III.— Du Grainage
Importance du choix des graines. — Parmi toutes les questions qui intéressent les magnaniers, il n’en est pas de plus importante que celle de la confection des graines. Si, en effet, les insuccès sont dus bien souvent à quelque défaut dans l’éducation proprement dite ou à quelque vice d’installation delà magnanerie, plus souvent encore ils sont la conséquence fatale de la mauvaise qualité de la graine.
Cette influence considérable de la graine n’a rien qui étonne, quand on réfléchit à la propriété si remarquable qu’ont les êtres vivants de se répéter dans leurs descendants, et qu’on appelle loi à,' hérédité . L’hérédité tend à conserver, outre les caractères de genre et d’espèce, ceux de race, de variété, et même les plus petits détails de structure : bien plus, elle tend à conserver encore dans l’animal les instincts de ses parents et leurs facultés diverses. Ainsi, on peut dire que, dans le ver à soie, la figure des organes, leur volume, leur couleur, leur état de santé ou de maladie, la force ou la faiblesse des muscles, le degré de longévité, la puissance de reproduction, résultent pour une grande part de l’existence des mêmes qualités chez ceux d’où il descend ; il en est même de ses
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instincts, par exemple, de la manière dont il fait son cocon et le loge sur la bruyère.
La graine, c’est-à-dire l’œuf fécondé, représente virtuellement toutes cesqualités ; elle est la continuation des générations précédentes. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les individus qui en naîtront participent de ces qualités : qu’ils soient sains et robustes si leurs ancêtres ont été tels ; qu’ils soient au contraire infirmes et même incapables de vivre si leurs ancêtres ont été affectés de quelque vice, et notamment de maladies parasitaires.
De là, l’importance capitale du bon choix des graines qu’on veut élever. Un bon régime, des soins intelligents durant l’élevage, sont à coup sûr d’excellentes conditions de succès ; mais, répétons-le encore, la bonne qualité des graines prime tout.
Caractères sur lesquels la sélection peut être fondée. Méthode Vittadini. — A aucune époque ces notions n’ont été entièrement méconnues ; les graineurs soigneux ont toujours choisi les vers, les cocons et les papillons qu’ils destinaient à la reproduction. Mais cette sélection n’a pu, jusqu’à ces dernières années, reposer que sur des caractères d’une valeur fort douteuse, caractères en général purement superficiels: ainsi, on se contentait le plus souvent de savoir qu’une chambrée avait produit beaucoup de cocons, pour en conclure que ces cocons pouvaient être livrés au grainage ; nous savons aujourd’hui à quel point cette règle était erronée. D’autres fois, on produisait la graine au hasard, et on l’étudiait ensuite: les uns, comme M. Yasco et M. Darbalestrier, examinaient la moucheture delà coque ; d’autres, comme M. Kaufmann, en faisaient cuire une pincée pour voir la
co uleur.pl us ou moins violacée qui en résultait; d’autres, avecM. Mitifiot, faisaient pondre les femelles en cellules et rejetaient les pontes qui, au bout d’un certain temps, n’étaient pas bien colorées. Ces procédés, est-il besoin de le dire, n’avaient rien que de fort incertain.
Un progrès notable suivit l’observation, faite en 1857 par MM. Vlacovich et Osirno, des corpuscules ovoïdes (pêbrine) dans les œufs : MM. Vittadini etCornalia, voyant dans ces corpuscules des produits pathologiques, fondèrent, en' 1859, sur l’exclusion des graines corpusculeuses, une méthode de sélection qui a rendu et même aujourd’hui rend encore de grands services. On soumet à l’incubation, après l’hiver, un échantillon de chacun des lots de graines qu’on veut étudier, puis on observe au microscope les petits vers fraîchement éclos : pour cela, on les écrase un à ün, ou par groupes de deux ou trois, avec très peu d’eau, sur des lames de verre; on couvre ces préparations avec des lamelles, et on les examine. Si l’on ne trouve pas de corpuscules, il y a probabilité, mais non certitude, que la graine soit saine. Si l’on en trouve, la graine est mauvaise, mais encore tolérable industriellement si la proportion des sujets malades est inférieure à 5 °/0 pour les races jaunes, et 10 °/0 pour les races japonaises.
