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peptoues absorbées par la veine porte dans T intestin J’ai vu en effet que la gélatine, qui ressemble beaucoup à la peptone, donnait lieu à l’augmentation du glycogène dans le fuie, tandis que je n’ai pas constaté le même résultat avec les matières grasses. Nous savons d’autre part que, chez les mammifères, les matières grasses sont particulièrement absorbées par les chylifères.
Mais si dans Tétât normal ce sont les matières de la digestion absorbées par la veine porte qui en traversant le foie se transforment en glycogène, en résulte-t-il que, phez nos animaux dont la veine porte est liée, la matière glycogène ne puisse plus se former dans l’organe hépatique? A priori on aurait pu le croire; mais comme après la ligature de la veine porte les animaux ne paraissent aucunement troublés dans leur nutrition, on était en quelque sorte autorisé à dire d’avance qu’il n’en serait pas ainsi, et que nous trouverions, malgré la ligature de la veine porte, de la matière glycogène dans le tissu du foie. C’est là un fait que nous avons pu vérifier, et dont je ne doutais pas, car je ne crois pas les phénomènes de la nutrition et, par conséquent de la vie, possibles sans formation de glycogène et de sucre dans le foie.
Nous avons saigné deux des animaux à veine porte liée, et nous avons trouvé dans le sang, chez Tun, et chez l’autre l^",iO pour 1000 de glycose. Donclaglycémie était à son état normal. Nous avons sacrifié ces deux animaux, opérés depuis plus de deux mois, et nous avons trouvé du sucre dans le sang et du glycogène
ligature de la veine porte. 339
dans le foie; mais en plus faible proportion chez un des chiens qui était souffrant, en très-forte proporlion chez un autre qui était bien portant.
L’autopsie nous a encore révélé diverses particularités sur lesquelles il sera intéressant de fixer votre attention. Nous avons trouvé la veine porte parfaitement oblitérée. Chez l’un, à peine une veinule pancréatique avait échappé. J’avais prévu d’ailleurs la persistance de ce petit rameau veineux, parce que je n’avais pas suivi chez ce chien, le premier opéré, un procédé aussi parfait que les autres. Des anastomoses nom-^ breuses s’étaient formées entre la veine porte et la veine cave au niveau de la veine rénale, et rappelaient ainsi les communications veineuses qui ont lieu chez les oiseaux par les veines de ïacobson.
Nous rappellerons ici le procédé opératoire perfectionné : sur un chien qui ne soit pas de trop forte taille etquisoit à jeun, je fais une incision sur la ligne blanche, à un centimètre ou deux au-dessous de l’appendice xiphoïde. On voit aussitôt une masse de tissu cellulaire chargé de graisse extérieure au péritoine ; on la traverse, et avec le doigt indicateur introduit dans la petite courbure de l’estomac, près de l’œsophage, on suit Cette courbure de gauche à droite jusqu’à ce qu’on se sente arrêté par une bride que forme le paquet de tous les vaisseaux et nerfs qui pénètrent dans le foie. Alors on recourbe le doigt en forme de crochet et l’on attire tout ee paquet à l’ouverture de fa plaie; on isole aussi rapidement que possible la veine de l’artère et des nerfs; on passe une petite ficelle ou un fil très-fort au-dessous, à
l’aide d’une pince courbe, et on laisse tout rentrer dans le ventre. Il ne reste plus au dehors que les deux bouts du fil que l’on a passé autour du tronc de la veine porte à son entrée dans le foie. On coud la plaie, on laisse noués au dehors les deux bouts du fil qui embrasse la veine porte, et l’on abandonne l’animal à lui-même, en ayant soin de ne pas lui donner à manger. Le lendemain, on donne seulement un peu de lait, et successivement les jours suivants on augmente un peu la nourriture. Au bout de quatre à six jours, la présence du fil autour de la veine a suffi pour amener une irritation adhésive; l’animal est ordinairement pris de diarrhée qui dure trois ou quatre joiirs. Plus tard le fil passé autour de la veine tombe; la veine porte est oblitérée et coupée ; la plaie se cicatrise avec rapidité, l’animal mange bien et la guérison est rapide.
Chez l’animal ainsi opéré le sang de la veine porte se fraye un passage dans la circulation générale par des vaisseaux collatéraux ; mais: il ne faudrait pas croire pour cela que le foie ne reçoit plus de sang. Les autopsies nous ont toujours montré, ainsi que nous l’avons dit, des anastomoses très-considérables entre la veine porte et les veines cave et rénale ; de plus les anastomoses hémorrhoïdales et les anastomoses épigastriques étaient évidemment augmentées de calibre. Mais le foie n’était pas du tout exsangue, il recevait par les veines hépatiques du sang qui venait refluer jusque dans le tronçon de la veine porte au-dessus du point de l’oblitération. En faisant une coupe transversale d’un lobe du foie de l’animal mort, mais dont le cœur battait
CIRCULATION HÉPATIQUE. 3/ll
encore, on voyait les battements de l’oreillette droite pousser à chaque contraction du sang qui jaillissait par les rameaux des veines hépatiques coupées ; chez un second animal opéré également de la ligature de la veine porte, nous avons observé de même de nombreuses et larges anastomoses entre la veine porte et les veines hépatiques.
Quand on divise en travers un lobe de foie sur un animal vivant dont la veine porte n’a pas été liée, on voit au moment des mouvements de la respiration le sang jaillir par les ouvertures béantes des veines hépatiques, et rentrer en attirant de l’air à chaque inspiration profonde, de façon que l’animal meurt bientôt par entrée de l’air dans le cœur.
En résumé, nous rappellerons que la circulation du foie est telle qu’il y a une sorte de flux et de reflux oscillatoire perpétuel entre le sang de la veine porte et des veines sus-hépatiques. De sorte que la veine porte étant oblitérée, le sang peut parfaitement entrer dans le foie par les veines sus- hépatiques. On comprend que les matières absorbées dansrintestinarriventtoujoursau foie directementou indirectement, et peuventy subir les changements ou la concentration qu’elles y doivent éprouver. En un mot, pas plus chez les mammifères que chez les oiseaux, le système de la veine porte n’est un système clos absolument. Il y a au contraire des communications gai suppléent aux variations infinies que' peut éprouver la circulation veineuse abdominale encore si peu connue.
Après toutes ces digressions, nécessaires à l’intelli-
gence de notre sujet, essayons maintenant d’expliquer le phénomène de glycosurie de cause interne et indépendant de la nature de l’alimentation. C’est le symptôme nu en quelque sorte séparé de sa forme diabétique. Toutes nos expériences antérieures nous portent à rechercher l’explication de ce symptôme dans un trouble qui siège dans le foie ou qui retentit sur lui. Il faut avant tout que nous ayons une idée bien exacte des transformations du glycogène hépatique, afin de repousser certaines critiques sans fondement qui ont obscurci ces phénomènes par des interprétations fausses.
Ce sera l’objet de la prochaine leçon.