LEÇONS SUR LE DIA.BÈTE
La vésicule du fiel était très-volumineuse et distendue par une bile épaisse.
Les poumons de l’animal présentaient un peu de vascularisation, et dans quelques points, de très-petites taches, comme ecchymotiques.
D’après tout cela, on voit que cet animal était réellement malade des suites de l’abstinence trop prolongée, on voit aussi que cette circonstance a empêché la gélatine de produire de la matière glycogène comme cela a lieu ordinairement. Il faut donc, comme on le voit, ne pas pousser l’ashtinence au delà de certaines limites lorsqu’on veut faire l’expérience dans de bonnes conditions.
Il est néanmoins à remarquer que dans cet état l’animal avait conservé de la matière glycogène dans son foie, ce qui prouve que jamais cette matière ne disparaît absolument tant que l’animal vit. Le pancréas de ranimai était très-pâle, et on constata que son tissu avait encore la propriété de changer l’empois d’amidon en sucre. La vessie était contractée et ne contenait que peu d’urine.
Le gros chien, après l’opération, resta parfaitement vif et il fut sacrifié parla section du bulbe rachidien cinq à six heures après l’ingestion de la gomme.
A l’autopsie de l’animal, on ne trouva aucun signe de péritonite ; l’expérience était faite dans de bonnes conditions.
On retira une partie du foie et on l’examinà comparativement avec le foie recueilli avant l’expérience, de la manière suivante :
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Un quart d’heure environ après l’avoir extrait, on avait pesé 10 grammes du tissu du foie pris avant l’ingestion de la gomme. On les fit bouillir après les avoir broyés et on mesura le volume que formait le tissu du foie avec l’eau de décoction : le tout faisait 35 centimètres cubes.
Après la mort de l’animal, on pesa également 10 grammes du tissu du foie, on le fit cuire et on le broya de manière que le tissu et l’eau fissent précisément un volume total de 35 centimètres cubes.
Ces deux décoctions hépatiques étaient blanchâtres , louches, beaucoup moins jaunâtres que celles du petit chien, et elles contenaient évidemment du sucre, car l’une et l’autre réduisaient; seulement la décoction du foie recueilli après la mort réduisait davantage, mais il faut ajouter qu’elle était moins opaline. Toutes deux étaient acides.
On prit alors 10 centimètres cubes de chacune de ces décoctions; on ajouta à chaque tube 1 centimètre cube de salive, et bientôt les deux liqueurs devinrent parfaitement limpides. Alors on ajoutaà chaque tubel gramme de levùre de bière et on mit fermenter sur le mercure. Le lendemain, la fermentation était achevée et on avait, pour la décoction du foie pris avant l’ingestion de la gomme, 13 centimètres cubes de gaz absorbable par la potasse. La décoction du foie pris après l’ingestion de la gomme donna seulement 10 centimètres cubes de gaz.
Ceci montre donc qu’il y avait moins de matière glycogène après l’ingestion de la gomme qu’avant, et cependant l’animal était dans de très-bonnes conditions.
nullement malade, et cette diminution de la matière glycogène ne pouvait s’expliquer que par la dépense que l’animal en avait faite sans la réparer, dépense qui avait encore été accrue par les mouvements auxquels il s’était livré. Quand un animai gagne de la matière glycogène par une alimentation, il faut donc admettre qu’il en a également dépensé, mais qu’il en a fait cependant plus qu’il n’en a dépensé.
On a ouvert l’intestin de ce chien dans toute son étendue; en aucun point on ne trouva d’altération delà membrane muqueuse intestinale. Tous les autres organes étaient sains, de sorte que l’expérience peut être considérée comme ayant été faite dans de très-bonnes conditions.
Il y avait, dans l’estomac de l’animal et dans son intestin grêle, de l’eau gommeuse, seulement l’estomac renfermait une masse considérable de poils que ce chien avait avalés, probablement en se léchant.
Cette expérience montre donc que la gomme, pas plus que la graisse et le sucre ou l’amidon, n’est susceptible de donner naissance à la matière glycogène du foie chez des animaux à jeun, auxquels on donne seulement cette alimentation exclusive. Car il pourrait en être autrement dans le cas d’alimentation mixte et variée.
9' expér. — Influence du sucre sur la formation de la matière glycogène, — Une chienne jeune et saine, laissée à l’abstinence complète pendant dix jours, fut opérée comme à l’ordinaire, c’est-à-dire qu’on prit un morceau de son foie par une incision faite sur la ligne
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blanche, après quoi le plaie fut recousue. On ingéra alors 25 grammes de sucre de canne dissous dans 250 grammes d’eau tiède.
