‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 94 sur 156 · PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE

organiques ou vitaux. Les anciens vitalistes ont fait jouer à ces idées un très-grand rôle qui a été toujours en diminuant à mesure que la science a avancé. Il y a une trentaine d’années, j’ai encore vu des médecins qui considéraient comme cadavériques la plupart des humeurs dès qu’elles étaient sorties du corps ; ils disaient que Turine dans un vase était de l’urine morte, que du sang sous le microscope était du sang mort, et qu’on n’était pas sûr que ce qu’on y voyait, même les globules, existassent sur le vivant, etc. Je me souviens d’avoir rencontré dans le service de M. Andral, lorsque j’étais élève, un médecin italien qui soutenait ces idées ultra-vitalistes. Il contestait les 'résultats des analyses du sang et des humeurs, disant qu’il aurait fallu faire ces analyses sur le vivant pour qu’elles eussent de la valeur. Pour lui, les globules sanguins étaient même une production cadavérique, parce que, disait-il, il ne les avait pas vus chez le vivant circulant dans les capillaires. Je me souviens que M. Andral, pour couper court à ces divagations, lui demanda s’il croyait que le cerveau fût une production pathologique. « Oh non ! répondit-il. — Pourtant, vous ne l’avez probablement jamais vu à travers la boîte crânienne de l’homme en santé. »

La distinction de la physiologie et de la pathologie est une distinction provisoire, conséquence de notre ignorance et une nécessité du point de vue pratique auquel doivent se placer les médecins. Le but auquel nous devons tendre est de montrer l’identité réelle des deux états normal et morbide ; au point de vue scientifique, ce ne sont au fond que des phénomènes vitaux

se passant dans des conditions différentes. Le dérangement d’un mécanisme normal, consistant dans une variation quantitative, dans une exagération ou une atténuation, constitue l’état pathologique. Ce qui fait le diabète, c’est non pas la nature de la matière qui se produit, c’est le défaut d’équilibre qui se manifeste dans sa formation.

Nous admettons dans l’ètre organisé deux ordres de phénomènes, les uns d’organisation ou d’assimilation, les autres de désorganisation ou de désassimilation. Cette distinction, qui est généralement adoptée aujourd’hui, correspondrait à l’idée des anciens, à l’opinion de Stahl en particulier, et à celle de Bichat qui admettaient dans l’organisme vivant deux forces agissant en sens contraire : l’une pour le conserver, l’autre pour le détruire. Pour Stahl, l’une était le principe conservateur qui préservait le corps de la pourriture; pour Bichat, le principe conservateur était la force vitale qui résistait à la mort ou à une force mortelle agissant sans cesse autour de nous dans le milieu ambiant. Liebig partage encore ces opinions, quand il dit que dans les empoisonnements la force chimique a vaincu la force vitale.

Au fond, toutes ces idées se rapportent à un sentiment vrai des choses, mais faussement exprimé. En effet, l’organisme est, comme on l’a dit, un tourbillon, un circulus constant,- un corps qui, sans cesse, s’organise et se désorganise. Mais l’idée fausse, c’est de croire que cette désassimilation est un phénomène cadavérique par opposition à ^assimilation , qui serait seule un phénonaèpe

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