‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 54 sur 127 · EFFETS DE LA CODÉINE · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA CODÉINE

agitation, roideur tétanique ; l’animal paraît près de mourir. — Après trente minutes il défèque ; diarrhée sanguinolente; il ne meurt pas.

On injecte sous la peau d’un autre chien 5 centimètres cubes d’une solution de chlorhydrate de codéine, contenant 4centigr, de ce sel. On ne remarque pas de narcotisalion bien marquée. Après quelques minutes il y a une sorte de calme et d’abrutissement passager ; mais c’est très-peu de chose ; l’animal salive beaucoup.

Chez les chiens il est relativement rare que la codéine fasse sentir ses effets toxiques au point d’amener la mort ; mais il h’en est pas de même chez d’autres animaux. C’est ce que nous avons constaté souvent sur des pigeons et les grenouilles.

Sur un pigeon à jeun on injecte dans le jabot 1 centimètre cube delà solution de codéine; pas d’effet appréciable, si ce n’est un peu de somnolence.

Sous la peau d’un pigeon à jeun on injecte la même dose : 1 centimètre cube de la solution de codéine : l’animal éprouve bientôt quelques inquiétudes ; il s’agite ; plus tard il tombe les pattes roides et battant des ailes, il. meurt deux heures après.

Sur un moineau on injecte quatre demi-tours (seringue de Pravaz) de la solution normale de codéine. Après deux minutes l’oiseau s’agite extraordinairement, tombe sur le dos, bat des ailes, roidit les pattes, crie et meurt au bout de six minutes.

Sur un moineau on injecte trois demi-tours de la solution de chlorhydrate de codéine. L’oiseau reste d’abord calme et semble dormir ; puis il fait des efforts de vomissement,

s’agite, se roidit et meurt après huit minutes. Roideur cadavérique rapide.

Sur un moineau on injecte seulement deux demi-tours. L’oiseau s’endort, appuyé en arrière, les ailes étalées ; puis il fait quelques efforts pour vomir ; finalement le sommeil paraît complet ; cependant l’animal ouvre les yeux au bruit. Le lendemain on le trouve mort.

On injecte sous la peau d’une grenouille 1“,5 de solution de codéine. L’animal meurt ; les mouvements ont disparu rapidement et la rigidité cadavérique débute bientôt par les membres postérieurs.

Au point de vue de la contention physiologique des animaux, nous ne pourrons donc employer pour nos expériences que deux des alcaloïdes de l’opium, la narcéine et la morphine. C’est la morphine qui nous servira le plus souvent, non pas que nous la préférions, mais parce Qu’elle est plus commode à employer, plus usuelle et moins chère. A l’époque où nous avons commencé nos premières expériences sur ce sujet, nous avions à notre disposition une narcéine parfaitement pure préparée par .M. Guillemelte. Ç’est à cette même source que MM. Béhier f- et DeBout avaient puisé l’alcaloïde dont ils purent constater les heureux effets sur l’homme. Mais cette source étant épuisée, il nous a été impossible de nous procurer de la narcéine avec laquelle on pût obtenir des effets aussi nefs ; c’est pourquoi on a renoncé à son emploi en thérapeutique. Nous ne cherchons plus à l’utiiiser en physiologie, car ce que le commerce nous fournit sous le nom de narcéine est un produit variable,' qui souvent offre une très-faible solubilité, et d’autres fois diffère peu de la mor-

PAPAVÉRINB.

phine pour ses effets. Du reste, parviendrait-on de nouveau à nous fournir de la véritable narcéine, cette substance n’en restera pas moins toujours très-chère, parce, que l’opium en contenant très-peu, il faut opérer sur une très-grande masse d’opium pour obtenir une quantité un peu notable de cette substance.

Des six substances que nous avons énumérées dans l’opium, les trois non narcotiques (thëbaïnef papavérine, narcotine) sont toutes les trois convulsivantes, mais à des degrés divers. La thébaïne, ainsi que nous le savons déjà, est celle qui l’est le plus : 5 centigrammes injectés dans les veines suffisent pour tuer un chien. Nous allons vous donner quelques expériences sur chacun de ces trois alcaloïdes.

Eccpériences. — 1" Papmérine. — Sur un jeune chien on fait une injection sous-cutanée de 1 centimètre cube (5 centigr.) de la solution de papavérine. Cinq minutes après le chien paraît s’endormir, mais il se réveille au plus léger bruit et au plus léger attouchement. La respiration est accélérée cinq minutes après; l'animal est bientôt tout à fait éveillé ; il a gardé son humeur caressante et joueuse. Ainsi, à cette dose, l’effet de la papavérine a été peu marqué et très-fugace.