Six ou sept heures après, on ouvrit la plaie, on prit une nouvelle portion du foie et on ferma de nouveau la plaie.
Le lendemain malin, l’animal étant mort de péritonite, on retira une portion du foie, et voici les expériences que l’on fit sur les trois échantillons recueillis : foie avant l’ingestion du sucre;
h, foie après l’ingestion du sucre ;
c, foie après la mort.
Foie a. — • 6 grammes de foie, cuits avec un peu d’eau, donnèrent une décoction légèrement opaline qui s’éclaircit en filtrant après le refroidissement. La décoction est légèrement alcaline, presque neutre. Après l’addition de salive, il y a une réduction faible du liquide cupropotassique, ce qui indiquerait des traces de matière glycogène. Cependant la décoction, qui était limpide, ne colorait pas par l’eau iodée. Mais en ajoutant un peu de charbon, qui sans doute dégageait la matière glycogène de sa combinaison avec la matière organique, la liqueur devenait légèrement opaline, et donnait alors une coloration très-faible par la teinture d’iode.
Foie h. — 6 grammes de foie donnèrent une décoction louche, opaline, de réaction neutre, ayant à peu près les caractères de la décoction du foie a. Après addition de salive, il y a réduction peut-être un peu plus évidente que celle de la décoction a.
■ Une portion de ce foie, qui avait été laissé abandonné
à lui-même, donna spontanément du sucre par l’altération de la matière glycogène qu’il contenait.
Foie c. — 6 grammes de foie donnent une décoction très-limpide, jaunâtre, ne réduisant pas le liquide cupro-potassique, ni directement, ni après l’addition de salive, ce qui prouve encore que le sucre et la matière glycogène avaient disparu par la péritonite.
Dans ces trois expériences, faites comparativement, on avait agi ainsi qu’il suit : on avait jeté 6 grammes de chacun des foies dans un peu d’eau bouillante; on avait broyé aussi exactement que possible ; puis on avait me- •suré exactement dans un tube gradué, ajoutant de l’eau de manière à obtenir un volume total de 10 centimètres cubes. Alors on jeta chacune de ces portions sur un filtre et ou agit sur le liquide filtré. Ce procédé est préférable à l’expression du tissu dans un linge, et surtout au procédé qui consisterait à laisser dans le liquide le tissu du foie lui-même pour opérer la fermentation. En effet, lorsque le tissu du foie reste dans la liqueur, il se développe très-rapidement de l’hydrogène sulfuré ou des gaz dont le mélange peut introduire des causes d’erreur dans l’appréciation des produits de la fermentation du sucre. Enfin on prit des liquides filtrés «, ô, c, et on les mit fermenter dans trois tubes contenant chacun 2®%5 de liquide. Le tube a donna 2 centimètres cubes de gaz ; le tube h, 3 centimètres cubes ; le tube c, aucune trace. On voit donc que le sucre donné seul ne semble pas avoir agi pour développer de la matière glycogène. Le léger excès trouvé dans le tube h pouvait peut-être tenir à du sucre transporté en nature dans le
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foie. On n’a pas examiné dans Turine de l’animal si le sucre y avait passé.
10® expér. — Glycose. — Chien loulou de taille moyenne, adulte, à jeun dans la cave depuis treize jours. On lui enleva un lobe du foie comme à l’ordinaire et on ingéra ensuite 15 grammes de sucre de fécule dans 250 grammes d’eau environ. Il faisait très-chaud; le chien but encore après l’opération, puis il vomit ; mais il but encore à plusieurs reprises de l’eau sucrée avec de la glycose, qu’on lui donna et qu’il garda.
Six heures après l’opération, le chien fut sacrifié par la section du bulbe rachidien. Aussitôt on lia la veine porte et on en recueillit le sang dans lequel on constata, après l’avoir fait cuire avec du sulfate de soude, qu’il contenait des traces de glycose. On trouva également par le même procédé du sucre dans le sang des veines sushépatiques. Alors on examina comparativement les foies recueillis avant l’injection du sucre et six heures après.
1" Foie avant l’ingestion de glycose. Aussitôt après son extraction, ce foie avait été jeté dans l’eau bouillante, broyé et cuit avec du charbon animal. Il en résulta un liquide légèrement opalin, donnant directement des traces excessivement faibles de réduction; mais après l’addition de la salive, il y avait une réduction assez abondante: ce qui prouve qu’il restait encore une certaine quantité de matière dans le foie de cet animal, malgré les treize jours d’abstinence. Cela tient sans doute à ce que l’animal était adulte et que la disparition de la matière a lieu plus lentement dans ces circon-
stances. 10 grammes de ce foie furent abandonnés à la température ambiante pendant six heures; puis on fit cuire ces 10 grammes avec de l’eau, le tout faisant 30 centimètres cubes.
