expresse, le rapport qui unit l'accident originel à l'accident transmis. C'est à propos du phagédénisme que le célèbre chirurgien d'Edimbourg a émis cette idée. — Je citerai in
• j'avais eu l'occasion d'examiner conjointement les couples contaminés, j'avais toujours constaté une singulière analogie de forme entre les symptômes des malades infectes et de ceux qui leur avaient transmis la contagion. Mais il est si rare, à moins de recherches spéciales, d'avoir à consulter des malades qui se trouvent dans ces conditions, il est si rare surtout d'obtenir une certitude complète sur les circonstances précises et rigoureuses dans lesquelles la contagion s'est produite, que je n'attachai qu'un minime intérêt à mes premières observations. Je ne m'y arrêtai donc point tout d'abord. Mais survint plus tard l'épidémie de syphilisation, qui me montra (résultat bien éloigné sans doute du but et des intentions des syphilisateurs) qui me montra, dis-je , expérimenialement cette relation constante, presque fatale, entre l'accident transmis par la lancette et l'ulcération sur laquelle était
extenso ce remarquable passage, qui semble contenir le germe de la doctrine moderne sur la contagion du chantre.
« Ces progrès rapides des chancres (à forme phagédénique) dépen-
Ident en général, à ce que l'on croit, de la constitution particulière des malades; néanmoins, je soupçonne, <d'après les faits suivants, que ces l VARIÉTÉS SONT QUELQUEFOIS l'effet DU VIRUS. Lcs chaucres de ce genre ^ sont bien plus communs dans certains temps que dans d'autres, et je les \ ai observés dans le même temps sur différents individus infectés pur la , même femme. Il y a deux ans environ, j'ai rencontré beaucoup plus de ; ces chancres phagédéniques en trois ou quatre mois que je n'en avais ; vu auparavant dans le cours de plusieurs années : quatre malades les j avait gagnés de la même femme. Chez tous, les chancres parurent de bonne heure ; ils firent des progrès extrêmement rapides ; trois ou quatre jours même après qu'ils se furent manifestés, il en résulta des hémor- ; rhagies fort embarrassantes; et dans une petite ville où je fus appelé î dernièrement pour une hémorrhagie de ce genre, le chirurgien ordinaire me dit que depuis peu de semaines il avait vu trois malades attaqués des mêmes symptômes, également infectés par la même femme. » — {Traité de la gonorrhée virulente et de la maladie vénérienne, trad. ' de Bosquillon, tome II, section 2, § 2. Des chancres.)
recueilli le pus servant à l'inoculation. Les exemples ne furent alors que trop nombreux; en sorte que, dès cette époque, j'émis cette opinion a que les différentes foi-mes de la maladie pourraient bien ne pas tenir seulement aux conditions de l'individu sur lequel la cause agit, mais à des différences de omises et de virus (1). »
L'intérêt doctrinal qui s'attachait à cette question ne manqua pss de provoquer des recherches spéciales sur la contagion et la propagation du chancre dans chacune de ses variétés. M. Bassereau s'engagea l'un des premiers sur cette voie encore inexplorée , et vous savez déjà quels furent les résultats de ses laborieuses investigations. Seulement, il eut plutôt en vue d'établir dans son travail l'infection ou l'immunité parallèle des sujets contagionnés l'un par l'autre que de comparer dans leur forme initiale les chancres des sujets contaminés. Aussi tout un côté de la question lui a-t-il échappé (2). Mais je réserve actuellement ce point difficile et litigieux; j'y reviendrai bientôt à propos des caractères du chancre à base molle des sujets syphilitiques.
M. Clerc admet, comme M. Bassereau, la transmission du chancre infectant dans son espèce ; mais je crains qu'il n'ait cité à l'appui de son opinion qu'un nombre d'observations trop res-
(1) Cette opinion se trouve du reste exprimée en des termes presque identiques dans les Lettres de M. Ricord (lettre XXXIll).
(2) M. Bassereau a relaté dans son livre sur les Affections de la peau symptomaliques de la syphilis douze observations dans lesquelles il a eu l'occasion de confronter les malades infectés l'un par l'autre.
