TÉNACITÉ ET ÉLASTICITÉ
trois grèges A, B, G, pour lesquelles ou aura fait les déterminations :
Titre à 500 mètres
Ténacité
Eau °/o
Élasticité
On calculera la ténacité pour un môme titre
, 1 ,000 par
exemple, et l’élasticité pour
la teneur
et on aura :
Ténacité (titre 1000) . . . .
Élasticité (à 10 %)
résultats qui montrent décidément que la soie B est supérieure aux deux autres et que la soie A vient au second rang.
Sérigraphe. — L’étude directe du titre, aussi bien que celle de la ténacité et de l’élasticité d’une soie grège donnée, demande, comme on l’a vu plus haut, un assez grand nombre de manipulations fort délicates. Il était à souhaiter qu’on mit aux mains des praticiens un appareil permettant déjuger plus aisément delà régularité de la soie. Depuis 1880 seulement, un tel appareil existe: c’est le Sérigraphe de M. Serrell.
Le fil à éprouver vient s’enrouler une fois sur un tambour A (flg.27), puis fait une anse en embrassant une poulie G, et revient sur le tambour B, qui est fixé solidairement avec A sur le même axe ; B a un périmètre supérieur de 5 °/0 à celui de A ; par suite une traction est exercée sur le fil, qui est forcé de s’allonger de 5 °/0. Mais la poulie G fait corps avec un pendule, et l’écarte de la verticale jusqu’à ce que son poids fasse équi-
libre à la traction du fil Quand une nouvelle portion du fil aura succédé à la première, le pendule prendra une nouvelle position d’équilibre, dépendant de là ténacité
et de l'élasticité de cette portion, et ainsi de suite. Il suffira donc d’enregistrer à l’aide d’un crayon E sur un tambour tournant F les déviations du pendule pour avoir une courbe dont les oscillations accuseront les irrégularités du fil. Dans les appareils construits par M. Serrell, une révolution du tambour F correspond à un développement de 1,250 mètres de fil. Si une bave unique est présentée à l’appareil, la courbe tracée sur F se réduit à une ligne droite légèrement inclinée indiquant que la ténacité diminue peu à peu à mesure que le cocon s’épuise.
Cet appareil a déjà reçu de son inventeur un autre usage non moins ingénieux; M. Serrell l’a employé pour régler automatiquement l’adjonction des baves àunbout de fil grège en fabrication, de sorte que ce bout conserve une résistante constante ; c’est, le principe d’un procédé de filature mécanique destiné peut-être à révolutionner un jour cette industrie.
Fig. 27. — Principe du Sérigraphe.
MOULINAGE.
Soies ouvrées. — Les procédés de titrage et d’essayage que nous avons décrits ci-dessus pour les soies grèges s’appliquent aux toies ouvrées , c’est-à-dire aux faisceaux que l’on a formés de plusieurs fils de grèges et soumis à des torsions plus ou moins fortes..
Un faisceau de deux ou trois fils grèges tordus ensemble, à raison de 75 à 100 tours par mètre courant, s’appelle trame ; l’opération produisant cette torsion est appelée filage.
Pour faire un organsin , il faut deux couples de fils grèges ; chaque couple reçoit un filage ou premier apprêt qui consiste en une torsion de 500 à 600 tours par mètre ; ensuite on assemble les deux couples en un faisceau unique, auquel on fait subir une torsion do sens contraire à la première, par exemple de 400 à 500 tours par mètre ; c’est ce qu’on appelle le tors ou deuxième apprêt.
Ces apprêts, qui constituent Y ouvraison ou moulinage de la soie, s’effectuent à l’aide de machines spéciales, les moulins à soie, dont la description ne peut trouver place ici ' .
On croit généralement que la torsion augmente la ténacité des fils de soie; il n’en est rien: elle l’amoindrirait plutôt si on la poussait trop loin. Mais cette torsion est indispensable pour que les fils ne s’embrouillent pas dans les opérations subséquentes du décreusage, delà teinture et du tissage.
1 La Franco possède 700 à 800 ateliers où l’on mouline la soie; ils sont situés la plupart dans l’Ardèche, la Drôme, la Loire, Vaucluse, le Rhône, l’Isère et le Gard. Ces moulins ouvrent chaque année, non seulement la grège faite en France ( 860,000 kilog. ), mais encore 1,475,000 kilog, de grège importée de l’étranger ; total 2,335,000 kilog. Prix moyen actuel 72 francs le kilog. (Voir le Moniteur des Soies du 5 avril 1879 )
En outre, la torsion maintient les fils à des distances déterminées ; le faisceau de ces fils est donc plus ou moins gonflé, ce qui n’est pas indifférent pour la teinture et le tissage. Enfin, plus la torsion est énergique, plus le brillant do la soie est amoindri ; on peut donc, en variant les torsions des fils de chaîne et de trame, obtenir des étoffes différentes, aussi bien qu’en variant les combinaisons d’entrelacement des fils.
