ACTION SUR LES GLOBULES DU SANG
Puisque l’oxyde de carbone enlève au sang sa propriété vivifiante, nous devons donc en conclure que ce gaz agit spécialement sur les globules sanguins, dans lesquels réside la faculté spéciale qu’il possède de s’emparer et de dissoudre l’oxygène de l’air ; c’est donc à eux qu’il faudra désormais s’adresser pour comprendre le mécanisme de celte action toxique. Nous pouvons maintenant comprendre pourquoi l’oxyde de carbone paraît être sans aucune action sur les animaux invertébrés dépourvus de globules rouges sanguins. Mais ce sont là des expériences que nous nous proposons d’ailleurs de reprendre à un autre point de vue; tout ce que nous disons devant se rapporter au sang des animaux supérieurs et de l’homme, car c’est de la physiologie et de la médecine de l’homme qu’il s’agit ici. .
11 faut ajouter encore, pour compléter l’idée qui précède, que les globules rouges sont seuls atteints par l’oxyde de carbone. Les globules blancs restent très-vivants dans ; le sang intoxiqué par ce gaz, et je vous en donnerai les ' preuves dans la séance prochaine.
de l’époque. Il s’agissait d’évacuer un sang corrompu et de le remplacer par un sang pur et bien tempéré, A notre époque même quelques médecins d’Allemagne ont considéré la transfusion au même point de vue, et l’ont essayée dans les empoisonnements, dans les maladies infectieuses, dans la pyémie, même dans la syphilis. La physiologie nous montre que dans les maladies la transfusion n’est utile que lorsqu’elle peut venir remplacer des globules rouges devenus trop rares à la suite de fréquentes hémorrhagies ; que, dans les empoisonnements, elle ne peut être logiquement employée que lorsque la substance toxique porte son action sur le globule rouge et le rend impropre à l’hématose. Nous verrons parla suite que la transfusion est donc très-légitime dans les cas d’empoisonnemeut par l’oxyde de carbone, ou par les gaz qui, comme lui, agissent essentiellement sur l’élément anatomique suspendu dans le plasma sanguin.
Les globules rouges ont, avons-nous dit, la propriété de prendre, de dissoudre l’oxygène de l’air, de l’introduire dans l’organisme. C’est à eux, en un mot, qu’est confié le rôle d’entretenir cet échange continuel de gaz entre l’atmosphère gazeuse qui nous entoure et l’atmosphère liquide qui baigne tous nos tissus et les révivifie sans cesse.
Voici, dans un flacon, du sang veineux; il est noir : si nous y faisons arriver un courant d’oxygène, ce gaz s’y dissoudra et déplacera l’acide carbonique. En même tehfips, la couleur de ce sang deviendra rouge ; il passera, comme on le dit, à l’état artériel. C’est Lower, qui le premier a vu que cette artérialisation du sang par l’air se faisait dans le poumon (1) . .
Voici, dans cet autre flacon, du sang complètement intoxiqué par l’oxyde de carbone. Si nous y faisons passer un courant d’oxygène, nous remarquons que ce gaz ne s’y dissout pas et ne déplace rien. Or, dans le sang, c’est le globule rouge, avons-nous dit, qui opère l’absorption d’oxygène. Le sang intoxiqué ne pouvant plus dissoudre
(1) Les iatromécaaiciens regardaient les mouvements d’inspiration et d’expiration comme destinés à déplisser le poumon, pour permettre à la circulation de s’y accomplir ; si le sang devenait rouge pendant son passage dans cet organe, c’est que les mêmes mouvements d’inspiration et d’expiration brassaient le liquide sanguin et modifiaient sa couleur, par une sorte d’attritidn, comme le faisait l’agitation dans un vase. Lower, lui-même, en observant que le sang de l’artère pulmonaire devient rouge en traversant les poumons-, n’avait nullement soupçonné l’acte chimique, le phénomène d’échange qui se produit alors. C’est que la chimie n’existait pas encore à cette époque. Il faut arriver jusqu’à Jean Mayow (1679), et Priestley (1775) pour trouver quelques ingénieuses conceptions de cet acte chimique, et jusqu’à Lavoisier (1777) pour voir l’étude du phénomène respiratoire entrer dans sa période vraiment scientifique.
