LE MALADE AVOIR LA VÉROLE
Qu'a dit de plus l'école du Midi, à laquelle on a tant reproché Tabsoldtitme de ses doctrines sur l'induration? A. F.
CUANCRE INFECTANT. 181
la base du chancre, n'est qu'une sorte de réaction sur place de Tintoxication générale; c'est, permettez-le-moi, le premier des accidents secondaires.
L'induration ne fait pas la vérole ; elle Y indique.
Le chancre induré, messieurs, est donc le prélude d'une diathèse, et cette diathèse, grosse de malheurs et d'orages, c'est la vérole^ la syphilis^ lues venerea.
L'infection syphilitique est-elle en raison du nombre des chancres? La multiplicité des accidents primitifs ajoute-t-elle à l'intensité des manifestations constitutionnelles ?
Il n'en est rien. Je puis affirmer, contrairement à l'opinion d'un grand nombre de praticiens, que l'intensité des manifestations constitutionnelles nest nullement dans un rapport obligé avec le fimnhre des chancres. Un seul chancre infecte aussi bien que plusieurs. La multiplicité des ulcérations n*ajoute rien à Tempoisonnement, non plus que la multiplicité des pustules vaccinales à la préservation. Telle vérole, succédant à la pléiade la plus confluente d*accidents primitifs qu'il vous plaira de supposer, pourra ne se présenter que sous une forme légère et bénigne ; et telle autre reconnaissant pour origine un chancre unique offrira les manifestations les plus graves.
De même encore pour l'étendue des ulcérations primitives. Le plus petit chancre infecte comme le plus grand, au même degré, avec les mêmes conséquences. 11 est absolument contraire à Tobservalion clinique qu'on puisse
18t LEÇONS SUR LE CHAMCKE.
établir une corrélation entre l'étendue de Tulcère initial et la gravité des symptômes consécutife.
Le pronostic du chancre induré est celui de la syphilis. Si j'avais à entrer dans l'histoire de la diathèse, je devrais vous entretenir longuement des diverses influences qui peuvent en modifier le développement, telles que les conditions de tempérament, d'âge, de constitution, de santé antérieure, de sexe, d'hygiène, d'idiosyncrasies, etc. La vérole en effet n'est pas la même ponr tooi; eHe m frappe pas de même et invariablement tons oeoi qu'elle a le droit de frapper. 11 est des circonstances multiples qui atténuent ou augmentent la gravité du mal, qui provoquent chez tel malade des accidents dont tel autre sert exempt, qui rendent suivant les sujets la même maaifeetation plus ou moins redoutable, etc.
Au point de vue des symptômes consécutifs, les variétés sont donc nombreuses. Mais ce qui est invariable, c'est le fait même de l'infection ; c'est la diathése qui s'établit i la suite du chancre induré, quelles que soient d'ailleurs les conditions du malade. Il n'y a, je vous le répète, il n'y a d'inégalité que dans les manifestations. Ce qui est égal et uniforme pour tous, c'est la disposition que crée le chancre, c'est l'état dans lequel il place l'économie, c'est l'aptitude à présenter des accidents spéciaux dont l'ensemble constitue ce qu'on appelle la syphilis cotisiiiu^ tionnelle.
Infection de l'économie par un virus spécial, tel est donc, pn un mot, le pronostic du chancre induré.
Haintenanty vous me demanderez peut-être, messieurs, comment s'irradie rinfeclion dans réconomie, quel est riotermédiaire entre l'ulcère primitif et les tissus consécutivement affectés ; comment se fait le transport du poison vers les différents organes, à travers les différents systèmes. Je vous répondrai qu'il en est du virus syphilitique comme de tous les virus, dont on saisit les effets sans pouvoir suivre les phénomènes intimes de leur invasion et de leur irradialion dans l'organisme. Nous les voyons agir, nous les reconnaissons aux lésions qu'ils produisent; mais là s'arrête notre science, et nous sommes impuissant» à pénétrer plus avant le mystère de la nature.
L'on suppose bien, et à très juste titre, que le transport et la dissémination du virus sur tous les organes s'effectuent, comme le dit Hunter, par le liquide de la circulation commune. Mais l'on n'a pu, ni par Yinoculation, ili par l'analyse, démontrer la présence du virus dans le sang des syphilitiques. Il est même bien remarquable que le sang, qui sert évidemment de véhicule au poison et qui subit hii-méme rinfltience de la syphilis^ ne possède aucune qualité contagieuse et ne puisse communiquer la maladie à un sujet sain. ^ ^ '
Je n'ai jamais, en effet, pour ma part, rencontré de pus inoculable dans le sang, et cela même dans les veines les ptus rapprochées du chancre. Il semble qu'une fois uni au liquide nourricier, le pus virulent ne s'inocule plus.