Il y a des appareils à l’aide desquels on compte le nombre de tours par mètre qu’a reçus au moulinage un fil donné ; on les appelle des compteurs d'apprêt.
Décreusage. — Les soies grèges et moulinées doivent à la présence du grès un toucher dur et une certaine raideur; en outre elles n’ont pas de craquant et elles prennent mal la couleur ; la soie s’y trouve, comme l’on dit, à l’état écru. Mais les teinturiers savent depuis longtemps modifier ces qualités de la soie écrue en la faisant bouillir dans l’eau de savon, qui emporte le grès avec la couleur ; cette opération se nomme dëcruage, dêcreusage ou tout simplement cuite.
La soie acquiert, par le décreusage, un toucher doux, du craquant, delà souplesse, de la blancheur, du brillant; elle devient apte à la teinture ; elle est un peu moins hygrométrique ; les deux brins de chaque bave et les baves de chaque bout se décollent, s’isolent, et rien ne les retient ensemble que la torsion donnée parle moulinage ; il en résulte que les fils de trame et d’organsin se gonflent, s 'ouvrent, comme disent les teinturiers ; ce faisceau tout spongieux est admirablement disposé pour être chargé
de toutes les couleurs possibles. D’autre part, ce fil a
perdu 25 °/0 de son poids, 14 % de sa ténacité, 24 % de
DECREUSAGE.
son élasticité (ces chiffres sont, bien entendu, des valeurs moyennes). La teneur en eau, à l’état conditionné, qui est 9,91 pour la soie grège, n’estque8,45 pour la soie décreusée: les chiffres de reprise après dessiccation à l’absolu sont par conséquent 11 °/0 pour la grège et 9,25 °/o pour la soie décreusée.
La soie peut être décreusée en une seule cuite ; on la fait pour cela bouillir pendant trois ou quatre heures dans un bain de 20 à 30 parties de savon pour 100 de soie ; mais ce bain devenu coloré et malpropre laisse la soie grisâtre. Quand on veut l’avoir d’un beau blanc, on divise l’opération en deux : 1° le dégommage , qui consiste à la tenir un peu au-dessous de l’ébullition dans un premier bain à 30 °/0 de savon, pendant une heure ; après quoi elle est égouttée, tordue, et mise dans des sacs de grosse toile; 2° la cuite , qui consiste à faire bouillir la soie mise en sacs, dans un bain de 15 °/0 de savon pendant une heure. Souvent encore on l’expose après cela à l’action du gaz acide sulfureux pour avoir un blanc parfait.
On a essayé de donner aux soies un décreusage partiel, limité à une perte de poids de 4 à 5 °/0 ; n’est un travail délicat, qui se fait en exposant la soie à 90° dans une eau légèrement acidulée et pendant un temps convenable ; le produit obtenu, appelé soie souple, n’est qu’une contrefaçon du cuit, car il ne supporte pas les bains de savon chauds.
Fibroïne. — Pour isoler la fibrome de la soie, on décreuse celle-ci aussi parfaitement que possible au savon, puis on enlève les dernières traces de grès en lavant la soie ainsi préparée, à l’acide acétique bouillant : deux
immersions (1e cinq minutes chacune suffisent ; un traitement plus long désagrégerait la fibroïne (Francezon). La composition de celte substance répond, d'après Cramer, à la formule C:t0 H46 Az(0 O12, oùC=î2 et 0 = 16. On y remarquera l'absence du soufre. La fibroïne est soluble dans l’acide chlorhydrique concentré, le chlorure de zinc, les alcalis, les ammoniures de cuivre et de nickel, etc. ; elle ne l’est pas dans l’ammoniaque. Elle jouit d’un pouvoir absorbant très remarquable à l’égard de l’eau, de l’alcool, de l’éther, des matières salines, astringentes et colorantes, qui en pénètrent peu à peu toute la masse. Les matières salines qu’on y rencontre toujours lui sont peut-être incorporées de cette manière.
Grès. — Le grès, qui forme de 25 à 28 °/0 du poids des coques soyeuses, est un assemblage de substances diverses qui sont loin d’être bien connues.
La majeure partie, représentant 21 à 23 % du poids des coques, est formée par une matière azotée attaquable par l’eau ; M. Scbutzenberger l’assimile à Vosséine ; M. Francezon l’appelle matière gélatigène ; et en effet, la solution aqueuse, qu’on n’obtient que par une ébullition très prolongée , donne par concentration et refroidissement une gelée qui est très facile à redissoudre. La soie qui reste n’est pas entièrement décolorée ; elle garde une teinte jaune chamois ; l’espèce de décreusage qu’elle a subi se manifeste déjà dans de moindres proportions pendant que les cocons baignent dans l’eau des bassines des filatures. La matière gélatigène est soluble dans les acides, les alcalis et un grand nombre de sels ; aussi existe- t-il un grand nombre de procédés pour dôcreuser la soie ; mais aucun corps ne donne pour