C. BEUaAUT
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les deux sangs. Les cristaux de l’hémoglobine combinée avec l’oxyde de carbone sont alors d’un rouge violacé, tandis que les cristaux d’hémoglobine combinée avec l’oxygène sont d’un rouge ocreux. Cette différence de coloration est surtout bien marquée dans les bristaux tétraédriques de l’héinoglobine du cochon d’Indé;
La question si cortiplexe de l’asphyxie par le charbon se trouvé donc dès à présent ramenée à un phénomène chimique simple ét bien défini;
J’ai beaucoup insisté^ et à dessein, sur cette partie chimique de la question qui nous occupe, parce que nous pouvons trouver dans cette action curieuse de l’oxyde de carboné qué nous venons d’étudier un exemple remarquable qui nous montre Jusqu’à quelle limite il faut pousser les investigations dans les recherches physiologiques.
Mâis bn n’arrive là que par üne méthode expérimentale^ analytique-, complexe et longue. Avant d’en arriver aux éléments^ il faut porter l’analyse expérimentale sur lés appareils, les organes, les tissus et jusque dans les éléments des tissus eux-mêmes. Ainsi, nous savons maintenant que le grand principe est de ne s’arrêter que lorsqu’on est arrivé â donner, des phénomènes que l’on étudie, l’explication physico-chimique qui leur conVienti
Tel est le résultat auquel nous SomtaeS arrivés au- Jourd’hUi pour l’asphyxie par la vapeur du charbon, et tel est le but que l’on doit toujours Chercher à atteindre dans toutes les études physiologiques.
CINQUIÈME LEÇON
SOMMAIRE : Marche de l’empoisonnemeat pat l’oxyde de carbone. — Effet anesthésique de l’oxyde de carbone ; il n’y a pas là une anesthésie proprement dite. — Signes qui permettent de rèèonnaîtré l’asphyMe pàr les vapeurs de charbon; — Examen spectroscopique du sang; divers spectres de l’hémoglobine oxygénée^ réduite ; de l’hémoglobine oxycarbonée. — Applications médico-légales de ces recherches. — Étude de l’absorption et de l’élimination de l’oxyde de- carboné. Théorie des symptôifiies Observés dans l’asphyxie par l’oxyde de carbone.
Messieurs,
Connaissaht la nature chimique^ le fait intime^ le der-^ nier terme auquel puisse être réduite l’étude de l’empoH sonnement par l’oxyde de carbone, nous pouvons maintenant étudier la marche de cet empoisonnement et nous rendre compte de tous les phénomènes 'qu’il présenté. En tnême temps s’offre â nous uUé question relativement incidente, mais d’une haute importance au point de vue inédiCodégal : la question de reconnaître et de caractériser Un empoisonnement par l’oxyde de earbonëi Quand on asphyxie un animal Cômmé nous lé faisons ici devant vous, comment se présente cette asphyxie ; quels sont les 'symptômes qui l’accompagnent? Puis ces symptômes UnC fois bien constatés, il faudra essayer de nous en rendre compte physiologiquement.
L’animal perd d’abord sa sensibilitéj puis il tombe : je dois vous signaler particulièrement ce fait d’insensibilité;
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parce qu’on a proposé l’oxyde de carbone comme anesthésique^ et M. lourdes (de Strasbourg) a même comparé son action à celle du chloroforme (1). — Il est vrai que l’oxyde de carbone peut être anesthésique, mais à ce titre l’acide carbonique le serait de même. Or, le mot anesthésique ainsi généralisé pourrait s’appliquer à une foule de substances. En effet, l’hémorrhagie elle-même est un anesthésique, puisque son premier effet est de détruire la sensibilité. Mais Je crois qu’on doit réserver ce nom aux substances qui produisent l’anesthésie sans faire courir de grands dangers pour l’existence.
