SEPTIÈME LEÇON
DÉTERMINATION DE LA RÉFRACTION STATIQUE ; NUMÉRO- TAGE DES VERRES D'ESSAIS.
Dans ce qui va suivre il n'est question que de myopie et d'hypermétropie. L'étude de l'astigmatisme régulier ou irrégulier formera un chapitre spécial.
Dans la détermination des anomalies de la réfraction il ne faut jamais perdre de vue les principes suivants.
1* La réfraction et l'accomodation sont deux choses absolument distinctes ;
2 ' L'acuité visuelle doit être déterminée en même temps que la réfraction.
Personne mieux que Donders n'a posé ces principes : « Il doit y avoir, dit-il, entre les anomalies de la réfraction et de l'accomodation une distinction bien tranchée, attendu que, dans leur essence, les idées de réfraction et d'accomodation sont tout à fait différentes. La réfraction oculaire proprement dite est la réfraction de l'œil à l'état de repos ; c'est une propriété de l'appareil dioptrique, qui tient à la forme même de cet appareil, mais elle est indépendante de toute action musculaire, par conséquent, indépendante de l'accomodation. L'accomodation de l'œil repose au contraire sur les variations de réfraction que peut déterminer une intervention musculaire volontaire. »
Ces deux états distincts, la réfraction et Paccomodation peuvent être étudiés séparément : il suffit pour cela de provoquer une détente complète du muscle accomodateur avec les mydriatiques ; mais en pratique il vaut mieux mesurer l'acuité visuelle en conservant à l'accomodation sa puissance ordinaire .
Les résultats qu'on obtient ainsi sont assez précis si on sait les interpréter judicieusement.
En présence d'un œil atteint de myopie ou d'hypermétropie, comment convient-il donc de s'y prendre pour se rendre compte de l'existence de l'un de ces vices de réfraction?
Tout d'abord, l'aspect général du malade fournit des indications ; le myope a souvent les yeux saillants, volumineux, lorsqu'il regarde loin devant lui, ses yeux paraissent être en divergence ; de plus il n'est pas rare de lui voir fermer à demi les paupières comme pour diminuer l'intensité de l'éclairage, et obtenir ce qu'on obtient avec le trou d'épingle ou fente sténopéique.
L'hypermétrope au contraire, a souvent les yeux petits, très mobiles, enfoncés dans l'orbite.
La conformation de la tête peut encore fournir des renseignements précieux et il n'est pas douteux que les myopes sont plus souvent dolychocéphales que les hypermétropes, dont la tête est généralement construite sur le type de la brachycéphalie.
De p^s, le malade donne des renseignements d'un grand intérêt. Il accuse la plupart du temps l'état de sa réfraction, en disant Qu'il a la vue basse ou la vue longue et nous savons ainsi immédiatement s'il lui faut des verres concaves ou des verres convexes.
Il convient néanmoins de ne pas accorder un trop
grand crédit aux affirmations du malade non plus qu'à sa conformation physique, afin de rechercher sans parti pris l'état de sa vision à l'aide des verres correcteurs, des verres d'essai.
Mais ici nous devons ouvrir une longue parenthèse et dire ce que sont ces verres d'essai et comment on les gradue.
Des verres d'essai. — Leur numérotage.
L'ancien système de numérotage des lentilles reposait sur la longueur du rayon de courbure qui était évalué en pouces ; c'est-à-dire qu'une lentille du n° 36, 30 ou 25 avait 36, 30 ou 25 pouces de longueur focale.
Ce système aujourd'hui complètement abandonné avait beaucoup d'inconvénients. Ainsi l'on admettait que le numéro de la lentille indiquait à la fois sa valeur réfringente et son rayon de courbure et pour cela on supposait que l'indice de réfraction du verre est de 1,50 (voir 2° leçon) alors qu'il est de 1,534.
De plus, l'unité de ce système était forcément la lentille de 1 pouce de longueur focale; cette unité était beaucoup trop forte. Il est inutiie d'avoir cette lentille 1 dans les boîtes d'essai, parce qu'on ne s'en sert jamais dans lapratique. lien résulte quetoutesles lentilles en usage d'après l'ancien système ne représentent que des fractions d'unité et c'est là un inconvénient parceque tous les calculs qu'il faut faire au sujet de la valeurdes lentilles se compliquent d'additions, de soustractions de fractions qui les rendent très longs.
Enfin, et ceci est une objection encoreplus importante, le pouce n'est point une mesure uniforme cor-
respondant à une grandeur universellement adoptée; c'est uoe mesure arbitrairement choisie, différente pour chaque pays, le pouce de Paris, le pouce anglais, le pouce prussien, diffèrent notablement.
On a donc fabriqué, d'après ces diverses mesures, des verres de lunettes qui ne concordent pas entre eux.
Ces divers inconvénients avaient été remarqués par beaucoup d'ophtalmologistes, notamment par Donders, qui s'est servi dans ses études d'une lentille type égale à — (l) de l'ancien système.
Giraud-Teulon, eu 1865, montra combien il était commode d'exprimer par des nombre entiers, non la distance focale des lentilles, mais leur force réfringente. Il adopta, dès cette époque pour unité de force réfringente et simplifia ainsi considérablement les calculs.
Enfin, en 1867, au Congrès périodique international d'ophtalmologie, Javal proposa de numéroter les verres de lunettes suivant leur distance focale et de se servir comme mesure de cette distance focale du mètre et non plus du pouce.
