IV' LEÇON
Depuis le début de la maladie nous n’avions peut-être pas encord observé une aussi grande persistance de la période algide.
L’épidémie nous donne encore des preuves bien pénibles de sa présence en frappant sur nos savants les plus distingués. En effet, d’après ce qu’on a écrit de la maladie de M. Cuvier, et d’après les détails qui m’ont été fournis par M. le professeur Bérard, qui a fait l’auptosie, je soupçonne fort que notre célèbre confrère est mort sous l’influence cholérique. Les symptômes qu’il a présentés sont tels, que si on n’avait point connaissance de l’existence de l’épidémie, on ne pourrait sans doute y reconnaître un choléra; mais je vous ai signalé, il y a peu de jours, la paralysie dans les membres et la difficulté de la déglutition comme des symptômes cholériques. Nous avons vu plusieurs fois ces phénomènes, et déjà même, dans mon excursion en Angleterre, j’ai eu occasion de le remarquer. Un ministre écossais , présentant une lésion grave des fonctions du pharinx de l’œsophage, mourut en quelques heures sous nos yeux. Ce fait fut rendu public à Sunderland. Je n’ai point vu M. Cuvier durant sa maladie, je n’ai point assisté à son autopsie, je ne puis donc rien affirmer sur la nature de sa maladie; mais je dis qu’il est à craindre qu’il n’ait succombé à l’épidémie avec des symptômes insidieux. J’apprends à l’instant que M. Sérulas, l’un de nos plus habiles chimistes, et qui dans
ce moment même s’occupait avec son zèle ordinaire de toutes les questions chimiques relatives au choléra , vient lui-même d’en être frappé. J’ignore si son état est grave ; mais il en faut malheureusement conclure que l’épidémie continue ses , ravages , et que nous tous médecins nous devons redoubler de zèle pour secourir les malades.
Je me suis attaché, dans la dernière séance, à vous peindre les phénomènes que présentent chez les cholériques les organes de la digestion. Je vous ; ai montré le liquide rendu par les malades, liquide » extraordinaire, inconnu des médecins, et carac- ^ térisé comme représentant Veau de riz. Veau de , gruau. Ce liquide est à peu prèsle même, qu’il vienne y de l’estomac ou des intestins; cependant, avec de l l’habitude, onparvientàdistinguerson origine. Dans I les vomissements, une partie floconneuse se dépose, î et un liquide trouble surnage; dans les selles, la 1 matière opaque est plus mélangée , il semble que la I matière amylacée soit mieux dissoute.
Nous avons présenté quelques observations sur >lj le mode de formation de ce liquide, et nous avons démontré que son origine ne pouvait être rattachée l'i à une inflammation intestinale.
Une semblable explication est en effet trop A^ague,
' ou plutôt c est le phenomene lui- même exprimé I en d’autres termes. Je vous ai dit d’ailleurs que si
cetjeexplication avait quelque vraisemblance comme
théorie, elle ne tenait pas devant l’expérience. Une
iiilïîiiuniîitioji litîst p;is üttcstftc por uri(; siiiiplt; rougeur aperçue dans certains points du canal intestinal dans les premiers temps du choléra. J’ai mis sous vos yeux, à la dernière séance, l’estomac et l’intestin d’une femme morte eu douze heures. Dans toute l’étendue de ces viscères, vous avez vu une couche de mucosité blanchâtre et en partie liquéfiée, mais rien qui ressemblât à une inflammation. Les personnes qui ont examiné les intestins d’individus tués instantanément par une halle, ou toute autre cause brusque, ont pu leur reconnaître une analogie frappante avec ceux des cholériques; vu les envisageant par la face externe, je ne pourrais pas distinguer les intestins d’un cholérique d’avec ceux d’un homme tué brusquement. Je parle ici du choléra froid et terminé en quelques heures ; car les intestins se colorent avec le temps, et l’on peut même dire jusqu’à un certain point l’âge du choléra, c’est-à-dire sa durée avant la mort, à leur couleur rouge plus ou moins foncée.
Si le choléra a duré un certain temps, vingt- ([uatre heures par exemple , la couleur de l’inlestin est plus rouge que dans l’état sain. C’est ce (pie vous pouvez vérifier sur l’intestin que je vous présente et qui a cet âge du choléra. V(5us y voyez la modification que présentent les intestins d’individus morts dans le froid en vingt-quatre heures. Là, il est encore difficile de prétendre à l’existence d’une inflammation ; mais si la maladie, toujours
SP
dans la période de froid, ne se termine qn après quarante-huit heures, alors peut-être il serait à la rigueur possible de contester sur 1 existence de l’inflammation; des médecins pourraient dire, à la vue des intestins, voilà une inflammation intestinale. Certes, ceux qui n’ont point une grande connaissance des intestins peuvent se tromper et croire à l’inflammation. Mais avant de croire à une inflammation, c’est-à-dire une maladie particulière du système capillaire, une altération du tissu qui fait communiquer les artères et les veines, car une inflammation n’est autre chose que cela, il faut voir si la couleur que l’on observe ne tient point à une congestion sanguine. Vous vous rappelez que nous avons simulé cette congestion, dans la séance dernière, par l’injection de sang cholérique dans une anse intestinale, qui prit tout-à-fait l’apparence d’une inflammation aiguë des plus intense.
Je vais vous montrer quelques préparations nouvelles, car je ne saurais trop démontrer, et je voudrais appuyer de démonstrations tout ce que j’avance,
La question qui nous occupe est importante, sinon diflicile, car à mes yeux la question d’inflammation n’est pas diflicile à juger, et je veux qu’elle devienne claire pour tout le monde.
Voici trois pièces anatomiques préparées avec des intestins de cholériques pris à diverses époques de la maladie. L’une vient d’un choléra de vingtquatre heures : comme vous voyez, elle présente un
aspect sain, avec légère congestion des veines; la seconde a été injectée dans la moitié de sa longueur de sang cholérique par M. Loir, mon préparateur: vous pouvez y distinguer aisément la partie injectée et la partie intacte; la troisième pièce, prise sur un malade de quarante heures, est à son état naturel, et vous voyez qu’elle ressemble si bien à la portion injectée de la pièce précédente , qu’on croirait qu’elles viennent du même individu.
Ces pièces ne résolvent pas la question ; mais il y a un moyen de la rendre claire pour tout le monde.
