‹ Leçons sur le chancre (volume 2)Chapitre 4 sur 53 · C.HAXCnK SIMPI.K · texte numérisé non relu

C.HAXCnK SIMPI.K

Le chancre simple n'a pas de durée limitée. Sans doute, dans l'énorme majorité des cas, il se cicatrise dans le courant de quelques septénaires ; mais il n'est pas rare de voir la période de réparation se faire attendre bien au-delà de ce terme.

C'est la forme du chancre qui persiste le plus longtemps, et qui persiste en conservant, comme je viens de vous le dire, sa spécificité virulente presque jusqu'aux derniers instants de son existence.

Le chancre simple produit une ulcération à tendance destructive. Il s'étale, en général, sur de plus larges surfaces que le chancre induré, et laboure sur une bien plus grande étendue les régions où il se développe.

En outre, c'est la forme qui subit le plus souvent la terrible complication du phagédénisme.

Ce sont, sachez-le bien, Messieurs, ce sont des chancres simples, non infectants, non suivis de syphilis constitutionnelle, qui, le plus souvent, ont produit ces horribles délabrements, ces destructions épouvantables dont vous avez pu lire les néfastes histoires. Ce sont des chancres simples qui, dans un grand nombre de cas, ont amputé la verge, creusé de vastes cavernes dans les régions inguinales, détruit des portions considérables de tissus et d'organes ; c'est un chancre simple, d'origine ganglionnaire, qui, sur un des malades actuellement traités dans le service, a successivement parcouru et labouré, depuis huit ans, l'aine, le flanc, les lombes, la fesse, la cuisse tout entière, et qui, maintenant, occupe encore toute la région du genou.

Ne croyez pas cependant que le phagédénisme soit une complication qui appartienne en propre à celte variété du chancre : l'autre variété n'en est point exempte. Mais, commej'aurai bientôt l'occasion de vous le dire, d'une part le phagédénisme est une déviation rare pour le chancre induré ; d'autre part, lorsqu'il se développe

kk LEÇO\S SrR l,K CHVNCRK.

dans ces conditions, il est bien loin d'offrir alors une puissance d'extension et une résistance égales à celles que vous lui connaissez, lorsqu'il sévit sur une ulcération de nature opposée.

Je viens, Messieurs, de vous exposer en détail les différents caractères du chancre simple. Si vous désirez maintenant que je vous les présente résumés dans un court aperçu synoptique, je vous dirai :

Le chancre simple est un chancre dont la base reste molle , ou ne présente qu'un épaississement inflammatoire ;

Qui ne réagit pas sur les ganglions ou qui les influence d'une façon toute spéciale , en produisant une adénite inflammatoire, aiguë , monoganglionnaire , aboutissant presque fatalement à la suppuration, et fournissant le plus souvent un pus inoculable;

Chancre à bords nettement découpés et taillés à pic ; à fond irrégulier et vermoulu ;

Chancre le plus ordinairement multiple d'emblée, ou se multipliant après coup, par une sérié d'inoculations de voisinage ;

Chancre à pus virulent et contagieux par excellence , conservant le plus longtemps les caractères qui en constituent la spécificité ;

Enfin chancre à tendance destructive et envahissante ; forme d'ulcération la plus apte à subir la déviation phagédénique.

Diagnostic. — Un seul signe absolu : l'inoculabiliié. — Le chancre est tout entier dans le pus qu'il sécrètt.

Quelque tranchés, quelque spéciaux que puissent être les carae-

CHANCHE SIMPLE. l^Ô

tères extérieurs du chancre, ils ne suffisent pas à établir, d'une façon péremptoire et absolue, le diagnostic de cette affection.

Le siège de l'accident, la forme arrondie de l'ulcération, le fond grisâtre, rugueux, vermoulu et couvert d'une couche pseudomembraneuse adhérente, les bords découpés, décollés et taillés à pic, la sécrétion rouillée et sanieuse, l'auréole violacée du pourtour, les progrès et la marche de l'affection, etc., constituent sans doute des signes d'une haute importance, et gui prennent surtout une grande valeur par leur ensemble. Mais tous ces caractères, isolés ou groupés, ne constituent jamais que des présomptions pour le diagnostic, et ne fournissent pas de certitude absolue.

D'une part, en effet, ils peuvent faire défaut au véritable chancre; d'autre part, il n'est pas rare de les rencontrer sur des ulcérations non spécifiques.

Mais il est un signe qui suffit à lui seul à établir le diagnostic de la façon la plus solide, et qui, je n'hésite pas à le dire, constitue le seul caractère pathognomonique du chancre.

De toutes les ulcérations d'origine vulgaire, vénérienne ou même syphilitique, il n'en est qu'une seule dont le pus soit susceptible de reproduire par l'inoculation une ulcération semblable à celle qui l'a fourni : c'est le chancre.

L'inoculabilité du pus sécrété est le seul signe absolu de la spécificité virulente.

Voilà, Messieurs, le véritable cachet -de l'affection qui nous occupe actuellement; voilà le caractère pathognomonique du chancre, et le seul qu'on puisse invoquer pour un diagnostic rigoureux.

