‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 108 sur 156 · ALIMENTATION · texte numérisé non relu

ALIMENTATION

foires, peut-être même le sucre, se décomposent et arrivent à un état en quelque sorte indéterminé, d’indifférence chimique par suite des procédés digestifs. Ce sont toutes ces matières alimentaires tombées dans une sorte de chaos, ayant perdu leur individualité chimique, qui se groupent ensuite dans un équilibre nouveau, compatible avec l’atmosphère organique au sein de laquelle elles se rencontrent.

Nous pensons donc que les données de la science sont encore insuffisantes pour trancher la question de l’intlueiice de l’alimentation sur le diabète ; mais en attendant nous sommes portés, ainsi que M. Boussingault, à condamner la pratique des régimes exagérés auxquels on soumet aujourd’hui les diabétiques (1).

(1) Voy., à l’Appendice, le mémoire de M. Boussingault sur l’analyse du biscuit de gluten.

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Sommaire : Autres origines possibles du sucre chez le sujet sain et chez le sujet malade. — Glycogène des muscles.. — Le glycogène ne se transforme pas en sucre dans les muscles. — Fermentation lactique. — Conditions expérimentales artificielles où l’on peut constater du sucre dans les muscles. — Se passerait-il quelque chose de semblable chez l’individu diabétique ?

Messieurs ,

Nous avons examiné, dans la leçon précédente, la question de l’origine alimentaire du sucre du sang, et nous avons vu, suivant nous, ce fait capital que chez l’individu normal la glycémie physiologique est absolument indépendante de la nature de l’alimentation. Nous avons également agité la question de savoir si, par suite de troubles pathologiques non définis, mais probablement de nature nerveuse, l’alimentation pouvait venir exercer une influence directe sur la glycémie et par suite sur la composition de l’urine du diabétique.

Pour compléter la revue des sources plus ou moins possibles du sucre chez les diabétiques, nous devons rechercher aujourd’hui s’il peut y avoir dans l’organisme sain ou malade d’autres sources glycémiques que le foie.

Au point de vue physiologique, la réponse à cette question est très-simple. Le foie est. une source de sucre parce qu’il contient et produit la matière glycogène

GLYCOGÈNE DES MUSCLES. /j27

qui se transforme en sucre. D’autres organes, d’autres tissus renferment-ils, comme élément constituant, de la matière glycogène?

Chez l’embryon, vous le savez, cette matière se rencontre ailleurs que dans le foie : elle se trouve chez les uns dans le placenta, chez les autres dans la membrane amniotique, et les couches particulières de tissu de ces organes, renfermant la matière glycogène, constituent pendant la vie fœtale de véritables organes glycogéniques dans lesquels s’accomplit la fonction qui plus tard se localisera dans le foie : aussi l’embryon a-t-il du sucre dans le sang, et si bien qu’il est, comme je l’ai démontré, normalement diabétique, et il est diabétique par l’active fonction glycogénique du placenta comme plus tard l’adulte pourra le devenir par le foie.

Les muscles de l’embryon contiennent aussi de la matière glycogène, et nous avons à voir si cette matière glycogène subit l’évolution qui ailleurs la transforme en sucre.

Mais remarquons d’abord que parmi les tissus qui, en dehors du foie, renferment de la matière glycogène . chez le fœtus, il n’en est qu’un qui continue à présenter à un degré plus ou moins prononcé cette propriété chez l’adulte. C’est le tissu musculaire. Ainsi, en cherchant chez l’adulte quels organes, quels tissus, autres -que celui du foie, pourraient devenir une source accessoire et anormale de sucre, il n’y a que le tissu musculaire auquel nous ayons à nous adresser.

Les muscles peuvent-ils normalement remplir une fonction glycogénique? pourrait-on, dans des cas patho-

logiques, voir apparaître en eux une transformation de ce genre? Telles sont les limites précises de la question.

Or à l’état normal il ne se fait jamais de sucre dans les muscles; toutes nos expériences sont on ne peut plus décisives à ce sujet; la matière glycogène du muscle subit incessamment une fermentation lactique, et c’est là, chez l’animal vivant, comme sur le cadavre, la seule transformation de la substance glycogène du muscle. Il me sera facile de vous le démontrer, en vous rappelant quelques-unes des expériences dont vous avez été déjà témoins, et en étudiant la question, comme pour le toie, d’une part sur le tissu de l’animal vivant, et d’autre part sur le tissu du cadavre.

D’abord sur l’animal vivant, dans les circonstances où on voit la matière glycogène du muscle diminuer et même disparaître comme à la suite de contractions violentes et prolongées, ou par l’effet de l’inanition, on ne voit jamais la matière glycogène se transformer en sucre. Vous savez que les expériences propres à permettre une constatation de ce genre sont trèssimples. Le sang de l’artère du muscle nous montre tout ce qui entre dans le muscle, le sang de la veine nous montre tout ce qui en sort, c’est-à-dire tout ce qui y a été produit. Or jamais le sang veineux du muscle ne se montre plus chargé de sucre que le sang artériel; comme dans tous les sangs veineux, excepté celui du foie, le sucre y est moins abondant que dans le contenu des artères. Chez l’animal vivant le sucre se détruit donc dans les muscles et ne s’y forme pas.

L’expérience du foie layé vous est aujourd’hui trop

Page 1