S’il existe une inflammation, une inflammation telle que tout médecin doit la concevoir, c’est-à-dire s’il y a obstruction des vaisseaux , cessation de communication entre les artères et les veines, s’il y asuspension du travail nutritif, en injectant un liquide, on ne verra point cesser l’apparence d’inflammation. Je n’ai point trouvé d’intestin enflammé; si je le puis, je vous en montrerai un. Je dis que s’il y a inflammation, elle doit persister même après une injection aqueuse dans le système artériel et veineux; c’est ce qui n’arrive pas dans le choléra : en injectant l’intestin, vous le voyez devenir blanc et le sang qu’il contenait être chassé. Il faut conclure de là qu’il n’y a point inflammation, mais seulement stagnation ; aussi, selon moi, il est impossible d’attribuer la sécrétion particulière de l’intestin à l’inflammation.
Nous parlons ici de l’état froid. Plus tard, eu par-
B Umt de la réaction, nous reprendrons ces phenoa mènes, et nous les étudierons comme nous l’avons
fait dans la période algide.
J'ai dit aussi dans la dernière séance qu’il était
!l difficile de croire que les follicules isolés et les . follicules agglomérés qui existent dans la muqueuse intestinale fussent le siège de la maladie ; il y a si loin de l’action supposée de ces petits corps à la , terrible maladie qui nous occupe! Si ces glandes ou i follicules étaient toujours développés dans le cho- ) léra, cette coïncidence pourrait éveiller l’attention.
Mais il n’en est rien, souvent il m’a été impossible l| de les apercevoir ; ajoutons qu’ils se montrent gon- Ik nés et saillants dans des maladies qui diffèrent du J choléra, par exemple chez des sujets morts de la I fièvre scarlatine , comme j’en mets un exemple sous vos yeux. Je dis qu’on ne peut rien conclure du 1 gonflement des glandes muqueuses intestinales du ] choléra. Il est bien de le noter quand il existe, mais t il ne faut pas, je pense, y attacher une grande im-
j portance.
j En voilà assez sur ce point. D’ailleurs, nous avons besoin d’avancer.
Parlons de l’une des questions les plus utiles à traiter à l’occasion du choléra , l’absorption intestinale, j C’est dans l’estomac que nous introduisons les mé-
I dicaments, c’est dans les intestins qu’on les injecte par les lavements. Il s’agit de savoir, d’après ce que nous savons de la circulation , chez les cholériques.
si 'l’absorption intestinale continue chez, eux, et si par conséquent les boissons et les remèdes administrés s’introduisent dans la circulation. Il y a des raisons pour et des raisons contre.
Si, durant le froid, la circulation existe dans la cavité digestive, l’absorption par les veines doit avoir lieu; car je ne pense pas que personne parmi vous pense que l’absorption des liquides ait lieu par le système chylifère, c’est une idée abandonnée. Mais si l’absorption ne se faisait pas par le système digestif, quelques médicaments qu’on plaçât dans l’estomac ou les intestins, il serait sans effet jusqu’à ce que la réaction fût rétablie. Depuis long-temps on a constaté, dans l’Inde comme en Europe , que certains individus, prenant des doses , énormes d’opium, n’en éprouvaient aucune modification pendant les premiers temps de la maladie, mais présentaient ensuite tous les phénomènes de l’empoisonnement par l’opium. D’après ce fait incontestable, il serait donc probable que pendant la période de froid il y a absence d’absorption dans l’estomac et les intestins; mais on peut encore supposer que durant cette période , la circulation étant diminuée, les médicaments n’ont pas sur le système nerveux leur effet ordinaire.
Mais il ne suffit point de supposer, il faut expérimenter. Il est assez difficile de vérifier l’action de l’estomac sur les médicaments, car durant la période de froid il y a des vomissements si fré-
•iquents, que les médicaments sont presque toujours Sitejetés.
^ Il n’en est pas ainsi pour les intestins. On peut ly porter des médicaments et vérifier s’ils sont labsorbés. J’ai fait des expériences sur ce point i|important, qui intéresse à la fois et la physiologie jet la médecine pratique. Car s’il n’y a point absorption, il est inutile de donner des médicaments ; s’il y a absorption, il faut ne point forcer les doses,
- et donner des médicaments en proportions assorfities à l’état de résistance de l’individu.
A INous avons injecté dans le gros intestin, chez des il: individus cholériques, des substances qui, d’après les faits connus, doivent passer immédiatement *ipar la circulation, arriver aux poumons, sortir par 1 la transpiration pulmonaire et se manifester au 1 dehors par leur odeur.
/ INous avons choisi le camphre, qui, d’ailleurs,
1 convient pour rétablir la circulation et la force con- 3 tractile du cœur.
/ INous avons remarqué qu’à la vérité l’absorption 3 intestinale ne se fait pas aussi rapidement que dans I l’état ordinaire, mais que cependant elle se fait en- : core durant la période algide, alors que la circulation a cessé dans les membres et dans la face. Nous avons reconnu dans la transpiration pulmonaire le camphre que nous avions injecté dans le gros intestin.
L’absorption intestinale se fait donc pendant la
période de froid, mais plus lentement, car un malade ordinaire auquel on donne un lavement de camphre , en exhale l’odeur par la respiration au bout d’une minute ; tandis qu’il faut cinq minutes et plus pour obtenir le même effet chez, les cholériques.
Les malades sur lesquels nous avons fait ces expériences, présentaient des pulsations à l’artère crurale et à l’aorte ventrale ; chez ceux où toute circulation a cessé, même dans l’artère crurale, l’absorption intestinale a-t-elle lieu? C’est une expérience que je n’ai pas faite.
Si l’artère crurale bat, le tronc cœliaque, les artères mésentériques, doivent battre; or, de ce que dans ces circonstances nous avons reconnu l’absorption chez les cholériques, il n’en faut pas conclure qu’elle a lieu chez les cholériques à tous les degrés.
INous avons fait aussi cette expérience avec de l’éther, notamment sur la femme dont vous avez l’intestin sous les yeux , qui est morte au bout de vingt-quatre heures. Je lui ai donné moi-même le lavement d’éther, pour reconnaître la quantité; je lui ai donné durant la période du froid le plus complet , avec battement de l’artère crurale. Après quelques minutes, elle nous a offert l’odeur d’éther par sa respiration. L’effet a été plus lent que dans l’état ordinaire, mais enfin il a eu lieu.