L’inconvénient de cette méthode est de ne s’appliquer qu’à des graines déjà faites. Ce qu’il fallait, et ce que M. Pasteur le premier a trouvé, c’est le moyen de n’en pas faire de mauvaises, en faisant porter la sélection, non plus sur les graines, mais sur les chambrées et les papillons qu’on destine à la reproduction. En effet, c’est une conséquence immédiate de la loi d’hérédité, que la graine ne peut pas être saine si les papillons qui l’ont
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produite ne sont pas exempts do toute maladie qui lui soit transmissible; les règles de la confection des graines dépendent donc étroitement de la connaissance des maladies des vers à soie ; elles sont un des plus beaux résultats des recherches de M. Pasteur.
Méthode Pasteur. — M. Pasteur a démontré en premier lieu, comme nous l’avons dit plus haut, que les papillons corpusculeux ont une portion plus ou moins grande de leurs œufs infectée de corpuscules, ou, tout au moins, des germes de ces parasites. Il s’ensuit évidemment qu’on devra rejeter les pontes de ces papillons , et ne conserver que celles des papillons absolument exempts de corpuscules.
Conséquences : faire le grainage en cellules ; et ultérieurement, étudier les papillons au microscope, pour opérer la sélection des pontes.
En second lieu, M. Pasteur a prouvé que les graines tirées de chambrées atteintes de flacherie étaient beaucoup plus sujettes que les autres à contracter cette même maladie ; en d’autres termes, qu’il y avait transmission par hérédité, non pas précisément de la flacherie, mais d’une certaine débilité dans l’organisation. En conséquence, on devra rejeter du grainage les chambrées suspectes de flacherie.
Les deux règles que nous venons d’énoncer constituent le système Pasteur pour la confection des graines. Elles doivent évidemment s’appliquer dans l’ordre suivant : 1° Sélection des chambrées , afin d’opérer l’exclusion des chambrées atteintes de flacherie ; 2° Sélection des papillons, afin d’opérer l’exclusion des pontes des sujets corpusculeux.
La première de ces sélections n’exige l’emploi d’aucun instrument pour l’inspection des vers ; il suffit de les voir à la montée. La seconde se fait, comme on l’a dit, sur les papillons, à l’aide du microscope. La première ne peut suppléer à la seconde, ni la seconde à la première, car chacune a son but spécial et distinct ; les graineurs doivent donc attacher à l’une et à l'autre une grande importance et un égal soin.
Il n’y a pas d’autre sélection à opérer, parce qu’on ne connaît pas d’autre maladie qui se transmette des papillons aux œufs: ainsi, ni la muscardine, ni la grasserie, ni même, autant qu’on le sache, la gattine, ne peuvent passer d’une génération à la suivante.
Gela ne veut pas dire qu’on ne puisse faire attention à divers caractères pathologiques des vers, des chrysalides et des papillons ; mais, dans l’étude de ces caractères, c’est toujours l’exclusion des sujets corpusculeux et l’exclusion des chambrées affaiblies qu’on se propose ; par exemple, on rejettera les vers tachés, les papillons à lianes noirs, les lots de cocons où la mortalité ne s’arrête pas, où les papillons périssent rapidement, etc., etc. Ges particularités ont été déjà mentionnées pour la plupart ; celles qui ne l’ont pas été n’ont probablement pas grande valeur.
Chambrées pour grainage. — Ajant ainsi établi les principes du grainage, nous allons voir la suite des opérations qu’il conviendra d exécuter, pour mettre ces principes en pratique.
