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IV. — Limites de la culture industrielle des

Vers à Soie.

Du prix de revient des cocons. — S’il ne s’agissait, en élevant des vers à soie, que d’obtenir à tout prix des récoltes de cocons très élevées, approchant même de la limite infranchissable qui est établie par le nombre des œufs mis à éclore, nous pouvons dire qu’aujourd’hui le problème serait complètement résolu. Avec les graines bien sélectionnées, bien conservées et les méthodes d’é-

1 Voici les prix moyens établis pour 1883, parla Chambre de Commerce de Milan :

Verts et blancs Japon annuels, avec un maximum de 18 °/o de doubles et rouillés : 3 lires 18 le kilog.

Croisés blancs et jaunes, avec un maximum de 9 °/0 de doubles : 3 lires 69.

Jaunes d’Europe, avec un maximum de 6 °/o de doubles : 3 lires 94.

levage que nous possédons, on peut dépasser sans trop de peine le cliilfre de 50 kilos à l’once de 25 gram.

Mais il y a un élément de la question qu’on ne peut passer sous silence : c’est le prix de revient . Les dépenses de feuille et surtout de main-d’œuvre empêchent qu’on ne doive poursuivre trop loin l’élévation du poids de la récolte; au delà d’un certain poids, le surplus qu’on tenterait d’obtenir entraînerait à des frais hors de proportion avec sa valeur vénale. Il peut même arriver que des considérations de cette nature obligent les agriculteurs à renoncera l’élevage des vers à soie. Aujourd’hui surtout que le bas prix des cocons et le haut prix de la main-d’œuvre agissent simultanément pour diminuer les bénéfices de cette industrie, il importe de considérer de près les moyens dont on peut disposer pour augmenter autant que possible les recettes, avec des quantités de feuille et de travail déterminées d’avance.

Économie sur la graine. — En ce qui concerne la production et la conservation de la graine, on peut opérer très économiquement. Que chaque cultivateur élève à part 4 ou 5 gram. de graine saine : le produit lui fournira à peu de frais une vingtaine d’onces d’excellente graine. Gela vaudra infiniment mieux que d’acheter toujours bien cher des graines de qualité incertaine. Quant aux locaux d’hi vernation, ils sont faciles à trouver dans les pays froids, et ces locaux, si on les organise convenablement, suffisent à héberger les approvisionnements des contrées séricicoles environnantes.

Economie sur la feuille. — Les dépenses vraiment importantes, dans l’élevage des vers, sont celles de la

feuille et de la main-d’œuvre. Celui qui saura les réduire assez trouvera toujours du profit dans cette industrie ; celui au contraire qui n’y aura pas pris garde sera fort exposé à perdre, même avec une belle récolte de cocons. Le plus simple calcul suffit à le prouver.

En effet, le prix de la feuille de mûrier est très variable, étant, comme tous les prix, gouverné par le rapport de l’offre à la demande. Souvent, sur le marché, on paye la feuille 15 fr. les 100 kil. Sur pied et d’avance, elle s’achète de 5 à G fr. Au propriétaire qui futilise luimême, elle ne coûte guère que ce que coûterait un fourrage quelconque que la terre porterait aux lieu et place du mûrier, c’est-à-dire 8 à 9 fr. les 100 kil. à l’état sec ; or, 100 kil. secs représentent environ 300 kil. de feuilles fraîches, ce qui porte le prix de cette dernière à 2 fr. 60 ou 3 fr. les 100 kil. On voit quel avantage possède le propriétaire de la feuille pour produire des cocons à bas prix. En supposant qu’il en fasse utiliser par ses vers à soie 1000 kil., il aura dépensé:

Valeur de la feuille estimée 30 fr.

Cueillette, à 1 fr. 50 les 100 kil 15 —

Total 45 fr.

L’acheteur aurait payé :

Feuille achetée de 5 à 10 fr. les 100 lui. 50 à 100 fr.

Cueillette, à 1 fr. 50. 15 15 —

Totai ~65~à 115 fr.

Nous n’avons pas mentionné le prix du transport delà feuille ; s’il se fait à de grandes distances, par chemins de fer, le prix de revient des cocons se trouve grevé d’autant. Il n’y a donc guère que le propriétaire de cette

feuille qui puisse se permettre cette dépense. Ajoutons que c’est pour lui une excellente manière d’utiliser sa feuille, en disséminant ses vers à soie dans plusieurs petites éducations. En Italie, ce système est très pratiqué ; à l’époque des éducations, les chemins de fer sont encombrés de feuille qui voyage. En France, on n’a pas beaucoup tiré parti des grandes plantations hors d’un rayon très limité, et une fois qu’on n’a plus trouvé dans ce rayon l’emploi de la feuille, on a arraché mal à propos une foule de mûriers.

Économie sur la main-d’œuvre. — Les diverses catégories d’éducateurs dépensent aussi des sommes fort inégales pour la main-d’œuvre. Ceux qui payent des journaliers doivent compter, pour les seize premiers jours de l’élevage, au moins huit journées par once (en supposant qu’un ouvrier soigne 2 onces), et plus tard seize autres journées pour terminer cet élevage, ce qui fait, au prix le plus réduit :

Par once, 24 journées à 1 fr. 25 30 fr.

Dans bien des localités, la dépense pour le même travail sera supérieure :

Par once, 24 journées à 2 fr 48 fr.

Supposons d’autre part le cas d’une famille de paysans où, dans un coin de cuisine, les femmes et les enfants soignent à temps perdu quelques claies de vers ; la maind’œuvre ici est absolument sans valeur et ne devient appréciable que dans les quatre ou cinq derniers jours de l’élevage :

4 à 5 journées à 2 fr 8 à 10 fr.