Voilà des faits qui démontrent l’absorption intestinale chez des individus qui offrent des battements
I l’artère crurale. Aussi, dans ce cas, on ne donlera pas des doses trop fortes d’opium ni d’autres ubstances. Je dois ajouter cependant que j’ai renontré des cas où dans les mêmes circonstances, ,’est-à-dire avec battements de l’artère crurale, je l’ai pu observer aucun indice d’absorption. Mais, lirez-vous, de ce que le camphre et l’éther sont ibsorbés , faut-il en conclure que toutes les autres aibstances le soient ; car ces dernières substances s’imbibent et sont absorbées rapidement, et il se leurrait qu’il n’en fût pas ainsi d’une simple liqueur iqueuse. C’est là une supposition. Cependant quand in réfléchit à l’état du sang chez les cholériques, à ion état épais , noir, on est porté à croire que l’absorpion des lavements ne se fait pas aussi rapidement [ue dans l’état ordinaire. La preuve , c’est ce qui se oasse pendant la réaction, lors*que la circulation recommence : l’absorption, reprenant son cours ordiaaire, les boissons, les lavements passent par la circulation; s’ils sont vénéneux, ils produisent, ditin, car je n’ai pas vu ce fait par moi-même, les iliénomènes de l’empoisonnement.
I Je vais maintenant vous parler du système chylifère et du canal thoracique.
J’ai plusieurs fois examiné en Angleterre et à Paris le système chylifère des cholériques; je n’y ii rien trouvé digne de remarque. Chez les cholé- •iques qui meurent dans le froid , le système chylifère est absolument le même que dans l’état sain;
il n’y arienquirappelle l’existence du chyle. La diges tion paraît suspendue par la présence de la coucli muqueuse qui revêt la surface intestinale ; les ali inents qu’on y rencontre ne sont point altérés. Nou avons souvent trouvé dans le canal digestif des sub > stances alimentaires intactes, sans indice de corn i mencement de digestion, des légumes, des viaii des, etc.; jamaisnousn’avons vu de chyle dans le sys • tème absorbant , ni de lymphe dans les gauglioni lymphatiques. Ceux-ci sont dans leur état ordinaire blancs, rosés, en un mot parfaitement sains. Quanc on les comprime , ils laissent échapper un peu de. sérosité, comme il arrive chez les suppliciés.
Quant au canal thoracique, il n’offre rien de particulier. Nous en avons encore ouvert un ce matin : il était vide, sans aucune altération pathologique.
Voilà des faits qui se rattachent au choléra, lis n’ont pas la même importance que ceux dont je vous ai d’abord entretenus, car personne ne s’est encore avisé de placer le siège du choléra dans le système • lymphatique. Mais ce qui n’a pas été fait pourrait se faire; j’ai cru devoir, en attendant , constater ces résultats.
Je vais vous parler de la circulation du sang dans les poumons, de la transpiration pulmonaire, en un mot, de la respiration. 11 s’agit d’étudier les fonctions des poumons chez les individus cholériques; la question est du plus haut intérêt.
I Kxan»ine7. les poumons d’un individu mort du L'iioîéra, vous serez frappés, dans la plupart des cas, iüe leur parfaite intégrité; c’est un fait qu il faut fadmettre, car nous le voyons tous les jours ; et cependant il est difficile , en présence de la circulaliion suspendue ou du moins tres-affaiblie, et sur- JHout du refroidissement général du corps, de ne pas penser que les fonctions du poumon et partiiicLilièrement la calorification sont gravement com-
ipromises. Mais il ne s’agit pas d’étudier la question par conjecture, mais il faut examiner a fond ce qui .est, non pas par la voie de simples observations >!superficielles, mais par celle des expériences.
Ç Quand on réflécbit à l’état du sang chez les |cbolériques , quand on sait qu’il est noir, épais, visqueux, la première idée qui vous vient, lorsqu’on est au courant de la physiologie expérimentale, c’est que ce sang, trop épais pour circuler, obsitrue les vaisseaux pulmonaires et produit la mort, rcomme dans une expérience que j’ai plusieurs fois ►ïfaite dans mes cours, et que je vais vous rappeler. -.'Prenez un chien, injectez dans sa veine jugulaire ^quelques substances innocentes, sous le rapport de lia composition chimique, par exemple, de l'huile ( d’olive, ou une solution d’amidon un peu visqueuse,
I l’animal va périr. Administrées de toute autre ma- ' nière, en quantité très-considérable, ces substances ne feraient éprouver aucun dommage à l’animal; tandis qu’une petite quantité de ces liquides, in-
jectée dans la veine jugulaire , le fait mourir en ;
quelques instants. L’huile d’olive n’est cependam |i pas un poison; mais elle a une qualité physique | qui s’oppose à ce qu’elle puisse circuler irapuné- | ment dans le système sanguin d’un animal. En j effet, cette substance, introduite dans la veine ju-
dont l’extrême ténuité est connue. Or, en raison de sa viscosité, elle s’arrête dans les capillaires despou- ' mons, les bouche et en>pêche le passage du sang; alors plus de circulation, plus de transformation du sang noir en sang rouge, par conséquent cessation de la vie. Voilà ce qui explique qu’une faible injection d’huile d’olive dans la veine jugulaire d’un animal lui donne la mort immédiatement. Une solution de gomme produirait le même effet.
Un célèbre chirurgien que j’ai déjà cité, M. Diffembach, a donc pu supposer que, dans le choléra, il y avait quelque chose d’analogue; qu’il pouvait se faire que par l’effet de la maladie, le sang devenant plus visqueux qu’il ne l’est ordinairement, présentât les propriétés physiques de la gomme et de l’huile, et que, devenant trop épais pour se partager en globules assez ténus pour passer dans les capillaires des poumons, ce sang ne vînt ainsi empêcher la circulation. Cependant, s’il en était ainsi, il y aurait mort subite, comme dans l’expérience que je viens de vous citer; tandis que l’on voit des cholériques prolonger leur reste de vie pendant
j plusieurs jours. D’ailleurs, l’autopsie des poumons ^ dément cette hypothèse ; en effet , il est difficile de 0 yoir quelque chose de plus sain que les poumons
0 des cholériques ; seulement vous pourrez remarquer
1 un peu de congestion vers le lobe postérieur : c’est I un effet connu de la position du malade et de la J pesanteur; mais le poumon est dans son intégrité.
M Nous avons bien trouvé, et nous vous montrerons >1 des cas d’emphysème des poumons, cela tient à s la manière dont se font les derniers mouvements ) respiratoires.