On fit fermenter 5 centimètres cubes de ce liquide auquel on ajouta un peu de salive pour achever la transformation de la matière. Le lendemain on avait 3 centimètres cubes de gaz.
2° Foie recueilli six heures après l’ingestion de glycose.
Ce foie, étant cuit avec du charbon, a donné une décoction plus jaune, plus bilieuse en quelque sorte, que celle du foie précédent ; elle paraissait peut-être moins opaline.
On prit également 10 grammes de ce foie que l’on fit cuire avec de l’eau, le tout faisant 30 centimètres cubes. Puis on mit fermenter 5 centimètres cubes de ce liquide, en y ajoutant un peu de salive pour achever la transformation. Le lendemain on trouva qu’il s’était produit dans ce tube 6 centimètres cubes de gaz.
Cette plus grande quantité de sucre ne semble pas devoir être attribuée à une plus grande quantité de matière glycogène qui aurait été formée, car la seconde décoction du foie semblait en renfermer moins que la première ; mais il renfermait plus de sucre parce qu’il était imprégné de celui qui avait été absorbé dans l’intestin. Cette expérience prouverait donc que la glycose seule n’est pas apte à produire de la matière glycogène dans le foie.
Cet animal était haletant et agité après l’opération ; il but souvent : en un mot il parut moins bien supporter
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celte opération ; ce qui tenait sans doute à la très-grande chaleur. Ces expériences semblent plus faciles à faire pendant l’hiver.
Il® ex'pér. — Injection de glycogène dans le sang. — Sur un lapin à jeun depuis vingt-quatre à trente-six heures, ayant les urines acides, on fait par la veine jugulaire une injection de 30 centimètres cubes d’une décoction filtrée de foie de lapin très-opaline.
Après une demi-heure, le lapin fut sacrifié et nulle part on ne trouva de matière glycogène, ni dans ses muscles ni dans son foie.
On a fait l’expérience trois fois avec les mêmes résultats ; seulement, dans un cas, on a trouvé que les urines de l’animal contenaient du sucre. L’urine était trèsjaune, comme bilieuse, ce qui dépendait probablement de l’injection de la décoction hépathique.
Sur un autre lapin, on a injecté 1 gramme d’amidon soluble de Béchamp. Cet amidon a passé dans l’urine, en partie à l’état d’amidon, en partie à l’état de sucre, car les urines réduisent fortement le liquide cupro-potassique et colorent en bleu par l’iode. Mais les muscles et les autres organes de l’animal n’avaient pas retenu l’amidon.
Ces expériences montreraient que la localisation de la matière glycogène dans les muscles, ou dans un organe quelconque, et même dans le foie, n^a pas lieu lorsqu’on injecte celle-ci par la veine jugulaire.
12® expér, — Influence de F éther sur la formation ae la matière glycogène. — Un jeune chien fut mis à jeun pendant douze jours; puis on l’opéra comme précé-
demment, c’est-à-dire qu’on enleva un lobe du foie et on ingéra ensuite dans l’estomac 5 centimètres cubes d’éther, par-dessus lesquels on poussa 60 grammes d’eau tiède. L’animal n’éprouva aucun phénomène d’éthérisation; il resta vif, ce qui prouve qu’il n’était pas troublé par l’expérience, faite, par conséquent, dans de bonnes conditions. Il arrive, en effet, quelquefois qu’après la soustraction d’un lobe du foie les animaux sont tristes et abattus. Dans ce cas, le résultat de l’expérience pourrait être douteux, parce que, ainsi que nous le savons, la formation de la matière glycogène se trouve profondément modifiée par les états morbides qui peuvent survenir.
Cinq heures après l’opération de l’ingestion de l’éther, on sacrifia l’animal par la section du bulbe rachidien. En ouvrant l’abdomen, on trouva le canal intestinal vascularisé et assez semblable, par son aspect, à celui d’un animal en digestion. On prend un morceau du foie, qui est dense et dur sous le doigt, ce qui a lieu généralement chez les animaux à jeun, dont le foie est plus dur que pendant la digestion.
Les mouvements péristaltiques sont à peine visibles,comme cela a lieu en général chez les animaux qui ont jeûné longtemps. On fit cuire alors deux portions de foie, l’une, enlevée avant l’ingestion de l’éther, l’autre, cinq heures après. Les décoctions de ces deux foies, traitées par la salive, donnèrent des traces très-faibles de réduction ; mais, soumises à l’influence de la levùre de bière, il n’y eut de fermentation ni dans l’une ni dans l’autre.