La première chose à faire est de se procurer comme point de départ une graine aussi bonne que possible, et de la distribuer par petits lots entre divers éducateurs,
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dans un rayon tel qu’on puisse visiter fréquemment toutes ces petites chambrées. Chacune de ces chambrées sera isolée aussi exactement que possible des chambrées voisines, soit que l’isolement résulte des distances, soit qu’on obtienne les mômes effets en commençant l’élevage une huitaine de jours avant les voisins ; dans ce dernier cas, en effet, on n’a plus à craindre la contagion à l’époque où elle serait la plus active, à cause de la surabondance des poussières et de la fréquence des visiteurs. Inutile de dire que les vers devront avoir tout l’espacement désirable. On leur choisira autant que possible pour nourriture une feuille excellente, appropriée à leur âge. Enfin on ne hâtera pas à l’aide d’une chaleur excessive la marche des vers ; une durée de trente à trente-deux jours, de l’éclosion à la montée, semble être le minimum qu’on doive fixer ; beaucoup d’éleveurs laissent volontiers ces sortes d’éducations durer trente-cinq, quarante jours et même plus, en ne faisant jamais de feu ; mais on ignore encore si cette prolongation d’existence est réellement avantageuse à la santé des vers.
Lorsques les vers seront à la montée, on pourra décider quelles chambrées conviennent ou ne conviennent pas au grainage, en ce qui regarde la flacherie.
Celles qu’on aura choisies seront alors soumises à une étude spéciale, pour fixer exactement quelle proportion de sujets corpusculeitx elles renferment. On possédera déjà une première indication à ce sujet si l’on a eu la prévoyance d’examiner à la montée les derniers vers traînards; si quelques-uns d’entre eux ont offert des taches de pébrine, il est certain qu’il y aura une proportion très notable, 10 °/0 au moins et souvent davantage, de sujets corpusculeux chez les papillons. Il y a donc lieu de
choisir, dès lo principe, les chambrées où pas un seul ver n’a offert de taches de pébrine dans les derniers jours. Mais, pour être fixé d’une façon précise et certaine sur le nombre des sujets corpusculeux du lot de cocons, il faut étudier tout entier un échantillon de ce lot, choisi de la manière suivante:
Trois ou quatre jours avant qu’on dérame les cocons, on prélève çà et là, tant parmi les premiers montés que parmi les derniers, quelques centaines de cocons , par exemple cinq cents pour un lot de 40 kilos ; cet échantillon est porté dans une étuve ou une chambre chaude, où l’on maintient jour et nuit une température de 30 à 35° centigrades et une assez forte humidité ; on accélère ainsi la formation des papillons. Pendant ce temps, les cocons du lot ne sont qu’à 20 ou 25°, et souvent même pendant la nuit à des températures moindres ; on aura donc tout le temps de les étouffer si le lot est rebuté, ou de les met tre en fil ânes dans le cas contraire.
De deux jours en deux jours, on prend une dizaine de chrvsalides de l’échantillon, et on v recherche les corpuscules à l’aide du microscope. Si l’on en aperçoit dans les huit ou dix premiers jours, ne fût-ce qu’en nombre très faible, on peut être sûr que la proportion des papillons corpusculeux seraconsidérable. Quand les chrysalides sont mûres, ce qu’on reconnaît aisément à ce que les yeux deviennent noirs et les œufs plus durs à écraser sous le pilon, et aussi à ce que quelques-unes sortent à l’état de papillons, on procède à l’examen définitif. On écrase un à un les papillons sortis et les chrysalides qui restent, et on y recherche les corpuscules ; le tant pour cent qu’on trouve ainsi ne diffère pas de celui qui existera dans'le lot tout entier.
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Triage des cocons. - Les lots de cocons acceptés définitivement sont mis en filanes, et ces filanes suspendues dans une chambre bien aérée. La fumée du tabac, l’odeur de camphre, et généralement toutes les vapeurs odorantes, doivent être exclues de ce local.
