III. —V..., âgé de 73 ANS, — (père du malade précédent
V... eut un seul rapport en février avec la maîtresse de son fils. (Il y avait plusieurs années qu'il n'avait pas vu de femme.) Quelques jours après apparurent quelques boulons sur la face inférieure du fourreau de la verge. Ces boutons se recouvrirent de croûtes à plusieurs reprises, en lardant beaucoup à se cicatriser.
adénopatbie cervicale ; — céphalée ; — angine ; — plaques muqueuses de la bouche.
Pour le vieillard : roséole papuleuse; — plaques muqueuses amygdaliennes ; — plaques muqueuses des bourses ; — éruption ecthymateuse du cuir chevelu ; — céphalée.
En résumé, voilà un chancre induré suivi de symptômes généraux, qui se transmet à trois sujets vierges d'infection antérieure, sous forme de chancre induré, également suivi, chez ces trois malades, d'accidents constitutionnels!
L'observation suivante n'est pas moins concluante.
Dans le courant d'avril , éruption cutanée généralisée ; angine ; céphalée ; violente inflararaalion oculaire, — Pas de traitement.
Je vis le malade dans le cours de mai, seulement, et je constatai l'état suivant :
Perle absolue des forces ; prostration. — Intelligence très nette.
Chancres parcheminés, du fourreau (face inférieure), en voie de cicatrisation. Base nettement indurée.
Quelques ganglions petits , durs et indolents dans les aines ; je remarque toutefois que l'adénopalhie est faiblement accusée.
Roséole papuleuse confluente du tronc et des membres.
Plaques muqueuses des bourses.
Plaques muqueuses des amygdales. — Angine violente.
Éruption ecthymateuse du cuir chevelu. — Alopécie par bouquets des parties de la tête que l'âge a respectées.
Pas d'aclénopathie cervicale.
Ophlhalmie violente. — Globes oculaires très rouges, très vascularisés. — Vue presque abolie. — (Le malade est dans un tel état de souffrance, que je ne puis prolonger cet examen.)
Mort dans le mois suivant.
OBS. II. — I. La fille P..., âgée de 19 ans, lymphatique, contracte en novembre 1855 deux chancres a base indurée, siégeantprès de la fourchette, ces chancres s'accompagnent à quelques jours d'intervalle d'une adénopalhie bi-inguinale dure, multiple et indolente. - Pas de traitement sérieux. ^„ , . • .
Les chancres se cicatrisèrent très lentement, cette fille n ayant pomt
interrompu sa vie de débauche.
La femme P... prend des chancres indurés en no\embre 1855. Sm'vient presque immédiatement une adénopatliie bi-inguinale à gros ganglions durs, indolents. Puis, suivant la règle, apparaît dans les mois qui suivent la série des accidents constitutionnels : roséole, plaques muqueuses, alopécie, adénopathie cervicale postérieure, angine spécifique, et, enfin, chorée de nature probablement syphilitique.
En décembre, cette femme communique un chancre à son amant R,.., lequel, pour le dire en passant, avait été affecté plusieurs années auparavant de chancres simples qui n'avaient
En (léceml)re, roséole érythémateuse.
15 janvier. Chancres pereistants (période d'étal). — Adénopathie hiinguinale spécifique. — Plaques muqueuses gutturales. — Alopécie.
En février, chancres toujours persistants, mais en voie de réparation. — Plaques muqueuses labiales. — Plaques muqueuses de la vulve.
En mai, chorée.
(Obs. comm. par M. Poisson, interne des hôpitaux.)
II. — R... (Émile), 2/i ans. — Tempérament bilieux. — Constitution moyenne.
Antécédents vénériens : En 1851, plusieurs chancres, avec bubon suppuré, traités par M. Ricord comme chancres simples, c'est-à-dire sans médication mercurielle. — Nul accident consécutif.
Ce jeune homme vivait depuis plusieurs mois avec la fille P... sans avoir de rapporls avec cCautres femmes, lorsqu'il contracta un chancre et une blennorrhagie en décembre 1855. — Ce chancre fut d'abord traité comme inddré par M. Clerc, qui prescrivit la médicaiion mercurielle; — puis en janvier par M. Ricord, qui ordonna la continuation du même traitement.
