ONZIÈME LEÇON
goHMAiBE : Recherches d’un foyer glycogénique constant. — Découverte de Texistence du sucre dans le foie. — Matière hépatique préexistant au sucre dans le foie. — Glycogène. — Étude de quelques considérâtions de formation, du sucre dans le foie. — Autopsie d’un chien nourri dp viande; analyse comparée du foie, du rein, de la rate, etc. — Disparition du sucre dans les états. morbides. . ; ;
Messieurs,
Les résultats expérimentaux aequis dans les leçons précédentes nous ont montré que le sang veineux de la lête.et celui des membres devaient avoir gagné du sucre durant leur trajet dans la veine cave supérieure ou dans la veine cave inférieure.
Ainsi un premier point se trouve acquis. ■ Le foyer glycogénique se trouve sur le parcours des deux veines caves. Mais il nous faut resserrer encore cet espace déjà resserré et déterminer quel est le point précis de cette régénération du sucre du sang.
La veine cave supérieure, avant de s’aboucher dans le cœur, reçoit,' outré le sang des veines de la têtè et des membres supérieurs, le sang de la veine azygos et ■toute -la lymphe et le chyle qui viennent. se -déverser dans les veines sous-clavières. On aurait constaté chez le ■ cheval que la lymphe est plus sucrée que le sàng ; toutefois la quantité qui arrive par cette voie est relativement -trop faible pour augmenter sensiblement la
richesse du sang. C’est ce que démontre l’expérience suivante :
A. — Chez un chien, nous trouvons dans du san» retiré à l’aide d’une sonde de la veine cave supérieure 0®%96 de sucre pour 1000.
Le sang de l’artère carotide chez le même animal nous a donné 1=‘’,15 pour 1000.
B. — Sur un chien jeune et de forte taille en digestion de viande, on met à nu la veine jugulaire Iroile et l’on prend dans le bout périphérique 25 grammes de sang qui donne au dosage 0°%91 de sucre {aour 1000.
On introduit la sonde dans le bout central de la même veine jugulaire et on la pousse jusque dans la veine cave supérieure, on aspire 25 grammes de sang qu’on dose et l’on obtient 0”',90 pour 1000.
On pousse ensuite la soude jusque dans le ventricule droit et le sang noir s’échappe lancé par les contractions cardiaques ; on le dose et l’on obtient 1®',25 pour 1000.
L’expérience peut donc se résumer dans le tableau
suivant :
Veine jugulaire . 03%91
Veine cave supérieure. . . 0 90
Cœur droit . . 1 25
Il n’y a pas de doute : ce n’est pas dans la veine cave supérieure que la source sucrée vient se déverser.
Soumettons à la même épreuve la veine cave inférieure.
Au niveau du diaphragme, au-dessus de l’abouchement des veines rénales, le sang de cette veine acquiert subitement un accroissement dans la quantité de sucre
qu’il renferme. Voici l’expérience, ainsi que !e procédé opératoire qu’il faut mettre en usage :
C. — Sur un chien qui n’avait encore subi aucune opération, on a découvert la veine jugulaire du côté droit, et l’on y a introduit du côté du cœur une sonde de gomme élastique qu’on a poussée par la veine cave, de manière à dépasser le cœur et à parvenir jusque dans la veine cave inférieure. Avec le doigt introduit par une plaie très-étroite pratiquée au flanc droit, on pouvait sentir la sonde et juger exactement sa position.
Les choses ainsi disposées et l’extrémité de la sonde étant poussée jusqu’au-dessous de l’abouchement des veines rénales, on exerça une légère pression avec le doigt sur la veine cave pour empêcher le reflux sanguin de haut en bas et l’on aspira du sang provenant uniquement de la partie située au-dessous des veines rénales.
On relira ensuite la sonde de manière à amener son extrémité au niveau du diaphragme ; on comprima avec le doigt la veine cave entre l’extrémité de la sonde et l’abouchement des veines rénales, et l’on aspira du sang qui ne pouvait alors provenir ni des reins, ni des membres inférieurs, mais seulement des veines hépatiques s’ouvrant au-dessus du point comprimé.
Voici quelle fut la teneur en sucre de ces deux échantillons de sang :
1“ Sang de la veine cave inférieure au-dessous des veines rénales de sucre pour 1000;
2“ Sang de la veine cave inférieure au-dessus du diaphragme pour 1000.
Cette expérience a été répétée plusieurs fois avec des résultats analogues.