J’ai constaté par nombre d’expériences le fait suivant : Vous prenez le poumon d’un cholérique , et vous introduisez un tube dans l’artère pulmonaire ,
I par ce tube vous injectez de l’eau ; si le poumon est I obstrué, comme dans l’expérience dont je parlais I il n’y a qu’un instant, si les capillaires sont bou- : chés au moyen d’une matière visqueuse, vous I aurez beau injecter de l’eau, elle ne paiera pas. C’est ainsi que dans les pneumoniques on pousse en vain de l’eau dans un poumon malade, rien ne passe dans le système veineux. Dans le cas présent, l’ean reste en très-grande quantité dans l’artère pulmonaire ; il se fait une extravasation, un y œdème pulmonaire, tout concourt à prouver que la circulation était impossible. Dans tous les essais [ que nous avons faits sur des poumons de cholériques pour savoir s’il y avait obstruction, nous avons trouvé au contraire que les injections passaient avec
la plus grande facilité de l’artère pulmonaire dans | la veine pulmonaire. Ainsi, les voies rie la circula- | tion pulmonaires sont libres , rien n’empêebe le ' sang de traverser les poumons, si l’impulsion du 1 cœur est assez forte pour pousser le sang dans ces ‘ parties. 1
Ceci vous prouve qu’on ne peut même supposer i l’inflammation du poumon dans le choléra : je ne | pense même pas que personne y ait songé ; les idées | qui portent sur l’inflammation se rattachent au | canal intestinal ; on n’a pas encore dit que le choléra fût une affection pneumonique , cela pourra bien venir, mais l’expérience que je viens de citer suflira, je l’espère, pour donner un démenti formel à cette nouvelle hypothèse; car, encore une fois, dans toutes les véritables pneumonies, il y a impossibilité de faire passer une injection de l’artère dans la veine pulmonaire , il y a obstruction entre la veine et l’artère ; c’est là le caractère essentiel de la pneumonie , il ne se reproduit pas dans le cas du choléra. La circulation n’est donc pas empêchée par aucune cause physique; il n’y a pas d’inflammation , puisque les injections passent facilement.
La continuation de la circulation à travers le tissu pulmonaire est un point capital relatif à l’histoire de la respiration des cholériques.
Passons à quelques autres questions relatives à cette fonction. Il est bien certain que, durant la période de froid, le sang, qui traverse les pou-
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imons, ne s’y transforme pas de sang veineux en sang artériel, ou du moins que la coloration écarlate , qui indique aux physiologistes que l’acte U respiratoire est consommé , n’a pas lieu. Ouvrez, ‘I en effet , l’artère d’un cholérique : dans le cas ij où la circulation continue , vous voyez sortir du sang, tel que celui que vous avez sous les yeux i] (montrant un vase rempli d'un sang très-noir. ) Ainsi,
I la transformation de couleur du sang veineux en sang i artériel ne se fait pas, le sang passe, mais sans 1j changer de couleur. C’est là un fait remarquable ; ;; car le sang des cholériques se colore pourtant r quand il est en contact avec l’air; il y a là un certain effet qui ressemble à la respiration. Maintenant I il faudrait s’enquérir avec beaucoup de soin si l’air r subit les transformations ordinaires. M. J. Davy a Il fait quelques tentatives à cet égard, et il assure que < la proportion d’acide carbonique qu’on trouve dans . 1 air expiré d un homme sain est enplus grande quan tité que dans l’air expiré d’un cholérique. Je ne trouve pas assez de variété, de précision dans ces expériences, pour avoir une entière confiance dans leurs ré-
. sultats. Ici, quelques personnes ont aussi fait des tentatives; ainsi, M. Leroy m’a dit avoir reconnu avec M. Baruel , préparateur de chimie à la Faculté I des Sciences, par l’analyse de l’air expiré des eho- ' leriques, qu’il n’était pas altéré, .qu’il ressemblait à de î’air atmosphérique ordinaire; qu’on y trouvait les mêmes proportions d’azote et d’oxigène. J’en-
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gage les médecins qui me suivent dans ma clinique à faire cette expérience; pour ma part j’espère, dans la séance prochaine, vous en donner les résultats.
Quoi qu’il en soit, il n’est pas impossible que la quantité d’oxigène absorbée soit moindre que dans l’état ordinaire. Du reste, si vous examinez l’air qui sort des poumons , vous voyez qu’il est chargé de transpiration pulmonaire On a remarqué que cette transpiration est tantôt froide, que tantôt elle conserve une certaine température ; quelquefois l’air expiré des cholériques est accompagné d’uneodeurtrèsfétide , d’autres fois il n’a aucune odeur ; il y a des médecins qui attachent une très-grande importance à ne pas respirer l’air expiré des cholériques, et qui recommandent de tourner l’occiput auvisage des malades pendant qu’on leur touche le pouls. La crainte me paraîtmal fondée ; je l’ai respiré cent fois cet air, et souvent alors qu’il était très-fétide, les personnes qui m’accompagnent dans ma clinique le respirent journellement, et nous n’avons pas été frappés de c«tte propriété délétère et vénéneuse dont on parle avec effroi. Cette odeur, il est vrai, n’est pas trèsagréable ; mais, dans l’exercice de notre profession, nous avons si souvent occasion de sentir des odeurs fétides, qu’il ne vaut pas la peine de distinguer celle-là.
Je n’ai rien aujourd’hui à vous dire sur la respiration ; mais maintenant que les questions sont
1 bien posées, j’espère prochainement pouvoir vous > dire quelque chose de positif à ce sujet.
Passons à un autre côté de la question , aux mouvements de la respiration des cholériques; ils sont faciles à percevoir, et ils méritent une grande attention.
Le cholérique froid présente tantôt une respiration ordinaire pour le nombre et l’étendue des mouvements, tantôt une accélération extrême, avec des contractions énergiques , et des efforts , des convulsions dans les muscles respirateurs. Cette manière différente de respirer a une assez grande importance sous le rapport du pronostic de la I maladie. Quand la respiration se fait avec un I mouvement régulier, ce n’est pas là un signe fâ- 1 dieux; j’ai rarement vu, au contraire, les cholériques respirant avec peine et douleur, fortement oppresses et faisant des efforts, des convulsions exi trêmes pour ouvrir leur poitrine, j’ai vu, dis-je, rarement ces cholériques ne passuccomber. Je regarde donc comme de mauvais augure cette difficulté extrême, cette oppression qu’eprouvent les cholériques en respirant. Notez que cette oppression ne vient pas de ce que l’air n’entre pas dans les I poumons; tout le monde l’a remarqué : en écoutant la respiration des cholériques, on entend arriver 1 air jusqu aux dernières vésicules pulmonaires, on entend partout l’air entrer et sortir dans îa respiration. Quelquefois la respiration n’est pas
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aussi franche que dans letat sain, mais enfin les mouvements de la respiration s’effectuent d’une manière complète : cela se prouve bien par l’étude des poumons après la mort.