Je vis le malade seulement h la date du 8 avril, époque à laquelle je constatai l'état suivant :
Cicatrice du chancre, sans induration. — Adénopathie bi-inguinale multiple, dure et indolente?
Roséole papuleuse, datant de plusieurs semaines.
Plaques muqueuse des lèvres. — Angine. — Balano-posthite secondaire.
entraîné à leur suite aucun accident de syphilis. Le nouveau chancre s'indure et le malade est bientôt amené au Midi par les symptômes suivants : roséole papuleuse, plaques muqueuses labiales et linguales, balano-posthite secondaire, éruption croûteuse du cuir chevelu, adénopathie bi-cervicale, angine spécifique.
Mais ce n'est pas tout : le 25 et le 26 janvier, la même femme avait encore doté de ses dangereuses faveurs les nommés F. . . et V..., vierges jusqu'alors de tout accident syphilitique, — Or, voici ce qui advint :
F.. . prit trois chancres indurés accompagnés d'un double bubon
Éruption croûteuse du cuir chevelu. — Adénopathie cervicale postérieure.
Traitement mercuriel suivi jusque vers les premiers jours de mai. — A la fin du même mois, apparition de plaques muqueuses confluenies à l'anus.
Le 25 et le 26 janvier, la fille P... eut de nouveaux rapports avec les nommés F... et V..., qui, à cette époque, n'avaient pas vu de femmes, l'un depuis six semaines, et l'autre depuis denx mois et demi. L'un et l'autre contractèrent des chancres. Voici leur histoire en quelques mois :
III. — F..., 18 ans ; — constitution robuste. Aucun accident vénérien antérieur.
Rapport avec la fille P... le 25 janvier. — Pas de coït consécutif. — Le 30, M. Puche constate l'existence de plusieurs chancres à base résistante, siégeant sur le prépuce et le gland. Dans les jours qui suivent, l'induration de la base se formule davantage, et les pléiades inguinales se déclarent.
Le malade entre dans le service de M. Ricord le 22 avril.
État actuel : Trois chancres indurés en voie de réparation. — Adénopathie bi-inguinale spécifique.
Plaques muqueuses amygdaliennes. — Angine.
Syphtlide papuleuse. — Papules granulées des ailes du nez. — Céphalée nocturne. — Douleurs rhumaloïdes. — Alopécie.
Traitement mercuriel. — ( Le malade quitte prématurément l'hôpital.)
inguinal spéciûqiie. A ces chancres, succédèrent dans le délai normal les manifestations constitutionnelles suivantes ; roséole papuleuse ; plaques muqueuses de l'anus, du scrotum et de la bouche; angine; éruption croûteuse du cuir chevelu, confluente; alopécie; adéuopathie cervicale très caractérisée ; céphalée nocturne; douleurs rhumatoïdes nocturnes; papules granulées des ailes du nez, etc..
V... contracta également des chancres indurés, accompagnés de même d'une adéuopathie bi-inguinale spécifique. A quelques mois d'intervalle, la vérole se confirma par les accidents constitutionnels : roséole, plaques muqueuses buccales, céphalée, douleur sous-sternale, etc.
Voici encore une observation des plus curieuses :
Mon interne a été assez heureux pour réunir, sous nos yeux, SIX
En août : Plaques muqueuses confluentes du fourreau de la verge et du scrotum. — Plaques muqueuses liypertrophiques de l'anus.
Plaques muqueuses confluentes des lèvres, de la langue et de l'isthme du gosier. — Angine. — Éruption croûteuse du cuir chevelu, confluente. Adénopathie cervicale très caractérisée.
IV. - V... (Victor), 20 ans. - Lymphatique.- Constitution très chélive.
Blennorrhagie il y a deux ans, sans accident.
Rapport avec la fille P... le 26 janvier—Apparition de deux chancres à quelques jours d'intervalle. — Pas de coït consécutif.
