DÉSINFECTION ET ANTISEPSIE DE L INTESTIN
veineuses démontrent qu'elles sont beaucoup moins toxiques ; leur toxicité se trouve réduite des /i/5^
Non seulement les matières contenues dans l'intestin sont moins toxiques^ mais une conséquence facile à démontrer, c'est que l'individu ne s'intoxique pas, car la toxicité de ses urines se trouve diminuée considérablement. Les urines demeurent toxiques par les produits de l'alimentation ou de la désassimilation, mais elles ne sont plus convulsivantes. Il faut 90 à 120 centimètres cubes d'urine pour tuer 1 kilogramme d'animal.
Grâce à la désinfection des matières, on obtient encore d'autres bénéfices : les malades n'ont plus le teint terreux, mais un teint clair, blanc et rose; le ballonnement intestinal diminue, la langue reste humide, les eschares sont extrêmement rares.
Enfin une statistique portant sur plus de 300 cas a montré que la mortalité était tombée à, 15 p. 100, au lieu de 20 à 25 p. 100. Dans cette statistique, je comprends tous les cas sans exception qui sont entrés dans mon service, les malades qui n'ont pas été soumis à ce traitement, ceux qui sont arrivés avec une perforation intestinale ou ont succombé à des complications tardives. Je serais en droit de défalquer tous ces malades pour juger la valeur du traitement en lui-même; mais je ne l'ai pas fait afin d'établir la comparaison avec les autres méthodes ; je prends en bloc la mortalité totale des hôpitaux de Paris.
Depuis deux ans, à la désinfection j'ai ajouté l'antisepsie intestinale. Après des essais nombreux, après avoir employé la créosote comme Pécholier, l'acide salicylique, les préparations mercurielles, je suis revenu aux vrais principes de l'antisepsie intestinale, en m'adressant à des substances capables d'agir pendant tout le trajet du tube digestif, c'est-à-dire insolubles : le salicylate de bismuth, l'iodoforme, la naphtahne. Je n'ai conservé l'acide phénique que pour les lavages du gros intestin; matin et soir, je fais donner un lavement phénique à 1/1000% excepté chez les enfants, où ils causent quelquefois un collapsus inquiétant en apparence ; chez l'adulte même, on a vu des sueurs, de l'accablement, presque le coma. Avec les doses
que j'indique, ces accidents sont très rares ; ils peuvent être effrayants, ils ne sont pas graves.
Je fais prendre par jour à mes typhiques 1 gramme d'iodoforme pulvérisé finement et représentant une surface de 60 mètres carrés. J'obtiens par cette méthode que les matières fécales soient désodorées et décolorées, une diminution des alcaloïdes que contient le liquide filtré, une diminution de la toxicité des matières fécales, la disparition presque complète des agents de putréfaction; les microbes ne se trouvent plus dans les matières alvines qu'en très faible quantité,
La langue de mes malades n'est jamais sèche.
La mortalité dans le même hôpital, dans le même quartier, avec le même médecin, est tombée à 10 p. 100, chiffre à coup sûr consolant. Les partisans de la méthode des bains froids tirent vanité de ce chiffre de 10 p. 100; or, j'y suis arrivé sans les bains.
J'ai soin d'ajouter aux moyens précédents un purgatif tous les trois jours, un verre d'eau de Sedlitz, et jamais je n'abandonne le traitement sans faire ensuite un déblaiement de l'intestin par un purgatif. Sinon, il peut se produire dans le gros intestin une accumulation dure, capable de causer des obstructions inquiétantes, avec vomissements fécaloïdes. Ce purgatif est de l'huile de ricin administrée au malade à dose fractionnée pendant qu'il est dans un bain.
Tels sont les principes de la méthode antiseptique appliquée au tube digestif des malades atteints de fièvre typhoïde.
Depuis un an (août 1884), j'ai associé la naphtaline à l'iodoforme; le moment ne me paraît pas encore venu déjuger la valeur de ce nouveau médicament.