SYPHILIS
La plupart des statistiques publiées dans ces dernières années sur l'évolution de la syphilis , présentent une remarquable concordance pour confirmer les lois formulées par M. Ricord.
Je reproduirai ici d'une façon comparative les résultats fournis par quelques-unes de ces études statistiques dues à MM. Mac- Carthy et Bassereau, élèves de l'école du Midi, et à M. le professeur Sigmund, de Vienne. — J'y joindrai quelques chiffres qui me sont personnels.
De ces statistiques, les deux premières ne sont relatives qu'aux syphilides. Celle de M. Sigmund, comme la nôtre, embrasse la généralité des phénomènes de la diathèse.
Je commencerai par celle de M. Mac-Carthy (1), la plus ancienne.
ESPACE DE TEMPS ÉCOULÉ ENTRE L'iNFECTION PRIMITIVE ET
l'apparition des syphilides.
Formes. Le plus faible inter- Le plus long inter- Moyenne,
valle a été de vaile a été de
Roséole 2 semaines (2). 13 semaines. 7 semaines.
Papules 6 semaines. 16 semaines. 10 semaines.
Plaques muqueuses. h semaines. 15 semaines. 7 semaines.
Vésicules (3 cas) . . U semaines. 5 semaines. »
Pustules 11 semaines, 33 mois. 9 mois.
Tubercules 5 mois. 18 ans. 10 ans.
(1) Thèses de Paris, 1814.— Du diagnostic et de l'enchaînement des sumtômes syphilitiques.
(2) Une apparition aussi précoce delà roséole (deux semaines) est considérée
« Nous trouvons ainsi d'une syphilide à l'autre, dit M. Mac- Carlhy, une progression graduellement croissante des plus superficielles aux plus profondes Jamais nous n'avons vu une
syphilide superficielle succéder à une syphilide plus profonde. La succession des symptômes est tellement régulière ; leur liaison est, dans la plupart des cas , tellement évidente , qu'une syphilide étant donnée, il est fréquemment possible d'assigner l'époque à laquelle eut lieu le chancre induré auquel elle doit son origine. »
II. Le même ordre de succession se retrouve dans la statistique suivante que j'extrais du livre de M. Bassereau.
Époque d'appari-
Époque la
Époque la
tion
plus
plus
habituelle.
précoce.
tardive (1).
Roséole (éryllièrae sypliil.).
30 à 60 jours.
25« jour.
12' mois.
Syphilide papuleuse ....
20 à 90 jours.
25' jour.
12' mois.
Syphilide populeuse humide
30 à 60 jours.
25* jour.
18' mois.
Syphilide vésiculeuse . . .
Précoce.
30' jour.
6' mois.
Syphilide pustuleuse. . . .
du 2» au 3' mois.
Zi5' jour.
h ans.
Syphilide tuberculeuse . .
Après plusieurs
11° mois.
ZiO ans.
années.
III. La statistique de M. le professeur Sigmund comprend, comme je l'ai dit plus haut, l'ensemble des manifestations de la diathèse. Je la reproduis en l'abrégeant :
« Plus de mille observations, dit le savant professeur, me permettent d'établir la règle suivante : Les accidents secondaires se montrent ordinairement vers la sixième semaine qui suit l'infection, très rarement plus tard que la douzième. Si donc, entre la
par l'auteur même de la thèse citée, comme un fait extrêmement rare, complètement exceptionnel. Je suis autorisé par M. Mac-Carthy à dire que le chiffre consigné dans cette statistique provient d'observations dont l'on n'a tenu compte que par excès de rigueur, et qui , sévèrement discutées , auraient pu recevoir, au point de vue qui nous occupe actuellement, une interprétation très différente.
(1) Il faut tenir compte ici de l'influence du traitement mercuriel qui, comme l'on sait, retorde les accidents de la diathèse, lorsqu'il ne suffit pas à les prévenir.
sixième et la fin de la douzième semaine, il ne se montre aucun accident appartenant à la classe des symptômes dits secondaires, l'on peut regarder le malade comme à l'abri de toute manifestation ultérieure. Quelques rares exceptions ne sauraient renverser cette règle. »
Voici maintenant quelques chiffres empruntés à différentes publications de M. Sigmund sur l'évolution de la diathèse (1) :
Accidents secondaires.
Époque d'appa-
Époque d'appa-
Époque d'appa-
rition la plus
rition la plus
ritinn lîi Tilil^
llllUli ici ^1U3
fréquente.
précoce.
tardive.
Taclies syphil. (roséole).
8° semaine.
6'' semaine.
12° semaine.
Papules, pustules et pla-
12' semaine.
iT semaine.
3° semaine.
Lésions secondaires de
l'arrière-gorge. . . .
12° semaine.
T semaine.
12° semaine.
Accidents iertiaives.
Ulcères de la peau . . .
22 mois.
17 mois.
20 ans.
Affections des ongles. .
Zi8 mois.
37 mois.
22 ans.
Perforation ou destruc-
tion du voile du palais.
32 mois.
21 mois.
19 ans.
Tubercules du tissu cel-
59 mois.
ho mois.