Le chancre, comme je l'ai dit tant de fois, n'est ni dans sa forme, ni dans son fond, ni d'une manière absolue dans aucun

de ses caractères extérieurs. Il est tout entier dans le pus qu'il sécrète.

Mais le caractère virulent et spécifique de l'ulcération étant reconnu, la question diagnostique n'est pas épuisée. Reste un problème capital à résoudre : c'est d'assigner au chancre son espèce, et par là son pronostic et son traitement.

Je réserve actuellement cette question de diagnostic différentiel, sur laquelle j'insisterai longuement après vous avoir entretenus du chancre infectant.

Pronostic : le chancre simple n'infecte pas, ne crée pas de diathèse : c'est un

chancre sans vérole.

J'ai hâte d'aborder la plus haute question relative â la variété de l'ulcère syphilitique dont noifs avons traité jusqu'à présent : je veux parler dn pronostic .

Hunter avait reconnu que le chancre reste, pour certains sujets, une affection purement locale. On peut, disait-il, empêcher l'infection par une intervention thérapeutique hâtive et bien dirigée (1).

(1) Cette croyance est nettement formulée par Hunter dans plusieurs chapitres de son Traité de la syphilis :

« Le traitement mercuriel pose, en général, unebarrière à l'infection.... » (Sixième partie, chap. I.)

Et ailleurs :

« Il est nécessaire de donner les préparations mercurielles à Tintérienr, tant pour concourir à la guérison des chancres que ^wv prévenir une syphilis constihuionnelle; et l'on peut raisonnablement alïïrmer que la disposition syphi-

CHANCRE SIMPLE. /i7

Cette vérité, que le grand Hunter formulait en embrassant dans une généralisation imprudente toutes les variétés du chancre, je la reproduis, à mon tour, aujourd'hui ; mais ce qu'il attribuait à une influence médicatrice, je l'attribue, moi, à la forme spéciale de l'ulcération primitive, et peut-être à une différence dans la nature et l'origine du pus virulent.

De plus, en même temps que je crée des espèces nosologiques distinctes, j'assigne à chacune d'elles ses caractères et son pronostic particuliers.

Oui, et mille fois oui, il y a des chancres qui infectent l'économie, tandis qu'il en est d'autres qui ne l'infectent pas ^ et cela, bien entendu , indépendamment de toute influence thérapeutique. Les uns créent une diathèse, un tempérament morbide ; les autres se bornent à une simple lésion locale.

Et j'ajoute :

Des caractères très précis, des signes matériels, palpables, évidents, qu'on peut interroger de l'œil et' explorer du doigt, permettent de distinguer ces deux ulcérations l'une de l'autre, dès le début.

Ces divers signes, je viens, Messieurs, de vous les faire connaître en partie en vous exposant l'histoire clinique du chancre simple; j'en achèverai l'exposition en vous entretenant du chancre induré.

Voilà bientôt vingt-cinq ans que je travaille à établir, à carac-

litique d'un chancre ne peut guère résister à l'action des mei'curiaux donnés à la fois localement et à Vintérieur. »

Ailleurs encore :

« Comme il est dilTicile que des chancres existent, sans qu'il y ait absorption duvirus, il est absolument nécessaire de faire agir intérieurement le mercure, afin d'empêcher que la disposition syphilitique ne se forme. » (Dn cnANcniî, cli.lll, ,SV1.) A. F.

48 LEÇONS SLn LK CIIA.NCRF,.

tériser, à signaler ces différences ! C'est donc avec l'autorité d'une vieille expérience que je puis aujourd'hui formuler ce pronostic:

Le chancre simple, à base molle, est une affection purement locale, qui home ses effets à la région qu'elle attaque ; qui n'a jamais de retentissement général, qui ne s'accompagne jamais d'accidents constitutionnels. En d'autres termes, c'est un chancre qui n'infecte pas l'économie, un chancre sans vérole.

Vous, Messieurs, qui venez de parcourir nos salles et d'assister au lugubre tableau que présente la vérole, vous sentez, sans doute, toute l'importance de ce pronostic d'avenir. Vous comprenez s'il est indifférent pour le malade et le praticien de savoir, un chancre étant donné, quelles doivent en être les conséquences ; de savoir si ce chancre se bornera à une simple lésion de la partie affectée, ou si l'économie tout entière doit en conserver à jamais peut-être l'ineffaçable souillure.

Eh bien. Messieurs, cette question de pronostic, j'ai la prétention de maintenir qu'elle peut être résolue dès le principe, dans l'énorme majorité des cas, en tenant compte des caractères que je vous ai signalés précédemment et de ceux dont je vous parlerai bientôt. Je prétends que les signes à l'aide desquels on peut distinguer l'une de l'autre les deux variétés du chancre sont tellement tranchés, tellement nets, tellement absolus, que la certitude diagnostique peut se faire le plus souvent dès le premier examen, qu'elle se complète en quelques jours pour les cas restés primitivement douteux, et que bien rares, bien exceptionnels sont ces faits ambigus et complexes qui peuvent suspendre le jugement d'un médecin expérimenté.

