RÉSUMÉ
Parallèle des deux variétés du chancre. — Question de la dualité du virus chancreux. — Unicité du virus syptuUtique,
Je viens, messieurs, de vous décrire les deux grandes variétés de Taccident primitif (I). Permettez maintenant qu'après vous avoir exposé séparément les caractères propres à chacun des chancres, je les rapproche dans un court aperçu parallèle.
1" Le chancre simple, non infeclant, consei-ve aux tissus sur lesquels il se développe leur degré de souplesse
(1) On termes u d'ulcère primitif y d'accident pri'mi/i^ ■ , dont tout le inonde se sert« tant à proiM)» du chancre 8im[>le que du chancre infectant. ont été attaqu«^5 dans ces derniers temps, et avec raison, je pense. • A nioo avis, dit .M. Dîday, on a abusr de cette apitellatinn. Ni le chancre simple, ni le bubon virulent qui l'acctinipagne, ne mérite de la porter. Pourquoi donner un numéro d'ordre à ce qui ne doit pas avoir de iuite? A quoi bon s'amnser à classer ce qui ne fera jamais partie d'une série ? Comme la blennorrhagie, comme la balanite, comme la végétation, je nomme le chancruide, ainsi que le bubon, non pas symptdmes primiiifs^ mais symptAmes locaux^ parce qu'iU sucit c:l restent toujours tels. A mes yeux, il n'y a qu'un seal accident véritablement primilif, le chancre infectant. <• i\out*ellet doetrmei sur la syfihiltSy p. 277.)
Tout le monde acceptera la justesse de cette réflexion. Mais que Caire contre l'usage qui a donné au chancre simple le nom d'accident primitif \*êT rapport au bubon qui le suit ? A. F.
OU de rénitence normal. C'est un chakicre d base molle. Les complications phlegmoneuses qu'il peut exciter donnent quelquefois à sa base une dureté plus ou moins prononcée ; mais vous savez que cette dureté offre des caractères tout différents de l'induration propre à l'autre variété du chancre.
2* n est généralement nkuttiple^ et multiple sotî d'éiti- Wée, soit après coup, i3ar uiié série d'înocuhtioiis dé voisinage, consécutives à là contagion premîêire.
.V C'est un chancre creux, fait à C emporte-pièce^ c'esti-dirè â bords abrupts et taillés à pic, (quelquefois décollés; à fond inégal, vermoulu, déchiqueté, grisâtre; â suppuration abohdaiite et phlegmoheuse.
le Son pus possède au plus haut degré les caractères propres à la contagion ; c'est le pus inocufable par excellence. — Ajoutez que cette spécificité de la sécrétion fournie par les surfaces ulcérées persiste pendant la durée presque totale de l'existence du chancre.
6* C'est un chancre & durée assez longne, & cicatrisalion difficile, à tendance envahissante et destructive. C'est la variété la plus apte à subir la déviation phagédéniqifô.
Voilà, certes, cinq caractères bien tranchés. Voyons, en parallèle, le chancre infectant :
1* Sa base est indurée, et indurée d'une façon toute spéciale, pathognomoni()ue.
816 LEÇONS SUR LE CnXRCRE.
V C'est un chancre généralement solitaire^ rarement multiple.
3"" C'est une ulcération moins creuse en général que le chancre simple, taillée à Févidoir^ cupu/i forme, c'est-àdire à bords fuyants vers le fond par une pente insensible. Ses bords sont adhérents et souvent élevés ; son fond est généralement lisse, vernissé, irisé, offrant quelquefois au centre un piqueté brunâtre caractéristique. Sa suppuration est peu abondante relativement, mal liée, sérO' purulente, souvent sanieuse.
A*" Son pus perd rapidement toute spéciGcité virulente, au moins pour le sujet infecté qui devient en quelques jours réfractaire à l'inoculation de son propre virus.
b"" Le chancre infectant présente peu de tendance i s'agrandir; il se limite promptement et arrive facilement à la cicatrisation. — Il est rare qu'il prenne la forme phagédénique.
Voilà, messieurs, pour la symptomatologie. — Mais ce parallèle serait incomplet, si nous n'y ajoutions encore les quelques considérations suivantes :
Le chancre simple est une espèce très commune. Le chancre infectant est relativement plus rare.
Le chancre simple parait exclu d'une partie du corps, la région céphalique; le chancre infectant se produit partout.
L'un est peut-être transmissible aux animaux; l'aulre
C^A^XRE INFECTANT. 317
n'affecle que rhorame et trouve les espèces animales constamment réfractaires à son virus.