Sous la peau d’un jeune moineau on injecte avec la petite seringue à vis 2 milligrammes de papavérine. Au bout de quatre minutes l’animal tombe sur le dos, s’agite un peu, puis revient graduellement à lui et se relève. A cette dose la substance n’a pas été mortelle.

Sous la peau d’uri jeune moineau on injecte 6 milligrammes de papavérine ; l’animal vomit, tombe sur le

dos, s’agite un peu, puis demeure immobile ; le lendemain

on le trouve mort.

Sous la peau d’un jeune moineau on injeete 8 milligrammes de papavérine. Après deux minutes l’animal tombe sur le flâne, et meurt après vingt-cinq minutes.

Sur un vieux moineau on injecte sous la peau 9 à 10 milligrammes de papavérine; l’animal meurt graduellement et presque sans roideur au bout de quatorze minutes. La rigidité cadavérique est tardive comparativement avec un autre animal empoisonné par la codéine.

Sur un moineau injection de 2 centigrammes de papavérine. Chute immédiate, convulsions, roideur, mort en un quart d’heure. Sur un autre moineau, la même dose produit : convulsions, roideur et mort en cinq minutes.

On injecte, dans l’estomac d’un moineau, 5 centigrammes de papavérine : chute immédiate, convulsions, mort en trois minutes.

Sous la peau d’un pigeon à jeun on injecte 5 centigrammes de papavérine. — Au bout de quatre minutes l’animal tombe sur le dos, vomit, s’agite, puis meurt graduellement après sept minutes.

Nous n’avons pu multiplier les expériences avec la papavérine, à cause de la difficulté que l’on éprouve à se procurer cette substance parfaitement pure.

La narcotine aussi est également convulsivante à forte dose, mais toxique à un moindre degré.

Expériences. — 2° Narcotine. — On injecte sous la peau d’un chien 5 centigrammes d’une solution de chlorhydrate de narcotine. La solution est très-acide. — L’effet de cette injection reste nul.

NAUCOTINE.

Sous la peau d’une grenouille on injecte 2 centigrammes 1/2 de narcotine. — Il survient de la roideur tétanique, et des convulsions avec un suintement particulier de la peau. L’animal meurt. Les nerfs moteurs ont ;>erdu rapidement leurs propriétés; les muscles les conservent encore, le cœur bat toujours.

On injecte souslapeau d’une autr e grenouille 2 centigrammes de narcotine. 11 survient de la roideur des membres, puis une extension générale avec petits soubresauts. La grenouille est laissée pour morte. Cependant le lendemain elle était revenue.

On injecte sous la peau d’un pigeon en digestion 5 centigrammes de narcotine. — Il se produit quelques mouvements convulsifs dans les yeux, la tête et les ailes. L’animal vomit une demi-heure après. — Il paraît éprouver des démangeaisons et des inquiétudes dans les pattes, il ne meurt pas.

Sous la peau d’un jeune moineau on injecte 6 milligrammes de chlorhydrate de narcotine ; l’animal était un peu malade. II est encore vivant une heure après, sans avoir éprouvé d’accidents graves.

Sous la peau d’un jeune moineau on injecte 2 centigrammes de chlorhydrate de narcotine. Après trois à quatre minutes, l’oiseau tombe sur le dos, avec agitation, convulsions épileptiformes, écume au bec. Au milieu de cet état violent, la, sensibilité est conservée. Quatre heures après, le moineau, revenu peu à peu, est dans un assez bon état.

Sous la peau d’un moineau on injecte 3 centigrammes de la même solution ; après trois minutes, l’animal tombe

avec les mêmes symptômes que le précédent. Quatre heures après l’animal est encore dans une agitation très.violente.

Sous la peau d’un moineau on injecte 1 centigramme de narcotine. Presque immédiatement, convulsions; l’oiseau semble près de mourir. Il résiste cependant, mais il ne se produit pas de sommeil. Quatre heures après il vit et paraît à peu près revenu à lui.

Sous la peau, d’un moineau on injecte 1 centigramme 1 /2 de narcotine; il se produit presque aussitôt des mouvements de recul, des efforts de vomissement, puis une roideur convulsive : chute en arrière, sur le dos. Mort trois heures après.

Expériences. — 3" Thébâine. — Sur un chien terrier, on injecte sous la peau 5 centigrammes de chlorhydrate de thébaïne. Bientôt l’animal ressent quelques légères convulsions. Un quart d’heure après il tombe, éprouve un violent tétanos, puis se relève avec une respiration haie-; tante, pouls irrégulier; après quelque temps les roideurs musculaires reviennent avec plus d’énergie dans le train postérieur, des convulsions apparaissent au moindre attouchement. Ces symptômes durent deux heures et deinie ; l’animal est morne, abattu, et ne meurt que plus tard.