ZiO ans.
Affectious du périoste,
des os et des cartilages
2Zi mois.
3 mois.
ki ans.
IV. J'achèverai ce parallèle, en reproduisant ici quelques résultats qui me sont personnels. La statistique suivante, dressée sous les yeux de M. Ricord, comprend l'ensemble des malades traités dans son service pendant le cours de l'année 1856 :
(1) Wioter mcd.Wochmschr., i856.—Schmidt'sJahrbUcher, 1857, n" 3, etc.
Epoque d apparition la plus ordinaire.
(En Tabscncc de tonte médication préventive. )
duZiO' au 50*= jour.
Fin du 2" mois.
3" mois.
Terme d'appa- Terme d'appation le plus ritionleplus précoce. tardif.
(Après interrentlon du traitement mercurlel.)
28* jour. 120» jour.
Zi2' jour.
A5« jour. 28' mois (1).
3' mois.
56' jour. 6* mois.
Formes morbides.
Roséole
Syphilide papuleuse (2).
Papule muq. humide. .
Syphilide vésiculeuse , herpétiforme
Syphil. pustuleuse, pustulo-cruslacée, pustulo-ulcéreuse (2). . . .
du 3' au 10* mois.
70' jour. h ans.
(1) Celte apparition tardive n'a été observée que dans un seul cas et sur un malade qui avait eu plusieurs récidives du même accident. — A. pai-t ce cas exceptionnel, la papule muqueuse n'a pas été observée au delà du quinzième mois.
Je rappellerai à ce propos que l'on confond généralement sous la dénomination assez vague de plaques muqueuses une série d'accidents de forme très différente. — D'après M. Ricord, les mêmes lésions, qui se produisent sur la peau, se développent également sur les muqueuses et mériteraient les mêmes noms. Il y aurait donc des syphiiides muqueuses correspondant aux syphiiides cutanées, c'est-à-dire k formes érythémateuse, papuleuse, tuberculeuse, ulcéreuse, etc.. Seulement, quelques-unes de ces formes seraient altérées par leur siège : c'est ainsi que la forme ulcéreuse remplacerait sur le tégument muqueux l§s formes pustuleuses et croûteuses du tégument cutané, eic.
J'ai souvent entendu M. Ricord prolester contre la dénomination générique de plaques muqueuses qu'appliquent le plus grand nombre des praticiens à des lésions de caractère très différent siégeant sur le tégument muqueux, lésions qui, d'après notre maître, devraient être rattachés à des types variés correspondant aux formes ecthyraaleuses, pustuleuses, rupiales, elc des syphiiides cutanées. — Ces distinctions ne
seraient pas seulement indispensables, au point de vue doctrinal, pour établir une relation chronologique rigoureuse entre les diverses manifestations de la dialhèse ; elles auraient de plus leur utilité pratique par les indications qu'elles pourraient fournir au traitement.
(2) Une rigoureuse exactitude nécessiterait des subdivisions infinies dans le classement des formes si variées qu'affectent les syphiiides. Ainsi, cette forme dite syphilide papuleuse ou papulo-squameuse corn-
Époque d'appari- Terme d'appa- Terme d'appa-
Formes morbides. tion la plus or- ritionleplus ritionlcplus
^ dinaire. précoce. tardif.
(En Tabsencc de toute (Après Intervention du
méJication picvcntlTe.) traitement mercuriel.)
Rupia de 2 à 3 ans. 7 mois. k ans.
Irilis sypliililique. . . . du 5' au 11« mois. 66° jour. 13 mois. Syphilide tuberculeuse de la peau ou des muqueuses Plusieurs années U ans 1/2. 18 ans.
après l'accident primitif.
Syphilide ulcéreuse profonde, à forme serpi-
gineuse très tardive. 5 ans. 20 ans.
Sarcocèle syphilitique. . du 6° au 15' mois. 6' mois. 3Zi mois.
Tumeurs gommeuses. . Plusieui's années. h ans. 13 ans.
Périostose Premières années. U h 5 mois. 2 ans.
Exostose vraie Plus tardive. 2 ans. 20 ans.
Ostéite, altération des
cartilages Lésions très tardives. 2 ans. S ans.
L'on voit, sans commentaires, que les rtîsultats précédents sont entièrement conformes aux lois formulées par M. Ricorcl sur l'évolution de la diatlièse.
A. FOURNIER
prend deux types assez différents, dont l'époque d'apparition est également différente : la syphilide papuleuse à petites papules coniques, assez précoce, et la syphilide à larges papules (psoriasis syphilitique), plus tardive. De même, il faudrait distinguer, dans les syphilides pustuleuses, les variétés suivantes : l'eclhyma superficiel (ecthyma plat de Uicord), qui accompagne très souvent les syphilides papuleuses ; l'ecthyma profond, qui paraît h une époque beaucoup plus avancée de la diathèse ;
l'impétigo, l'acné, etc — J'ai pensé que ces distinctions seraient
superflues dans une statistique où l'on se proposait seulement de monli'cr les lois les plus générales et les caractères les plus saillants de l'évolution de la syphilis.