Ces chancres furent d'abord traités par M. Puche, qui prescrivit le rarement mercuriel. Je ne vis le malade que quelques jours après M. Puche, à la consultation, et je constatai l'état suivant :
Chancres indurés de la rainure glando-préputiale. - Adénopathie bi-mgumale dure, indolente, multiple.
Le 16 avril, i-oséote érylhcmateuse confluente.
12 mai. Plaques muqueuses buccales. - Adénopathie cervicale postérieure. - Céphalée. - Douleur sous-sternale.
A. Fourniur.
individus ayant puisé l'infcclion à la même source, et cela dans des conditions telles qu'il était impossible de mettre en doute l'origine identique delà contagion. La femme, il est vrai, nous a échappé; mais les six victimes nous restaient pour nous permettre d'étudier la relation des accidents.
Eh bien, encore ici, nous voyons l'identité d'origine se traduire par l'identité du symptôme initial et des manifestations consécutives.
Écoutez, en effet, ce qui a été observé sur chacun de ces six malades (1) :
Sur le premier (l'on a eu soin de les classer par ordre chrono- (1) observation : Six individus contagionnés par la même femme.
MÊME FORME d'ACCIDENT PRIMITIF ET INFECTION CONSTITUTIONNELLE CHEZ CES DIFFÉRENTS SUJETS.
Dans le cours de quelques mois, il nous est arrivé à riiôpilal du Midi, pour des chancres indurés suivis d'accidents de syphilis constitutionnelle, huit individus qui disaient tenir l'infection de la même femme. — De ces huit malades, il en est six seulement sur lesquels Vorigine de la contagion ne pouvait être mise eu doute, comme on le verra dans le courant de celte observation. Les deux^ autres ont dû être exclus, et je n'en dirai qu'un mot, en terminant.
Quant à la femme, dont l'histoire aurait complété celte intéressante observation, j'ai le regret de dire qu'elle nous a échappé, malgré d'activés recherches et malgré les démarches de mon collègue de St-Lazare près des médecins du Dispensaire.
Voici seulement ce qu'il m'a été permis de constater sur nos malades du Midi :
I. — D... Henri, 18 ans. — Tempérament lymphatique. — Constitution faible.
Aucun antécédent vénérien.
Rapport avec la fille Blanche à la date du 20 juin environ (Coït nntîrieur remonlant à un an. — Pas de coït consécutif.)
Double chancre apparu quelques jours après. — Pour traitement, simples lotions émoUienles.
État actuel, 12 août :
CUANCRE lINTEOTANT. 189
logique de conlagion), double chancre induré de lu rainure glandoprépuUale; adénopathie bi-inguinale spécifique, multiple et indolente; — roséole érythémateuse ; plaques muqueuses du gland et du prépuce ; plaques muqueuses des amygdales ; adénopathie cervicale postérieure; céphalée.
Double chancre induré de la rainure glando-préputiale, inférieurement. Adénopathie bi-inguinale, multiple, dure et indolente, bien caractérisée dans les deux aines.
Traitement mercuriel continué pendant deux luois, sans accident. — Le malade quitte l'hôpital, et nous ne le revoyons plus qu'à la consultation, où nous constatons :
Le 27 octobre : Eoséole érythémaieuse confluente. — Plaques muqueuses des amygdales, — Plaque muqueuse développée sur la base de Tun des chancres; balano-posthite secondaire.— Adénopathie cervicale.
Le 17 novembre, plaques muqueuses buccales. — Céphalée.
Et enfin, le 1" décembre, plaques muqueuses du prépuce et du gland.
n. — F... François, 30 ans. Constitution robuste.
Deux blennorrhagies antérieures, la dernière il y a deux ans. — Nul accident consécutif.
Rapport avec la fille Blanche dans les derniers jours de juin. [Coït antérieur remonta^it a six semaines. — Pas de coït consécutif.)
Apparition d'un chancre sur le prépuce dans les premiei's jours de juillet. — Pas de traitement.
État actuel, 15 juillet :
Chancre induré de la face muqueuse du prépuce.
Adénopathie bi-inguinale, multiple, dure et indolente, très cai-actérisée. — Traitement mercuriel.