Ainsi l’air pénètre partout le poumon ; si la res* piration ne se fait pas, cela tient donc à d’autres causes. Il résulte des efforts que cause cette oppression, un état particulier des poumons, qui est un véritable emphysème. Quand le malade n’a succombé qu’au bout de trente à trente-six heures, il est rare de ne pas trouver les poumons emphysémateux; vous voyez les lobules pulmonaires séparées par de l’air, et quelquefois même la plèvre pulmonaire soulevée par une certaine quantité d’air; de sorte que l’une des conséquences de ces efforts est de produire l’emphysème des poumons.
Ces considérations ne se rattachent pas immédiatement au choléra, mais elles montrent quelle influence peuvent avoir sur la respiration ces efforts considérables que font 1-es malades pour respirer.
Je vous ai dit ce que l’étude attentive de la respiration des cholériques permet de constater. Je vous ai fait remarquer un assez grand nombre de faits très-importants, mais il s’en faut de beaucoup que nous puissions rendre raison des phénomènes qu’elle présente :
Par exemple, nous avons reconnu ce phénomène remarquable , que le sang passe à travers le poumon, et cet autre tout aussi remarquable, que le
sang veineux des cholériques ne se transforme pas en sang artériel ; du moins que s’il se transforme , la transformation n’a pas lieu dans la couleur , car il pourrait se faire que du sang fût artériel sans avoir la coloration vermeille; il serait possible que la respiration eût lieu encore, bien que la transformation du sang noir en sang artériel ne se fît pas. S’il était vrai que la coloration du sang se fît apres la mort, et que cette transformation fût accompagnée de formation d’acide carbonique, cela rendrait encore la question plus obscure; on se demanderait comment il se fait que du sang dans des conditions physiques ordinaires , ne se transformât pas pour la couleur et pour d’autres caractères. Nous pourrons peut-être un jour soulever le voile qui couvre ce mystère.
Mais l’heure est écoulée, je suis obligé de m’arrêter. Dans la séance prochaine j’espère terminer l’histoire du choléra algide , et passer au choléra dans l’état de réaction.
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IDIS IfmÂSttSlSo
CHAIRE DE MÉDECINE
M. MAGENDIE
(Second trimestre de 1832.)
Cinquième leçon
BUB
LE CHOLÉIIA-MORBÜS.
Messieurs,
Dans la dernière séance, nous avons abordé plui sieurs questions du plus grand intérêt touchant le J sujet qui nous occupe. Des expériences faites sous i vos yeux ont démontré que la rougeur des intestins de cholériques morts durant le froid est dilïérente de celle qui est propre à l’inflammation, tellement i différente, que si le phénomène est étudié avec ; soin , au lieu de se contenter de la simple vue , j comme pourrait le faire un observateur superfi- I ciel, le soupçon qu il existe une inflammation ne i vient même pas à l’esprit.
Voila ce qui résulte de laits nombreux, d’anato-
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de physiologie et d’observations direetes et multipliées sur les cadavres des individus qui ont succombé à l’épidémie.
Plus tard, en étudiant le canal intestinal chex les individus morts dans la période de réaction, nous discuterons la couleur qui se trouve dans le canal intestinal. Mais j’insiste sur cette vérité, que chez les individus morts durant la période algide ^ aucun médecin éclairé ne peut soM/Jconuc/’inflammation du canal intestinal. C’est, je le répète, ce que vous avez reconnu par l’expérience que j’ai faite dans la séance dernière, et dont le résultat peut encore vous être montré; voici l’intestin aujourd’hui desséché : il est partagé par une ligature ; d’un côté vous voyez une rougeur prononcée, une stagnation de sang; de l’autre côté que nous avons lavé, injecté avec de l’eau, il n’y a plus aucune trace de la rougeur antécédente.
Il vous a été ainsi démontré qu’une simple rougeur devait être distinguée d’une inflammation , qui est une modification grave du système capillaire, avec diffusion, épanchement des éléments du sang dans les parenchymes et les tissus.
Nous nous sommes occupés aussi de l’étatde quelques fonctions chez les cholériques, particulièrement de l’absorption intestinale. Nous avons cherché à reconnaître si cette fonction s’exerce; nous avons reconnu qu’elle a lieu dans le froid assez prononcé; mais nous n’avons pu assurer qu’elle ait lieu dans
îi le froid porté à son maximum, lorsque par exemple 9 les battements de l’artère aorte sont insensibles. Je '< n’ai pas encore fait d’expérience à ce sujet. Cette i| question était importante, car le médecin qui donne (I des médicaments à un cholérique , doit savoir de quelle manière l’absorption s’opère afin de régler li ses prescriptions.
Nous avons aussi parlé du système chylifère, des V ganglions mésentériques, des vaisseaux lactés et du r; canal thoracique. Nous avons dit qu’ils ne subisfi saient pas d’altération , qu’ils étaient sains, mais 'i vides, ne contenant pas de trace de chyle ni de j lymphe.
I Nous avons enfin pÿlé de la respiration, de cette ■\ fonction vitale qui paraît troublée d’une manière I si grave dans le choléra. Il est impossible en effet, >] soit qu’on fasse attention à la couleur du sang, soit f qu’on ait égard à la température du corps, de ne :! pas supposer que l’acte respiratoire est grandei ment lésé. Mais il faudrait le savoir, d’une manière > positive et par des résultats d’expériences directes; ( malheureusement je n’ai pas pu vous rapporter des i laits assez certains a ce sujet. Je vous ai fait con- ; naître les expériences de personnes dé mérité, celles de M. Jonh Davy, qui assure que dans l’Inde la respiration des cholériques durant le froid a donné I une moindre absorption d’oxigène, et par consé- I cjuent une moindre production d’acide carbonique; celles de M. Baruel, à Paris, qui a déclaré que l’air
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introduit dans tes poumons des cholériques ne subissait pas d’altération, et sortait comme il était entré. Voilà des expériences sur lesquelles nous ne pouvons rien affirmer; mais M. Baruel est un chimiste habile, accoutumé à faire des expériences sur l’air; j’en ai même fait avec lui autrefois; il est digne de toute confiance. Je rapporte ce résultat tel que je l’ai appris de M. Leroy d’Étiole, qui a fourni l’air analysé.