De ces douze observations, il en est sept dans lesquelles la forme de l'accident initial (chancre induré) est déterminée rigoureusement de part et d'autre; il en est une dans laquelle l'existence d'un chancre antérieur à l'infection est seulement signalée, sans que l'auteur insiste sur la forme de l'accident initial ; enfin dans les quatre dernières, M. Bassereau n'a eu l'occasion que de constater parallèlement les accidents constitutionnels développés sur ses malades , sans assister au développement du chancre.
treint pour porter une entière conviction dans l'esprit de ses lecteurs (1).
L'école de Lyon a mis également cette question à l'étude. MM. Diday, Rodet et Rollet sont enclins à conclure, d'après les résultats de leur expérience personnelle, que chacune des variétés du chancre se transmet isolément dans son espèce (2).
Jusqu'ici l'accord est parfait. Mais voici qu'à Marseille, l'un de mes anciens élèves, aujourd'hui chirurgien distingué de cette ville, proteste contre cette division de la syphilis en deux espèces nosologiques indépendantes. Champion zélé de l'unicité du virus, M. Melchior Robert nie cette relation forcée du chancre avec le chancre qui l'a fourni ; d'après lui, les deux espèces se croisent fréquemment, et, en somme , les différentes variétés de l'accident primitif doivent être considérées simplement a comme les manifestations d'un même principe dont les effets variés tiennent à des conditions étrangères au virus » — et par conséquent à la contagion (3).
(1) Le mémoire de M. Clerc sur le chiuicroide ne contient, en effet, que six observations relatives à la transmission du chancre infectant. — Encore , dans ces six cas, M. Clerc n'a-t-il pas toujours assisté au développement de l'accident primitif.
(2) Les opinions de l'École de Lyon ont été reproduites par M. Ach. Dnox, dans une thèse récente d'un grand intérêt. (Dw double virus si/pAiWigue, Paris, 1856.) A. F.
(3) Dans un mémoire postérieur à ces cliniques {Faits et considérations cliniqîtes à l'appui de l'unicité du virus chancreux), M. le d' Melchior Robert relate quatre observations relatives à la transmission du chancre, qui tendent à établir le croisement des deux espèces de l'accident primitif comme un fait sinon fréquent, au moins possible.
Dansl'obs. n° 1, c'est un sujet affecté d'un chancre induré de la verge, suivi d'accidents constitutionnels, qui transmet à sa maîtresse plusieurs chancres serpigineux de l'anus, lesquels n'entraînent après eux aucun symptôme d'infection générale.
L'obs. n" 2 est beaucoup plus originale et soulève un point de doctrine
Au milieu de ces dissidences, presque inévitables dans une question aussi complexe et difficile que celle dont nous traitons
tout nouveau, je veux parler de l'influence du siège sur l'induration. Voici le fait en abrégé. ^ Un malade affecté d'un chancre du frein et d'un bulion spécifiquement suppuré (chancre ganglionnaire) s'inocule accidentellement le pus de son chancre sur la lèvre supérieure. Survient un chancre labial qui s'indure, et est suivi, à un mois d'intervalle, d'une roséole syphilitique.
La troisième observation est relative à un malade non syphilitique, qui reçoit un chancre simple d'une femme affectée d'un chancre infectant , et qui transmet à son tour un chancre infectant à une seconde maîtresse.
Enfin, dans la quatrième observation, M. Melchior Robert rapporte l'histoire de trois jeunes gens qui contractèrent des chancres avec la même femme. Sur deux d'entre eux, les chancres s'indurèrent et furent suivis de vérole ; sur le troisième, le chancre devint phagédénique, et se cicatrisa sans laisser de trace d'induration.
D'après ces faits, et d'après d'autres considérations exposées in extenso dans son travail, M. Melchior Robert arrive aux conclusions suivantes :
1° Le chancre infectant reconnaît ordinairement comme origine un chancre infectant, de même que la variole remonte à une variole; mais il se peut qu'un chancre infectant détermine par exception un chancre simple sur un individu sain, et cela en vertu de conditions individuelles qu'il n'est pas possible de préciser; de même que la variole peut se borner à développer la varioloïde sur un individu non vacciné.
2° Le chancre simple peut se communiquer dans son espèce pathologique pendant un temps variable qui dépend des conditions individuelles et du siège de l'inoculation; mais les conditions et le siège aidant, il recouvre la propriété d'infection et se comporte comme le chancre induré. En d'autres termes, la propriété infectante n'est pas interdite au virus du chancre simple.