C'est là une conviction que vous partagerez bientôt, je l'espère.

Voilà pour les conséquences générales. J'aborderai, dans quelques instants, ce qui a trait au pronostic local.

Pronostic local. — Traitement. — Cautérisation. — Caustique carbo-sulfurique. - Traitement régulier du chancre. — Du phagédénisme. — Influence curative de l'érysipèle sur le phagédénisme. — L'onguent napolitain. — Indications particulières fournies par certains chancres. — Inutilité d'une médication anti-diathésique contre le chancre simple. — Des véroles guéries à coup sûr et radicalement.

Vous avez déjà prévu que cette différence pronostique entre les deux variétés du chancre doit aboutir à de semblables différences thérapeutiques.

Avec le chancre induré, c'est la diathèse qu'il faut combattre ; et de là, la nécessité d'un traitement général. Avec le chancre simple, au contraire, pas de diathèse, et, dès lors, inutilité de toute médication préventive destinée à mettre en garde l'économie contre des symptômes qui ne doivent pas se produire.

C'est donc un simple traitement local, que réclame le chancre mou.

Mais, sachez-le bien, Messieurs, ce traitement prend ici une importance toute particulière, en raison des accidents qui compliquent de préférence cette variété de l'ulcère syphilitique primitif. C'est qu'en effet, si le chancre simple respecte l'économie, il présente en revanche une fâcheuse disposition à s'étendre, à se multiplier, àproduire des bubons aigus, presque fatalement voués à la suppuration, et à une suppuration virulente; enfin à subir la terrible complication du phagédénisme. En sorte que le pronostic du chancre simple peut être renfermé dans cette formule : ulcération innocenle comme fond , dangerensc comme forme. C'est donc

50 LEÇONS SLR LE CHAlNCRE.

à la forme et aux complications locales qu'il convient ici de réserver toutes les ressources du traitement.

Voulez-vous connaître d'un seul mot tout le secret de la thérapeutique du chancre. Le voici : réduire l'ulcération spécifique à l'état d'un ulcère simple ; transformer une plaie possédant sa cause spéciale d'entretien en une plaie qui n'ait plus raison d'être. Telle est l'indication à remplir.

Eh bien, ce but, la cautérisation l'atteint à merveille : non pas une cautérisation légère, superficielle, qui ne fera qu'effleurer la surface ulcérée; mais une cautérisation profonde, large et véritablement destructive.

Aussi faut-il, pour être efficace, que cette cautérisation soit appliquée suivant certaines règles que je veux vous indiquer en quelques mots.

Le caustique employé doit être étalé sur toute la surface du chancre, et un peu au delà. Il est fort important que l'action destructive déborde la circonférence de l'ulcération. C'est qu'en effet, la spécificité virulente n'existe pas seulement sur l'aire ulcérée du chancre, mais s'étend au delà, dans un rayon variable et indéterminé ; en sorte que les tissus voisins, en apparence sains et intacts, portent en eux le germe de la virulence. Cette zone périphérique infectée devra donc être également détruite par la cautérisation.

Le choix du caustique est loin d'être indifi'érent. Il faut rejeter d'abord tous les caustiques légers, qui ne sont tout au plus que des modificateurs anodins. Ce qui est ici nécessaire, c'est un agent destructeur. Auquel convient-il de donner la préférence ?

J'ai successivement expérimenté la pâte de Vienne, la potasse, l'acide nitrique, le fer rouge, etc., etc.. Tous ces caustiques ont des inconvénients qu'il serait superflu de vous signaler . d'autant

CHANCRE SIMl'Lli. 51

que j'ai à vous proposer un agent nouveau, d'une merveilleuse efficacité, et à l'abri de tout reproche. Ce caustique , c'est l'acide sulfurique, uni à la poudre de charbon végétal, dans les proportions nécessaires pour former une pâte demi-solide (1). Cette pâle, appliquée sur les chancres, ne tarde pas à se dessécher et à former une sorte de croûte noire qui reste adhérente aux tissus, qui fait, pour ainsi dire, corps avec eux et ne tombe que plusieurs jours après son apphcation, dans le cours du second septénaire en général. Lors de sa chute, la plaie qu'elle laisse à découvert n'est plus qu'une plaie simple, exempte de toute virulence, analogue, en un mot, à l'ulcération qui suit la séparation d'une escarre, et que la cicatrisation ne tarde pas à envahir. Quelquefois même, le travail réparateur est presque complètement achevé lorsque la croûte se détache, et il n'est pas rare de trouver au-dessous une cicatrice déjà formée.

Sans doute, le caustique carbo-sulfurique est d'une application fort douloureuse. Néanmoins, la douleur qu'il provoque est inférieure de beaucoup à celle que produit l'acide azotique ou le fer rouge ; elle se montre aussi moins persistante que celle qui accompagne les applications de pâte de Vienne.

