STAT VITAL , ÉTAT CAPAVÉRIQUE
vital. Non ; les deux ordres de phénomènes sont aussi physiologiques l’un que l’autre, ils sont aussi nécessaires l’un que l’autre à l’accomplissemetit de la vie. L’assimilation, qui n’est au fond qu’une sorte de réduction, ne peut avoir lieu sans la désassimilation, qui est au fond une combustion. C’est là le vrai sens des phénomènes de la vie. Dans l’œuf, dans l’embryon comme dans le végétal, les phénomènes d’assimilation et d’organisation sont de beaucoup prédominants; cependant ils ne peuvent pas avoir lieu sans que la désassimilation en provoque l’apparition. C’est ainsi que pour faire développer un œuf de poule, il faut le faire couver, c’est-à-dire le mettre à une température assez élevée pour qu’il y ait désassimilation, combustion de certains de ses éléments, et c’esMa combustion même de ces éléments qui provoque, par une sorte de transmutation de force, l’organisation des autres. On ne saurait donc, je le répète, regarder ces phénomènes de désassimilation comme des phénomènes cadavériques; ils sont physiologiques puisqu’ils sont nonseulement nécessaires à l’accomplissement des manifestations vitales, mais qu’à l’état normal ils en mesurent même l’énergie et l’activité.
Ces considérations générales relatives à l’organisme entier peuvent s’appliquer au foie comme à chaque organe en particulier. Nous avons, eu effet, dans le foie les deux ordres de phénomènes d’assimilation et de. désassimilation. Les phénomènes d’assimilation correspondent à la formation de la matière glycogène, les phénomènes de désassimilation répondent à sa transformation
en dextrine et glycpse. L’un de ces phénomènes n’est pas plus cadavérique que l’autre ; ils ont lieu tous deux dans l’organisme vivant. C’est par une exagération contraire à la vérité expérimentale et en se fondant sur un fait erroné, que M. Pavy et d’autres physiologistes vitalistes ont pu admettre que la formation du sucre dans le foie était seulement un phénomène posi morlem, et qu’il ne se rencontrait pas de sucre dans l’organisme ni dans le sang. Les mêmes physiologistés ont soutenu que lorsqu’on rencontre du sucre dans le sang ou dans le foie d’un animal vivant, c’est parce que celui-ci n’est plus dans un état vital parfait, mais qu’il a déjà subi un dérangement, une atteinte qui le mène vers l’état cadavérique. C’est contre des idées si étranges à l’époque où nous vivons que je m’élève aujourd’hui.
Nous savons que les troubles de la circulation, que des lésions nerveuses, augmentent dans le foie les phénomènes de désassimilation et de combustion, de manière à faire apparaître une glycémie plus forte qu’à l’état normal et même la glycosurie. J’ai été le premier à découvrir ces influences. Mais je n’admettrai jamais pour cela que j’ai mis l’animal dans un état cadavérique. J’ai simplement rompu l’équilibre qui existe entre les deux ordres de phénomènes, et j’ai fait prédominer l’acte de désassimilation. J’ai pu rompre l’équilibre en sens opposé, atténuer les phénomènes de désassimilation et faire disparaître le sucre, tandis que les phénomènes d’assimilation persistent exagérés. Or, dans les deux cas, l’opération a troublé le mécanisme de la vie dans des sens opposés. L’opinion que l’état cadavérique fait apparaître
CRÎTIQUE DES THÉORIES. 363
le sucre est donc, ainsi qu’on le voit, sans fondement et absolument insoutenable.
Il y a, comme chacun le sait, un rapport direct et nécessaire entre l’activité de la vie et les phénomènes de combustion ou de désassimilation. Les animaux à sang chaud, les oiseaux surtout, sont remarquables par leur activité vitale ; aussi chez eux il y a toujours beaucoup de sucre dans le sang et dans le foie. La formation du sucre n’est en effet que le début d’une série de phénomènes de combustion qui ont pour résultat ultime l’acide carbonique. Quand l’énergie vitale languit, le sucre diminue dans le sang et dans le foie, de même que l’acide carbonique dans l’expiration. C’est ce qui a lieu chez les animaux à sang froid, par exemple. On serait amené à dire alors, en suivant les vitalistes que nous discutons, qu’un oiseau est plus cadavérique qu’une grenouille engourdie, parce qu’il a beaucoup plus de sucre dans le sang. 11 faudrait dire également que pendant l’été la grenouille qui jouit d’une grande activité vitale, a une plus grande quantité de sucre dans son sang, est plus cadavérique que pendant l’hiver, lorqu’elle est engourdie et que sou sang ni son foie ne contiennent point de matière sucrée, mais seulement de glycogène. Toutes ces manières de raisonner seraient certainement absurdes, et cependant elles sont la conséquence logique et directe des opinions sur les phénomènes cadavériques que nous combattons en ce moment.
Les observations sur les animaux hibernants apportent une consécration expérimentale irréfragable à nos opinions.
On sait que pendant les froids de l’hiver certains animaux tombent dans un état d’engourdissement complet.- La vie persiste, mais toutes ses manifestations se ralentissent. La température de l’animal, la rapidité de la circulation, la respiration,! s’abaissent. De même pour la glycogenèse. Si l’on examine le foie d’une grenouille plongée dans l’assoupissement hibernal, on n’y trouve: que des traces imperceptibles de sucre, mais seulement de la ^matière glycogène. Dès que le réveil se produit, le sucre apparaît.
Que se passe-t-il alors? J’ai montré qu’il faut deux choses pour faire le sucre : la matière glycogène et un ferinent glycosique. Or, chez l’animal hibernant, la matière glycogène existe ; le ferment existe aussi, mais il est latent et n’est pas en contact convenable avec la matière glycogène de façon à pouvoir agir sur elle. La température a sans doute aussi de l’influence sur le phénomène. Le système nerveux in tervienL également pour empêcher cette destruction de la matière glycogène et pour arrêter la formation du sucre dans l’organisme. G’est ce. que vont prouver clairement les expériences suivantes :
J'ai montré depuis longtemps qu’on peut reproduire avec des animaux à sang chaud tous les phénomènes observés sur des animaux à sang froid.
On peut en effet, par certains moyens, réduire un animal à sang chaud à la condition d’animal à sang froid. Un.de ces moyens consiste dans la section de la moelle épinière en un lieu d’élection, entre la dernière vertèbre cervicale et la première vertèbre dorsale. ’