Les graineurs les plus soigneux excluent du grainage les cocons faibles et les cocons doubles , suspectant les premiers d'être produits par des sujets débiles, et les seconds d’être capables de léguer par hérédité, à la génération suivante, une tendance à faire des doubles en grand nombre. Ces scrupules sont, à 'priori, très fondés, et il est sage de suivre la même ligne de conduite. Cependant il faut bien avouer que Dandolo regarde ce triage comme inutile : la santé du ver est, d’après lui, entièrement indépendante d’un petit excédent ou d’un petit déficit dans le poids de la soie sécrétée ; en d’autres termes, un ver plus vigoureux qu’un autre peut faire parfois un cocon moins fourni que ce dernier. L’abbé de Sauvages va plus loin : il assure que des graines tirées de cocons très faibles, ou peaux, ont donné pendant plus de quinze ans de bons succès. Et quant aux doubles, il conseille, comme très économique, de les réserver pour le grainage. Nul doute que ce système ne soit économique;; mais est-il propre à fournir des sujets de choix ? Là est la vraie question, et je ne crois pas qu’aujourd’hui personne ose y répondre affirmativement.
Le triage des cocons peut encore se faire à un autre point de vue : la séparation des mâles et des femelles. On détermine d’abord le poids moyen d’un cocon simple, en divisant par 500 le poids total de 500 cocons ; on tare ensuite une balance pour ce poids moyen, et on y jette successivement chaque cocon : les plus légers
sont en majorité des mâles; ceux au contraire qui font trébucher la balance sont en majorité des femelles. Mais un tel triage n’est utile que quand on a intérêt à tenir les sexes séparés, en vue de croisements entre divers lots. Peut-être aussi permettrait-il une petite économie de quelques cocons mâles, en faisant servir plusieurs fois les papillons mâles conservés; mais le travail des pesées rendrait cette économie bien faible. Dans la pratique usuelle du grainage, on ne cherche pas du tout à séparer les cocons de chaque sexe.
Graine industrielle. — On appelle y raine industrielle celle qui est obtenue en réunissant en masse, sur une ou plusieurs grandes toiles, les femelles pondeuses. Si le lot de cocons d’où ces femelles sortent a été étudié suivant la méthode Pasteur, on en connaît d’avance le degré d’infection corpusculeuse; on n’a par conséquent procédé au grainage que parce qu’on a jugé ce degré tolérable.
Il n’v a pas encore bien longtemps qu’on n’hésitait pas à faire grainer suivant cette méthode des lots à 10 °/0 de sujets corpusculeux. Mais aujourd’hui on est arrivé à restreindre la maladie corpusculeuse à de telles limites qu’on trouve sans peine, par exemple dans les Alpes, le Yar, le Roussillon et tous les pays de petite culture, des chambrées à 3°/0, 2°/0, 1 % et même à zéro. Il n’y a pas de doute que la graine issue de ces chambrées ne soit parfaitement suffisante pour récolter 40 kil. de cocons à l’once; seulement l’infection corpusculeuse dans ces cocons sera généralement assez intense; cela dépendra, du reste, de l'isolement de la chambrée et de l’espacement donné aux vers. Le véritable avan-
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tage do la graine faite industriellement par ce système est son bon marché. Rien n’est plus facile, en élevant à part 4 ou 5 gram. de graine cellulaire pure, que d’obtenir 8 à 10 kilos de coconsassez sains pour donner en graine une vingtaine d’onces; cette graine sera élevée l’année suivante pour donner des cocons destinés à la filature.
Le grainage des papillons en masse est extrêmement simple. On récolte le matin les couples formés sur les filanes, et on les dépose sur des toiles tendues horizontalement; il est commode d’avoir à cet effet de petits châssis de 40 à 50 cent, de côté, sur lesquels on cloue un morceau de calicot. Pour les sujets non accouplés, on les réunit sur un de ces cadres, et, à mesure que les couples se forment, on les retire pour les mettre sur un autre cadre. Dans le cours de ces manipulations, on a soin de trier et de jeter tous les papillons de mauvais aspect, notamment ceux dont les flancs sont tachés de plaques noires, qui sont tous corpusculeux.