Dans nos premières leçons (voy. particulièrement leçon quatrième), consacrées aux anesthésiques, nous avons traité ces diverses questions. Rappelons seulement que beaucoup d’auteurs ont soutenu que l’anesthésie n^’était pas autre chose qu’un commencement d’asphyxie.
Le genre de mort asphyxique est en réalité le plus ordinaire. Dans presque toutes les manières de mourir, les nerfs de sensibilité sont d^abord atteints-, dans la mort par le curare elle-même, qui nous présente un exemple précisément opposé, en ce sens que les nerfs moteurs sont atteints les premiers, la mort survient encore par asphyxie et par insensibilité par suite de la paralysie des nerfs respiratoires.
Toutefois, dans l’insensibilité ou l’anesthésie, quelle qu’en soit la cause, il ne faut jamais oublier qu’il y a une marche physiologique constante qui est partout la même.
(1) lourdes (Gabriel), Du gaz oocyde de carbone comme agent anesthésique (Gaz. méd. de Strasbourg, 1857); voyez encore, du même, Expériences sur l’éthérisation (Ibid., 1847, p. 60).
EXPLICAT. DES SYMPT. DE l’aSPHYXIE PAR LE CHARBON. Û2!
D’abord, ce sont les éléments sensitifs les plus élevés qui sont atteints et ensuite successivement ceux qui sont en quelque sorte moins délicats. La conscience disparaît d’abord; on perd connaissance, comme on le dit vulgairement. Les perceptions^ sensorielles s’éteignent ensuite, alors que les nerfs de sensibilité générale conservent encore leurs propriétés et que leur oscillation peut déterminer des mouvements réflexes. Je vous ai rendus témoins de ce fait sur un lapin empoisonné par la vapeur de charbon, dont nous avons fait l’autopsie devant vous.
Revenant à l’asphyxie parla vapeur de charbon, si nous jetons un coup d’œil rétrospectif, afin de mesurer pour ainsi dire le chemin parcouru, nous avons vu l’asphyxie apparaître d’abord comme une question des plus complexes, toutes les asphyxies étaient confondues ; l’asphyxie par la vapeur de charbon elle-même, que nous avons distinguée pour en faire l’objet plus spécial de nos études, était loin d’être exactement définie. Jusqu’à la fin du siècle dernier on était resté dans le vague, discutant encore la question de savoir si la vapeur de charbon était nuisible ou non à la santé. Ce n’est que lorsque l’expérimentation s’est introduite dans le sujet qu’on a commencé à faire des progrès, et pour cela il fallait que les sciences tributaires de la physiologie et de la médecine, ainsi que les moyens d’investigation qu’elles leur fournissent, eussent eu le temps de se développer. C’est seulement dans cès derniers temps que l’expérimentation nous a conduits à une analyse profonde des phénomènes et qu’il nous a été permis de réduire finalement la question si complexe de
l’asphyxie à un simple phénomène chimique, à une seule condition élémentaire initiale, la combinaison de rhémoglobine avec Toxyde de carbone.
Le fait de cette combinaison de l’oxyde de carbone avec l’hémoglobine étant connu, •-cherchons maintenant si les propriétés de cette hémoglobine modifiée nous donneront l’explication de tous les phénomènes si variés de l’asphyxie, et si, comme je vous l’ai dit, nous pourrons prouver ainsi que les généralités doivent partir des détails mêmes et de l’examen approfondi des phénomènes et non se déduire de leur vue d’ensemble superficiellement envisagées.
Voyons d’abord si nous pourrons reconnaître avec certitude l’asphyxie par le charbon.
Il est de la plus haute importance, en médecine légale, de pouvoir spécifier à quel genre de mort un individu a succombé. Ce problème est posé depuis longtemps; Portai et Troja avaient déjà donné des caractères tirés de l’examen du cadavre, mais peu certains. Nos connaissances actuelles sur la combinaison chimique que forme l’hémoglobine avec l’oxyde de carbone nous' permettent de chercher si cette combinaison offre des caractères spécifiques positifs et irrécusables.