Telle est, en résumé, l'opinion développée par M. Robert, opinion qui n'est, en définitive, que la doctrine ancienne, mitigée, pour ainsi dire, par quelques amendements de conciliation. D'une part, en effet, cette théorie reconnaît l'influence du chancre ascendant sur le chancre transmis (doctrine nouvelle); et d'autre part, elle invoque l'influence modificatrice du terrain pour expliquer la modalité variable de la maladie sur les difl^érents sujets (doctrine ancienne). — C'est donc là, je le répète avec mon maître, une véritable théorie de conciliation, A. Fournier.
actuellement, j'ai voulu, de mon côté, recourir de nouveau à l'observation et soumettre toutes les théories à une analyse rigoureuse des faits cliniques. Dans le courant de cette année , j'ai donc fait entreprendre une série de recherches sur la contagion, recherches dont je vous ai entretenus précédemment et dont vous connaissez déjà les résultats pour la partie relative à la transmission du chancre simple. Il me reste à vous apprendre ce qu'elles nous ont fourni au sujet du chancre infectant.
Il y a, comme vous le savez, deux modes différents pour étudier la propagation des chancres : l'on peut remonter du sujet infecté au sujet infectant, c'est-à-dire réunir les couples contaminés, ou bien, ce qui n'est pas moins intéressant ni moins démonstralif, suivre la transmission sur plusieurs sujets ayant puisé l'infection à la même source.
Nous avons pris la question sous ces deux faces, et voici les résultats que nous a fournis cette double investigation.
Cinquante-neuf observations rassemblées par mon interne actuel (1), et la plupart contrôlées M confirmées soit par vous et par moi, soit par ceux de nos collègues qui ont bien voulu nous prêter assistance dans ces recherches , nous montrent la similitude des accidents développés de part et d'autre chez les sujets qui reçoivent l'infection et ceux qui la transmettent. Dans tous les cas oîi nous avons pu remonter à l'origine d'un chancre induré, nous avons toujours rencontré un accident de même nature, au moins lorsque la contagion était transmise par un sujet vierge d'infection antérieure. Dans tous les cas où nous avons suivi la transmission du chancre sur plusieurs malades ayant puisé l'infection à la même source, nous avons toujours constaté le même symp-
(1) J'ai reproduit ces observations dans la note X (Pièces justificatives).
tôme sur les différents individus contaminés, c'est-à-dire le chancre infectant suivi chez tous des accidents de la syphilis constitutionnelle. — Jamais cette loi de relation n'a trouvé un seul démenti ; pas une exception ne s'est produite ; pas un fait contradictoire n'est venu jeter le doute sur cette doctrine nouvelle de la transmission du chancre infectant dans son espèce.
Quelques-unes de ces observations, que vous avez pu suivre dans mon service , sont véritablement de nature à commander la conviction, levons les rappellerai succinctement (1) :
(1) Voici, en détail, les observations que M. Ricord a bien voulu citer. —L'importance des questions doctrinales auxquelles elles se rattachent en fera, je l'espère, excuser l'étendue.
Obs. I. — La fille P.. . (Clémence), contracte un chancre vers la fin de janvier 1856. Elle le communique presque immédiatement à deux jeunes gens qui se partageaient ses faveurs, les nommés D... (Etienne) et V^.. (Auguste). — Le père de ce dernier, vieillard de 73 ans, a des rapports avec cette fille dans le courant de février : il prend également un chancre.
J'ai pu obtenir des aveux complets de ces quatre malades et suivre sur chacun d'eux le développement de la maladie, comme il suit :
L — P... (dite Clémence), 23 ans. — Constitution robuste. — Tempérament sanguin.
Première affection vénérienne, au dire de la malade.
Vers les derniers jours de janvier, cette fille reconnut l'existence d'un « gros bouton dur et ulcéré n siégeant sur la grande lèvre gauche. — Cette ulcération ne se cicatrisa que vers le milieu d'avril environ. — Quelque temps après l'apparition de cebouton, de grosses glandes s'étaient manifestées dans l'aine gauche. — La malade ne s'est soumise à aucun traitement.