J’aurais voulu vous présenter des analyses faites sous mes yeux; malheureusement un de mes préparateurs, M. Nonat, est tombé malade de la cholérine hier; je ne le crois pas gravement malade, pourtant il est assez indispo^ pour avoir été obligé de suspendre tout travail.
Nous allons nous occuper aujourd’hui d’une question importante, capitale; je veux parler du sang des cholériques. Il est d’autant plus nécessaire de se fixer sur ses caractères physiques et chimiques que plusieurs systèmes de traitement rationnels en apparence ont été fondéssur sa nature. Nous devons donc, non-seulement sous le rapport physiologique, mais sous le rapport clinique, être au fait de tout ce que la science possède sur le sang cholérique.
Nous avons dit, dans la séance dernière, qu’on ne pouvait pas douter que le sang chez les cholériques ne passât librement dans la plupart des circonstances à travers les poumons; nous avons dit qu’on entendait distinctement la respiration des
i cholériques, qu’il est certain que l’air arrive jusj qu’aux dernières vésicules. A l’aide du stéthoscope 1 on entend la respiration, on l’entend même encore .J très-distinctement peu d’instants avant la mort.
Quelques personnes m’ont dit n’avoir entendu )] que le bruit bronchique, et non l’expansion pulmo- :( naire. J’ai examiné avec soin et j’ai entendu netteq ment la respiration dans toutes les parties du pourt mon. Déjà j’avais fait cette expérience en Angle- 31 terre , j’en avais été frappé ; je l’ai répétée ici, et je •1 ne doute pas que l’air n’entre librement dans les > poumons des cholériques. Si l’air entre librement ; dans les poumons, le sang y peut librement com- I muniquer du système veineux avec le système (j artériel. Le sang doit nécessairement passer durant la vie, puisqu’une injection peut passer même après ') la mort. Sous ce rapport, les poumons de cholérij ques ne semblent différer en rien de ceux d’un i homme en santé. Ainsi donc si la respiration des I cholériques est altérée , ce n’est pas par obstacle ( physique au cours du sang à travers le poumon.
Il y a des variations considérables dans le nom- I bre des inspirations dans un temps donné ; ce uom- I bre va quelquefois à trente, quarante par minute, j quelquefois il descend au- dessous de vingt. Dans I les derniers temps de la vie, il y a une sorte de I lutte entre l’inspiration et l’expiration, d’où il résulte compression des poumons, et bientôt emphysème de cet organe. Mais c’est plutôt là l’effet des convul-
sionsde la mort qu’un symptôme de la maladie ; car nous avons trouvé souvent des cholériques dont les poumons n étaient pas emphysémateux, chez lesquels l’air ne s’était pas introduit dans le tissu cellulaire interlobulaire.
Nous vous avons annoncé dans la dernière séance que le sang- de cholérique n’avait pas l’aspect de sang ordinaire. Nous pouvons aujourd’hui vous en donner des preuves nombreuses ; voici plusieurs échantillons de sang tirés soit de cholériques vivants, soit de cholériques morts dans le froid.
Plusieurs caractères le distinguent : l’absence presque complète du sérum et sa coagulation, qui ressemble plutôt à la prise en masse de l’albumine végétale, de la gelée de groseille, par exemple, qu’à la véritable coagulation du sang.
Ce sang est noir, ou, pour parler plus juste, rouge
très-foncé avec apparence noire. Etendu d’eau , il rougit, parce que sa couleur perd de l’intensité.
Le sang provenant des veines est à peu près semblable à celui extrait des artères. Voici de l’un et de l’autre que j’ai recueillis moi- même ce matin sur une femme morte durant la période algide. Or. cette identité qui s’observe après la mort, se remarque aussi durant la vie. C’est là un fait jusqu’à ce jour presque inconnu à la physiologie et à la médecine, que l’existence pendant un temps prolongé d’un sang noir circulant dans les veines et dans les artères; mais ce fait (‘St certain, car il a été ol)serve
dans tous les pays. H y a beai,u*ou[) d’analogit! de couleur et d’apparence entre le sanj? cholérique el celui des apoplectiques, dont les deux lobes cérébraux sont fortement couipriinés. Cliez, ces derniers, le sang est aussi noir à la fois dans les veines et dans les artères.
Ce sang n’est pas seulement noir, il semble beaucoup plus visqueux que dans l’état ordinaire, et s’attache au doigt, ce qui a fait dire qu’il est sirupeux.
Je voudrais pouvoir donner quelques raisons plausibles de cette altération du sang ; remontons d’abord aux phénomènes que présente ce liquide aux différentes époques de la maladie. Examinez un individu atteintducholéra, mais non d’une manière violente, qui n’a que de l’agitation, de l’inquiétude , des vomissements, des selles abondantes; saignez -le comme cela se fait dans certains systèmes de traitement, le sang tiré de la veine ne diffère pas sensiblement du sang ordinaire. J’ai vu maintes fois, en Angleterre, plusieurs saignées faites sur des cholériques avant la période algide. Ces saignées étaient faites à deux ou trois heures d’intervalle. 11 m’eût . été bien impossible d’en distinguer le sang du sang tiré i\ des malades non cholériques.
J’ai répété ces expériences pour chercher à reconnaître si l’altération si remarquable du sang des I cholériques était la cause de la maladie ou bien (a I conséquence. Ce point est essentiel quant au traitement. D\après cc que j’ai observé, il est certain
que la transformation du sang ne se fait pas subitement, mais successivement. Saignez un cholérique dans la période de froid, si vous y parvenez, ce qui prouvera que le froid n’est pas très-intense, vous obtiendrez un sang qui n’aura pas une teinte noire très-prononcée.
Voici du sang tiré d’un cholérique dans la période de froid; il a bien quelque chose de particulier dans l’aspect; il est plus foncé que le sang des saignées ordinaires, mais enfin il présente un caillot au fond du vase, et un sérum qui surnage.
Il resterait à savoir si l’altération du sang est la cause ou la conséquence de la maladie. Ici la diffî-, culté me paraît grande, car une telle modification peut dépendre de l’ébranlement profond que subit l’économie du cholérique, elle peut être l’effet de l’affaiblissement de la circulation ; elle peut être spontanée comme cela se voit dans d’autres maladies.
Cependant il est digne de remarque que le sang n’est pas altéré dès le début du mal, mais seulement peu à peu et à mesure qu’il fait des progrès, d’où je suis porté à conclure que l’altération est la conséquence et non la cause primitive de la maladie.