' Troja paraît être le premier qui ait observé, au siècle dernier, que le sang des animaux asphyxiés par la vapeur de charbon est parfois rutilant dans tous les vaisseaux, et nous savons maintenant que celte coloration est due à la combinaison de l’hémoglobine avec l’oxyde de carbone. Cependant Troja accorda peu d’attention à ce caractère. Toutefois, le sang ne devient pas toujours aussi rouge
COULEÜR DU SANG OSYCARBONÉ. 423
lorsqu’il survient certaines conditions accidentelles dans l’expérience.
Mais il faut dire que le véritable caractère de cet état rutilant du sang quand l’expérience est bien complète, c’est de conserver sa couleur même après avoir subi Taction de Pacide carbonique.
Il existe, en effet, une expérience de cours, répétée Journellement, qui consiste à montrer que le sang veineux prend une couleur rutilante soiis Faction de Foxygène, et que ce sang rouge ou artériel redevient noir ou sang • veineux si on le fait traverser par un courant d’acide car^ bonique. Or, si l’on cherche à faire la même épreuve avec le sang rouge intoxiqué par l’oxyde de carbone, ce sang ne noircit plus sous l’influence de l’acide carbonique (1). Ce caractère est d’autant plus important que si Fintoxication du sang est bien complète, la combinaison définie que forme Foxyde de carbone avec l’hémoglobine est assez stable et paraît se conserver longtemps sans se décomposer.
J’ai autrefois insisté sur cette propriété que possède Foxyde de carbone d’empêcher le sang de s’altérer. J’ai vu aussi que le sang le plus complètement intoxiqué gardait sa couleur rouge plus longtemps et se putréfiait très-
(1) Il faut cependant préciser certaines circonstances particulières, qui peuvent rendre peu ou pas sensible le changement de couleur du sang saturé d’acide carbonique et qui prouvent en même temps que ce changement de couleur est dû moins à l’absence d’oxygène qu’à la présence de l’acide carbonique, lious faisons allusion à l’expérience suivante : on prend du sang refroidi à 8 degrés, on y fait passer un courant d’acide carbonique ; ce sang ne noircit pas. Si on le chauffe, et le ramène à la température d’un animal à sang chaud, il noircit par l’action d’un courant d’aCide carboniquè.
tardivement. J’ai même indiqué l’intoxication par l’oxyde de carbone comme moyen de conservation du sang, qui constitue la partie la plus corruptible de la chair, ainsi qu’on le sait depuis longtemps, puisque la loi de Moïse le mentionne déjà. Enfin, dans ces derniers temps, on s’est fondé sur les faits que j’avais fait connaître relativement à la propriété antiputride de l’oxyde de carbone pour proposer des procédés applicables à une grande question d’hygiène publique, celle de la conservation des viandes. On l’a même essayé avec quelque succès pour la conservation des cadavres, soit comme procédé d’einbaume-ment, soit au point de vue des services anatomiques et des salles de dissection. Dans tous ces cas l’oxyde de carbone conserve à la viande, aux muselés leur couleur normale plus ou moins rutilante.
Il faut examiner maintenant comment le sang empoisonné par l’oxyde de carbone se comporte aux réactifs. Voyons d’abord l’action de la chaleur. Si l’on chauffe le sang normal dans un tube il noircit rapidement, tandis que le sang intoxiqué reste rouge. Mais cette coloration du sang combiné avec l’oxyde de carbone devient un caractère beaucoup plus important encore si l’on a recours à d’autres réactifs. En effet, tandis que le sang normal devient immédiatement noir sous l’action de la potasse ou de la soude caustique, M. Hoppe-Seyler (1) a vu que le sang intoxiqué ne change pas de couleur au contact de ces alcalis, ou du moins change bien plus lentement. Ces diverses propriétés appartiennent en propre à la combi-
(1) Hoppe-Seyler, Jahresb., 1865, p. 745. Pakrowski et W. Kühne, Ibid.