‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 111 sur 156 · CL. BESSABD · texte numérisé non relu

CL. BESSABD

Zl54 LliÇONS SUR LE DIABÈTE.

substances qui sont assimilées directement par les tissus? C’est ce qu’on a pensé longtemps, et c’est à cette manière de voir que l’on peut donner le nom de théorie de la nutrition directe. ks%e, elle il n’y a d’assimilé que les composés organiques que l’animal trouve tout formés dans ses aliments et, sous ce rapport, il faudrait établir une limite tranchée entre le règne végétal et le règne animal, ce dernier ne pouvant rien former en lui-même, ni albuminoïdes,' ni graisses, ni hydrocarbures, mais étant obligé d’emprunter tous ces composés aux organismes végétaux qui semblent avoir été créés tout exprès pour lui préparer d’avance les principes de sa nutrition. On admet dans cette théorie que les principes alimentaires entrent tout faits dans le sang et que tous les éléments de nutrition et de sécrétion y sont contenus, qu’en un mot l’organisme animal n’est qu’un filtre et un fourneau.

Je me suis assez élevé contre celte théorie dans le cours de ces leçons, pour n’avoir pas à y revenir ici. Je veux seulement aujourd’hui, à propos du diabète, considéré comme trouble général de la nutrition, vous montrer que la nutrition, loin d’ètre directe, se compose d’une série de métamorphoses régressives et progressives, dont malheureusement la nature, et surtout les prochimiques, ne nous sont que très-imparfaitement connus.

On dit souvent et vulgairement qu’il n’y a que ce qu’on digère qui profite à l’organisme, mais cet aphorisme est encore loin de la vérité, car, outre les substances qui peuvent traverser le tube digestif et qui sont

DIGESTION ET NDTRITION. . 435

réjetées sans y subir aucune modification, les aliments peuvent être parfaitement digérés et cependant ne fournir aucun principe utilisé par l’organisme. Nous avons observé maintes fois des phénomènes de ce genre chez les animaux, chez des chiens, qui, à la suite de divers ébranlements amenés par les vivisections, manifestaient une voracité très-grande, la satisfaisaient largement, digéraient et faisaient, comme nous avons pu nous en assurer, du chyme et du chyle, et cependant maigrissaientetne tardaientpas à périr comme d’inanition. C’est ce qui peut arriver chez les diabétiques qui digèrent souvent très-activement, mais se nourrissent mal. Nous devons en conclure que parmi les nombreux termes dont se compose la nutrition, le terme digestion peut s’accomplir normalement et les autres être supprimés ou troublés; cela indique en un mot qu’il faut distinguer la digestion de l’absorption intestinale, et l’absorption intestinale elle-même de l’assimilation.

La nutrition est si loin d’être directe^ que nous pouvons considérer, ainsi que nous l’avons déjà dit, la digestion comme une sorte de décomposition des principes alimentaires, réduisant ces principes à certaines formes d’éléments indifférents, aux dépens desquels l’organisme, selon ses besoins, reconstitue les composés qui sont nécessaires pour rétablir l’équilibre de ses dépenses.

L’une des premières phases de ce travail de composition et de reconstitution serait donc un travail de décomposition qui se passe dans la membrane muqueuse digestive; cette phase est représentée par le phénomène qu’on désigne habituellement sous le nom d’absorption

intestinale. Je pense que l’absorption digestive est d’une tout autre nature que les absorptions ordinaires. J’admets, d’après mes expériences, qu’il y a à la surface de la membrane muqueuse intestinale une véritable génération d’éléments épithéliaux qui attirent et modifient les principes premiers résultant de la dissolution digestive, les élaborent avant de les faire passer dans les vaisseaux. La digestion ne serait donc point une absorption alimentaire simple et directe. Pour préciser encore mieux les termes, nous pourrions dire que les aliments dissous et modifiés par les sucs digestifs dans l’intestin ne forment qu’une sorte de blastème générateur, dans lequel les éléments anatomiques trouvent les matériaux de leur nutrition et de leur activité fonctionnelle. Mais les principes alimentaires, une fois incorporés au milieu intérieur, ne sont pas aussitôt et tels quels assimilés par les divers tissus. Ici encore viennent s’interposer de nouveaux phénomènes, qu’il nous a été donné d’éclaircir notamment pour ce qui est de certains hydrocarbures. Je veux parler du rôle créateur de réserve que jouent certains viscères, qui, interposés sur le parcours du sang venant de l’intestin, élaborent, produisent ou emmagasinent diverses substances, pour ne les livrer à la consommation des tissus que dans des conditions auxquelles préside le système nerveux. Ces stations de réserve nous les avons mises en toute évidence pour les matières glycogènes et sucrées ; le lieu de leur emmagasinement nous l’avons démontré dans le foie.

Aussi avons-nous admis que le diabète, au point de vue de son origine hépatique, la seule connue, la seule scien-

Page 1