‹ Leçons sur les anesthésiques et sur l'asphyxieChapitre 99 sur 127 · CARACTÈRES DU SANG OXYCARBONÉ · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DU SANG OXYCARBONÉ

naison définie que forme l’hémoglobine avec l’oxyde de carbone et permettent de caractériser facilement le sang qui a été mis en contact avec l’oxyde de carbone (1). Elles sont surtout précieuses en ce sens qu’on les retrouve, dans certaines circonstances que nous essayerons de préciser plus tard, non-seulement chez l’animal qui vient de mourir, mais longtemps encore après la mort ; il serait même possible de les manifester sur du sang de cadavres putréfiés ou sur du sang depuis longtemps desséché. M. Eulenberg a proposé de remplacer les alcalis caustiques par un mélange de chlorure de calcium et de soude, et de verser ce réactif sur le sang étendu dans une assiette. Mais ce n’est qu’une modification dans le mode opératoire destinée à rendre la réaction plus manifeste.

Les moyens chimiques que je viens de vous indiquer pour reconnaître dans le sang la présence de la combinaison que forme l’hémoglobine avec l’oxyde de carbone sont importants à connaître ; mais pour pouvoir être appliqués, ils exigent une certaine quantité de sang déjà appréciable. Le procédé que je vais maintenant vous décrire est purement physique ; il permet de retrouver les moindres traces de la combinaison chimique formée par l’hémoglobine, et quelques gouttes de sang suffisent pour le mettre en pratique. Ce procédé consiste dans l’application du spectroscope à l’analyse du sang. Cet instrument si ingénieux, inventé dans ces dernières années par

(1) C’est que l’oxyde de carbone forme avec l’hémoglobuline une combinaison entièrement analogue à celle que donne l’oxygène- (voy. quatrième leçon [deuxième partie] ), mais beaucoup plus stable. Ces cristaux d’hémoglobine oxycarbonée sont un peu moins solubles que ceux de l’hémoglobine oxygénée, ou oxyhémoglobine. ■

MM. Bunsen et Kirkoff, qui a déjà rendu de si grands services à la chimie minérale et qui, tout récemment, a été appliqué à l’étude de la constitution chimique du soleil -et de plusieurs étoiles, s’est aussi introduit dans la physiologie à laquelle il a déjà fourni des renseignements remarquables.

Je n’entrerai dans aucun détail sur la théorie et la construction du spectrosGope, 11 me suffira de vous montrer que l’analyse spectrale, dont la nelteté et la sensibilité sont si précieuses dans l’analyse minérale, s’applique merveilleusement aussi à l’étude de certaines humeurs, telles que la bile et le sang.

Avant de vous donner le détail des expériences spec-? troscopiques sur le sang intoxiqué par l’oxyde de carbone, il est bon de rappeler en quelques mots comment se comporte le globule rouge du sang qu’on mêle à l’eau pour le soumettre à cette opération. 0n peut considérer les globules rouges du sang comme composés de deux sub-r stances : Fune, insoluble ou peu soluble dans l’eau, forme le stroma, du globule, c’est la globuline (nous avons déjà parlé ailleurs de la paraglobuline) (1); Pautre, très^'Splu-

(1) Yoy. quatrième leçon, Des travaux successifs et parfois simqltiinés qui ont été entrepris par divers chimistes et physiologistes sur les sph^tanpos albuminoïdes du globule rouge, ont amené une certaine confusion dans les termes, des expressions différentes étant souvent employées pour désigner les mêmes substances. Nous empruntons au récent traité de chimie de M. A. Gautier {o-p. cit., 1. 1, p. A56), la note suivante destinée à bien fixer ces diverses synonymies,

« Berzelius avait donné à la substance qui forme lâ masse principale du globule le nom de glçbuline. Füncke ayant démontré plus tard que, si elle n’est pas altérée, la globuline de Berzelius est cristallisable, le nom de globuline fut changé en celui ^Mmatocristalline. Hoppe-Seyler démontra que rhémeto-

CARACTÈRES DE l’oxYHÉMOGLOBINE . 427

ble, imprègne le globule, lui donne sa coloration rouge, c’est l’hénioglobine. Dans l’état normal, l’hérooglobine ne se dissout pas, ou à peine, dans la liqueur du sang; mais aussitôt que l’on place les globules dans de Peau, il se fait une diffusion de l’hémoglobipe dans ce liquide qui se colore en rouge. Le stroma du globule devient incolore, mais il n’est pas détruit; car, par l’iode, on le fait apparaître avec une teinte jaune.

A l’état normal, rhémoglobine U'O^tiste pas libre dans le sang; elle est en combinaison avec l’oxygène, aussi bien dans le sang artériel que dans le sang veineux, C’est dans les poumons, au contact de l’air inspiré, que eette combinaison s^effectue. Le sang, devenu artériel, se change peu à peu, pendant son parcours, à travers les tissus, en sang noir ou veineux; mais jamais cependant il ne perd la totalité de son oxygène. En réalité, le sang renferme donc toujours de la matière colorante a l’état de combinaison avec l’oxygène (oxybémoglobine). Nous' avons vu, d’un autre côté, que l’oxyde de carbuoe mis en contact avec le sang détruit cette combinaison, se substi^tue volume à volume à l’oxygène, et forme avec l’bémo-