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Cette expérience, faite dans de bonnes conditions, prouverait que la formation de la matière glycogène dans le foie n’est pas seulement ici le résultat d’une seule excitation de la surface intestinale; mais qu’il faut en même temps qu’il y ait -absorption d’une substance alimentaire capable de se changer en matière glycogène.
lâ® expér. — Fibrine-amidon. — 7 décembre 1858. Deux chiens à jeun depuis la veille furent pesés. Un chien loulou blanc pèse 7250 grammes, un chien épagneul rouge 4720 grammes. On les laisse pendant huit jours, jusqu’au 15, à l’abstinence absolue, alors on les pèse de nouveau : le chien loulou pèse 5900 grammes, et l’épagneul 3800.
Le 15, on donne au chien blanc delà fibrine de bœuf crue, bien lavée et exprimée à la presse. Il en mange, quoiqu’avec un peu de difficulté, environ 150 grammes. On donne au chien rouge 30 grammes de fécule réduite en empois dans environ 300 grammes d’eau. Le chien n^ayant pas voulu manger cette bouillie, on la lui ingurgite dans l’estomac.
Le 17, on donne de nouveau de la fibrine au chien blanc, qui est très-vif ; il en mange environ 300 grammes. On donne au chien rouge 30 grammes de fécule crue, délayée dans l’eau sans transformation eu empois.
Le 18, on pèse les chiens avant de leur donner à manger : le loulou pèse 6150 grammes, l’épagneul 3770 grammes, ce qui montre que le chien loulou, qui avait mangé de la fibrine, avait augmenté de poids, tandis que l’épagneul, nourri de fécule, avait continué
à diminuer. Il faut ajouter que le loulou était toujours resté plus vif et plus vigoureux que l’épagoeul.
Le 18, on donne à manger comme la veille aux deux chiens à onze heures, et à deux heures et demie ils furent sacrifiés par la section du bulbe rachidien.
Puis on recueille sur les deux chiens du sang de la veine porte et du sang dans le cœur.
On traite ces deux sangs par le sulfate de soude, puis on reprend à froid, par l’alcool, et on constate que chez le chien loulou il y a du sucre dans le sang du cœur et point dans le sang de la veine porte, tandis que chez le chien épagneul il y a du sucre dans le sang du cœur et aussi dans le sang de la veine porte.
Ensuite on extrait le foie chez les deux chiens : le foie du chien loulou pèse 192 grammes, sans la vésicule du fiel ; celui de l’épagneul pèse 121 grammes 5. En examinant ensuite le foie, on constate que la décoction du foie chez le chien loulou est très-opaline et contient beaucoup de matière glycogène, tandis que la décoction du foie du chien épagneul est très-légèrement opaline et ne contient que peu de matière glycogène.
Cette expérience semblerait donc prouver que la matière glycogène ne s’est produite que peu ou pas sous l’influence de l’amidon, tandis qu’elle s’est produite sous l’influence de la fibrine. Ce résultat, qui sera plus tard rapproché d’autres analogues, semble indiquer que l’organisme animal ne peut pas former du glycogène avec un corps ternaire seul, mais qu’il le peut avec des substances plus complexes, comme la fibrine.
14“ expér. — Influences diverses sur la destruction
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de la matière glycogène dam le foie. — La section de la moelle épinière dans le bas de la région cervicale entre la septième vertèbre cervicale et la première dorsale produit d’abord une excitation générale chez l’animal : les mouvements respiratoires augmentent considérablement, puis bientôt ils diminuent de nombre; peu à peu l’animal se refroidit surtout pendant Thiver, les phénomènes de la circulation se ralentissent, le sang de l’animal devient moins foncé, plus rutilant; enfin, au bout de cinq ou six heures, lorsque l’animal est presque dans un état de mort apparente, que les respirations sont très-lentes, on constate que son sang général ne contient que des traces à peine appréciables de sucre, que le sang du foie en renferme davantage, quoique le tissu de l’organe n’en contienne pas du tout, bien qu’il soit pourvu d’une grande quantité de matière glycogène.
Cet état du foie, après la section de la moelle épinière dans la région indiquée, ressemble sous certains rapports à celui que l’on remarque chez les animaux hibernants ou chez les chiens quand on les a laissés longtemps à l’abstinence. La décoction du foie est alcaline ; mais il y a ce fait particulier de l’existence de la matière glycogène en très-grande abondance ce qui différencie ces animaux de ceux qu’on a laissés simplement à l’abstinence.
Il était intéressant de savoir si chez les animaux dont la moelle épinière était coupée la matière glycogène augmentait ou restait en même quantité. 3’ai, dans ce but, coupé la moelle épinière à des lapins bien nourris et en pleine digestion, et aussitôt après on a lié et