C'est un caustique profond, qui modifie au loin les tissus avec lesquels il se trouve en contact, et qui, comme le chancre, a son rayonnement périphérique d'activité destructive. A ce titre donc, c'est le meilleur agent qu'on puisse employer pour détruire l'ulcère spécifique.

C'est merveille. Messieurs, de voir le résultat produit par une cautérisation méthodiquement pratiquée. Du jour au lendemain, c'est fait du chancre et de sa spécificité virulente. Le chancre,

{\) C'est un caustique analogue au caubtiqiic. saf'rano-siilltirique de M, Velpeau; la poudre de charbon y prend sculemciil lu place du salVnn,

52 T.EÇOiNS SUR LE CIIA>CRE.

passez-moi le mot, se trouve tné surplace, et ce qui lui succède, c'est une plaie simple, sans virulence, sans spécificité, une ulcération vulgaire qui, n'ayant plus de cause d'entretien, n'ayant plus de raison d'être, marche rapidement à la cicatrisation.

La cautérisation, Messieurs, est un moyen splendide de guérison du chancre.

C'est de plus, comme je l'ai dit ailleurs, au point de vue social, le prophylactique le plus puissant , puisqu'on détruisant le plus sûrement et le plus promptement les accidents contagieux, il éteint les foyers d'infection (1).

Mais rappelez-vous bien ceci : c'est que pour obtenir du moyen tout ce que je vous donne le droit d'en attendre, il faut l'employer dans toute sa rigueur. Je vous le répète encore : pas de cautérisation légère, superficielle, qui effleure le chancre, qui ébarbe l'ulcère ; ce que vous devez produire, c'est une cautérisation énergique et profonde, c'est une destruction!

Je ne veux pas vous rappelet ici tous les reproches, toutes les accusations que l'on a dirigés contre la cautérisation. Nous en avons fini, je l'espère, avec la doctrine « du loup renfermé dans la bergerie, » comme avec toutes les théories de virus répercuté, refoulé, etc., etc.. Que les partisans de ces vieilles erreurs renoncent à nous faire croire aux bénéfices de cette singulière tliérapeutique, qui laisse marcher les chancres à loisir, et les entretiendrait au besoin, dans la crainte de fermer trop tôt ces foyers de virulence, utiles et salutaires émonctoires pour l'organisme infecté I

Pour moi, j'adopte au contraire la méthode destructive, et je proclame bien haut ce précepte : Détruire le chancre le plus tôt possible; le détruire dans sa forme, comme accident local, et dans

(I) Lettres sur la syphilis.

rHANCRE SIMPLE. 53

ses conséquences de propagation, d'extension, de retentissement ganglionnaire et d'infection constitutionnelle, si pour le chancre infectant l'on arrive assez tôt.

Voilà, Messieurs, ce qu'il y a de véritablement capital dans la thérapeutique du chancre (1). Laissez-moi maintenant vous dire quelques mots sur ce qu'on est convenu d'appeler le traitement régulier de cette affection.

La cautérisation a échoué , ou bien le malade a refusé de s'y soumettre : somme toute, le chancre existe. Comment convientil de le panser, de le traiter?

Nous avons peu d'influence sur la marche et la durée du chancre, lorsque nous le laissons subsister avec sa spécificité virulente, c'est-à-dire lorsque nous renonçons à l'emploi des caustiques.

Les moyens hygiéniques les plus simples fournissent d'aussi bons, sinon de meilleurs résultats que les divers topiques médicamenteux qui encombrent inutilement l'arsenal de la thérapeutique. Aussi, dans tous les cas oîi le chancre n'a pas de tendance à l'ac-

(Ij Hunter avait déjà formulé cette proposition d'un façon très précise : « La méthode la plus simple de traiter un chancre consiste à le détruire ou à l'extirper. De cette manière on le réduit à l'état d'ulcère ou de plaie simple, et il .te cicatrise comme tout ulcère ou plaie de cette nature.

i> Cette destruction, ajoute Hunter, s'opère soit par l'excision, soit par le caustique. » - - ,Ie n'ai qu'un mot k dire de l'excision, méthode excellente sans doute, mais rarement applicable. L'on n'a le droit d'y recourir que dans les cas où le chancre siège sur des organes inutiles ou difformes, et qu'on peut sacrifier sans inconvénients pour le malade : par exemple, lorsqu'il occupe des nymphes très saillantes ou le limbe d'un long prépuce. Dans ces cas, en même temps qu'on emporte la maladie, l'on fait disparaître une difformité.

Il faut avoir grand soin de pratiquer l'excision à une certaine distance de l'aire ulcérée. Car, ainsi que je l'ai dit plus haut, le chancre a sa zone périphérique d'activité virulente , et la spécificité morbide s'étend plus loin que l'ulcération. — Si par malheur votre bistouri tombe sur la zone infectée, il arrive que, pour enlever un chancre , vous en produisez un nouveau, qui souvent est beaucoup plus étendu que le premier. R.

r.KÇONS sut! l.K CIlANf.ni;.

croissement, je me borne à conseiller de fréquentes lotions avec une eau émolliente ou légèrement astringente, et l'application consécutive sur l'ulcération d'un tamponnet de charpie sèche qui forme une sorte d' éponge pour absorber le pus virulent. Une circonstance importante , c'est de disposer cette charpie de façon à bien isoler la surface sécrétante des parties voisines, car vous connaissez le caractère contagieux du pus fourni par le chancre simple, et vous savez quelle désespérante aptitude il possède à inoculer tout ce qu'il touche.