Enfin, et ceci est capital, le premier peut être reproduit maintes fois, je dirai presque à perpétuité^ sur le même individu; le second parait en général ne pouvoir se développer qu'une fois dans sa forme.
Si nous étendons ce parallèle au bubon symptomatique de chaque variété du chancre, nous rencontrerons encore des différences également tranchées.
Avec le chancre simple, le retentissement ganglionnaire n'est pas obligé.
L'adénopathie est fatale avec le chancre infectant.
Le bubon symptomatique du chancre simple est un hnbon, aiguy mono-gangiionnaire, arrivant le plus souvent à suppuration. Le pus qu'il sécrète peut être un pus virulent, susceptible de reproduire par l'inoculation la pustule caractéristique du chancre.
Ajoutez que ce bubon se produit presque indifféremment à tout âge, à toute période du chancre.
Bien au contraire, le bubon du chancre induré se développe à froid y sans douleur et sans réaction : bubon essentiellement indolenty souvent multiple^ reproduisant dans les ganglions V induration particulière au chancre ; ne suppurant jamais sous la seule influence de la diathùse, et ne sécrétant jamais de pus spécifuiuc dans les cas très rares où une cause étrangère en détermine la suppuration.
SIS LÊÇOtlS SUR LE CHâHCAË.
Son époque d'apparition est précise^ presque faiak; elle coïncide avec l'induration du chancre ou rtccoaipagne de très près.
Venons à la question d'origine, de transmission.
Le chancre simple nait du chaiicre simple et se reproduit dans son espèce.
Le chancre infectant reconnaît comme origine un chancre infectant et se transmet également dans sa forme.
11 est bien vrai que le chancre induré, inoculé sur un sujet préalablement syphilitique, donne naissance à une ulcération à base mot/e, analogue d'aspect au chancre simple. Mais, comme je vous l'ai dit ailleui^s, cette analogie n'est probablement qu'apparente, puisque Tulcération ainsi développée peut reproduire à son tour un chancre induré sur un sujet vierge.
En sopime, les recherches sur la contagion établissent eptre les deux variétés du chancre des diiïérerices encore plus considérables peut-être (|ue les considérations syuiptomatologiques développées précédemment.
Mais c'est surtout la question du pronostic qui fait des deux chancres des espèces nosologiques cumpléteipent indépendantes i je pourrais dire opposées.
^ Le chancre simple est une lésion locale, sans influence sur réronomie. C'est un chancre sans vérole (1).
J) A ce prupu>, jp ne puis passer »ou8 tilenre un très curicui riyytfl (le chiffres qui m'a frnppr récemment.
Le lecteur te touvieut saot doute de U proportion nmoArique qui a Mé
eitANCRE INi^ECTAKT. Ht
Le chancre induré crée une diathèse, engendre up état général» un tepi^péraipent morl)ide; c'est Texpression initiale d'une infection constitutionnelle, c'est rexorde de la vérole.
Vous le voyez, sous quelque aspect que nous considérions les deux chancres, nous ne rencontrons que ^çs différences. Symptômes, formes cliniques, inociilatiou, contagion, adénopathie symptomatique, marche, durée,
sigiuUée au débul de ce volume entre le chancre simple et le chancre infee- i
iaoi. J'ai montré, par des statistiques considérables recueillies à rhdpjtalc|u dlidi, que le chancre simple se rencontre, par rapport au chancre infectant, «Jans une proportion qui varie de trots uu quatre contre un (Puche;. C'est «Jire que sur trois ou quatre chancres pris au hasard, un seul est suivi d'infection constitutionnelle et doit produire des accidents spéciiiques. Si donc vn abandonnait tous ces chancres indibimciemefU à leur marche naturelle, sans faire intervenir le traitement mercuriel, il n'y en aurait qu'un seul «laiis le groupe qui s'accompagnerait des symptômes propres à la diathèse.
