MÉCANISME DE LA GLYCOSURIE
Nous sommes en possession de divers moyens d’augnienter la glycémie, et par suite de produire la glycosurie. Si, comme on l’a dit, on ne connaît bien que ce que l’on sait faire, c’est avoir accompli un progrès notable dans la connaissance du diabète que d’être parvenu à en reproduire les symptômes.
Nous savons déjà que lorsqu’on injecte dans le sang, dans le tissu cellulaire, dans le péritoine, ou dans la plèvre d’un animal un excès de glycose, on produit une glycosurie. En effet, la capacité de destruction du sang pour le glycose est limitée, et dès qu’on dépasse cette mesure, la substance en excès passe dans l’urine. Nous pouvons dire alors qu’il y a glycosurie par excès d’injection artificielle de glycose dans le sang. Nous savons en outre que le même résultat peut être atteint en exagérant l’absorption de la matière sucrée par le canal intestinal, en ingérant de très-fortes proportions de sucre de canne ou de glycose dans l’estomac. Seulement nous n’avons plus ici une glycosurie ordinaire : on pourrait l’appeler une lévulosurie, car, par suite de l’interversion du sucre de canne dans l’intestin, l’urine renferme a la fois de la glycose et de la lévulose (i).
L’expérience précédemment exposée de la ligature de la veine porte nous offrirait aussi un moyen de produire
(1) Dans ce cas Turine sucrée doit dévier à gauche; cela cependant n’a pas toujours lieu, parce qu’il arrive qu’une grande quantité de saccharose déviant à droite passe inaltérée dans Turinc et vient neutraliser et masquer la déviation en sens inverse de la lévulose. — Il en est de même dans la betterave lorsque la saccharose se change eu sucre interverti par l’action du ferment inversif qu’elle contient. Le liquide sucré dévie à droite, probablement parce qu’il n’y a qu’une partie de la saccharose qui se trouve intervertie.
ooh LEÇONS SUR LE DIABÈTE.
plus facilement la glycosurie alimentaire. Par l’obstruction de ce vaisseau, l’animal devient glycosurique lorsqu’il se nourrit abondamment de substances amylacées. C’est une glycosurie alimentaire. Nous avons soumis une jeune chienne, qui avait la veine porte liée, à une alimentation composée exclusivement de pomme de terre avec un peu de graisse. Nous avons placé l’animal dans une boîte à fond de glace pour recueillir ses urines et nous les avons trouvées alcalines, chargées d’une quantité notable de glycose, tandis que, chez le même animal, avant la ligature de la veine porte, la même alimentation n’avait pas déterminé d’une manière sensible l’excrétion du sucre, quoique celle-ci eût cependant contracté une réaction alcaline.
L’expérience de la ligature de la veine porte, que nous avons pratiquée sur les animaux vivants, se trouve réalisée naturellement, ainsi que nous l’avons dit, dans quelques circonstances, chez l’homme. M. Andral.a signalé le cas d’un diabétique chez lequel il a trouvé à l’autopsie une oblitération de la veine porte. Nous avons déjà fait allusion aux observations analogues faites par MM. Colrat et Couturier (1), et montrant l’existence d’une glycosurie alimentaire produite par l’oblitération de la veine porte. Ces recherches ont été faites sur quatre malades atteints de ciri hose (le diagnostic a été confirmé à l’autopsie). Les analyses étaient toujours faites sur les urines recueillies d’une part pendant que les malades étaient à jeun, d’autre part sur celles
(1) Couturier, Thèse de Paris, 1875, 209.
GLYCOSURIE ALIMENTAIRE.
qui avaient été excrétées pendant une période digestive; or ces dernières seules ont toujours contenu une quantité plus ou moins grande de glycose. Pour contrôler ces faits, ces auteurs ont recherché si cette glycosurie alimentaire ne se produirait pas également chez un sujet sain placé dans les mêmes conditions d’alimentation. Ils se sont alors soumis eux-mêmes au régime de leurs malades, et ont recueilli leurs propres urines aux mêmes moments. Dans ces circonstances l’analyse donna toujours un résultat négatif, alors même qu’ils ingéraient des quantités de matières sucrées doubles et quadruples de celles prises par les malades.
11 est donc logique de conclure que l’obstruction pathologique de la veine porte entraîne chez l’homme une glycosurie analogue à celle obtenue expérimentalement sur les chiens.
Sur les trois animaux que nous avons opérés, deux sont entièrement guéris : la plaie est complètement cicatrisée : le troisième est en voie de guérison. Ces chiens présentent un caractère qui dépend peut-être de l’opération : ils sont devenus voraces, ils ont une véritable faim canine. On^ pourrait peut-être l’expliquer, en disant que l’absorption ayant des voies plus restreintes est elle-même diminuée, et qu’une plus grande quantité d’aliments doit passer dans l’intestin pour satisfaire aux besoins de l’organisme. Un de ces chiens qui était tout jeune a présenté une ascite qui sans doute provenait de l’oblitération de la veine porte. D’ailleurs la croissance de l’animal n’a pas semblé jusqu’à présent dérangée par suite de cette oq)ération. L’oblitération de