‹ Leçons sur le ver à soie du mûrierChapitre 63 sur 98 · FORMATION I)E LA CHRYSALIDE · texte numérisé non relu

FORMATION I)E LA CHRYSALIDE

mann). D’autres muscles, d’autres téguments se formeront aux dépens de cette substance, qui servira également à l’accroissement des corps reproducteurs, à la formation des nouvelles trachées, en un mot à tous les actes de la nutrition. Les parties qui servent de centres de formation aux nouveaux organes ont reçu le nom de disques imagi naux ; ce sont, dans chaque anneau, des dépendances de l’hypoderme larvaire, et on les reconnaît dans la tête et le thorax d’abord, puis plus tard dans l’abdomen ' .

Chrysalide âgée de 4 ou 5 jours. — Dans une chrysalide âgée de 4 à 5 jours, cette réorganisation de l’animal sur un plan nouveau est déjà commencée ; voici en quel état se trouvent les parties internes.

La chaîne des ganglions nerveux est raccourcie dans la même proportion que la longueur du corps tout entier; les deux ganglions de la tète se sont rapprochés, les trois ganglions du thorax se sont rapprochés aussi, au point que les deux postérieurs sont réunis ; enfin les huit ganglions de l’abdomen sont réduits à quatre, par suite de l’atrophie du 1er, du 4e et du 6° et de la fusion des deux derniers en un seul. Les pulsations du vaisseau dorsal sont devenues rares et assez irrégulières ; elles semblent partir de la région du tube situé dans le troisième anneau abdominal, et se propager à la fois en avant et en arrière.

L’estomac est devenu une poche ovale, à surface ridée, qui n’occupe qu’une faible partie de la cavité abdominale. I/œsophage forme un tube allongé portant latéralement un renflement ou jabot, dans lequel s’amasse un liquide alcalin que le papillon vomira pour percer le co-

1 V. Viallanes; Recherches sur l'histologie des Insectes. [Ann. des Sc. natur. Paris, 1882.)

con. Enfin, l’intestin présente deux parties distinctes: en avant, c’est un tube assez long qui reçoit, non loin de l’estomac, les deux conduits auxquels aboutissent les six vaisseaux malpighiens : ceux-ci ont leurs replis flottants dans la cavité du corps ; en arrière, l’intestin présente une poche pyriforme volumineuse, qu’on appelle poche caecale: c’est là que s’accumule une matière excrémentitielle rouge-brique, riche enurates (Voir la fig. 26).

Fig. 26. — Chrysalide âgée de 4 à 5 jours (grossissement 3).

Les lignes ponctuées représentent les plis de la peau et les stigmates.

Les lignes pleines correspondent à une section plane verticale.

A, vaisseau dorsal. — B, testicule du côté gauche. — C. poche stomacale. — D. poche cœcale. — E, chaîne nerveuse. — F, tubes de Malpighi.

Les glandes salivaires sont atrophiées. Les glandes soyeuses sont presque vides, il n’en reste que deux paquets rougeâtres, résidus des réservoirs de la soie, qui sont collés de chaque côté de la poche stomacale.

Les trachées sont, les unes atrophiées, les autres encore actives, entourées de cellules à noyaux qui formeront de nouveaux conduits trachéens plus amples que les anciens ; les débris de ceux-ci seront éliminés à la 6e mue.

Les capsules génitales, chez les sujets mâles, ont émis chacune un long tube flexueux qui suit la ligne tra-

ANATOMIE DE LA CHRYSALIDE

cée par le ligament postérieur décrit précédemment : ces deux tubes sont les conduits déférents. En même temps, l'organe deHérold donne naissance à un conduit unique, appelé éjaculateur, qui va à la rencontre des conduits déférents et s’abouche avec eux en formant à sa bifurcation deux petits réservoirs allongés : ce sont les vésicules séminales ; elles se prolongent en arrière par deux cæcums tubuleux appelés glandes accessoires. Nous retrouverons toutes ces parties, et d’autres encore, qui servent à la copulation, quand nous décrirons le papillon.

Chez les chrysalides femelles, les capsules génitales se rapprochent l’une de l’autre jusqu'à arriver finalement sur la ligne médiane du corps, à la hauteur du 4e anneau abdominal ; en même temps, elles se crèvent pour laisser échapper leurs tubes ovariques ; les origines de ces tubes, c’est-à-dire les extrémités un peu renflées, où les œufs sont à l’état de mucilage homogène, restent en place réunies au fond des capsules: les extrémités opposées, qui sont celles où les œufs sont déjà bien formés, descendent en suivant les ligaments longs postérieurs, lesquels se raccourcissent et les amènent à l’organe de Hérold. Ce dernier, de son côté, a produit un gros tube, Yoviducte, qui s’est bifurqué, et dont les deux branches, ou trompes, sont allées rencontrer chaque groupe d’ovaires. Enfin l’oviducte se complète par des glandes accessoires et divers cæcums dont nous parlerons en décrivant le papillon. Les tubes ovariques, d’abord rectilignes, se contournent en nombreux replis à mesure que les œufs grossissent et bientôt ils distendent toute la cavité abdominale.