Puis, 27 août : Boséole paptUeuse, dont le début remonterait à trois jours, au dire du malade.
15 octobre, plaques muqueuses buccales.
III. — G... Léon, 20 ans. — Sujet lymphatique. — Constitution faible. Aucun antécédent vénérien.
Rapport avec la fille Blanche dans la seconde moitié de juin. (Coït anlêrieur remaniant à quatre semaines au moins. — Pas de coïl consécutif.)
Chancre reconnu quelques jours après le coït infectant, et traité près-
Sur le second, chancre induré du prépuce ; adénopathie bi-inguinale, dure, multiple et indolente; roséole; plaques muqueuses.
Sur le troisième, qui fut traité par mon collègue, M. CuUerier. chancre induré de la rainure glando-préputiale ; bubon spécifique ; — roséole; adénopathie cervicale postérieure.
Sur le (\VidXv\Qvs\Q^ chancre induré du prépuce ; lymphangite dor-
que immédiatement par M. Cullerier, à la consuUation du Midi, pour un chancre induré.
En août, je constate :
Chancre induré de la rainure-glando-préputiale, à gauche. — Adénopathie inguinale gauche, multiple, dure et indolente. En septembre : Roséole érythémateuse. — Adénopathie cervicale.
IV. — M... Jacques, 27 ans. — Sujet sanguin et robuste. Aucun antécédent vénérien.
Rapport avec la fille Blanche dans le courant de juin. (Coït antérieur remontant à cinq mois. — Pas de coït consécutif.)
Chancre reconnu à quelques jours d'intervalle du coïtinfeclanl. — l'as de traitement.
20 août : Chancre parcheminé de la face muqueuse du prépuce. — Lymphangite dorsale indurée. — Adénopathie bi-inguiiiale multiple, dure, indolente. ^
Traitement mercuriel continué sans accident jusqu'au mois d'octobre.
En décembre, plaques muqueuses buccales. — Éruption croùteuse du cuir chevelu. — Céphalée datant de quelques semaines.
V. — G... Nicolas, 1k ans. — Sujet lymphatique. — Constitution moyenne. — Aucun antécédent vénérien.
Rapport en juin avec la fille Blanche. — (Coït antérieur reimntant h deux mois. — Pas de coït consécidif.)
Cinq jours après le coït infectant, tuméfaction du prépuce ; production d'un phimosis œdémateux, avec écoulement purulent très abondant.
Pour traitement, quelques injections astringentes entre le gland et le prépuce. — Le malade ne parvint h découvrir le gland que quatre à cinq semaines après le début de ces accidents.
État actuel, h août : Double chancre induré du prépuce, à gauche.— Adénopalbie inguinale gauche, dure et indolenlc.
sale de la verge, indurée ; adénopathiebi-inguinale, multiple, dure, indolente. — Plaques muqueuses buccales. — Éruption croùteuse du cuir chevelu. — Céphalée.
Sur le cinquième, double chancre induré du prépuce ; adénopa- Ihic inguinale dure et indolente. — Roséole. — Plaques muqueuses buccales.
Sur le sixième, enfin, large chancre induré du frein. — Adénopathie bi-inguinale spécifique très caractérisée. — Syphilide pa-
Trailement : Cliarpie sèche. — Liqueur de Van-Swiéten.
En septembre, roséole légère. — Éruption croùteuse du cuir chevelu.
En décembre, plaques muqueuses labiales.
(Obs. comm. par M. Joseph, interne du Midi.)
VJ. — C... Pierre, 31 ans. — Tempérament bilieux. — Constitution médiocre. — Aucun antécédent vénérien.
Rapport en juin avec la fille Blanche. — {Coït antérieur remontant a un mois au moins. — Pas de coït consccutif.)
Chancre apparu quelques jours après le coït infectant, et traité à l'aide de quelques pommades.
Août. Large chancre induré du frein. — Adénopalhie bi-inguinale multiple, dure et indolente, extraordinairemcnt caractérisée.
Traitement mercuriel, très irrégulièrement suivi.
