INFLUENCE DES CENTRES
sous la tête, — suivant que la grenouille a subi ou non une ligature à la naissance des membres antérieurs. En effet, quand il n’y a pas eu de ligature, toutes les voies circulatoires sont largement ouvertes au transport du chloroforme, depuis la tête jusqu’à l’extrémité inférieure de la moelle épinière. Au contraire, quand la ligature a été opérée, et surtout quand, en outre, le cœur a été arraché, ce transport du chloroforme, en admettant qu’il ait encore lieu, ne peut plus se faire que par des voies extrêmement détournées, très-restreintes et presque complètement interceptées.
Or, sans être certain que l’anesthésie des pattes postérieures se produise aussi vite dans un casque dans l’autre, on peut affirmer cependant que la différence ne correspond pas du tout à celle qu’on devrait nécessairement trouver.
Il me semble donc possible d’admettre que lorsque la grenouille a subi une ligature sous les membres antérieurs, la partie postérieure de la moelle épinière est anesthésiée par l’influence de fibres sensitives provenant du cerveau ou des régions élevées de la moelle et non à la suite du transport du chloroforme par les artères médullaires (i).
Nous allons faire maintenant une expérience inverse qui
(1) Il est sans doute difficile d’écarter tout à fait l’objection, car il faudrait pour cela enlever complètement les artères du système nerveux central. Remarquons cependant que si l’on fait une ligature d’un membre postérieur, la circulation ne peut plus la dépasser pour porter au delà le chloroforme, et cependant l’anesthésie se produit très-bien dans les -nerfs par une simple influence de la moelle sur eux, et sans que le chloroforme les atteigne directement dans leurs parties périphériques. Dans ce cas au moins, il faut bien que l’anesthésie se propage par influence, et il y a là un argument d’analogie tiré du sens général de la propagation des actions sensitives.