‹ Leçons sur le chancreChapitre 5 sur 99 · CHANCRE INFECTANT, CHANCRE INDURÉ · texte numérisé non relu

CHANCRE INFECTANT, CHANCRE INDURÉ

Messieurs,

Avec le chancre induré nous, enirons aujourcriiui dans le domaine de la syphilis.

Ce qu'a de spécial la variété du chancre dont je vais vous entretenir, ce n'est pas seulement l'induration qui l'accompagne; c'est, surtout et avant tout, l'influence générale qu'elle exerce sur l'économie ; c'est son retentissement sur l'organisme, c'est la diathèse qu'elle établit.

Nous abordons ici l'histoire d'une affection constiiu* tionnelle.

La syphilis n'appartient qu'à Thomme. Immunité des espèces animales.— Du chancre infectant. — Question du sirge. — Développement. — Remarquable indolence du début. — Formes initiales. — Aspect de milcéralion. — Parallèle, de visu^ des deux variétés du chancre. — Suppuration. — Le chancre induré est généralement solitaire. — Statistique». — Dis neuf chancres indurés sur le même sujet. — Limitation rapide de l'ulcération.

La description générale du chancre que je vous ai donnée au commencement de ces leçons vous a déjà fait connaître en partie le chancre induré. Il ne me reste donc plus qu'à insister sur ce que son histoire offre de spécial.

Vous savez déjà que c'est une variété de chancre exclusivemeut propre n l'homme. Si la transmission du chancre simph* aux animaux avait pu soulever quelque doute, ici toute incertitude disparaît. 11 est péremptoirement et définitivenidit établi (pie drs innombrables tentatives faites jus<|uà ce jour pour inoculer sur les espèces animales le chancre in/ertaut^ aucune ifa lourni la pustule spécifique, aucum' if rst devenue rori^iiio (Tune syphilis bien et dûment caractérisée.

Je répètr donc avec tous b*ssyphili(»j:raphes sérieux du passé, je proclame avtT mes deux savants collègues du Midi, MM. PucIk' et (iullcrier, que les animaux sont rélVactaircs au virus infect^int, et que la syphilis ne leur estjxis tranê*

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tnissible. En sorte que la vérole nous reste ainsi en toute propriété et sans partage (1).

Je vous ai dit encore que le chancre induré pouvait se manifester partout^ depuis le sinciput jusqu'aux pieds. Tandis qu'en vous parlant du chancre simple, j'étais obligé de faire des restrictions et de tracer les limites du terrain où il parait pouvoir se produire, ici, au^ contraire, il n'est besoin ni de restrictions ni de limites. Le chancre infectant se développe partout, sur les membres, sur le tronc, sur le col et sur la tête môme, ce domaine inaccessible au chancre simple. Pour lui, toute région est bonne; il germe sur tout terrain ('2).

Les muqueuses n'en sont pas plus exemptes que la peau. Vous savez quelle est sa fréquence à la vulve, sur le gland, «ur la muqueuse préputiale, etc. Je l'ai rencontré sur la langue, sur la conjonctive, sur la piluilairc, sur le col utérin, au vagin, dans l'urélhre, dans la vessie même, à l'anus, dans le rectum, etc., etc.. Peut-être la muqueuse du lube digestif, au delà du pharynx et en deçà du rectum, est-elle également apte à le recevoir; mais on n'a pas, que je sache, tenté d'inoculation directe en mettant à dé-

(I) J'ai tenté rinoculation du pus syphilitique, prii dans toutes les eonditJoDS poafibles, sur des chitns, sur des chats, sur des cochons d'Inde, sur des lapins, sur des pigeons, qu'on avait dit être bientdt tués par Tabsorption da virus xénérien. Diins aucun cas, et malgré la diversité des expériences, il ne m'a été possible de transmettre la maladie.

11 ne faut pas, comme l'a fait l'école physiologique, confondre les ulcéror /jouf simpiei et les affections ca'an haies, dont les animaux peuvent être af> fi^tét comme l'homme, avec la véritable syphilis. Celle-ci ne se retrouve pu sur les espèces animales. — R.