Puis, en octobre et novembre : Sypkilide paptdo- squameuse du Ivonc — Psoriasis palmaire et plantaire. — Syphilide impétigineuse du menton, du nez et du cuir chevelu. Plaques muqueuses confluenles des amygdales. — Adénopalhie cervicale postérieure ; — mastoïdienne ; — sus-hyoïdienne. — Céphalée.
Deux autres malades du Midi, qui avaient eu des rapports avec la fille Blanche, présentèrent également des chancres indurés, suivis de syphilis conslitiilionnelie. Mais ces deux malades avaient eu des rapports avec d'autres femmes, l'un dix jours et l'auli'c douze joui's avant le coït répulé infectant; en sorte que l'origine de la contagion rester douteuse. — Je ne citerai donc pas ces observations, parce qu'elles ne sauraient rigoureusement entrer en ligne de compte pour la solution du problème actuel, la contagion du chancre.
A. fOURNlEli.
pulo-squameuse du tronc. — Psoriasis palmaire et plantaire. — Syphilide impétigineuse de la face et du cuir chevelu ; plaques muqueuses ; céphalée; adénopathie cervicale, etc..
Et ainsi, Messieurs, de tant d'autres observations qui vous sont déjà connues pour en avoir entendu la lecture dans nos salles, et qu'il serait superflu de vous répéter ici !
En somme, dans tous les faits recueillis cette année, comme dans tous ceux dont j'ai conservé le souvenir, le chancre induré a toujours donné naissance (sur les sujets sains, bien entendu) à un chancre de même nature, et toujours, dans ces conditions, la vérole s't3st produite de part et d'autre. Voilà un fait qui paraît aujourd'hui complètement établi par la clinique.
Un sujet vérole, contractant un nouveau chancre, peut-il li'ansraeltre la vérole? — Doctrine ancienne. — Observations de M. Cullerier,deM.MelchiorRobert; quatre faits nouveaux de la clinique du Midi , démontrant la transmission du chancroîde de M. Clerc sous forme d'un chancre infectant. — Question d'origine du chancre à base molle des sujets syphilitiques susceptible de reproduire un chancre induré. - Hypothèse. — Résumé général des recherches les plus récentes sur la contagion.
Je viens de vous montrer. Messieurs, que le chancre infectant se transmet toujours dans son espèce sur les sujets vierges.
Cela posé, changeons maintenant la question de face et recherchons si le chancre induré ne peut reconnaître pour origine qu'un chancre de même forme, s'il ne peut naître d'une autre variété de l'accident primitif.
Ici va surgir un nouveau point de doctrine.
INul doute que le chancre simple, développé sur un sujet vierge ,
f.IIANCRJi INli-ECTANT. 193
ne puisse, comme nous l'avons dit précédemment, que reproduire un chancre simple, non suivi des symptômes constitutionnels de la syphilis. Mais en est-il de môme pour le chancre à hase non indurée, développé sur un sujet syphihtique et reconnaissant pour origine un chancre induré? — Voilà, Messieurs, la question délicate qu'il nous reste à discuter.
Permettez que, par un exemple, je vous rende plus inlelligihle cette proposition.
Un sujet vérole, subissant l'influence de la diathèse, contracte un nouveau chancre avec une femme affectée de chancre induré. En vertu de l'unicité de la diathèse, ce chancre reste mou, et conserve l'aspect du chancre simple. Eh bien , qu'arrivera t-il s'il est transmis à un troisième sujet, vierge de tout accident syphilitique? Se' propagera-t-il dans l'espèce à laquelle sa forme apparente le rattache, c'est-à-dire comme chancre simple, ou bien conserverat-il la propriété infectieuse de son origine?
J'ai supposé longtemps que ce chancre devait se transmettre dans la forme à laquelle, sous une influence quelconque, il avait en définitive abouti. Ainsi je croyais que le chancre développé sur un sujet vérolé, quelle qu'en fût l'origine, devait toujours transmettre un chancre simple ; — c'est là, du reste, la doctrine que M. Clerc a rajeunie et développée dans ces derniers temps.
