‹ Leçons sur le chancre (volume 2)Chapitre 26 sur 53 · SIÈGE DU CHANCRE · texte numérisé non relu

SIÈGE DU CHANCRE

Les graves et intéressants problèmes que soulève cette question du siège du chancre ont fait désirer à M. Ricord qu'il fût dressé à ce sujet un tableau synoptique renfermant tous les chancres observés cette année dans son service.

Dans l'intention de notre maître , ce tableau devait à la fois établir d'une façon précise la fréquence relative des chancres des différentes régions , et surtout répondre par des preuves numériques à certaines erreurs doctrinales dont il sera bientôt question.

J'ai dressé en conséquence le tableau suivant sur les observations de 824 malades , dans lesquelles le siège du chancre a été noté avec précision.

Chancres Chancres indurés, simples.

Malades affectés de Chancres du gland et du -prépuce. . 31Zi 296 — — Chancres du fourreau de la verge. . 60 15

— Chancres multiples de la verge, c'està-dire présentant à la fois des chancres du prépuce et du fourreau, du

fourreau et du gland, elc 11 17

— Chancres du méat urinaire 32 9

— Chancres infra-urctraux (ne pouvant être aperçus par l'écartement forcé des lèvres du méat; diagnostiqués par l'inoculation , par le toucher, par la lymphïingile, etc. . . 17 3

— Chancres du scrotum 7 »

— Chancres du sillon péno-scrotal. . . /i »

. Chancres Chancres indurés, simples.

Malades affectés de Chancres de Canus ; . . 6 2

— — Chancres des lèvres. 12 »

— — Chancres de la langue 3 »

— — Chancre du nez 1 »

' — — Chancre de la pituiiaire 1 n

— — Chancre de la paupière. 1 »

— — Chancres des doigts 1 1

— — Chancre de la jambe (1) 1 i>

Ce tableau contient quelques résultats très significatifs.

I. — Il établit d'une façon démonstrative la fréquence de certains chancres qu'on s'obstine à regarder comme très rares et tout à fait exceptionnels. Tels sont, en première ligne, les chancres intraurétraux. Sur un total de 824 chancres , l'on en trouve ici vingt siégeant DANS l'urètre, et à une distance assez éloignée pour ne pouvoir être aperçiis par L'écartement forcé des lèvres du méat (2). — Je dois noter encore que ce chiffi'e est au-dessous de la moyenne réelle : car, dans les cas où. un chancre d'une région facilement accessible coexiste avec un chancre de l'urètre, ce dernier risque souvent dépasser inaperçu.

Viennent, après les chancres de l'urètre, les chancres de la face, des lèvres, de la langue, etc. : toutes régions sur lesquelles l'existence d'un accident ^pmmYf/" passait, il n'y a pas longtemps encore, aux yeux de certains syphiliographes, pour un fait au moins contestable. — Le tableau précédent démontre que les chancres de ces régions sont loin d'être rares.

n. — L'on remarquera que les chancres simples du fourreau de la verge sont assez rares. C'est même cette rareté qui a fait

(1) Mon collègue V. Poisson a observé, celle année, un chancre du pied. Ce chancre siégeait dans le sillon intermédiaire au quatrième et au cinquième orteil. Il a fourni par l'inoculation la pustule spécifique. A. F.

(2) Je ferai remarquer qu'il n'est question ici que de chancres intra-urétraux, non apparents à l'extérieur, .l'ai étahli une division à part pour les chancres du méat. '

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croire et dire à certains syphiliograplies d'un grand mérite que tous les chancres du fourreau donnaient la vérole. — Il est vrai qu'on rencontre bien plus souvent sur le fourreau des ulcérations à base parcbeminée que des ulcérations à base molle. La raison de cette inégalité nous échappe ; mais, en tout cas, il serait faux de l'attribuer à une sorte de réaction du terrain sur la nature du chancre; car, dans cette hypothèse, tous les chancres de cette région devraient fatalement présenter le même caractère, comme forme initiale, et les mêmes conséquences ultérieures. Or, les chiffres précédents protestent contre une semblable uniformité.

III. — Même remarque pour les chancres des doigts, auxquels certains praticiens attribuent un pouvoir infectieux fatal. — Sur deux cas observés, l'on en trouve un pour chaque variété du chancre.

IV. — L'induration étant difficilement appréciable sur Vanus, l'on a cru qu'elle ne s'y formulait pas, et que les chancres de cette région pouvaient s'accompagner de symptômes constitutionnels, sans revêtir cette forme obligée des ulcérations de nature infectieuse. — Notre statistique montrera que, sur cette région même, l'induration n'échappe pas à la main habile de M. Ricord.

V. — Enfin, les quelques exemples que nous avons cités de chancres à siège très singulier tchancre du nez, chancre de la jjituitaire, chancre de la jambe, etc.), démontreront, une fois de plus, qu'il n'est pas de région sur laquelle l'accident primitif ne puisse s'implanter , et que dans les cas de syphilis dont l'exorde fait défaut à la verge, la négation du chancre comme prélude de la diathèse ne serait acceptable qu'après une investigation génércde des plus minutieuses. — C'est ce qu'avait dit Fernel : « Omnes partes adeundœ, à quibus initi^m habere jjotest, etc.. »

A FOURNIER

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