L’après-midi, on désaccouple, on jette les mâles ; ou bien, si l’on craint d’en manquer, on les met à part pour le lendemain; on pose les femelles sur une grande toile placée verticalement ou très légèrement inclinée. Au bout de deux jours, la ponte est finie et on peut jeter aussi les femelles.
Graine cellulaire (Système Pasteur). — La graine cellulaire (système Pasteur) est faite en isolant tous les couples, ou au moins tous les papillons femelles, et excluant rigoureusement, après examen des papillons au microscope, les pontes des sujets corpusculeux.
Pour préparer la graine cellulaire pure avec isolement complet de chaque couple, le procédé le plus économi-
que consiste à surveiller de grand matin la sortie des papillons, afin de saisir chaque couple sitôt qu’il est formé, et de mettre ces couples dans autant de sachets ou petites bourses d’une étoile légère très perméable à l’air, comme la tarlatane, la mousseline, etc. On élimine, bien entendu, les couples qui paraîtraient défectueux pour un motif quelconque.
Chaque sachet, une fois fermé, reste suspendu à l’air; l’accouplement dure ad libitum; la femelle pond, et les deux papillons périssent dans ce sac, d’où on les tirera plus tard pour les étudier au microscope. Si l’on veut dans ce système pratiquer l’accouplement limité, on sépare les papillons assez facilement sans ouvrir le sac et on enferme le mâle dans un coin avec une épingle; d’autres fois on le tue en lui pinçant la tète fortement; mais alors on doit s’attendre à ce que ces cadavres pourriront et donneront une très mauvaise odeur; il faudra donc une ventilation très énergique.
Au lieu de sachets, on peut aussi employer, comme l’a toujours fait M. Pasteur, des cellules ouvertes, c’està-dire des morceaux de toile ayant environ de 12 à 15 cent, de long sur 8 à 10 de large, suspendus le long de cordes tendues sur de grands châssis; on y met les couples le matin; dans l’après-midi, on sépare les mâles et on enferme chacun d’eux dans un repli de la toile correspondante ou dans un cornet de papier attaché cà cette toile; la femelle pond, et, quand elle a fini, on l’enferme à son tour à l’autre angle de la cellule. Ce système exige que les toiles-cellules soient assez espacées, afin que les papillons ne puissent pas voyager de l’une à l’autre; malgré toute la surveillance possible, cet accident arrive souvent; il y a aussi un certain déchet venant de ce que
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des papillons se perdent en tombant par terre. Dans ce système, l’accouplement illimité n’est pas praticable.
Lorsque l’isolement se borne aux femelles seules, ce qui est le cas le plus ordinaire, on procède en tout comme s’il s’agissait d’un grainage en masse, avec cette seule différence qu’au lieu de réunir après le désaccouplement les femelles sur une toile unique, on les met une à une
Fig. 35. — Toile-cellule Pasteur (isolement de la femelle seule).
sur autant de petites toiles (Y. fîg. 35 ) ou dans autant de sachets.
Au lieu de toiles et de sachets, quelques personnes emploient, pour l’isolement des papillons, des cases cylindriques ou coniques en fer-blanc, en zinc, en carton et même en terre cuite ; ces cases sont posées les unes con-
Ire les autres sur une toile horizontale divisée en compartiments; elles isolent, "soit les couples, soit les femelles seules ; chaque ponte s’effectue donc sur un compartiment de la toile où un numéro d’ordre est inscrit; le même numéro est reporté sur la boîte ouïe cornet où sera conservé le cadavre du papillon. En Italie, on prépare exprès, pour cette conservation, des boîtes à casiers numérotés, dont l’usage facilite celui des cases ci-dessus mentionnées.