Cette croyance cependant ne reposait, pour moi, que sur une hypothèse. Car la difficulté de recueillir des faits complets et concluants sur ce point de la science avait toujours retenu mon jugement. Voyez, en effet, que de conditions réunies de semblables observations réclament. C'est : lo un sujet préalablement contamine qui doit se trouver exposé à une nouvelle contagion; 2o il faut que la source de celle seconde contagion soit un chancre
19/l LEÇONS SUR LE CHANCRE.
induré; 3«> il fauL enfin que le deuxième sujet auquel le chancre est transmis soifvierge de toute infection antérieure. — Jugez si l'on a souvent l'occasion de rencontrer à la fois tous ces éléments réunis, surtout dans des conditions qui permettent de suivre à coup sûr la filiation de l'accident.
Mais à défaut d'observations de ce genre , presque impossibles à découvrir , il est une question moins complexe qu'on peut faire servir à la solution du problème que j'étudie avec vous. C'est la suivante : Un sujet vérolé porteur d'un nouveau chancre peut-il transmettre la vérole à un sujet sain? Ce nouveau chancre, ce chancroïde, comme l'a appelé le docteur Clerc , peut-il devenir l'origine d'un chancre induré?
Eh bien, des observations récentes, que je veux vous faire connaître , semblent établir que le chancre à base molle développé sur un sujet préalablement vérolé peut quelquefois transmettre à un sujet sain un chancre qui s' indure et qui devient l'origine d'une syphilis constitutionnelle.
M. Cullerier nous a communiqué l'observation suivante :
Un jeune homme contracte un chancre induré et parcourt la série des accidents constitutionnels.
A plusieurs années d'intervalle, il prend un nouveau chancre, dont la base reste absolument molle, absolument dépourvue de l'induration spécifique.
11 se marie, portant encore ce chancre qu'il communique presque aussitôt à sa femme.
Le chancre de la femme induré et s'accompagne de l'adénopathie spécifique; puis à quelques mois d'intervalle il est suivi des symptômes de la syphilis constitutionnelle : syphilide papulo-
tuberculeuse générale, alopécie, impétigo du cuir chevelu; — et plus tard, accidents tertiaires (1).
Ici donc, point de doute : c'est le chancre à base molle, le chaneroïcle d'un sujet vérole, qui se transmet à une femme vierge d'infection antérieure, sous forme d'un chancre induré, suivi de vérole.
M. le docteur Melchior Robert a consigné, dans une thèse récente d'un élève de Lyon (2), trois observations analogues à la précédente, qui démonti'cnt également la possibilité d'une infection constitutionnelle développée sur des sujets vierges par la contagion de chancres mous provenant de sujets syphilitiques.
Enfin, dans ces derniers temps, MM. A. Fournier et Caby ont (1) Voici le texte même de M. Cullerier :
« Un jeune homme est affecté de chancre induré, puis de symptômes constitutionnels. Un traitement rationnel est suivi régulièrement, el tout disparaît. Au bout de quelques années cet homme gagne un nouveau chancre qui reste a l'état simple, sans retentissement sur l'économie. — Le malade, fort éclairé d'ailleurs, mais ayant mal compris la portée de ce qu'il avait entendu dire qu'on n'avait pas deux fois la vérole, n'altaoba aucune imporiance à l'ulcération dont il était affecté, et n'hésita pas à se marier , sans prendre aucun conseil médical. La jeune femme , comme on peut le croire , fut bientôt elle-même affectée d'un chancre. Mais celui-ci s'inclura, se compliqua d'engorgements ganglionnaires, puis fut suivi, dans l'espace de temps habituel, d'une syphilide papulo-tuberculeuse générale, d'alopécie, d'impétigo du cuir chevelu, et plus lard d'accidents tertiaires. » (Société de chirurgie, 1855.)
Aux yeux de M. Cullerier, ce fuit serait « un argument puissant conli'c ridée de la dualité du virus syphililique. » — L'on verra par ce qui suit que M. Ricord donne une interprétation toute différente tant à ce fait qu'aux observations analogues citées plus loin.