Si la suppuration est abondante et si le chancre s'étend , j'ai recours au vin aromatique. C'est un des meilleurs topiques pour diminuer la sécrétion, neutraliser la virulence et tanner en quelque sorte les parties voisines de l'ulcération (1).

(ij Voici de quelle manière notre maître emploie ce médicament; voici en même temps les règles qu'il prescrit pour le traitement du chancre.

Les malades doivent laver l'ulcération avec le vin aromatique, en évitant de la fatiguer ou de la faire saigner. Us la recouvrent ensuite d'un tamponnet de charpie fine, assez imbibée du «lêmc topique pour rester humide sans couler; car, lorsque la charpie se trouve trop mouillée, l'espèce de macération qui en résulte nuit au travail de cicatrisation.

Il faut, à chaque pansement, mouiller la charpie avec le vin aromatique , de façon k la détacher sans déchirer les parties auxquelles elle pourrait adhérer par le fait du dessèchement. C'est qu'en effet, au voisinage du chancre simple, toute écorchure s'inocule, tout soulèvement de la peau favorise une nouvelle extension du mal.

Si le chancre s'accompagne de beaucoup d'irritabilité et de douleur, M. Ricord a coutume d'additionner le vin aromatique d'extrait gommeux d'opium (8 a 10 grains par once.) - 11 prescrit simultanément l'opium k l'intérieur, et, dans les cas de complications innammatoires, les bains répétés, les fomentations émollientes, le repos absolu, etc.. - 11 est rare, à moins de complications étrangères, telles que balanite, balano-posthite, pénitis érysipélateux, qu on soit forcé de recourir aux émissions sanguines.

Bien qu'en général, dit M. Ricord, l'on ne doive pas panser trop fréquemment un ulcère ou une plaie, afin de ne pas déranger le travail de cicatrisation, U faut se garder de suiv e le même précepte pour le chancre à la période de progrè .

iffaut se rappeler ici que la matière de la sécrétion devient une cause per-

CHANCRE SIMPI.K. 55

La solution iodée, la teinture d'iode étendue, la décoction de tan, l'eau chlorurée, etc., sont de bons moyens détersifs, mais ce ne sont encore que des modificateurs sans spécificité.

Je ne dirai pas de même du tartrate ferrico-potassique. Il y a véritablement quelque chose de spécifique dans son action sur le chancre rongeur, à tendance envahissante. C'est assurément Vennemi-né du phagédéiiisme. Il le combat, le modère presque toujours et l'arrête le plus souvent. J'ai triomphé de la plupart des chancres phagédéniques qu'il m'a été donné d'observer, avec de simples pansements à la solution de tartrate ferrico-potassique et l'administration du fer à l'intérieur (1).

manente de la maladie, et qu'il importe de ne pas la laisser séjourner sur les tissus. Les pansements seront donc répétés plusieurs fois par jour, trois ou quatre fois, suivant l'abondance de la suppuration.

Lorsque la période de réparation est arrivée, tant qu'elle marche régulièrement, l'on doit continuer le pansement au vin. L'on ne recourt à la cautérisation que s'il devient nécessaire de réprimer des bourgeons charnus exubérants.

Il arrive souvent à cette période, que la surface de l'ulcère, élevée au niveau des parties voisines, reste rouge et n'est presque plus couverte de sécrétion ; et cependant la plaie ne guérit pas, reste slationnaire. Dans ce cas, l'application superficielle du crayon de nitrate d'argent suffit pour terminer rapidement l^guérison. A.FouRNiER.

(1) Voici ma formule ordinaire :

1° Prendre chaque jour trois cuillerées à bouche de la liqueur suivante :

Eau distillée 200 grammes.

Tartrate ferrico-potassique, . 30 grammes. Mêlez.

2° Panser les ulcérations, deux fois par jour, avec de la charpie imbibée du même liquide.

Je ne parle pas ici de la cautérisation. C'est la médication préventive , par excellence, du phagédénisme. C'est aussi une excellente méthode curative.

Je ne dis rien non plus des modifications que devront imprimer à votre thérapeutique les différentes conditions qui peuvent donner naissance au phagédénisme, conditions générales ou locales : faiblesse de la constitution, anémie,

56 LEÇONS Sin I.K CHAXCRf..

Vous me pardonnerez une digression. — Rien de plus curieux sans doute que l'influence exercée par une maladie sur une autre maladie; mais rien de plus remarquable, lorsque cette influence se traduit par une action thérapeutique. Eh bien, c'est précisément un fait de ce genre que je veux vous signaler.

•T'ai vu, à deux reprises, des chancres phagédéniques énormes, contre lesquels toutes les médications étaient venues échouer tour à tour, MODIFIÉS et guéris par des érysipèles intercurrents.