Sur un autre chien, on injecte dans la veine jugulaire 5 centigrammes de chlorhydrate de thébaïne. 11 est pris de convulsions, de roideurs tétaniques qui finissent par disparaître, et l’animal se remet.

Sur un autre chien, on injecte dans la veine 3 centigrammes de thébaïne. Il se manifeste de l’agitation et des roideurs qui disparaissent bientôt.

THÉBAÏNE (convulsions). 191

Sur un autre chien, on injecte dans le tissu cellulaire sous-cutané 5 centigrammes de thébaïne. Presque immédiatement apparaissent les roideurs tétaniques, les convulsions avec excitabilité extraordinaire. Le chien paraît près de mourir. Cependant les symptômes se calment peu après et l’animal n’en meurt pas.

Un cochon d’Inde reçoit dans le tissu cellulaire souscutané, 5 centigrammes de thébaïne ; il meurt dans les convulsions en trois à quatre minutes. Le sang, examiné après un certain temps, est noir dans toutes les cavités du cœur.

Sur un pigeon, injection de 5 centigrammes de thébaïne : convulsions, mort en deux minutes. Dans les cavités du cœur, le sang est rouge à gauche et noir à droite.

Nous savons que la coloration rouge du sang dans les cavités gauches du cœur indique que la respiration a survécu à l’arrêt du cœur. Nous avons déjà dit que ce caractère doit être constaté aussitôt après la mort, car le sang rutilant du cœur gauche devient noir spontanément après un certain temps.

Dans lé tissu cellulaire d’un pigeon en digestion, on injecte 5 centigrammes de thébaïne. Après deux minutes l’animal tombe en battant des ailes, les pattes roides, étendues, et meurt. L’autopsie faite immédiatement montre .le cœur immobile, à pêine excitable au scalpel; le sang, très-coagulable, est rouge dans les cavités gauches et noir dans les cavités droites.

En résumé, les alcaloïdes de l’opium possèdent trois propriétés distinctes, la propriété hypnotique ou soporifique, la propriété convulsivante et la propriété toxique.

Nous avons ftiit plus de deux cenls expériences sur divers animaux, afin de déterminer l’énergie relative de ces substances au point de vue de chacune de ces trois propriétés.

Leur ordre d’activité soporifique, sur laquelle nous reviendrons dans la prochaine leçon, est le suivant; d’abord la narcéine, puis la morphine, enfin la codéine; les trois autres alcaloïdes ne possédant pas faction soporifique.

Dans f ordre d’activité convulsivante et d’excitabilité, il faut ranger ainsi les alcaloïdes de l’opium, en commençant par le plus énergique :

1" Thébaïne.

2“ Papavérine.

3“ Narcotine. .

k° Codéine.

5" Morphine.

6“ Narcéine.

Enfin, nous donnerons par anticipation l’ordre toxique de ces six alcaloïdes, toujours en commençant par le plus énergique :

1“ Thébaïne.

2" Codéine.

3“ Papavérine.

4° Narcéine.

5“ Morphine.

6" Narcotine.

On a pu voir, dans l’énumération précédente, que les trois substances soporifiques occupent, au point de vue convulsivant, un rang précisément inverse à celui de leur

alcaloïdes de l’opium.

activité soporifique, ce. qui paraît assez naturel. Mais, en outre, on remarque que l’ordre toxique des trois substances soporifiques entre elles n’est pas du tout le même que celui de leurs pouvoirs hypnotiques : ainsi la codéine, qui tient le premier rang au point de vue toxique, est un soporifique très-faible. Cet ordre n’est pas non plus le même que celui de leurs pouvoirs convulsivants, car la narcéine, qui est moins convulsivante que la morphine, paraît au contraire plus toxique. Nous ne donnons d’ailleurs ici que le résultat d’expériences brutes que nous ne pouvons encore ni comprendre ni expliquer théoriquement; et l’on voit, enfin, que la composition chimique de ces divers corps ne fournit aucune indication capable de nous guider à cet égard (1).

(i) Yoy. Claude Bernard, Sur les propriétés des alcaloïdes de l'opium {Comptes rendus de VAcad. des sciences, t. XLIX, p. 406).

c. bernard.