Pour connaître d’une manière précise l’altération du sang chez les cholériques, U fallait analyser ce liquide. C’est ce qu’ont essayé les chimistes dans tous les pays civilisés et ravagés par l’épidémie. Mais une
Il pareille tentative est plus aisée à concevoir qu a exe- )i enter dans l’état actuel de l’analyse organique , quand à il s’agit d’un liquide aussi complexe que le sang.
! M. Hermann de Moscou, chimiste renommé que rt nous avons vu dernièrement à Paris, a annoncé qu il ip existait dans le sang des cholériques un acide parfjD ticulier inhérent surtout au coagulum fibrineux. ^ Ayant examiné comparativement le sang pris à une K personne en bonne santé , il aurait retrouve ce mê- 91 me acide surtout dans le caillot, et en plus grande
quantité que dans le sang de cholérique. La présence d’un acide dans le sang est une chose qui a frappé et étonné les chimistes et les médecins. Quelques-uns de ces derniers ont cherche a établir sur cette donnée leur traitement; disant, s’il y a excès d’acide, le traitement doit être alcalin; s’il y a défaut, employons les acides.
Mais le fait queM. Hermann avaitprésenté comme constant, ne s’est pas vérifié dans les analyses faites en Angleterre, en Allemagne et à Paris. Dans un travailpublié récemment M. Thompson de Glascow dit qu’il n’a pas retrouvé cetacide. A Paris, M. Lassaigne, jeune chimiste des plus distingués, à qui j’avais remis une certaine quantité de sang de cholérique, déclare ne pas y avoir trouvé d’acide ; comme personne n’a reconnu l’existence d’acide acétique dans le sang,
O comme moi-même en Angleterre, étonné de la dé- C' couverte annoncée par M. Hermann, j’ai lait des recherches sur cet acide, sans pouvoir le décou-
vrir, je suis porté à penser que M. Hermann s’est laissé influencer par quelques circonstances particulières. Car il est difficile de supposer que chex les hommes du Nord, le sang est autrement composé que chez nous.
Quoi qu’il en soit de l’acide annoncé par le professeur moscovite , l’analyse du sang cholérique a donné quelques résultats importants. Les analyses s’accordent pour établir que la fibrine disparaît que entièrement; c’est là un point sur lequel tout le monde est d’accord. M. Lassaigne n’a trouvé que la quatorzième partie de la fibrine qui existe à l’état sain. M. Thompson donne des résultats fort analogues. Voici ses nombres :
Fibrine à l’état de santé, .... 5,6y.
— chez les cholériques, 0,67.
Vous voyez que cette différence dans les quantités de fibrine à l’état sain et à l’état cholérique sont immenses ; cela se vérifie chez tous les individus atteints gravement du choléra.
L’albumine éprouve aussi quelque diminution; sa quantité, étant 10,79 dans l’état sain, n’est plus dans l’état cholérique que 7,54 pour 100 d’eau.
La matière colorante est dans une condition opposée. Suivant Thompson, elle est dans l’état de santé 9,4^ » et dans l’état cholérique ou 34,08. Ainsi la quantité de matière colorante est cinq fois aussi considérable chez le cholérique
I. que chez, riiomme sain. C'est là un tait du plus haut } intérêt. Quant aux sels, ils n’éprouvent point de
0 modifications dans leur nature et leurs proportions ^ respectives ; en sorte que c est surtout la fibrine ,
U: l’albumine et la matière colorante qui doivent ap-
1 peler l’attention. Pour que le sang arrive à ces proportions, il faut qu’il perde considérablement de
1 sérum. Or, tout le monde sait que les cholériques ! font des pertes immenses de sérosité qui , par sa il composition chimique, a la plus grande analogie V avec le sérum du sang; ils en rendent plusieurs I litres, de manière à inonder une chambre ; d’auj très la laissent aller sous eux. Tous les chimistes 1 ont reconnu la plus grande analogie entre cette i sérosité et la sérosité du sang. M. Lassaigne, à qui j’en avais envoyé une certaine quantité produite par ^ les selles, me répond qu’elle est identiquement la ! sérosité du sang. Ainsi ce fait annoncé par la chi- ! mie se trouve parfaitement d’accord avec les phénomènes pathologiques du choléra.
Voici les principaux résultats de M. Thompson, i dont les analyses me paraissent être celles qui ont ] été faites avec le plus de soin.
Le sang analysé avait été recueilli lors du froid 1 et de l’absence du pouls au poignet; . il était rouge ( foncé, presque noir ; il ne jirenait pas à l’air'la cou- ! leur rouge écarlate du sang veineux sain ; il se coa- I gulait et se séparait en sérum et en caillot; mais le sérum était peu abondant et plus ou moins coloré
La pesanteur spécifique de ce sérum a varié dans cinq expériences, de i,o44^
celle du sérum sain étant 1,0287.
La proportion du sérum au caillot s'est trouvée, de sérum, 33,2; caillot, 66,8.
Dans l’état de santé , le rapport est à peu près de :
sérum, 55; caillot, 45*
Composition du sérum. Santé. Cholérique.
Eau 90,5 83,960
Albumine. . 8,0 i5,oiS
Sels 1,5 i,o35
Dans une autre expérience :
Eau 80,820
Albumine 17,945
Sels. ......... 1^237^
Aussi le sérum du sang est non-seulement diminué relativement au caillot, mais il est plus chargé d’albumine.
Composition du caillot.
Dans une expérience :
Fibrine o,56
Matière colorante et albumine. .
!^els ' . . . 1ü27
Eau. 57,60
[ Ce sont là des faits de la plus grande importance, *icar ils pourraient conduire a quelque moyen ra- Œtionnel pour arriver à la guérison du choléra : esiisayer par exemple de rétablir dans le sang les dif- 3;férentes substances qui y manquent.
! Moi-même, dans la vue de m’assurer si le choléra consistait dans la déperdition subite et consitdérable de la partie séreuse du sang, si c’était là la qcause de la maladie, son phénomène fondamental, ïj’ai fait quelques expériences qui malbeureuse- I ment n’ont pas amené de résultats favorables ,
^ mais qui pourront fournir peut-être quelques données thérapeutiques utiles.