On voit, par ces considérations, que l’élevage des vers

à soie se fera de la manière la plus économique : 1° par les possesseurs de mûriers ; 2° par les familles disposant de travailleurs à vil prix.

Ces deux conditions se trouvent réunies lorsque le propriétaire de grandes plantations de mûriers s’associe avec un grand nombre de petits éducateurs auxquels il fournit la graine et la feuille, tandis qu’ils donnent le local et la main-d’œuvre ; le partage de la récolte se fait par moitié ; la totalité des dépenses par once en pareil cas n’atteint pas 80 fr. ; la recette arrive aisément au double de cette somme.

40 kil. cocons à 4 fr 160 fr.

Il y a peu de travaux agricoles qui donnent en si peu de temps autant de bénéfice.

Mais un tel système n’est pas applicable partout ; la répartition de la population agricole, le mode de tenure des terres, la facilité des communications, ne sont pas toujours conciliables avec lui.

Causes qui limitent la culture des vers à soie, d’après M. de Gasparin. — Dans un savant Mémoire publié en 1840, M. de Gasparin a étudié les diverses causes qui limitent dans une région si restreinte de la France la culture des vers à soie. Elle ne peut pas être lucrative, dit-il, dans les pays où la feuille des mûriers gèle habituellement au printemps, ni dans ceux où ces arbres ne supportent pas la taille annuelle, ni dans les localités sujettes aux orages, aux pluies printanières, à certains miasmes ; il reconnaît en outre à cette culture des limites imposées par des raisons d’un\autre ordre : dans le Midi, on ne plante plus de mûriers s’ils ne font

pas rendre à la terre 50 °/0 en plus du loyer ordinaire ; on ne veut pas de vers à soie dans les pays constitués en grandes fermes, parce que la population agricole y est trop peu nombreuse ; on les repousse aussi des pays voués à des cultures spéciales, telles que les vignes, les prairies, les oliviers etc.; les terres exploitées par des fermiers n’y sont pas non plus bien propices à cause du mauvais vouloir de ceux-ci, tandis que les métayers s’y intéressent plus aisément ; enfin, l’éducation des vers à soie ne peut pas subsister avec les assolements alternes, qui emploient beaucoup de travaux au printemps. Voilà de nombreuses raisons pour que les grands domaines soient en général incompatibles avec les vers à soie. Dans les petites exploitations, au contraire, celte industrie s’allie à merveille avec tous les genres de cul ture.

Ces conclusions, assez complexes, se résument en somme par cette simple proposition : La culture des vers à soie n’est lucrative que là où on peut avoir la feuille de mûrier et la main-d'œuvre à des prix suffisamment modérés, dont V élévation est subordonnée au prix de vente des cocons.

Distinction entre les grandes et Jes petites éducations. Avantages de ces dernières Leur extension possible hors des limites fixées par M. deGasparin. — Cette proposition, évidente à priori, est vraie pour les plus petites éducations comme pour les plus grandes, et ce sont ces dernières seulement que M. de Gasparin a considérées. Il ne paraît pas avoir porté son attention sur celles de quelques grammes seulement ; cependant nous avons reconnu qu’elles présentent sur

les grandes des avantages considérables sous le rapport de l’économie et aussi des chances de succès. Les petits élevages, par conséquent, peuvent être conservés dans bien des cas où les éducations de deux onces et au-dessus ne seraient plus lucratives. L’expérience l’a du reste démontré L

Dans combien de fermes et de maisons de paysans n’y a-t-il pas de bras oisifs, ne fùt-ce que quelques heures par jour? Serait-il bien pénible à des femmes, voire à des enfants, de cueillir quelques poignées de feuilles à des haies de mûriers plantées autour d’un jardin et de les répandre sur une claie de vers ? Les cocons obtenus dans ces conditions ne coûteraient presque rien.

On objecte que le bénéfice réalisé de cette manière dans chaque ménage ne serait qu’une petite somme. Mais que cent mille ménages récoltent cette petite somme, chose parfaitement possible, le total de ces sommes fera un revenu important, nullement à dédaigner pour le bienêtre de toute la population.

On assure qu’en Chine c’est de cette façon que les vers à soie sont traités. Pas de cabane de paysan qui n’en élève quelques claies. Il en est de ces insectes comme des animaux de basse-cour dans nos campagnes. En cela, nous croyons que l’exemple des Chinois pourrait être suivi utilement par nos concitoyens.

1 La ruine des grandes éducations a entraîné l’abandon de l’industrie séricicole dans plusieurs départements où elle pourrait renaître par le système indiqué ci-dessus. Ainsi, en 1808, l’Indre-et-Loire produisait 30,000 kil. de cocons; la Loire 31,000 kil.; l’Hérault 517,000 kil. ; le Var 1,102,000 kil.; l’Ailier 3,000 kil. Sans doute d’autres culLures, la vigne par exemple, ont supplanté le mûrier ; mais est-il possible de croire qu’il n’y ait plus du tout de place pour celui-ci? Les sociétés agricoles devraient y songer.

TABLE DES MATIÈRES

Préface.

Introduction.

Notions générales sur le ver à soie du mûrier. Qualités spéciales du ver du mûrier. Variétés dont l’élevage doit être recommandé. Statistique des récoltes de cocons dans le monde entier. Notions historiques sur le ver du mûrier. Importance de l’industrie séricicole en France depuis Henri IV jusqu’à notre époque. Conditions économiques actuelles de l'industrie séricicole 5-18

PREMIÈRE. — PARTIE. - De l’Œuf.

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