(S) Voyeilanote V.

lld LEÇONS SUR LE CH ANCHE.

couvert une portion de la muqueuse intestinale. En tout cas, c'est vainement qu'on a essayé jusqu'à ce jour de produire des inoculations sur reslomac, en faisant avaler du pus de chancre incorporé à quelque masse pilulaire (1). Vous sentez bien, du reste, que ce mode d'expérimentation était loin de remplir toutes les conditions nécessaires à la contagion.

i|) Hunter rapporte un fait semblable obsen'é sur l'homme. L'ingestion du pus chancreux dans restomac ne fut suivi d*attcun accident. Voici ce Mt, tel qu'il est racontt^ par Hunier :

m Vn homme atteint de chancres qui suppuraient abondamment avait l'habitude de se laver le^ parties malades dans une tasse ù thé, avec du lait dont il imbibait un peu de charpie, et il laissait ordinairement la charpie avec le lait dans la tasse. Ln petit garçon de la maison déroba le lait, et le but : mais on ne put savoir si la charpie avait été avalée ou non. Le malade ne flt connaître ce qu'il en était ni à l'enfant ni à la famille; mais, a l'indu de celle-ci, il surveilla très attentivement la santé de cet enfant plusieurs années. 11 ne survint rien qui pili donner le moindre soupçon que l'enfant eût été aflfecté de la sypiùlis, soit localement dans l'estomac, soit constiluiiom' nellement, » — (Hunter, trad. de lUchelot. De la syphilis constitutionnelle^ chap. 1, S I.)

On lit encore dans Petit-Radel (Cours de maladies syphilitiques^ tome I, page 20' :

1 Le virus syphilitique n*agit pas sur les muqueuses des premières voies^ à en juger d'après les faits rapportés par quelques auteurs. Ainsi, l'expérience a constaté que ce même délétère a été avalé, et même en assez grande quantité, saiiS cependant qu'il en $oit survenu le moindre symptôme iVin<' fection chet celui qui s'était exposé au hasard d'une pareille tentative. Arriverait il ici la même chose qu'à Redi, qui avalait impunément la venin de la vi{»ère, et qu'à d'autres qui vainement ont tenté de s'inoculer en mêlant de la matière variolique à des pilules do mie de pain, à savoir une véritnbla coctioit du virus qui en détruirait toutes les mauvaises qualités? U suffit de réfléchir sur l'étendue du pouvoir de la faculté pcptique, sur ses moyens de transmutation supérieurs ù ceux d'une chimie ordinaire, pour se rendre raison d'une pareille impuissance du délétère* lorsqu'il est ainsi soumis aux actions organiques des premières voies • ••

A. FoiftJitKi.

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Mais j'ai haie d'aborder riiistoirc du développement du chancre induré et Texposé de ses caraclères.

Le chancre qui doit s'indurer, ou autrement le chancre infectant, se développe en général d'une façon lente et insidieuse. Il faut au pus d'inoculation un certain temps pour se préparer le terrain, en quelque sorte, et s'y développer. C'est donc ici qu'on pourrait admettre une véritable incubation, si l'on s'en rapportait exclusivement au dire des malades. Mais l'expérimentation directe démontre surabondamment que cette incubation n'existe pas, dans la véritable acception du mot. Les phénomènes produits par l'insertion du virus sont en ell'et presque immédiats ; seulement les symptômes initiaux sont très minnnes et difficilement appréciables, si ce n'est pour un œil attentif et expérimenté. Aussi, le véritable début du chancre induré passe -t-il, en général, complètement inaper(;u des malades. Cette prétendue période d'incubation qui sépare le moment de la contagion de l'époque a laquelle le chancre est reconnu parle sujet contagionné, n'est donc, à vrai dire, qu'une période d'inobservation.

Ajoutez encore que le chancre infectant est une ulcémlion essentiellement indolente dans son développement. Souvent, je pourrais presque dire le plus souvent, il naît, s'étend , se creuse et s'établit sans provoquer la moindre réaction douloureuse. Aussi, pour les malades, enclins à juger de la gravité du mal par la douleur qu'ils en éprouvent, celte ulcération n'est-elle la plupart du temps qu'une excoriation insigniiiante, qu'une écorchure^ i un bouton^ » auquel ils n'accordent aucune impor-

118 LEÇONS Sim LE CHAIfCRB.

tance. Souvent m£nie, chez les sujets inattentifs et peu soigneux, elle passe absolument inaperçue, et il n'est pas rare de voir arriver à la consultation du Midi des individus porteurs de larges chancres indurés dont ils ne soupçonnent pas même f existence.