çristallitie (Je Fünçke n’était pas un^ substance pure ; qp’elle était seulement en trèg- grande partie formée d’une matière colorante albuminoïde rouge, ferrugineuse, à laquelle il donna le nom &’hémoglohine. Denis (de Commercy) avait, bien avant Rollet, établi qu’il existe dans les globules rouges une paatière albuminoïde inpolpre et insoluble à }aqnelle ils dqivent leur forme, et lui avait donné le nom de globuline. La globuline de Denis (qui forme le stroma de Rollet) et Y hémoglobine de Hoppe-Seyler constituent, par leur mélange, l'hématocristalline impure de Fünke, Lebmann et A. Schmidt ont en putpe appelé globuline une substance analogue à la caséine, qu’ils ont rencontrée dans le sérum. C’est celle à laquelle Kühne donne le nom de paraglobuline et qu’il suppose provenir du globule sanguin. »■

globine une nouvelle combinaison beaucoup plus stable que la combinaison oxygénée.

Nous devons donc considérer, pour notre sujet, l’hémoglobine sous trois états :

1“ Hémoglobine pure, désoxygénée ou réduite.

2® Hémoglobine combinée avec l’oxygène.

Hémoglobine combinée avec l’oxyde de carbone.

Lorsqu’on examine au spectroscope une dissolution étendue de sang normal artériel ou veineux, on voit apparaîre deux bandes d’absorption. Ces deux bandes noires (H, fig. 6) sont situées dans la partie jaune du spectre. La présence de ces deux bandes constitue le caractère du sang oxygéné ou de la combinaison de l’hémoglobine avec l’oxygène. Mais si l’on vient à enlever cet oxygène, c’està-dire lorsque, par un procédé chimique, on réduit le sang, ^hémoglobine se trouve dégagée de la combinaison, et alors, si l’on examine la dissolution au spectroscope, on n’observe plus qu’une seule bande noire plus large, comme si elle résultait du déplacement et de la fusion des deux premières : tel est le caractère de l’hémoglobine réduite. Les substances que l’on jîmploie généralement pour obtenir cette réduction sont le fer récemment réduit par l’hydrogène ou le sulfhydrate d’ammoniaque. Il faut avoir soin de ne pas ajouter une trop grande quantité de ce dernier réactif, sans quoi, outre la raie de l’hémoglobine réduite, on observe entre C et D une raie accusant un commencement de décomposition de l’hémoglobine. On se sert avec le plus d’avantage, pour opérer cette réduction, d’une solution de protoxyde de fer à laquelle on ajoute d’abord une certaine quantité d’acide tartrique.

CARACTÈRES SRECTROSCOÎ'IQUES DU SANG. 429

puis une quantié d’ammoniaque suffisante pour neutraliser l’acide tartrique. L’acide tartrique a pour but d’empêcher la précipitation du sulfate de fer par les alcalis; et la so-

^ AO 20 30 AO 50 , gg 70 gft

lü

ai

Fig. 6. — Spectres d’absorption des matières colorantes du sang (hémoglobine). — I, spectre solaire montrant la position des raies de Fraunhofer. — IIj spectre de l’hémoglobine montrant les deux raies caractéristiques situées entre les raies D et E. — III, spectre de l’hémoglobine après l’action d’agents réducteurs; les deux raies du spectre précédent ont été remplacées par une raie unique de position intermediaire.

lution étant neutralisée par l’ammoniaque, peut être ajoutée au sang sans avoir d’autre effet que de réduire l’hémoglobine (1).

Les solutions tartro-ammoniacales de chlorure d’étain

(1) Voy. V. Fuffiouze, Les spectres d’absorption du sang. Paris, 1871.

ÛSO

agissent de la même manière qae les solutions de sulfate de fer. Nawrocki les préfère même à ces dernières, parce qu’elles sont ineoloPês (1).

Enfin les tissus frais, principalement les muscles coupés en morceaux et introduits dans les solutions d’hémoglobine, réduisent cette substance, principalement aux points de contact entre leur surface et la solution. Les éléments anatomiques respirent alors, brûlent l’oxygène, comme lorsqu’ils l’empruntent au sang qui les baigne normalement (2).

Voyons maintenant en quoi le sang empoisonné par l’oxyde de carbone Vâ différêf du sang normal à l’examen spectroscopique. Si l’on en fait une solution étendue et qu’on l’examine aussi au spetcroscope, ce premier examen ne nous offre presque aucune différence entre le sang intoxiqué et le sang normal ou oxygéné. Le sang intoxiqué, comme le sang normal, présente deux bandes d’absorption ; il n’y a seulement qu’une légère différence des positions des bandes (â). En d’autres termes, nous constatons lés éaractères de l’hérfioglobiiie combinée ; mais il serait difficile au premier abord de dire si cette combinaison a lieu avec l’oxygène ou avec l’oxyde de carbone. Le problème est donc de savoir à laquelle dè ces deux combinaisons nous avons affaire. Pour arriver à cette connais-

{i) Üentralbl. ’diè med, 1867, p. 178.

(2) Voy. P. Sert, Leçons sur la respiration, 1870, p. 73.

(3) Les deux bandes du spectre de l’hémoglobine oxycarbonée sont, l’ürié èt l’âutrë, dêviééS vêts là droite. En oütré, les snluHons d’hémoglobine oxycarbonée sont plus transparentes, pour les radiations bleues, que les solutions d’oxyhémoglobine ; aussi le spectre fourni par les premières est-il moiüs obscurci dans la région bleue que celui du sang artériel.

Page 1