Si l’on a affaire à un lot peu corpusculeux, il est économique de se servir de sachets ou de toiles de dimensions un peu plus grandes que l’ordinaire, et de réunir deux et même trois femelles dans chaque cellule: l’examen au microscope porte sur les deux ou trois cadavres broyés ensemble, et on va ainsi plus rapidement; il est vrai que si l’un se trouve corpusculeux, la cellule entière est perdue.
Quand il ne s’agit que de préparer quelques centaines de pontes cellulaires, on peut adopter indifféremment tel ou tel genre de cellules, et il n’est pas bien difficile d’éviter toute confusion.
Mais si l’on se proposait de confectionner de très grandes quantités de graine cellulaire, exigeant un nombre de cellules considérable, on ne saurait mieux faire que d’imiter les dispositions imaginées à cet effet par M. Susani, qui lui permettent de préparer de la façon la plus correcte environ quatre millions de cellules.
Ici, la cellule-sachet est indispensable. On la fait d’un morceau de tarlatane de 9 centim. sur 18, plié en deux ; les côtés du sachet sont cousus avec des fils assez fragiles, afin qu’on puisse les briser plus tard sans peine pour le lavage des graines; le fil qui doit fermer le sachet doit
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être au contraire assez fort pour ne pas se rompre quand on fronce cette espèce de bourse, afin d’y enfermer les papillons ; ce fil tiré forme une anse.
Pour tenir exposés au grand air ces sachets remplis de papillons, il y a un grand nombre de châssis très légers de im,80 sur 0m,90, supportant des ficelles tendues àdes intervalles de 18 centim. environ ; sur chaque ficelle, on a enfilé un certain nombre de petites boucles dont les branches recourbées servent à suspendre les sachets par les anses mentionnées tout à l’heure.
Chaque châssis garni de ses sachets, au nombre de cinq cents environ, porte un numéro d’ordre pareil à celui du lot de cocons correspondant. Tous les châssis sont suspendus à des crochets, avec un espacement suffisant, dans de vastes salles très aérées ; on les visite tous les deux ou trois jours, afin d’examiner tous les sachets sans exception et écraser les dermestes qu’on pourrait y apercevoir ; ces insectes en effet vont pondre leurs œufs à proximité des cadavres des papillons, et plus tard les larves qui sortent de ces œufs dévorent les papillons d’abord, et les graines ensuite ; il faut donc leur faire une chasse continuelle.
Sélection microscopique. — Pour effectuer l’étude au microscope d'un si grand nombre de cellules, M. Susani a organisé des ateliers qui peuvent servir de modèles sous tous les rapports. La division du travail y est poussée aussi loin que possible. Une ouvrière détache les cellules des cadres, jette au rebut celles qui sont vides de graines ou garnies de graines non fécondées, et place les autres une à une dans les compartiments de boîtes faites ad hoc , de sorte que chaque cellule est à
côté du mortier où ses papillons seront broyés et ne s’en séparera plus; toute erreur est ainsi rendue impossible. D’autres ouvrières extraient les papillons des sacs et les mettent dans les mortiers avec très peu d'eau ; un ou deux coups de pilon seulement suffisent pour humecter les cadavres. Quelques heures plus tard, les plateaux chargés des boîtes en question arrivent aux mains d’autres ouvrières qui achèvent de piler les papillons et portent les plateaux à l’atelier des microscopes.
Ici, le jour est donné par des fenêtres basses, placées à, la hauteur des tables de travail ; beaucoup plus haut, d’autres fenêtres répandent dans la salle la clarté nécessaire. Chaque microscopiste étudie une série des plateaux qu’on lui apporte, les marque de son nom ou de son numéro d’ordre, et les envoie à contrôler, après qu’elle a distingué par une marque particulière les mortiers trouvés corpusculeux.
