SIMPLE
(Je dois ajouter que les deux malades sur lesquels fut recueilli le pus qui servit à ces inoculations, avaient présenté aucun accident de syphilis, antérieurement à la contagion actuelle. )
\, Fournies.
CHAiXCRE SIMPLE. 65
Mais, à défaut d'inoculation à la lancette, interrogeons ce que produit l'inoculation physiologique.
L'on s'est occupé, dans ces derniers temps, de comparer les accidents de contagion sur les sujets mutuellement infectés, c'està-dire de suivre la généalogie du chancre, en remontant du symptôme transmis à son origine. Vous comprenez immédiatement, Messieurs, tout ce que de semblables recherches offrent de difficultés et de causes d'erreurs : renseignements incertains ou erronés ; assertions mensongères ; optimisme mal entendu de certains malades, accordant à telle femme une confiance illimitée et accusant telle autre qui leur paraît suspecte; pluralité des rapports sexuels au moment où s'est produite l'infection ; développement du chancre sur la cicatrice indurée d'un chancre antérieur; double contagion; antécédents ignorés ou méconnus; coïncidences de toute nature; contagion médiate, etc., etc.
Aussi, des observations de cette nature demandent-elles à être recueillies avec la plus attentive défiance et la plus minutieuse rigueur.
Pour ma part, dans tous les cas qui me restent en souvenir, lorsque j'ai pu remonter à la sourced'ùn chancre simple, j'ai toujours rencontré sur le sujet qui avait transmis la contagion, un accident de même forme et de même nature.
Tel est également le résultat qu'ont fourni à M. Bassereau ses nombreuses recherches sur les rapports de forme entre les symptômes présentés de part et d'autre par les sujets malades et les femmes dont ils tiennent la contagion. Si l'on confronte, dit-il, les malades atteints de chancres qui n'ont déterminé aucun symptôme de syphilis générale, avec les sujets qui les ont infectés ou avec ceux qu'ils ont infectés, on voit ceux-ci. sans exception, être éga-
66 LEÇONS SUR ia: chancre.
lement atteints de chancres qui bornent leur action au point primitivement contaminé (1). — Cette proposition est formelle, et j'y attache un grand prix. Mais il est à regretter que son auteur, dans l'excellent livre d'où elle est extraite, n'ait exposé en détail que les faits Telatifs à la contagion du chancre infectant.
L'un de mes anciens élèves, aujourd'hui syphihographe distingué, M. le docteur Clerc, est arrivé à une toute semblable conclusion dans w\ mémoire récent (2). — D'après lui, tel malade aurait un chancre infectant ou un chancre simple, non pas à cause de telle ou telle prédisposition inconnue , mais simplement parce qu'il s'est exposé à la contagion d'un accident de même espèce. A l'appui de cette doctrine, M. Clerc a rapporté, dans son intéressant travail, cinq observations de chancres simples transmis par des chancres de même nature.
Enfin, dans ces derniers temps, deux internes de Paris se sont mis à la recherche d'observations semblables, et ont rassemblé, tant sous mes yeux qu'à Saint-Ltizare , un très grand nombre de faits qui permettent de comparer sur une large échelle les accidents développés de part et d'autre sur des sujets mutuellement infectés (3).
Trente-neuf fois, à propos de malades affectés de chancres simples, MM. A. Fournier et Caby ont pu remonter à la source de la contagion , et trente-neuf fois ils ont trouvé l'accident originel absolument semblable, comme forme et comme nature, à l'accident transmis.
(1) Bussereau, Traité des affections de la peau sipnptomaliques de la
fvphilis, page 197. . , ^ . , ..
(2) Uu chancrovlc syphiUii'im , Mémoire lu à la Société des sciences médicales de Paris, le 27 octobre 185i.
(3 V. note X.
Souvent même, la chance les a assez heureusenienl servis pour réunir à l'hôpital un certain nombre de malades qui avaient puisé l'infection à la même source; et, dans ces cas, ils ont toujours et invariablement constaté, et j'ai constaté avec eux : 1" une parfaite analogie entre les chancres sur les différents individus contagionnés; 2o une identité complète de ces différents chancres avec l'accident originel.
Telles sont, par exemple, les observations suivantes relatives à des malades que vous avez pu examiner dans le service et sur lesquels j'ai plus d'une fois fixé votre attention. .le ne ferai que vous les rappeler dans une courte analyse (1).
(1) Voici, ea détail, les faits cilés par M. Ricord. Je les extrais textuellement de notre travail sur la contagion du chancre, travail qui n'a certainement de prix que par l'attention dont l'illustre syphiliographe a bien voulu l'honorer :
Observation I". — Double contagion de chancres simples.
I. C... (l^aul), âgé de 28 ans. Constitution robuste. Aucun antécédent vénérien.
Cet homme vivait avec la fille Fr.... depuis six semaines, sans avoir de rapports avec aucune autre femme, lorsque, à la date du 16 janvier, il reconnut l'existence de plusieurs petites ulcérations siégeant sur le prépuce et la racine du gland. Il vint aussitôt à la consultation du Midi, où nous pûmes constater quatre chancres simples, k base parfaitement molle, et sans aucun retentissement ganglionnaire.
Traitement prescrit: trois pansements chaque jour, avec charpie imbibée de vin aromatique.
