MÉCANISME DE LA MORT
le membre qui recevait le sang normal et qui avait con servé ses propriétés vitales, nous voyons bientôt ces propriétés disparaître sous l’influence du sang intoxiqué.
Il est bien entendu cependant que, pour répéter ces expériences, il ne faut pas attendre que la rigidité cadavérique soit parvenue à son dernier terme ; car, en ce cas, les tissus nerveux et musculaires ne pourraient plus reprendre leurs propriétés vitales.
D’après ce que nous venons de voir, la mort par l’oxyde de carbone se réduit en réalité à une mort par suppression du sang. L’oxyde de carbone a agi sur le sang et lui a fait perdre ses propriétés physiologiques fondamentales. L’action toxique se trouvant ainsi fixée et limitée dans le sang, il nous est permis d’expliquer les opinions anciennement émises. par Troja, Nysten, à savoir que l’oxyde de carbone ne tuait qu’en agissant sur le système nerveux. En effet, dans une action toxique, nous avons toujours à considérer l’action primitive et spéciale du poison qui se localise sur un élément, puis les conséquences de la mort de cet élément sur la vitalité des autres. C’est ainsi que l’oxyde de carbone agit sur le sang et l’empoisonne seul ; mais, en le rendant impropre à à entretenir la vie des tissus, il fait mourir consécutivement les autres tissus nerveux et musculaires ; c’est donc ici encore la physiolologie qui seule peut nous guider pour nous faire comprendre le mécanisme de l’empoisoniiement de l’élément et des phénomènes qui lui sont consécutifs sur le système nerveux et les autres appareils organiques, et qui enfin amène la mort de l’organisme.
„ Toutefois, si nous avons prouvé que le sang qui a subi
asphyxie.
l’action de l’oxyde de carbone est intoxiqué et impropre à entretenir la vie, cela n’est pas tout, cela n’est pas suffisant. Il nous reste à pénétrer plus avant dans cet empoisonnement et à chercher quel est de tous les éléments constitutifs du sang celui qui a été plus spécialement
Irappér
Nous ne considérerons pour cette étude que trois substances principales dans le sang.
Le plasma d’abord, qui est un liquide citrin ou jaunâtre, qui tient la fibrine en dissolution et dans lequel nagent les corpuscules du sang, globules rouges et globules blancs.
L’oxyde de carbone agit- il sur le plasma, ou bien son action se porte-t-elle sur les deux espèces de globules ou seulement sur les globules rouges ou blancs exclusivement?
Il est facile de répondre immédiatement que l’oxyde de carbone n’agit pas sur le plasma. D’abord, l’expérience a appris qu’il était possible de séparer la fibrine du sang, par conséquent du plasma, sans enlever au liquide sanguin ses propriétés vivifiantes, et l’on sait, d’un autre côté, que le plasma ou le sérum sans globules sont incapables d’entretenir la vie quand on les emploie pour opérer la transfusion (1).
(1) La transfusion n’est à proprement parler qu’une transplantation de globules rouges'^ ce sont ces éléments anatomiques seuls qu’il importe de rendre, par cette opération, à l’individu qui en est trop pauvrement pourvu; à ce point de vue on pourrait presque dire que la transfusion du sang rentre dans la classe des greffes ; c’est une greÿe de globules rouges. Lorsque en 1667 un chirurgien français, Jean Denys, eut, pour la première fois, répété sur l’homme les tentatives de R. Lower sur les animauK, un certain enthousiasme accueillit cette opération, qui cadrait si bien avec les.idées humorales