Or, cette expérience a été faite et des chiffres ont été recueillis par un observateur étranger. Quels ont été les résultats obtenus? Il est curieux de les comparer aux nôtres.
n A l'époque, dit M. Virchow {Syphilis consUlutionnelle, trad. du docteur F. Picard, paris, 1 h6U], où les chirurgiens militaires de l'armée anglaise, encouragés par les observations de Fergusson, en revinrent au traite- , ment simple. Rose, médecin des gardes, traitait toutes les ulcérations des parties génitales sans mercure. Toutes ces ulcérations guérissaient fort bien, mais en moyenne, dans le courant des vingt mois qui suivirent l'infection primiUve, ces soldats, guéris de l'atlection locale, présentèrent, dans la pro- '• portion d'un sur quatre^ une affection constitutionnelle, que le médecjn traitant ne regardait pas, il faut l'avouer, comme syphilitique. Et quelles étaient ces affections? Des papules, des pustules, des taches, des douleurs ostéocopes, des ulcérations de la gorge, des condylomes {patches) à U bouche ci aux lèvres, de la surdité, de l'alopécie et de l'iritis. >
Le nq>port de ces chiffres avec les nôtres m'a paru trop remarquable pour ne pas le signaler au lecteur. ▲. ¥,
pronostic, etc., tout, en un mot, contribue à nous les présenter comme deux espèces absolument distinctes.
Jusqu'ici, messieurs, nous nous sommes tenus dans les limites de Tobservation. Nous n*avons fait que constater des symptômes de part et d*autre et les mettre en parallèle, sans nous élever à la raison doctrinale des diiïérences que cette étude nous fournissait à chaque pas. — Mais je sens bien que cette simple exposition clinique est loin de vous satisfaire. Vous demandez une conclusion à ces prémisses. Vous voulez qu*abordant Tun des plus graves problèmes de la pathologie, je recherche avec vous s*il existe ou non, pour chacun des deux chancres, une cause spéciale, une source particulière. Vous voulez une formule doctrinale, une théorie (voilà le grand motl) qui vous donne la clef, qui vous ouvre le sens de tous les faits précédents, et vos esprits inquiets agitent déjà la question brûlante de la dualité du virus syphilitique.
Eh bien, messieurs, cette conclusion que vous me demandez, je ne puis, et personne, je crois, ne pourrait vous la donner aujourd'hui; car la lumière se prépare seulement sur ce grave sujet. Plusieurs points (vous alliez peut-être l'oublier au moment de conclure), plusieurs points restent encore incertains et demandent de nouvelles recherches, appellent de nouveaux efforts ; le voile n'est pas levé sur toutes les questions; peut-être même toutes les données du problème ne sont-elles pas connues. 11 faut donc retarder la solution ; il faut attendre.
Toutefois, et quelques enseignements que nous apporte l'avenir (I), il me semble bien établi dès ce jour que Tunicilé du virus syphilitique ne saurait être compromise à aucun titre dans cette question. La syphilis est une et ne saurait se dédoubler, se bifurquer, pour ainsi dire, en deux entités morbides différentes. Lors même qu'on parviendrait à démontrer que les deux formes du chancre appartiennent à deux espèces pathologiques distinctes , on n'aurait encore rien fait contre l'unicité; cela prouverait simplement, dans cette hypothèse, qu'à côté de la syphilis il existe une affection étrangère, se manifestant comme eUe par un symptôme initial à pus contagieux et virulent, mais n'exerçant pas, comme elle, une influence infectieuse sur l'économie. 11 faudrait conclure de là non pas, eorame on le fait trop légèrement, à la dualité du virus ^philitique^ mais à l'existence d'un second virus vénérien ou chancretucy indépendant de la syphilis. En d'autres termes, il faudrait admettre deux virus, l'un sippartenant à la syphilis et produisant le chancre infectant, l'autre étranger à la vérole et développant le chancre simple.
(i) Avec le temps, en effet, la science a fait un pas. « On ne saurait méconnattre, disait récemment M. Ricord, que les observations réunies dans ces dernières années sont venues prêter appui à la doctrine de la dualité. Ces otwervations sont nombreuses, et elles se multiplient chaque jour dans
le même sens. Le problème commence donc à s*élucider Les différences
cliniques qui séparent l'une de Tautre les deux variétés du chancre, les résultais des recherches récentes sur la contagion, les témoignages concordants d'observateurs impartiaux, permettent de croire aujourd'hui, avec quelque apparence de certitude, à Texistence de deux virus distincts, se manifestant, il est vrai, l'un et Tautre par une ulcération spécifique dite ^UMcrCy mais dont run engendrerait une diathèse, un état consiitutionnel, tandis que Tautre serait dépourvu de toute influence infectieuse sur l'économie. » (Communie, orale.) A. F.
oii LEÇONS SUR LE CnANCRE*
La dualité du virus chancreux n'est encore qu'une hy* pothèse que Tavenir jugera ; Tunicilé du virus syphilitique, croyez-le t)ien, est une vérité jugée par l'expérience et par le temps.