En sorte que je considère l'érysipèle, sinon comme le spécifique, du moins comme un puissant adversaire du phagédénisme.

Cette influence salutaire n'est pas d'ailleurs exclusive aux ulcérations phagédéniques appartenant à la syphilis. Il y a longtemps, comme vous le savez, que les dermatologistes ont signalé les modifications remarquables qu'exerce le développement naturel ou provoqué d'un érysipèle sur certaines affections chroniques de la peau, du lupus en particulier (1).

Je dois, avant de terminer ce' qui a trait à la thérapeutique générale du chancre, vous signaler une méthode déplorable d'un usage fréquent dans le traitement du chancre, et dont vous pourrez trop souvent constater les funestes résultats à la consultation de cet hôpital.

Rien de plus nuisible, rien de plus antipathique au chancre simple que les corps gras en général. Mais des différentes pom-

scrofule, privations, misère; excès habituels; mauvais état des voies digestives- etc.; - inflammation, pansements irritants ou mal dirigés, œdème des parties, étranglement, passage de l'urine sur les ulcérations, etc., etc.

Tous ces détails ne sauraient trouver place dans une rapide exposition doctrinale.

(1) L'un des faits que j'ai signalés plus haut se trouve relaie en détail dans les notes annexées à ces leçons. (V. note IX.)

O.HANCnE SIMPLE. 5^

mades imaginées par un aveugle empirisme, il en est une plus spécialement dangereuse à elle seule que toutes les autres : c'est \' onguent napolitain.

L'onguent napolitain constitue pour le chancre simple un irritant par excellence; c'est une cause d'inflammation et d'extension virulente; c'est même l'une des origines les plus fréquentes du phagédénisme.

Il est peu de chancres à tendance destructive qui n'aient été tourmentés à leur début par des applications mercurielles intempestives.

L'observation journalière proteste donc contre l'opinion des anciens, de Hunter en particulier (1), et de tant d'autres, qui accorde au mercure une véritable spécificité contre toutes les ulcérations syphilitiques. Et quant à la variété d'accident qui nous occupe aujourd'hui, la désastreuse influence qu'exerce sur elle ce prétendu spécifique n'a été que trop souvent démontrée.

Je serai bref sur les quelques modifications que peut imprimer au traitement le siège particulier de certains chancres.

Lorsque l'ulcération spécifique occupe l'urètre ou quelque autre région plus ou moins cachée, plus ou moins profonde, les méthodes précédentes deviennent évidemment inapplicables, et il faut recourir à des médications un peu différentes.

Parlons d'abord du chancre urétral, ce fameux chancre larvé qui, jadis, souleva tant de querelles.

(I) « L'observation apprend que, dans le traitement du chancre, le mercure est un remède spécifique, et que ce médimmem guérit tout ulcère véritablement syphilitique Les pansements faits avec les préparations mercurielles

amènent la guerison, lorsque les ulcères sont purement vénériens; mais il est rare que la constitution soit entièrement libre de toute autre tendance morbide, n — Hunter Du chancre, cliap. III, § H,

58 LEÇOXS SUR Ll' C.HANCRK.

Si l'ulcération siège à l'entrée du canal, sur les lèvres du méat, ce traitement ordinaire est encore applicable, à la rigueur, en y ajoutant toutefois une petite précaution : c'est d'engager dans le méat un petit cône de charpie, qui en maintienne les deux lèvres écartées, de façon à prévenir la contagion de l'une à l'autre.

Mais que faire si l'ulcération occupe un point de l'urètre plus reculé , plus profond ?

Si la présence du chancre dans l'urètre a provoqué des symptômes très aigus et une violente inflammation du canal, c'est au traitement antiphlogistique qu'il faut d'abord recourir. Prescrivez alors les émissions sanguines locales (15 à 20 sangsues au périnée ou aupénil), des bains généraux, des boissons abondantes, etc.. Mais craignez surtout les érections, qui, par la distension des surfaces malades, peuvent produire des déchirures et favoriser l'extension de l'ulcère. C'est en diminuant la congestion des parties à l'aide du traitement antiphlogistique que vous préviendrez cette dangereuse complication ; car, pour les médications dites anaphrodisiaques (camphre, belladone, digitale, lupulin, etc.), je ne leur accorde qu'une confiance fort limitée, et, pour ma part, j'ai trop souvent constaté l'inefficacité absolue de ces prétendus antiérecUfs, pour vous en promettre le moindre succès.

Mais, voici l'inflammation urétrale. calmée ; les accidents réactionnels sont disparus. A cette époque, faites pratiquer, deux ou trois fois par jour, des injections dans le canal, composées de vin aromatique d'abord étendu à partie égale d'une décoction de pavot, puis pur, s'il ne produit pas d'irritation. — C'est là, je crois, la médication la plus simple et la plus convenable pour les chancres profonds de l'urètre (1).

(t) Je ne vous parle pas de la cautérisation à l'aide de l'instrument de Lallemand; pratique dangereuse par l'innamraation qu'elle peut provoquer, et qu.