2) Du double virm sypkUilifiuc , par Acli. Dku.n, inlcrnc des hôpitaux de Ljon.
recueilli, sous mes yeux et sous les vôtres, les quatre observations suivantes qui confirment encore le môme fait (1). En voici l'analyse :
Dans la première, il s'agit d'une fille N..., qui contracte en (1) Voici ces observations :
Obs. I. — N... (Marie), âgée de 17 ans. — Fille publique. — Tempérament sanguin.
Cette fille a été retenue six fois à Saint-Lazare depuis 1855, pour des accidents vénériens, à savoir :
Mai 1855. — Vulvite, vaginite granuleuse, catarrhe utérin purulent.
Novembre 1855. — Chancre inddré de la fosse naviculaire. — Adénopalhie bi-inguinale h ganglions multiples, durs et indolents.
Février 1856. — Plaques muqueuses de la vulve et de l'anus. — Adénopathie inguinale persistante. — Adénopalhie cervicale postérieure. — Alopécie.
Mars 1856. — Chancre simple, à base molle, de la petite lèvre gauche. 24 mai. — Angine ; ulcérations des amygdales et du voile du palais. Sortie de Saint-Lazare le 11 juin.
Le 17 juin, celte fille rentre à St-Lazare, portant un chancre sur la fourchette, chancre a base molle, sans retentissement ganglionnaire. — Cautérisation. — {La bouche, les organes génitaux, l'anus, examinés avec le plus grand soin, ne présentent pas la moindre trace d'autres accidents syphilitiques, a cette épcfque {*).
Huit jours après (25 juin), développement de nouvelles papules muqueuses de la vulve. — Cautérisation. — Traitement mercuriel.
Sortie de Saint-Lazare le 1" juillet.
Ce fut dans le court intervalle de ses deux derniers séjours à Saint- Lazare (du 11 au 17 juin), que cette fille contracta un nouveau chancre et le communiqua à notre malade, dont voici l'histoire :
R... (Louis), âgé de 23 ans. — Constitution robuste; tempérament sanguin.
Antécédents : Blennorrhagie en 1855. — Jamais de chancre.
(*] La coïncidence d'accidents syphilitiques secondaires avec le nouveau chancre eût été certes une complication qui aurait P» j^ter l'incertitude sur les conséquences doctrinales de cette observation et des suivantes Je "«te donc dC façon très formelle qu'elle ne s'est présentée dans aucim des faits relatés ic - Les observations dans lesquelles elle s'est produite ont ete sacrUiees.
novembre 1855 un chano'e induré. Cette fille ne tarde pas à présenter des accidents secondaires , pour lesquels elle entre à plu- Rapports avec la fille N... (Marie), le 15 juin. — {Coït antérieur remontant à six semaines au moins; — pas de coït consécutif.)
Le 18 ou le 19 juin , début d'un écoulement urélral ; deux jours après, développement de deux petites ulcérations sur la lèvre supérieure, près de la ligne médiane; ces ulcérations ne cessèrent de s'agrandir, et le malade remarqua qu'elles « prirent une grande dureté » en quelques jours. — Pas de traitement.
État actuel, 11 juillet. — Double chancre induré de la lèvre supérieure, reposant sur une base extrêmement dure, chondroïde. — (Rapports ab ore avoués par le malade). — Ces deux cliancres sont situés parallèlement près de la ligne médiane, celui de droite est de beaucoup le plus étendu.
Adénopathie sous -maxillaire du côté droit, datant d'une quinzaine de jours, au dire du malade , devenue douloureuse seulement depuis quelques jours. — Un ganglion dur et indolent dans la région sous-maxillaire gauche.
Blennorhagie simple. — Aucune induration sur le trajet de l'urètre. — Pas d'adénopalhie inguinale.
Traitement : Gérât opiacé. — 1 pil. proto-iodure. — Gubèbe et injections astringentes.
Trois inoculations successives avec le pus des chancres labiaux; triple résultat négatif.
21. — Les chancres sont en voie de réparation. — Le bubon sousmaxillaire droit a pris beaucoup de développement; il est devenu très douloureux. — Légère rougeur de la peau dans celte région. — Cataplasmes.