‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 72 sur 127 · LEÇONS SUR L’ASPHYXIE · texte numérisé non relu

LEÇONS SUR L’ASPHYXIE

PREMIÈRE LEÇON

SOMMAIRE : Importance du sang. — Inconvénients d’une opinion trop absolue à cé sujet. — Susceptibilité diverse dés animaux à l’asphyxie. — Divers genres d’asphyxie. — Asphyxie par les Vapeurs de charbon. — Historique des études faites sur l’asphyxie par les vapeurs de charbon : Portai, Marey, Troja. — Nouvelles études expérimentales. — Appareils. — Critique expérimentale dés travaux antérieurs. — Parallèle des opinions de Portai et dé Trojai — Causes d’erreur.

Nous allons aujourd’hui nous préparer à entrer dans l’analyse expérimentale ’de l’asphyxie, et particulièrement de l’asphyxie par la vapeur de charbon. C’est là un sujet médical à l’étude duquel nous appliquerons tous les moyens d’investigation que la physiologie peut nous fournir dans l’état actuel de nos connaissances, et J’espère vous prouver par cet exemple que, sans la physiologie, il eût été impossible d’arriver à l’explication scientifique des phénomènes morbides apportés par l’observation.

C’est sur le sang, comme vous le verrez, que nos études se trouveront particulièrement concentrées; sur ce liquide *®Ueinent indispensable à la vie que les anciens en avaient

fait le siège de l’âme. Nous concevons donc que si ce liquide vient à être soustrait ou gravement altéré, la vie cessera aussitôt. Cependant, je veux immédiatement vous prémunir contre un penchant auquel on se laisse trop facilement entraîner en médecine : c’est celui qui consiste à formuler des opinions absolues.

Les phénomènes de la vie sont si flexibles, si variés, que bien souvent ils semblent à première vue conduire à des explications contradictoires. Mais si les faits sont bien observés et leurs conditions respectives bien définies, ils rentrent toujours dans des lois qui les expliquent. Il faut donc bien se garder de repousser certains faits parce qu’ils paraissent être contradictoires. Il faut seulement les étudier de plus près, et on les verra toujours se réduire à des conditions différentes, physiologiques ou pathologiques; mais au fond les phénomènes, quelque opposés qu’ils paraissent, obéissent aux mêmes lois dans les mêmes circonstances.

S’il est une proposition qui semble générale et absolue en physiologie et en médecine, c’est cellè-ei : la cessation des fonctions du sang amène immédiatement la mort. Cependant je vais vous prouver que cette proposition, quoique très-juste en général, paraît présenter dans certaines circonstances des contradictions qui réellement n’en sont pas.

Lorsqu’on prive un animal élevé de son sang par hémorrhagie, il meurt aussitôt, et, au point de vue physiologique, on pourrait dire que c’est là une mort naturelle; car les tissus cessent de manifester leurs propriétés vh laies, non pas parce qu’ils ont été modifiés par un agent

Page 1