Comme tous ceux qui ont soigné beaucoup de cholériques, j’ai vu nombre de cas dans lesquels la mort est imminente quoi qu’on fasse. A 1 as- )jpect de ces infortunés, le médecin ne peut s’em- )| pêcher de prédire la mort, et sa prédiction est malheureusement trop tôt et trop bien vérifiée. ^Dans ces circonstances, notre devoir n’est pas de i| demeurer simple spectateur de la mort , mais j de faire quelques tentatives qui , sans être nuisi- ■I blés ni douloureuses, puissent avoir quelque appa- 1 rence d’utilité ; car il importe avant tout de ne -I pas ajouter aux douleurs du malade, de ne pas accroître les angoisses des derniers moments.
Dans des cas semblables voici ce que j’ai fait :Yoyant
que durant le froid le sang cholérique était aussi dé-
pourvu de sérosité, j’imaginai d’injecter dans les vei- i nés du sérum artificiel. Je fis préparer un liquide aussi i semblable que possible au sérum du sang, et, dans i plusieurs cas de choléra désespérés, lorsque l’individu i n’avait plus que quelques instants à vivre, j’en in- i jectai dans les veines, à la température du corps, 5o“ à Réaumur. Une seule fois, sur une femme d’un âge avancé, déjà presque morte, nous obtînmes un résultat remarquable. Après avoir introduit un litre de cette liqueur, je la vis revenir à elle ; ses yeux, qui étaient desséchés etdanscetétatcadavérique que je vous ai dépeint, redevinrent humides , presque brillants; ils laissèrent même échapper quelques' larmes; elle reprit la faculté de parler, et se dressa sur son séant, à la surprise des assistants et à ma grande satisfaction ; mais ces bons effets ne durèrent que trois ou quatre heures : la malade retomba dans l’affaissement, et mourut. Peut-être aurais-je obtenu un succès plus durable si j’avais pratiqué de nouvelles injections.
Nous avons dans six autres circonstances fait une injection de cette nature, mais nous n’avons obtenu aucun succès; l’injection poussée, les veines se sont un peu gonflées, il y a eu simple modification apparente dans les vaisseaux et la circulation ; mais quant aux phénomènes de la maladie, nous n’avons obtenu, ni bons ni fâcheux effets; l’état des moribonds n’a pas été modifié. De sorte que ces derniers essais sont beaucoup moins satisfaisants que celui
' dont je viens de vous jiarler. Voyant que les résultats étaient tels, je n’ai pas insisté.
I Ces expériences sont cependant curieuses, puisqu’elles établissent, comme chose positive, que ce n’est pas uniquement parce qu’il manque de sérum dans le sang que l’individu est cholérisé. Les faits ique je viens de vous signaler sont plus intéressants (SOUS le rapport de la composition du sang, que sous le rapport pathologique.
Quelques personnes n’ont pas manqué de fonder des traitements sur cette idée qu’il manque d’alcali dans le sang; des médecins prétendent avoir guéri un très-grand nombre de cholériques en leur faiisant boire des compositions salines analogues au séirum du sang. Il m’est difficile d’admettre ces réisultats; mes expériences sont plus concluantes que l’introduction d’une boisson dans l’estomac,, qui ne passe pas dans la circulation d’une manière aussi complète' qif^ lorsqu’elle a été injectée directement dans une veine.
iVl. Diffenbach, de Berlin, ne s’est pas contenté de faire des raisonnements sur la nature chimique du sang. Voyant le sang altéré, s’inquiétant peu du . mode d’altération, mais pensant que l’altération du sang était la maladie, il a voulu ôter le sang des cholériques et le remplacer par du sang de personnes en santé. (jCS transfusions étaient bien indiquées ; elles ont eu lieu dans trois occasions différentes, et dans des circonstances opposées , pour l’àge, la
force de Tindivida. Après ces tentatives hardies et | toutefois rationnelles, ce médecin a vu quelques légères modifications dans letat des malades; mais ! ils sont morts tous les trois plus ou moins promptement. C’est un résultat bien intéressant pour la science, mais bien triste en même temps pour la ! thérapeutique, puisqu’on ne peut s’attacher au fait : de l’altération du sang. En mon particulier, je suis reconnaissant envers M. Diffenbach de ses essais, car ils m’ont dispensé de faire les mêmes tentatives, qui sans doute n’auraient pas été plus heureuses dans mes mains que dans les siennes.
Il faut reconnaître que dans ce moment l’état grave du choléra est bien difficilement atteint par les moyens de l’art.
Il est une autre question que j’ai voulu chercher à résoudre par une expérience, c’est celle de savoir si réellement le sang est pour beauco^dans l’état cholérique. J’ai fait à ce sujet des ex^riences sur des animaux. Ainsi, il y a quelques jours nous avons injecté dans les veines d’un chien environ une once de sang de cholérique : cet animal est encore bien portant. Ainsi ce sang n'est pas un poison à une certaine dose. Vous savez que des substances tout-à-fait innocentes, comme l’huile, lîi solution de gomme ou d’amidon , peuvent être introduites à doses énormes dans l’estomac sans inconvénient ; injectées dans les veines, ces mêmes substances tuent tout de suite les animaux chez
qui l’on fait ces injections. Coname le sang’ de ) cholérique est épais et visqueux, j’avais pensé qu’il c produirait les mêmes effets ; il n’en est rien : ce sang de cholérique injecté dans les veines, l’animal 1 n’est pas mort, et même n’a éprouvé aucun trouble r notable.
\ Mais voilà une autre expérience faite hier matin, ) et qui me donne beaucoup à penser; ce ne sera pas ) la dernière de ce genre que je ferai. M. Loir, mon 9( préparateur, a pris un chien, a extrait huit onces de sang de la veine jugulaire ; après avoir extrait i ces huit onces de ce sang, ce qui est beaucoup pour I un chien de la taille de celui sur lequel nous avons )(fait l’expérience, il les a remplacées par huit onces de sang de cholérique. Eh bien, le chien est mort •‘hier dans la soirée avec des symptômes qui ressemî blent beaucoup, d’après ce qui m’a été dit, à ceux du choléra : il a vomi, il a eu des évacuations; je il’ai fait ouvrir pour le mettre sous vos yeux. Vous ■ pouvez vous convaincre que tout le système veineux uest rempli de sang noir, et ses intestins surtout pré hsentent un aspect qui rappelle celui des cholériques imorts dans la période de froid. Quand on incise les ny^eines, on y voit du sang noir comme chez les cholériques.
Il est donc curieux de remarquer que le sang des (cholériques, injecté a petite dose, n’a pas produit id accident, tandis qu’introduit à haute dose de manière à influencer la composition du sang, l’animal