A ce dernier propos toutefois, une remarque est nécessaire. 11 faut bien prendre garde de s'en laisser imposer par un accident assez commun chez les malades affectés de chancres du gland ou du pré[)uce,\je veux parler de
ces engorgements lymphatiques qui figurent une sorte de cordon tendu sur le dos du |)énis et auxquels on donne à tort le nom de phlébites dorsales de la verge. Pour avoir étudié fort souvent ce symptôme, je puis vous affirmer qu*il est dû non pas à une phlébite, mais à une simple afigéioleucite. Or, Ton sait par ce qui précède que le pus virulent peut se rencontrer dans les lymphîitiques. Si donc Ton jugeait dans ces conditions que l'abcès se fût formé dans une veine. Ton serait porté à admettre le transport du pus virulent en nature dans le torrent circulatoire, ce ([ui, je vous le répète, est absolument contraire à l'observation clinique.
[ Le sang suniT l*influence de la syprujs. — Je suis beareux de pouvoir, à ce sujet, apportera la connaissance du lectear un document jusqu'alors inédit sur l'analyse chimique du sang chez les syphilitiques.
Il y a déjà longtemps, que M. M. Ricord et Grassi avaient signalé la diminution de Télément globulaire dans le sang syphililique. Mais jusqu'à ce jour aucun renseignement plus pn^is n'avait été publia sur cette im|)ortante question.
C'est à l'obligeance de M. Grassi, pharmacien en chef de l'Hôtel- Dieu, (|ue je dois la note sui\ante, où Ton trouvera relatées avec détails quelques-unes des très nombreuses ex|>ériences qu'il a entreprihcs sur ce sujet.
Il ne sera pas sans intérêt, je pense, de faire remarquer que les résultats signalas par .MM. Ricord et Grassi ont été obtenus à une é|>oque où la di\ision des deux chancres, en tant que f/ièce$ nosoloffiqnt's distmctes^ nYlail pas encore une c|uestion à l'ordre du jour. Les e\|)éi imentateurs étaient donc à l'abri de toute préoccuption doctrinale : circonstance qui donne d'autant plus de prix aux diiïéronces (pron trouvera constatées plus loin entre le sang des sujets porteurs de chancres simples et celui des malades iiffcclés de chancres de nature infectieuse.
tTÂl DU SANG CHEZ LES MALADES AFFECTÉS DE CHANCRES SIMPLES.
Eau
Fibrine. . .
Albumine.
Globules.
1*' malade.
2* malade.
3* malade.
Eau
Fibrine . .
Albumine.
Globules. .
4* malade.
5* malade.
6* malade.
Eau
Fibrine
Albumine
Globules
7* malade.
8* malade.
9* malade.
10* malade
La proportion élevée des globules, dons la plupart des analyses précédentes, fixera sans doute raltcniion. Mais je dois faire remarquer : 1^ que les analyses du sang les plus récentes ont nolablenienl éle\é la proportion des globules au-dessus de la moyenne donnée par MM. Andral et Gavarret; MM. Becquerel et Uodier la |K>rte*it à 135 ; — 2** que les résullals de M. Grassi ont tous été obtenus sur des houmes, la plupart dans la force de l'âge. Or, Ton
sait que rinflueiice du sexe se traduit pr une élévation du chiffre des globules chez i*hoinme, et par un abaissement relatif chei la femme. La moyenne des globules chez Thomme serait de 160, d'après MM. Becquerel et Rodier. (Traita de chimie patholo' giquf, page 91.)
D'après ces indications, il ne parait pas que les chiffres donnés par M. Grassi dépassent notablement (à part Texpériencc n*" 7 ■ la moyenne physiologique des globules.
Reste la question de Talbumine. I..es proportions également élevées de ce principe pourraient surprendre, si M. Grasii n'avait eu le soin de prévenir que, dans les expériences précédentes, Talbumiiie a toujours été dosée en bloc, indépendamment de la fibrine et des globules, avec les autres éléments du sang.
Cela posé. Ton voit que les analyses précédentes ne révèlent
AUCUNE ALTÉRATION CAPITALE DANS LE SANG DES SUJETS PORTEURS DE CHANCRES SIMPLES.