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ce gaz, ne se trouve plus dans les conditions indispensables pour être actif dans les phénomènes vitaux. Ce sang a perdu sa propriété vitale, et c’est pourquoi il est désormais incapable d’entretenir la vitalité des tissus de l’organisme.
Après les expériences qui précèdent, il semblerait que nous sommes arrivés au terme de nos recherches sur l’asphyxie par la vapeur du charbon; puisque en effet nous avons localisé cette action toxique dans les globules rouges sanguins, c’est-à-dire sur l’élément organique qui a été atteint. Mais non, il faut aller plus loin ; la science physiologique n’a pas encore lieu d’être satisfaite, et nous ne devrons nous arrêter que lorsque nous aurons ramené ce phénomène vital du globule à un phénomène purement physico-chimique dû âux propriétés de la matière qui le constitue.
quatrième leçon
SOMMAIRE : Étude des phénomènes chimiques de la respiration qui se passent dans le globule rouge. — Théorie chimique sur l’asphyxie par l’oxyde de carbone. — L’oxyde de carbone agit en déplaçant l’oxygène du globule sanguin. — Il tue le globule rouge. — Étude du globule rouge. — Sa constitution chimique. — De l’hémoglobine. — Ses propriétés. — Fonc-, tiens des globules rouges. — Action de l’oxyde de carbone sur l’hémoglobine. — L’asphyxie par l’oxyde de carbone expliquée comme phénomène chimique.
. Messieurs,.
C’esl à la recherche des phénomènes chimiques propres à nous donner l’explication de l’asphyxie par l’oxyde de carbone que nous devons nous appliquer aujourd’hui. La chimie du sang, et particulièrement celle du globule rouge, est arrivée à un haut degré de perfectionnement ; elle nous donne l’explication des phénomènes normaux de la respiration, de l’absorbtion d’oxygène ; nous devons rechercher si elle ne nous donnera pas également la clef de l’acte tout particulier par lequel l’oxyde de carbone vient se fixer sur le globule rouge et le rendre impropre a l’absorption de l’oxygène. C’est donc essentiellement a une étude chimique que nous allons consacrer cette leçon.
Vous avez vu à l’aide de quelle méthode nous sommes parvenus à localiser exactement l’action toxique de l’oxyde de carbone dans l’organisme. Nous ne nous sommes pas contentés de voir qu’il agissait sur le sang; mais nous
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avons examiné les diverses parties constituantes de ce fluide animal et nous sommes arrivés, par élimination successive et par expérience directe, à prouver que le gaz toxique exerce spécialement son influence sur les globules qui sont tenus en suspension dans le plasma sanguin.
Mais les globules du sang sont de deux espèces parfaitement distinctes : les globules blancs et les globules rouges.
Les globules blancs sont des corpuscules qui existent non-seulement dans le plasma, mais que l’on trouve aussi dans les vaisseaux lymphatiques, et qui sont très-analogues à des infusoires arniboïdes. Dans leur mouvement, ils présentent des formes tantôt irrégulièrement arrondies, tantôt étoilées, tantôt munies de prolongements plus ou moins considérables. Les caractères vitaux de ces globules, ainsi que l’a le premier constaté mon ami le docteur Davaine (1), consistent dans la propriété qu’ils possèdent de pouvoir passer successivement par ces diverses formes, comme le font les amibes qu’on rencontre dans les infusions. On a donné, depuis, un autre caractère de la vitalité des globules blancs, c’est qu’ils ont la propriété de prendre, d’absorber ou d’ingurgiter en quelque sorte certaines matières colorantes introduites dans le plasma jdu sang. Or, ces caractères,- qui manifestent la vie du i globule blanc et disparaissent avec elle, ne paraissent en .aucune façon influencés par Toxyde de carbone. Le sang intoxiqué par l’oxyde de earbone contient des globules rouges inertes, mais il montre des globules blancs toujours pourvus de leurs caractères vitaux.
1 (1) Davaine, Mémoires de la Société de biologie , 1856.