Ainsi il y a un point dans la veine cave inférieure vers le diaphragnie, où le sucre augmente. Les vaisseaux qui apportent cette substance, ce ne sont pas les veines rénales dont le sang est, au contraire, pauvre en sucre ; ce sont les veines sus-hépatiques qui viennent déboucher au-dessus dû diaphragme précisément dans le point où nous avons constaté l’augmentation du sucre.
Cette expérience est capitale dans la question qui nous occupe; elle nous montre qu’il y a dans le corps une région dans laquelle le sang veineux, au lieu de s’appauvrir en sucre comme dans tous les autres, s’enrichit, au contraire, de cette substance. C’est donc là que doit se trouver la source du sucre qui se répand ensuite dans le torrent sanguin où il se détruit incessamment en même temps qu’il se renouvelle sans cesse. Cette région, c’est la région hépatique. C’est le foie, en un mot, qui est la véritable source où le sang vient incessamment puiser le sucre qui lui est nécessaire pour subvenir aux besoins de la nutrition.
Nous voici arrivés au terme de notre analyse. H est établi, démontré expérimentalement par des expériences qui jamais n’ont manqué et dont vous avez été tous témoins, il est démontré, dis-je, que le foie est la source physiologique du sucre que l’on trouve dans le sang.
Il y a longtemps, messieurs, que j’ai annoncé ce résultat. Mais je l’avais découvert et établi par une autre
marche expérimentale que celle que je viens de suivre.
C’ est cette marche que je vais exposer maintenant ; elle nous servira de vérification surabondante en même temps qu instructive.
Lorsqu’en 1848 (1) je découvris l’existence du sucre dans le foie, je ne connaissais pas encore le mécanisme de sa formation ; ce n’est que plus tard que je fis cette seconde découverte. 3e n’avais alors qu’une seule préoccupation,' celle de prouver que le foie formait du sucre et ma démonstration se concentrait dans une seule expérience. Cette expérience consistait à prendre du sang à l’entrée du foie et à la sortie de cet organe, et à faire voir que le premier était dépourvu de matière sucrée, tandis que le second en renfermait de notables quantités. La conclusion directe et inévitable, c’est que le foie avait formé du sucre que le sang avait emporté dans toute l’économie.
Voici comment je pratiquais alors mon expérience. Je prenais un chien nourri de viande, et au début de la digestion, je le sacrifiais par la section du bulbe rachidien; aussitôt, le cœur battant encore mais les mouvements respiratoires étant arrêtés, je faisais une petite incision à la paroi abdominale ; j’accrochais rapidement avec le doigt indicateur le tronc de la veine porte à l’entrée du foie, je l’attirais vers la plaie et je la liais fortement. Alors j’ouvrais plus largement la cavité abdominale, je voyais la veine porte distendue
(1) Voyez mon Mémoire sur l’origine du sucre dans l’organisme. {Archives généralesde médecine, 1849.)
au-dessous de la ligature et les intestins noirs et gorgés de sang sur lesquels se détachaient des chylifères blancs J’ouvrais le tronc de la veine porte avec des ciseaux et je recueillais à l’aide d’un tube le sang qui venait du côté des intestins. C’était le sang avant son passage dans le foie. Pour obtenir le sang du foie, J’opérais de deux manières, Tantôt, avant d’ouvrir la poitrine, j’incisais la veine porte au-dessus delà ligature, et je recueillais à l’aide d’un tube le sang qui refluait du tissu même de la glande. Tantôt, au conlraire, et c’était le cas le plus habituel, j’ouvrais la poitrine de l’animal etje recueillais le sang dans la veine cave inférieure en plaçant des ligatures au-dessus et au-dessous des veines sus-hépatiques, afin d’avoir autant que possible le sang hépatique.
Or, l’examen comparatif des deux sangs, l’uii venant de l’intestin, l’autre venant du tissu hépatique, donne toujours les mêmes résultats. Toujours le sang sortant du foie était fortement sucré, tandis que celui qui vient des intestins pendant la digestion de viande ne 1 était pas. Seulement, dans le cas de digestion de matières sucrées ou féculentes, le sang de la veine porte contient du sucre, mais constamment en plus faible proportion que le sang du tissu hépatique.
A celte époque, un grand nombre d’expérimentateurs vérifièrent mes expériences en suivant la même méthode expérimentale. Je rappellerai les résultats généraux de ces recherches concentrés dans les tableaux suivants :
GLYCOGENÉSE HÉPATIQUE.
Expériences de Lehmann.
a.nimaü.\.
ALIMEXT.4.TIOX.