Le malade ne suivit cette prescription que très irrégulièrement. Il fatigua beaucoup. Vers la fin de février, les chancres persistaient encore. Il se manifesta, dans les premiers jours de mars, un bubon aigu de l'aine gauche, gui força le malade d'entrer au Midi (service de M. Ricord).
Les chancres se cicatrisèrent à l'hôpital dans l'espace de quelques Jours. Le bubon fui ouvert le 21 mars. Un décollement de la peau, assez considérable, retint le malade plusieurs mois dans nos salles.
Aucun traitement interne ne fut prescrit. Je revis C... dans le courant de 8epleml)ic : il ne présentait aucun symptôme de syphilis,
68 LEÇONS SUR LE CflAiNCRE.
Deux individus ont des rapports, à quelques jours d'intervalle, avec une même femme.
II. En janvier 1856, entrait au même hôpital (service de M. Puche), le nommé P... (Jacques), âgé de 3/i ans, d'un tempérament lymphatique, d'une constitution affaiblie.
P... avait eu des rapports avec la même fille Fr.... dans la première semaine de janvier. Coït antérieur remontant à sept semaines.
M. Puche diagnostiqua sur ce malade, à la date du»19 janvier, l'existence de trois chancres simples, à base molle, siégeant sur le prépuce ; d'un bubon aigu, suppuré ; d'une blennorrhagie.
Pansement des chancres à la glycérine. Cubèbe. Guérison sans accident.
III. Enfin, le 2/i janvier, la fille Fr... entrait à Saint-Lazare. (25 ans, tempérament sanguin. Premier accident vénérien.)
Je constatai sur elle à cette époque : un chancre simple, à base molle, de la grande lèvre gauche; un chancre semblable de l'anus; un bubon aigu de l'aine gauche; une vaginite intense.
Dans les jours suivants, suppuration du bubon. Aucun accident consécutif.
Observation II'. — Double cowtagion de chancres simples.
J..., fille publique, âgée de 18 ans. Tempérament lymphatique. Constitution moyenne. Entrée à Saint-Lazare le 17 septembre (service de M. Delamorlière).
Cette fille a été affectée, il y a un an, d'une métrite granuleuse, pour laquelle elle a été retenue six semaines à St-Lazare. Depuis cette époque, aucun accident.
Etat actuel, 17 septembre : Chancre simple, hhdi^t parfaitement molle, à fond déchiqueté, vermoulu ; siégeant sur les replis de l'entrée du vagin. Ulcération superficielle de la lèvre postérieure du col utérin, sans caractère bien appréciable. — Traitement : cautérisation ; injections d'alun.
30 septembre. Apparition d'un nouveau chancre simple au périnée (inoculation accidentelle). Cautérisation.
6 octobre. Les chancres sont en voie de réparation. Base très souple, absolument exempte de toute induration.
13 octobre. Guérison. Sortie le 25.
Hevue en décembre : aucun accident constitutionnel.
CHANCRK SIMPLE.
Tous deux prennent des chancres simples qui s'accompagnent, chez l'un et chez l'autre, de bubon suppuré.
II. C... (Jules), âgé de 19 ans. Tempérament lymphatique ; constitution chétive. Entré au Midi le 7 octobre.
Une blennorhagie en ISbli, guérie par l'emploi du copahu. Depuis cette époque, aucun accident vénérien.
G... vivait avec la fille J... depuis deux mois, sans avoir de rapports avec d'autre femme, lorsque, à la date du 16 septembre, il reconnut l'existence de plusieurs petits boutons sur le prépuce. A ces boutons succédèrent bientôt des ulcérations qui s'élargirent.
Le 7 octobre nous constatons l'état suivant :
Trois chancres simples, à base molle, siégeant sur la face muqueuse du prépuce. Aucun retentissement ganglionnaire. Nul autre symptôme.
Traitement : Lotions émollienles. Charpie sèche.
Une inoculation, faite sur le bras avec le pus de l'un des chancres, produit un chancre simple, à base également molle. Cautérisation.
Le 10 septembre, deux nouvelles ulcérations très petites et à base molle se sont déclarées au pourtour des chancres, sur le prépuce (inoculations de voisinage). Développement analogue d'un chancre très petit sur le fourreau de la verge. Cautérisation.
Le 13, les chancres sont en voie de i éparation.
Le 2/1, le malade nous montre une large ulcération siégeant sur IHndex, d'aspect chancreux. Il nous apprend qu'il s'est fait une coupure à ce doigt dans ces derniers jours, et qu'il a continué à panser ses chancres sans protéger la coupure. La base de l'ulcération ne présente aucune dureté. Pas de retentissement ganglionnaire. — Pansement au vin aromatique.
2 novembre. Le chancre digital est en voie de réparation.
IZi novembre. Les chancres sont cicatrisés. Le malade quitte l'hôpital.
Revu en janvier 1857. Aucun accident constitutionnel.
IIL L..., âgé de 19 ans. Tempérament sanguin; constitutiou très robuste.
Premier accident vénérien.
Dernier coït du 15 septembre, avec la flUe J... Coït antérieur datant de trois semaines au moins.
Chancre reconnu par le malade le 18 septembre. Traitement à l'aide de diverses pommades.
Le 3 octobre, nous constatons un chancre simple, à base molle, sié-