‹ Leçons sur le diagnostic des maladies des yeux: faite à l'Ecole pratique de la Faculté deChapitre 15 sur 17 · S^SS · texte numérisé non relu

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loin, et l'on a fond^, sur cette présomption, une théorie de la physiologie de la rétine. Puisque dans les parties rapprochées de la macula les cdnee prédominent, tandis qu'ils manquent presque complètement à la périphérie, on n'a pas héaUé à en conclura que les cdnes étaient préposés à

la perception des cooleors; tandis que les bAtonnets ne percevaient que la lumière quantitative.

U n*en est rien. Messieurs : ce qu*on trouve avec les cou» leurs de papiers eolorés, d*une étendue donnée et, à un éclairage moyen, ti*est vrai que dans ces conditions spé* ciales. Nous avions déjà constaté que nos limites des couleurs pouvaient subir de petits changements sous Tinfluencé de réclairage et du fond ; le champ visuel de chaque coueur s'agrandit lorsque celle-ci est plus intense ou mieux Jclairée.

Pour déterminer jusqu'à quel degré le champ visuel peut 8*étendre dans ces conditions, nous avons examiné la périphérie de notre rétine dans une chambre absolument obscure. La lumière solaire directe n'y entrait qu'à travers une fente et formait, en passant par un prisme, un spectre solaire, d'une très-grande intensité. De ce spectre nous avons isolé les différentes couleurs principales, et en les faisant tomber sur la périphérie de notre rétine, nous avons pu constater ce fait important, que toutes les couleurs sont reconnues jusqu'aux dernières limites du champ visuel, dès qu'elles sont assez intenses, assez étendues, et qu'elles contrastent suffisamment avec le fond ou avec Téclairage général.

Il résulte de cette découverte, que la prétendue spécialité fonctionnelle des cônes et des bâtonnets n'existe pas, et que, dans chaque détermination de ce genre, on doit indiquer exactement, en môme temps que la nature de la couleur employée, sa saturation, son intensité, son étendue, ainsi que le fond sur laquelle elle est perçue, et l'éclairage de l'espace où Ton a fait l'expérience.

Il est évident que, pour la pratique, nous n'avons nullement besoin de couleurs à leur maximum d'intensité. Des papiers colorés d'environ 2 centimètres de côté peuvent très-bien nous servir pour l'exploration des cas pathologiques, pourvu qu'on indique toujours l'éclairage, la nature de la couleur, son étendue, et sa distance à l'œil. Les résultats ainsi obtenus seront directement comparables avec

ceux que fournit Fœil sain dans les mêmes conditions. Si vous comparez les fonctions de la vision indirecte avec ce que devient la vision centrale sous Tinâuence de la diminution de Téclairage, vous ne pourrez pas vous défendre de trouver une certaine analogie entre TimperfectioD croissante avec laquelle sont distinguées les formes et les couleurs des objets quand ils s'éloignent du point de fixation vers la périphérie, et la difficulté avec laquelle ils sont vus directement lorsque l'éclairage s'affaiblit. C'est surtout depuis que nous avons constaté que l'imperfection delà perception indirecte des couleurs était simplement le résultat de leur manque d'intensité lumineuse, qu'on a été tenté d'expliquer toutes les différences qui existent entre la >ision directe et la vision indirecte par le manque relatif d'éclairage des parties périphériques de la rétine. On a voulu dire qu'entre les fonctions de la vision directe et celles de la vision indirecte, il n'y avait aucune différence de nature, mais seulement des différences de degrés, les parties excentriques de la rétine ayant besoin, pour répondre à des excitations de môme nature, d'une intensité plus grande de l'excitant. En d'autres termes, on a cru que la perception des formes (acuité visuelle) et la perception des couleurs, diminuent dans des proportions égales, soit qu'on diminue l'éclairage, soit qu'on éloigne progresivement l'objet du point de fixation.

Nous avons cherché à éclaircir cette question par des expériences directes. Nous avons déterminé l'acuité visuelle et la perception des couleurs d'une partie excentrique ' de la rétine, puis nous avons diminué l'éclairage juste assez pour que l'acuité visuelle centrale fût égale à celle déterminée précédemment pour cette partie, et, à cet éclairage diminué, nous avons déterminé la perception des couleurs pour la vision centrale. Ces expériences ont démontré que les deux sensibilités considérées au centre et dans le reste delà rétine, ne varient nullement dans les mômes proportions. Pour une acuité visuelle égale, la perception' des couleurs est beaucoup plus vive à la péri-

pbéile qa'aa centre, ou rdciproquèment : à ^alrté de la perception des conlenrs, l'acuité viaoelle est beaucoup plus élevée dans la vision directe qua dans la vision indirecte. L'Qi;uit^ visuelle diminue donc bien ploa rapidementen éloignant l'objet du point de tlxatioti qu'en dimlnnant jH-t^rea» sivemeut l'éclairage de l'objet fixé.

Après avoir déterminé les limites du champ Tisael, il faut que nous songions à déterminer, s'il y a lieu, les lacunes ou scotomcs qui peuvent exister dans son intérieur. Cet examen, je pense.n'a rien qui puisse vous embarrasser, et il vous suffira de relever, poar les différents méridiens les limites entre lesquelles disparaissent les objets ou les couleurs distinguées plus péripbériquement.

Il est une de ces lacunes qui est constante, physiologique, et sur laquelle vous devez être parfaitement axés; c'est celle qui correspond à l'entrée du nerf optique, et vous la connaissez déjà sous le nom de punctum cœcum ou tache de Mariotle. Vous savez que la papille optique se trouve en dedans et un peu en haut de la macnla; vous devez rencontrer, par conséquent, dans le champ visuel la lacune correspondante, en dehors et légèrement en bas du point de fixation et, de fait, elle se trouve généralement à 15" en dehors et à 3° en bas, dans l'œil emmétrope. Dans la figure 21 par exemple, qui représente l'œil droit, m est la macula, a? correspond au nerf optique et X à la place de la tache de Mariette sur le plan PP. Elle est à 15° du point de fixation 0. D'après les nombreuses expériences que j'ai Ikites à ce sujet et d'après celles de Dobrowolsky, cet intervalle est plus grand chez les hypermétropes, et plus petit chez les myopes. Gela veut dire que, sur un pian situé à une distance de 30 centimètres de la cornée, vous commencerez à la rencontrer à 8 centimètres environ du point fixé. Vous pourrez en tracer les limites en faisant avancer, dans différents sens, un crayon sur ce plan et marquant les endroits où la pointe de votre crayon commence à disparaître. C'est ainsi que j'ai pu, un très-grand nombre

de fois, dessiner ma tache de Mariette et en mesurer retendue. C'est une lacune de forme ovale, à grand diamètre vertical. Pour mon œil droit, et pour une distance de 35 centimètres de la cornée au plan de projection, sa hauteur est de 52 millimètres en moyenne, et sa largeur de 44. Cette expérience est assez facile à répéter, cependant les limites sont difficiles à préciser dans certaines directions, à cause deTémergence des vaisseaux rétiniens, dont les troncs arrêtent eux-mêmes la lumière. Du reste, on peut rencontrer même dans l'intérieur du champ visuel de petites lacunes physiologiques dues à la présence de vaisseaux à l'endroit où se forme, sur la rétine, l'image du point considéré.

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