SEPTIÈME LEÇON

SOMMAIRE : Emploi de l’opium et de ses alcaloïdes comme moyen de contention dans les expériences. — Doses. — Excitabilité particulière des animaux soumis à l’action de la morphine. — Durée de l’insensibilité. — Son retour. — Conditions particulières présentées par divers animaux. — Expériences. — Théorie de l’action de la morphine. - - La morphine supprime l’action cérébrale. — Expériences sur les grenouilles. — Théorie de l’action excitante de la morphine. — Différences selon les espèces; variétés selon les individus.

Messieurs,

Dans la leçon précédente, nous nous sommes surtout occupés des effets comparés des alcaloïdes de l’opium. Nous allons aujourd'hui étudier l’emploi des alcaloïdes hypnotiques de l’opium dans l’expérimentation physiologique sur les animaux. Nous nous occuperons surtout de la morphine et de la narcéine, qui sont les deux principes de l’opium possédant la plus grande énergie narcotique. Nous avons déjà indiqué les raisons qui nous font employer plus souvent la morphine : moins coûteuse que la narcéine qui est devenue introuvable, elle présente des effets narcotiques très-suffisants pour les besoins des expériences.

Commençons par établir les faits, et nous raisonnerons ensuite sur eux pour en déduire les propriétés des alcaloïdes de l’opium dont nous faisons usage.

Et d’abord la morphine. Pour endormir un chien de moyenne taille sous l’influence de la morphine, il suffit

NARCOT[QUES.

généralement de lui injecter 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine dans le tissu cellulaire sous-cutané. Rien de plus simple que de mesurer cette dose. On emploie une solution contenant 5 grammes de chlorhydrate de morphine pour 100 grammes ou 100 centimètres cubes d’eau. Un centimètre cube de cètte solution contenant 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine, on injecte cette quantité de liquide sous la peau des aisselles avec une seringue graduée.

Voici un chien qui a reçu de cette manière, avant la séance, la dose indiquée. Vous voyez qu’il reste inerte et sans mouvements. Nous allons répéter l’expérience sous vos yeux sur un autre animal, et, pour que les effets de la morphine apparaissent plus vite, nous doublerons la dose, ce qui, du reste, ne compromettra pas la vie de ^ranimai ; on pourrait lui en donner ,;1 5 çentigram et même plus sans risquer deTë^er.

Nous 'oprônsT'ërT^ufré^ s^^ jeune chien; nous lui donnons 10 centigrammes ou 1 décigramme, moitié sous le peau de chaque aisselle. Cette division de l’injection en deux parties augmente la surface d’absorption, et contribue encore ainsi à rendre l’action plus rapide. L’expérience marche en effet assez vite, le résultat est obtenu au bout de cinq minutes.

Vous voyez que l’animal est tombé dans un état de stupeur qui le laisse absolument immobile, car il est évident que, s’il n^’avait pas reçu de la morphine, il ne resterait pas ainsi étendu sur celte table sans chercher à s’échapper. 11 a donc perdu la conscience du lieu où il est ; il ne reconnaît plus son maître.

\ Cependant la sensibilité persiste, car si nous pinçons l’animal, il remue et crie. Mais ce sont là seulement des mouvements qui succèdent à une perception très-obscure; en réalité, il ne songe pas à fuir ni à se défendre : ses facultés intellectuelles sont complètement engourdies.

La morphine exerce une action que nous ne connaissons pas encore exactement dans son essence physiologique, mais nous pouvons dire cependant qu’elle se porte d’une manière élective sur les éléments des centres nerveux et peut-être aussi sur les éléments sensitifs. Toutefois, loin de supprimer complètement la sensibilité comme , le chloroforme, la morphine provoque, chez nos animaux, une sorte d’exagération de l’excitabilité, ou plutôt une espèce de sensibilité particulière au bruit (1).

En effet, cette sensibilité spéciale se manifeste lorsqu’on frappe sur la planche où repose l’animal, ou lorsqu’un bruit un peu intense a lieu non loin de lui: on le voit aussitôt tressaillir dans tous ses membres et faire un soubresaut plus ou moins étendu, ou même se sauver les yeux hagards. Suivant l’intensité de l’ébranlement chez les grenouilles, cette exagération de l’excitabilité peut devenir tellement grande, qu’elle en arrive à simuler les effets de la strychnine.

Le battement des mains, l’ouverture subite d’un robinet coulant dans un vase plein d’eau sont des bruits éminemment propres à mettre en jeu cette sensibilité spéciale de l’animal morphiné. Ayant un jour ouvert,

(1) Voyez la confirmation de ces faits dans les récents travaux.de Ed. Hitzig, Vntersuchungen ueber das Gehirn. Berlin, 1874, p, 36 ; Einfluss des Âethers und des Morphmms

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