Au contrôle, on met dans un grand mortier conique une partie du contenu des petits mortiers jugés comme étant exempts de corpuscules; on agite, et, après quelques instants, le contrôleur prend au fond du grand mortier un peu de la bouillie précipitée: s’il y trouve des corpuscules, le plateau est renvoyé à l’ouvrière, qui doit recommencer son travail ; s’il n’en trouve pas, les cellules saines sont enlevées et mises à part, et le prix du travail fait est porté en compte à l’ouvrière microscopiste.
Pour certains lots, on fait même un deuxième contrôle, qui porte sur les mortiers du premier contrôle, et qui a surtout pour but d’obliger le premier contrôle à être absolument irréprochable.
Les sachets reconnus sains sont ouverts par des ou-
DU grainage.
vrières qui les jettent ensuite dans des baquets d’eau froide ; d’autres ouvrières les y dépouillent exactement de leurs graines en les triturant légèrement sous l’eau avec la main. Ces graines sont lavées ensuite sur un tamis par un courant d’eau venant frapper sous la toile du tamis, et se déversant ensuite par les bords supérieurs du récipient.
La graine lavée, puis séchée à l’ombre, est passée au ventilateur, et enfin répartie par lots de 25 grain, dans autant de sachets que l’on ferme à la cire et qu’on marque d’un numéro d’ordre. Ces sachets sont étalés sur des châssis à claire-voie dans des armoires de toile métallique que l’on pourra transporter, au moment voulu, dans la chambre d’hivernation.
Les microscopes à employer pour le travail précédent doivent donner un grossissement de 400 à 500 diamètres. Nous pouvons recommander tout spécialement ceux que construisent à Paris M. Prasmowski, rue Bonaparte, 1 (oculaire 4, objectif 7), et M. Nachet, rue Saint-Séverin, 17 (oculaire 2, objectif 5) (Y. fig. 3 G). Les premiers se distinguent par une grande netteté des images ; mais la distance focale de l’objectif est très courte, ce qui oblige à n’employer que des lamelles couvre-objets très minces; dans les microscopes de M. Nachet, la distance focale est assez grande pour permettre l’usage de lamelles épaisses ' .
' Quelques détails sur le microscope et son emploi ne seront peut-être pas inutiles aux débutants. — Cet instrument se compose d’un tube T, muni à ses extrémités do systèmes de lentilles dont l’un A s’appelle oculaire et l'autre O objectif. Ce tube, qui doit être tiré dans toute sa longueur, glisse à frottement doux dans un anneau porté par un pied C à potence; une vis V permet d’élever ou d’abaisser la potence, et par suite le tube, d’un mouvement lent et régulier. Un miroir réflecteur M
Graines de diverses races. Croisements. — Celui qui prépare des graines de vers à soie ne se préoccupe pas seulement de les avoir exemptes de toute maladie. Il veut encore que les cocons qu’elles produiront soient d’un type estimé des filateurs.
Or, les ûlaleurs recherchent les cocons qui se dévident
renvoie la lumière du ciel ou d’une lampe à pétrole sur l’objet à étudier, lequel est placé sur l’ouverture d’une platine D: un opercule percé de trous est sous la platine et permet de limiter à volonté le faisceau lumineux qui éclaire l'objet.
Cet instrument se place sur une table basse, massive, devant une fenêtre munie de volets ou rideaux qui laissent entrer juste la lumière
Fig. 36. — Microscope Nachet.
utile. L’observateur s’installe sur un tabouret solide, regarde dans l’oculaire, et fait mouvoir le miroir jusqu’à ce que le champ de la lunette soit assez éclairé ; cela fait, il met sur la platine la préparation à étudier. Cette préparation a été faite comme il suit : Un aide a ouvert la cellule
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bien, sans trop de déchet, qui n’ont pas trop de doubles , et donnent la plus belle soie. Mais il arrive précisément que nos races indigènes, jaunes ou blanches, qui sous ces divers rapports sont bien préférables aux japonaises, sont plus sujettes à la üacherie que ces dernières. Pour tâcher de bénéficier de cette robusticité spéciale des races japonaises, on a eu l’idée de les croiser avec nos races jaunes.