Dans le même Congrès, Nagel proposa le système nouveau, celui dont nous nous servons aujourd'hui, c'est-à-dire le mètre comme mesure, non pas du rayon de courbare mais de la force réfringente Cette proposition ne fut définitivement adoptée qu'en 1875 sur les instances de Donders, au Congrès deBruxelles ; alors furent posés clairement les principes du nouveau
(1) N.B. — Dans l'ancien système le pied était représenté par le signe ' le pouce par ", la ligne par "'.
Pouce de Paris
— anglais.
— prussien
27 mm. 07
25 mm. 40
26 mm. 15
numérotage des verres de lunettes tels que pendant longtemps Nagel les avait exposés.
Ces principes sont les suivants :
1. Numérotage des verres de lunettes selon leur force réfringente.
2. Choix d'une unité assez faible pour que les numéros des lentilles généralement en usage soient des nombres entiers et non des fractions.
3. Substitution du mètre au pouce dans la mensuration des distances focales des lentilles.
4. Progression croissante et régulière des intervalles entre les différents numéros.
L'unité du nouveau système, le n° 1 de la vision des verres est une lentille de 1 mètre de distance focale. Monoyer lui a donné le nom de dioptrie. Sa force réfringente est représentée par La lentille de 2 dioptries a une réfringence deux fois plus forte, c'est-à-dire une distance focale deux fois plus petite, soit 0,50 cent., sa valeur est représentée par «50* = 2. Celle de 3 D. a une longueur focale de 0,33 cent., et la formule ~ = 3 exprime sa réfringence.
Dans la pratique on a quelque fois besoin de lentilles plus faibles qu'une dioptrie, c'est pourquoi on a admis des fractions dans la dioptrie : soit 3/4 D. (0.75), 1/2 D. (0.5).
On a également intercalé des quarts de dioptrie entre les numéros faibles de la série jusqu'au 2 D. 5, et des demi-dioptries de 2.25 à 6.
Dans les numéros élevés de la série, au contraire, l'intervalle d'une dioptrie a paru trop petit et l'on a pu supprimer le n° 19.
L'intervalle qui sépare les numéros de la série est, comme on le voit, un quart ou une demi-dioptrie pour les numéros faibles, une dioptrie pour les nu-
tnéi'os moyens. Une simple soustraction de deux nombres sans fractions suffit pour apprécier la différence qui sépare la valeur des verres.
La distance focale des verres ainsi gradués est facile à trouver quand on se rappelle que cette distance focale est l'inverse de la force réfringente. Etant donné, par exemple, une lentille de 4 dioptries, pour avoir sa distance focale, il n'y a qu'à diviser ^ = 0,25. Cinq dioptries correspondent à ^= 0,20.
De même, quand on connaît la distance focale on arrive facilement à déterminer le numéro de la lentille en divisant 1 mètre ou 100 centimètres par la mesure de cette distance focale.
Pour trouver, par exemple, le nombre de dioptries correspondant à une longueur focale de 40 cen-
timètres, on aura : D. = — 2 D. 4.
Il arrive souvent, dans la pratique, qu'on a besoin de convertir des lentilles numérotées suivant l'ancien système en lentille.; numérotées suivant le système nouveau, aussi laut-il bien connaître les rapports qui existent entre ces deux modes de numérotage.
On obtient facilement cette conversion par le calcul suivant :
On sait que 1 mètre égale 37 pouces de Paris. On
, , pi MO c- 37 q -p. 100 cent. 37
a aonc lu — aooo. — 37 pouces; 4 u. — 50cent. — igpoucesifsï 3 D. = -S = fflpo"egm, c'est-à-dire qu'il faut diviser 37 pouces par le nombre de dioptries pour avoir la valeur en pouces d'une lentille numérotée suivant le système nouveau. Un malade à qui vous venez de prescrire un verre de 4 dioptries vous demande quel numéro lui donnera l'opticien, vous n'avez qu'à diviser 37 par 4 pour obtenir le numéro demandé, soit 9 et une fraction qu'on peut négliger sans inconvénient.
Réciproquement lorsqu'un malade dit que son opticien lui a donné du numéro 12 (suivant l'ancien système), vous savez immédiatement de combien de dioptries il veut parler en divisant par 12 le chiffre 37 ; le verre qu'il aura porté sera de 3 D. environ.
Rien n'est donc plus facile que cette conversion, il suftit pour passer de l'ancien système au nouveau de diviser 37 par le numéro de la lentille (numéro représentant le nombre de pouces de la longueur focale) et pour passer du nouveau système à l'ancien il suffit de diviser le même chiffre 37 par le chiffre exprimant la valeur de la lentille en dioptries.
Dans tout ceci nous supposons que l'indice de réfraction est égal à 1,50, c'est-à-dire (voir 2e leçon), que le rayon de courbure égale la distance focale ; en réalité il n'en est pas ainsi et tous ces calculs sont entachés d'erreur puisque l'indice de réfraction du ■verre est de 1,534. Mais dans la pratique cette erreur est parfaitement négligeable; elle ne gêne nullement la recherche du verre correcteur et permet le meilleur traitement possible du vice de réfraction.
Le tableau ci-après indique les équivalences des deux systèmes.
Lorsqu'on se trouve en présence d'un verre spbérique indéterminé,, on désire souvent en connaître la valeur dioptrique. Pour cela, il suffit lorsqu'on peut se contenter d'une approximation relative, de chercher dans la boîte de ' verres d'essai quel est le verre qui neutralise celui dont on veut connaître la réfringence. Soit, par exemple, un verre sphérique concave, par le toucher on peut apprécier à peu près sa distance focale, on lui superpose un verre convexe positif correspondant et on regarde au loin un objet quelconque. Le verre positif aiusi placé contre le verre négatif qui neutralise exactement ce
verre, donne la distance focale demandée du verre négatif.
DIOPTRIES