Chrysalide d’âge avancé. • — A mesure qu’on examine la chrysalide à un âge plus avancé, on trouve tous

les organes précédemment décrits plus affermis ; la circulation est devenue régulière et dirigée du thorax vers l’abdomen ; les muscles du futur papillon se sont formés ; les nouvelles trachées ont étendu leurs ramifications dans tout le corps ; les coques des œufs se sont incrustées de chitine ; enfin le tissu épidermique a sécrété aussi une pellicule chitineuse qui diffère de celle de la chrysalide en ce qu’elle accuse toutes les formes définitives du papillon et qu’elle est couverte de poils écailleux. En résumé, il ne reste de l’ancienne chrysalide que la pellicule superficielle; le papillon est tout formé sous cette enveloppe.

Physiologie de la chrysalide. — Il nous reste à considérer maintenant de plus près les actes physiologiques qui sont accomplis durant la période de chrysalide. En effet l'insecte, malgré son état apparent d’inertie, est très vivant: il respire, son sang circule; il assimile certaines substances, il en sécrète ou exhale d’autres; il est sensible à l’action de la chaleur; enfin certaines altérations peuvent se produire dans ses organes. Tous ces phénomènes ont de l’intérêt, non seulement pour le naturaliste, qui contemple les faits sans autre souci que de lesbien connaître, mais encore pour le sériciculteur, qui songe à préparer des graines de la meilleure qualité possible, et qui doit par conséquent connaître les conditions les plus convenables pour la santé des sujets reproducteurs.

Fonctions respiratoires. — Et d’abord, la chrysalide a besoin d’air pour respirer. Le développement de son système trachéen est un premier indice de ce besoin.

RESPIRATION

Mais on en a des preuves directes par les observations de Réaumur. Get ingénieux expérimentateur a imaginé de plonger à demi clans l’huile, pendant une heure environ, soit le bout antérieur, soit le bout postérieur de chrysalides diverses : toujours les premières ont péri ; les autres n’ont aucunement souffert, excepté lorsqu’elles étaient tout à fait fraîches. Gela prouve que les stigmates antérieurs sont les seuls qui fonctionnent dans la chrysalide bien formée, et que les stigmates postérieurs, encore ouverts au sortir de la mue, se ferment rapidement dans les heures suivantes.

Réaumur a aussi immergé des chrysalides dans l’eau ; il a vu qu’au bout de quelque temps des bulles d’air s’échappent des stigmates, surtout des deux situés à l’origine des ailes postérieures. En raréfiant l’air au-dessus du vase, on accélère la sortie des bulles. Il faut conclure de là que, chez les chrysalides, les stigmates servent à la fois à l’entrée etàla sortie de l’air. On se souvient que, chez les larves, l’expiration a lieu non parles stigmates, mais par toute la surface de la peau.

Quant à préciser la quantité d’air utile à la respiration des chrysalides, c’est ce qu’on ne peut faire encore, faute d’expériences assez précises. Dans un air confiné et humide, et pour 1 kilogr. de ces insectes (1,190 chrysalides), il y aurait, d’après MM. Régnault et Reiset, 242 milligr. d’oxygène consommé en une heure, et les 0,639 de cet oxygène serviraient à former de l’acide carbonique. Mais ces chiffres dépendent très probablement de l’âge des chrysalides, de leur activité respiratoire des jours précédents, de la température, et enfin de l’état hygrométrique de l’air.

Tout ce que nous avons dit du besoin d’air qu’ont

les chrysalides s’applique exactement aux cocons réser vés pour le grainage, car l’enveloppe soyeuse du cocon est très perméable au gaz. Ainsi, des cocons entassés dans un espace restreint, hermétiquement clos, y périssent au bout de quelques jours, soit par défaut d’oxygène, soit par l’effet asphyxiant de l’acide carbonique dégagé. On peut aussi tuer très rapidement des cocons en les exposant dans une atmosphère de gaz acide sulfureux, ou de gaz ammoniac, ou de gaz acide sulfhydrique, ou encore dans un air saturé de vapeurs de sulfure de carbone, ou do vapeurs d'alcool et de camphre, etc., etc. La fumée de tabac est aussi très nuisible aux chrysalides, et encore plus aux papillons.

Il semble donc que la chrysalide soit plus délicate que la larve en ce qui regarde les fonctions respiratoires. Dès lors, il n’est pas étonnant que des cocons mal aérés pendant un temps plus ou moins prolongé donnent naissance à des sujets affaiblis et, par suite, à des graine; de médiocre qualité. A cet égard, on ne peut qu’approuver l’usage qui consiste à mettre enfîlanes les cocons destinés au grainage et à suspendre ces fîlanes à des distances convenables, dans des salles bien ventilées.

Les chrysalides exhalent non-seulement de l’acide carbonique, mais encore de la vapeur d’eau en quantité notable.

C’est un fait que Réaumur a reconnu depuis longtemps ; il a renfermé des chrysalides dont la peau paraissait bien sèche dans des tubes de verres bien scellés, et au bout de quelque temps il a vu des gouttelettes d’eau se déposer à l’intérieur de ces tubes.

Perte de poids des chrysalides.-— De là vient la

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