CHANCnE SIMPLK. 59

Depuis l'invention et la vulgarisation du spéculum, les chancres situés dans les profondeurs du vagin et ceux du col de l'utérus sont rentrés dans la classe des chancres extérieurs , et, comme tels, le môme traitement leur est devenu applicable. Vous pourrez donc, et avecle même succès, cautériser à la pâte carbo-sulfurique les ulcérations spécifiques du museau de tanche et du vagin, comme vous le feriez pour un chancre des grandes lèvres ou du gland. Vouspourrez de même porter sur ces parties les topiques ordinaires et les y laisser à demeure, avec cette seule différence que le renouvellement des pansements devra, de toute rigueur, n'être confié qu'à une main médicale.

Les chancres de l'anus et de la partie inférieure du rectum réclament, avant tout , des soins de propreté extrêmes et des pansements répétés. Une seule indication spéciale se présente ici : c'est de diluer les matières intestinales à l'aide de lavements, de façon qu'à la sortie elles ne viennent point érailler les parties malades. — Les pansements pourront être soit appliqués à plat , soit maintenus par de petites mèches introduites dans le rectum. L'on se contenterait de simples injections, si la présence d'un corps étranger dans l'intestin excitait quelque spasme douloureux du sphincter.

Mais, abandonnons ces indications particulières, pour revenir à notre sujet principal.

Je ne vous ai pas parlé jusqu'ici de traitement général. C'est qu'en effet, contre un accident purement local comme le chancre simple, un irailement local svM. à la guérison. Vous savez que

de plus ne réalise pas le but qu'elle se propose, \' exlinction du chancre en tant qu'ulcération virulente.

cette variété du chancre n'a point de retentissement sur l'économie, qu'elle n'entraîne après elle aucun accident constitutionnel, ne crée pas de diathèse, en un mot, n'infecte pas. Quelle serait donc l'utilité d'une médication qu'on opposerait à des symptômes qui ne peuvent naître, d'une médication par laquelle on chercherait à prévenir une infection qui ne doit pas se développer ?

Sans doute, il vous faudra satisfaire aux indications fournies par l'état général des malades que vous traiterez pour des chancres simples. Sans doute, il ne sera pas sans profit pour tel sujet, lymphatique, affaibli par les privations et la misère , que vous lui procuriez en même temps qu'un traitement local approprié, un régime tonique et réparateur, tandis que tel autre, vigoureux, pléthorique , habitué à un régime excitant, se trouvera bien d'une médication générale légèrement débilitante. Il conviendra, en un mot, de corriger les déviations du tempérament et de remédier aux états morbides qui peuvent accompagner le chancre. Mais je n'ai pas besoin de vous faire remarquer qu'il n'y a là rien de spécial à l'affection en elle-mêpie, en tant que médication autidiathésique.

Non seulement. Messieurs, la médication spécifique de la vérole se trouve ici complètement inutile, mais, de plus, elle pourrait être nuisible à plusieurs titres. Lorsque je vous poserai les règles d'après lesquelles le praticien doit se diriger pour juger de l'opportunité du traitement mercuriel, je vous montrerai s'il est indifférent de le prescrire à l'aventure. Mais cette question doit être réservée. Pour l'instant, je me borne à vous signaler ce fait : c'est que l'administration du mercure , pendant la durée d'un chancre simple, est une des conditions les plus aptes, incontestablement, à favoriser le développement du phagédénisme. Je vous le répète : la plupart de ces horribles ulcères rongeurs qui nous arrivent à cet hôpital, après avoir détruit une partie de la

verge, sont des chancres simples auxquels on a prodigué le mercure sous toutes ses formes.

Jugez de l'utilité et de l'opportunité d'un traitement qui risque de vous enlever une partie de la verge, pour vous guérir de la vérole que vous n'avez pas I

Le chancre simple étant, commeje vous le disais tout à l'heure, une affection locale, sans influence diathésique ni manifestations constitutionnelles, vous comprenez, Messieurs, quels succès doivent obtenir ici toutes les médications dites « dépuratives » destinées à « purifier le sang vicié » et à prévenir l'orage syphiUtique. C'est là qu'est véritablement le triomphe des charlatans; ils guérissent radicalement en vérité, et ils ne trompent pas leurs malades en leur promettant une immunité complète pour l'avenir.

Je parle de charlatans. Mais que de médecins encore administrent de bonne foi le traitement mercuriel pour le chancre simple, non infectant ! Que d'honnêtes et vertueuses consciences se donnent ainsi la facile satisfaction de guérir des véroles qui n'ont jamais existé!

De l'ohigine du chancre, en général.— Doctrine ancienne.— Source du chancre simple. — Recherches nouvelles.

Après vous avoir entretenus des symptômes et de la thérapeutique du chancre simple, je veux vous dire quelques mots de son origine.