Je constate sur elle, dans le courant de mai :
Cicatrice brunâtre, arrondie, et véritablement spécifique, sur la face cutanée de la grande lèvre gauche. La base de celte cicatrice est encore doublée d'une induration très appréciable.
Adénopalhie bi-inguinale, dure, multiple, indolente , peu caractérisée à droite, très bien formulée à gauche.
Plaques muqueuses des grandes et des petites lèvres.
La fille C... contracte un chancre de la vulve en janvier 1856; ce chancre ^'induré et s'accompagne d'une adénopathie bi-inguinale, dure, multiple, indolente; surviennent à quelques mois d'intervalle des accidents constitutionnels : adénopathie cervicale; roséole; plaques muqueuses de la vulve, de la langue et des lèvres.
Cette fille, qui vivait avec le nommé D... R..., lui communique un chancre. Ce chancre s'indure également et provoque le développement d'une adénopathie inguinale spécifique. Puis des accidents secondaires éclatent : roséole ; alopécie ; éruption croûteuse
Roséole érylhémateuse, au déclin.
Adénopathie cervicale postérieure.
TT. — D... R... (Etienne), 27 ans. — Constitution moyenne. — Sujet lymphatique.
Pas d'antécédent vénérien.
R... vivait avec la fille Clémence depuis trois semaines, sans avoir eu de rapports avec d'autre femme depuis un mois , lorsque , dans la première semaine de février, il s'aperçut d'une petite ulcération siégeant sur sa verge au niveau de la rainure glando-préputiale. — Il s'abstint de tout coït depuis celte époque. — L'ulcération grandit en restant indolente.
Le malade ne se présenta qu'en mars à la consultation du Midi, où je constatai , avec M. Ricord, l'état suivant :
Chancre induré type de la rainure glando-préputiale.
Adénopathie bi-inguinale, multiple, dure, indolente, bien caractérisée dans les deux aines.
Un traitement mercuriel fut immédiatement prescrit. Mais le malade ne s'y soumit que pendant quelques semaines.
Le 23 mai, il entra au Midi dans l'état suivant :
Cicatrice indurée du chancre. — Adénopathie bi-inguinale persistante.
Roséole papuleuse conQuente, datant de quelques semaines.
Céphalée.
Eruption croûteuse du cuir chevelu. — Alopécie. — Adénopathie bicervicale. — Plaques muqueuses gutturales.
Le traitement mercuriel fut suivi, sans nouvel accident, du 2U mai au 10 août.
Depuis cette époque, je revis le malade h plusieurs reprises à la con-
du cuir chevelu; adénopathie cervicale postérieure; plaques muqueuses labiales, etc..
Presque à la même époque (janvier 1856), la même fille a de nouveaux rapports avec deux autres individus, l'un jeune homme de 29 ans, l'autre vieillard de 73 ans, père du précédent.
Ces deux nouveau-venus contractent des chancres ; ces chancres s'indurent encore, et sont suivis tout d'abord de l'adénopathie spécifique, puis, plus tard, des accidents constitutionnels, à savoir :
Pour le jeune homme : syphilide papuleuse; — alopécie; —
sultation du Midi, et je constatai sur lui successivement : en septembre, plaques muqueuses labiales ; — en octobre, plaques muqueuses labiales et linguales; — enfin, en décembre, syphilide eclhymateuse.
U. — V... (Auguste), 20 ans. -- Lymphatique. Blennorrhagie en 1855, sans accident.
Rapports avec la fille Clémence dans la dernière semaine de janvier. Coït antérieur datant du 1" janvier. — Pas de coït consécutif.
Chancre reconnu par le malade dans les premiers jours de février. — Pour traitement, quelques lotions d'eau de guimauve.
En mars, traitement mercuriel prescrit par M. Ricord à la consultation. — En mai, état actuel : Cicatrice indurée du chancre, sur la rainure glando-prépuliale. - Adénopathie bi-inguinale, multiple, dure et indolente.
Syphilide papuleuse, dont le début remonte à un mois. Plaques muqueuses buccales confluentes, datant de cinq semaines. Alopécie. — Adénopathie cervicale postérieure. Angine. — Céphalée.
Traitement mercuriel. — Guérison rapide des accidents. Pas d'accident nouveau jusqu'à la date du 25 août.