Il nous arrive ainsi fort souvent, lorsque des malades se prcscnlenl à nous pour des symptômes secondaires, je suppose, de leur découvrir sur la verj^e ou ailleurs de larges cicatrices indurées ou mômç des ulcérations encore persistâmes, qui, sans nous, seraient passées complètement inaperçues. Si vous n'aviez été témoins de faits semblables à nos consullalions, j'exciterais certainement un sourire d'incrédulité sur vos lèvres, en vous disant que certains individus nous avouent, fort Utiivement et de la meilleure foi du monde, n'avoir pas remarqué ^m eux-mêmes des ulcérations de h largeur d'une pièce d'un franc, et au delà I

S'il peut en élrc ainsi pour l'homme, jugez, pour le dire en passant, si le chancre en général, et en particulier le chancre infectant, court le risque d'être ignore ou méconnu chez la femme ! Kl <|ue penser alors des doctrines do ces praticiens qui nient le chancre comme cxorde obligé de la syphilis, pour cetle seule raison qu'il n'est point exactement accusé par les malades dans tous les ca^l

Les formes que prend au début le chancre induré sont les mômes que c(îlles du chancre simple. TanlAt, c'est une pustule qui précéda l'ulcération ; tantôt cette dernière s'établit d'emblée.

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Primitive ou consécutive à la pustule, l'ulcération se présente généralement avec la forme arrondie, forme caractéristique des ulcères vénériens primitifs et déjà signalée à propos du chancre simple.

Son aspect cependant, pour un œil exercé, diffère à plus d'un litre de celui qu'offre le précédent. Ainsi, la surface de l'ulcération est plus lisse,* moins vermoulue, moins déchiquetée que celle du chancre simple, qui, vous le savez, offre ordinairement un fond irrégulier, chagriné et comme aréolaire. A la période de progrés, l'ulcération devient grise et lardacée, mais en conservant toujours un aspect plus uni, quelquefois même brillant et irisé. Les bords sont généralement lisses, luisants et comme vernis; quelquefois saillants et relevés, ils présentent une teinte blanchâtre due à la tension du derme sur un novau d'induralion exubérant. Les parties les plus centrales, au contraire, sont d'une teinte plus sombre due à une sorte de piqueté brunâtre. De là, les noms de chancre en œil de perdrix^ chancre en cocarde^ que l'on donne parfois à cette variété d'ulcération.

Voici encore un signe différeLtiel que je signale à votre attention : le chancre mou est, pour ainsi dire, creusé à X emporte-pièce ; le chancre induré est fait à Yévidoir, creusé en godet; sur l'un, les bords sont abrupts et comme taillés à pic. Sur l'autre, les bords fuient vers le fond par une pente insensible, de façon que Tulcère prend un aspect véritablement cupnli forme.

Les bords du chancre mou stuit le [>lus souvent décol-

lés; ceux du chancre induré sont au ccintraire ;<dliérents.

(le sont là, sans doute, des caractères minutieux, des caractères ([ui reiiosent sur des détails d'aspect t»l de forme, variables suivant le siéjje, la période, la durée de Tulcération, etc. Néanmoins, j'y attache une grande valeur, car c(î sont des sipnes essentiellement pnitiqueSy (|ui, dans les casoii ils sont nettement accusés, donnent ft telle ou telle variété du chancre wwp/njsiotiomir, une allure tellement particulière, tpfils sufliraient amplement au dia^Miostic, je ne crains pas de le dire, à défaut de tout autre élément séméiolo^^ique.

Permettez tpie je vous signale encore d'autres différences.

I^e chancre simple, comme vous le suivez, suppure abondamment ; c*est une des sources les plus féctuides du pus virulent. Le chancre induré, au contraire, sujtftwe peu, en général. De plus sa suppuration est moins phlegmoneuse que celle du chancre simple; elle ne consiste le [dus souvent qu'en une sérosité sanieuse rt mal liée.

L(* chancrt* sinqileesl généralement nndtiple d*tMnblêe, nu le devient après coup par une série d'inoculations de voisinage. 11 se propage et se multiplie sur |dace avec une désespérante lécondité.

Il n*est pas de ménu^ du chancre induré, qui le plus souvent i»st snlitniie. Dans la grande majorité df»s cas, c'e>t un«» ulcération uni(jf(e qui sert d'origine â la vé-

role (1). GependanI, il n'est pas rare de rencontrer des malades porteurs de plusieurs chancres indurés qui se sont déclarés simultanément. L'un des malades actuels «le notre service en présente jusqu'à DIX-NEUF; mais c'est là, je dois vous le dire, une exception des pins rares (2).

'J) Sur riiivilalioii de M. Ricord, j'ai dressé à ce sujel la statistique suivante sur 456 malades traités dans les salles du Midi pendant mou inteniut, pour des chancres indurés :

1^ Malades porteurs d'un chancre induré umuuk . 211 m^9

2" Malades porteurs de chaiicies indurés multipi.es. . M*»

Ces derniers malades sont de plus répartis comme il suit :

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