Autrefois, l'on faisait de tous les chancres une seule et même espèce morbide. Le chancre, comme je vous l'ai dit, était une

62 LEÇONS SliH LE CHANCRE.

graine unique, qui poussait des germes différents, suivant les qualités du sol où elle se trouvait appelée à se développer. C'est ainsi, croyait-on, que le pus du même chancre inoculé à plusieurs individus, pouvait sur l'un produire un chancre simple, non suivi d'Infection constitutionnelle, et sur l'autre donner naissance à un chancre de nature infectieuse, origine et prélude de la vérole. Cette différence dans l'action du virus se trouvait expliquée par une sorte de réceptivité In^^dXQ des sujets plus ou moins aptes à contracter la syphilis, suivant leurs conditions particulières d'âge, de sexe, de tempérament, de santé, etc.

Le temps n'est pas encore bien loin où ces doctrines étaient acceptées sans conteste et jouissaient d'un plein crédit.

Aujourd'hui, Messieurs, la science semble avoir fait un pas en avant et la séparation des chancres en deux espèces nosologiques distinctes paraît destinée à jeter un jour tout nouveau sur le problème jusqu'alors insoluble des modalités variables de la maladie suivant les sujets. "

Les différences capitales de forme et de nature , que l'on ne pouvait se refuser à reconnaître entre les deux variétés du chancre, ont conduit à penser qu'il existait pour chacune d'elles une source particulière et un virus spécial. Dès lors , l'attention fut appelée sur un sujet d'étude nouveau : l'origine du chancre. L'on songea à comparer la nature de la graine et du fruit, c'est-à-dire à rapprocher l'accident originel de l'accident transmis. L'on interrogea (passez-moi cette expression) la généalogie du chancre, recherchant si telle forme se \.Y?L\-\s,mQiiïiW. dans son espèce , ou si les deux formes pouvaient se croiser dans leur propagation.

Eh bien, quelle est donc l'origine du chancre simple? Â-t-il sa

CHAiVCRE SIMPLE. 63

source dans un chancre de même nature, ou peut-il naître d'une autre variété ?

Plusieurs ordres de faits vont nous servir à la solution de ce problème.

Et d'abord, que produit l'inoculation artificielle du pus provenant d'un chancre simple sur le sujet même auquel est emprunté le pus ?

Ici, la réponse n'est pas douteuse, car les observations abondent et sont unanimes dans le même sens.

Le chancre d'inoculation est toujours l'analogue du chancre qui l'a produit; à quelque époque, sur quelque siège qu'ait été pratiquée l'inoculation (1), c'est toujours un chancre simple qui se développe; chancre à base molle, absolument dépourvue d'induration spécifique; chancre n'exerçant jamais sur les ganglions l'influence propre à l'autre variété d'ulcération primitive, ne devenant jamais l'exorde ou le prétexte de la diathèse.

Sans doute, l'on pourrait objecter à cette première série de faits que l'analogie des formes entre les deux chancres consécutifs se trouve ici suffisamment expliquée par leur développement sur un même individu ; que les conditions de terrain^ c'est-à-dire de tempérament, de constitution, de santé, qui ont empêché, dans le premier cas, l'infection générale, subsistent, dans le second, pour exercer la même influence, etc.. Mais toutes ces objections tombent devant les faits qui vont suivre.

Les syphilisateurs ne se sont pas privés de transporter sur des individus sains du pus emprunté à des sources étrangères. Leurs

'!) Les régions céphaliques exceptées, jusqu'à présent; puisque l'on n'y a point encore porté la lancette.

téméraires expériences auraient eu du moins une utilité scientifique pour concourir à la solution du problème actuel, si ces messieurs avaient songé à établir quelque rapport entre les chancres dont ils empruntaient le pus et ceux qu'ils produisaient par l'inoculation. Mais cette relation délicate ne pouvait évidemment être établie par les fauteurs d'une doctrine qui, pour les besoins de sa cause, commençait par confondre les deux variétés du chancre.

Voici, quant à moi, ce que j'ai sauvé du naufrage de la syphilisation. C'est que, dans les cas nombreux où j'ai vu le pus d'un chancre simple transmis à un individu sain, cette inoculation a toujours et invariablement produit un chancre simple^(\).

(1) Pendant mon internat, au Midi, un jeune médecin, vierge de tout accident sypkililique , se fit pratiquer par moi ■publiquement deux inoculations avec du pus de cliaucre simple.

Le pus qui servit à la première inoculation fut recueilli sur un sujet porteur de trois chancres simples. — Ce malade tenait la contagion d'une femme que j'avais eu l'occasion de visiter et sur laquelle j'avais constaté l'existence d'un chancre 'simple. — Cette même femme, de plus, avait communiqué des chancres de même nature à un second malade.

L'inoculation artificielle donna naissance à un chancre simple.

Le pus de la seconde inoculation fut emprunté à un malade porteur d'un CHANCRE SIMPLE du frein. — La femme de qui ce malade tenait la contagion présentait un chancre simple de la grande lèvre et un bubon aigu, qui ne tarda pas à suppurer. — Elle avait également transmis la contagion à un second individu , qui fut traité dans nos salles pour des CHANCRES SIMPLES, Compliqués d'un double bubon inguinal suppuré.

Cette seconde inoculation fournit, comme la première, un chancre

Page 1