Les premiers essais ont été faits, en Italie, avec des japonais à cocons verts : iis ont donné des vers à soie extrêmement robustes, bien résistants à la flacherie ; mais les cocons étaient de formes et de couleurs très diverses, d’un classement difficile pour la filature ; il y avait en outre 12 à à 15 °/0 de doubles.
contenant avec les graines le papillon femelle (ou les papillons mâle et femelle), puis il a enlevé les ailes à ce papillon et broyé le corps avec un peu d’eau dans un petit mortier, de façon à faire une bouillie assez claire.
L’observateur a reçu ce mortier accompagné de la cellule correspondante (ici les cases à deux compartiments sont très utiles) ; il a pris une lame de verre bion propre et déposé dessus, à l’aide du pilon, une très petite quantité de la bouillie du mortier, puis il a mis par dessus une lamelle mince (couvre-objet) . Il est essentiel que cette lamelle appuyée sur la lame y reste collée et ne flotte pas sur un excès de liquide.
La lame étant mise sur la platine, on descend à la main le tube du microscope jusqu’à ce que l'objectif touche presque la lamelle ; on met l’œil à l’oculaire, et avec la vis on tourne à droite ou à gauche jusqu’à ce qu'on voie nettement les petits corps flottants dans le liquide de la préparation ; c’est ce qu’on appelle la mise au point. Quand l’instrument est mis au point et qu’on se sert toujours de lames et de lamelles de même épaisseur, il n’y a presque plus besoin d’y toucher pendant toute la série des observations, Il arrive parfois que l’objectif se mouille en rencontrant un peu de liquide : alors l’instrument paraît trouble ; il suffit d'essuyer avec un linge fin la lentille malpropre pour le remettre en état.
Plus tard, on eut l’heureuse idée d’employer des japons blancs au lieu de japons verts : le croisement avec les jaunes indigènes donna alors des cocons jaune-paille très jolis, mêlés avec quelques blancs et jaunes des types d’origine ; le triage de ces sortes est très facile, et la filature tire de tous trois un excellent parti. En effet, la soie des cocons jaune-paille est très belle: M. Francezon, qui l’a étudiée en 1 880, a trouvé que, comparativement à une des plus belles grèges Gévennes, elle donnait:
Cévennes.
Croisés.
Défauts dans 100 mètres. . . .
Longueur examinée
Titre à 500 mètres
Elasticité à 10 % d’eau
Les coques et la grège lui ont présenté une composition intermédiaire entre les produits similaires des types
d’origine :
Jaunes pays
Blancs japon.
Croisés.
Coquesj
Gomme . . .
Fibroïne. . .
Grège . j
Gomme. . .
Fibroïne . . .
Malheureusement la proportion des doubles dépasse encore 12°/0, ce qui annule presque entièrement les avantages qu’on obtiendrait de ces cocons. On ne peut atténuer cette tendance à faire des doubles que par des croisements répétés avec des jaunes indigènes.
Quand on fait reproduire les jaune-paille entre eux, on al’année suivante encore les trois types : jaune-paille, jaune pays et blancs japon.
Le prix plus élevé des jaunes pays ' doit nous engager à élever ces races de préférence. Nous n’avons pas besoin de recourir aux races japonaises ; nous possédonsdans le Roussillon, les Gévennes, le Var, les Alpes, la Corse, assez de variétés de races jaunes pour que les croisements, s’ils ont réellement un effet utile en faveur de la robusticité des vers, puissent être pratiqués d’une manière avantageuse. En ce faisant, nous ne courons le risque, ni de diminuer la qualité des cocons, ni d’augmenter la proportion des doubles. Nous pouvons donc en toute sécurité recommander la pratique de semblables croisements. Il serait extrêmement intéressant d’élever les graines ainsi obtenues concurremment avec les graines des mêmes races conservées pures .